Anesthésie Obstétricale : Techniques et Gestion HPP

Aucune carte

Ce cours couvre les adaptations physiologiques de la grossesse, les techniques d’anesthésie péridurale et rachianesthésie, la prise en charge anesthésique de la césarienne et la gestion de l’hémorragie du post‑partum.

Anesthésie Obstétricale : Adaptations Physiologiques, Techniques et Prise en Charge des Complications

L'anesthésie obstétricale est une spécialité complexe qui nécessite une compréhension approfondie des adaptations physiologiques de la grossesse, des techniques anesthésiques spécifiques au travail et à l'accouchement, ainsi que de la gestion des complications graves comme l'hémorragie du post-partum. L'objectif principal est d'assurer la sécurité et le confort de la mère tout en protégeant le fœtus.

1. Adaptations Physiologiques à la Grossesse

La grossesse induit des modifications profondes dans la physiologie maternelle, impactant la gestion anesthésique.

1.1 Modifications Cardiovasculaires

  • Débit Cardiaque (QC) : Augmentation significative de 30 à 50 %. Cette augmentation est due à une hausse de la fréquence cardiaque et du volume d'éjection systolique, préparant le corps maternel aux demandes métaboliques accrues et au flux utéro-placentaire.
  • Compression Aorto-Cave : En décubitus dorsal, l'utérus gravide peut comprimer l'aorte et la veine cave inférieure. Cela entraîne une stase veineuse dans les membres inférieurs et une diminution du retour veineux, pouvant réduire le débit cardiaque et provoquer une hypotension. Il est crucial de positionner la patiente en décubitus latéral gauche (inclinaison de 15°) pour éviter cette compression.
  • Rétention Hydro-Sodée : L'hyperaldostéronisme (par activation du système rénine-angiotensine) favorise la recapture du sodium et la réabsorption d'eau, augmentant la volémie maternelle et pouvant entraîner des œdèmes.

1.2 Modifications Hématologiques

  • Anémie Physiologique : Une anémie par hémodilution est courante en raison d'une augmentation disproportionnée du volume plasmatique par rapport à la masse érythrocytaire. Des carences en fer et folates peuvent accentuer cette anémie.
  • Coagulation : Hyperleucocytose, thrombopénie modérée et augmentation des facteurs de coagulation sont observées, augmentant le risque thromboembolique tout en préparant l'hémostase pour l'accouchement.

1.3 Modifications Respiratoires

  • Élévation du Diaphragme : L'utérus gravide élève le diaphragme, modifiant les volumes pulmonaires.
  • Augmentation des Besoins en Oxygène : La consommation d'oxygène augmente, compensée par une augmentation de la fréquence respiratoire et du volume courant.
  • Volume Courant (Vt) : Le volume courant augmente, mais aux dépens de la Capacité Résiduelle Fonctionnelle (CRF), ce qui réduit les réserves d'oxygène et accélère la désaturation en cas d'apnée, notamment lors d'une induction en anesthésie générale.

1.4 Modifications Digestives

  • Ralentissement du Péristaltisme Œsophagien et diminution du tonus du sphincter inférieur de l'œsophage.
  • Liquide Gastrique plus Acide et augmentation de la pression intragastrique. Ces facteurs augmentent le risque d'inhalation pulmonaire et de syndrome de Mendelson (pneumopathie d'inhalation acide), particulièrement en cas d'anesthésie générale.

1.5 Modifications Pharmacologiques

  • Hypoalbuminémie : La diminution des protéines plasmatiques peut affecter la liaison médicamenteuse.
  • Hypervolémie et augmentation de la clairance rénale.
  • Activité Enzymatique fluctuante. Ces modifications peuvent rendre la demi-vie des médicaments imprévisible, diminuer leur biodisponibilité et augmenter leur volume de distribution. Le passage transplacentaire de nombreux médicaments implique un risque tératogène ou de dépression respiratoire néonatale.

2. Anesthésie Péridurale

L'anesthésie péridurale est la technique d'analgésie la plus couramment utilisée pour le travail obstétrical.

2.1 Douleur du Travail Obstétrical

La douleur est biphasique :

  • 1er stade : Due aux contractions utérines et à la dilatation cervicale, transmise par les nerfs T10-L1.
  • 2e stade : Associée à la distension périnéale et à la descente fœtale, impliquant les nerfs S2-S4 (nerf honteux).

La douleur peut entraîner une augmentation du débit cardiaque, une hyperventilation et une hypertension artérielle maternelle, ainsi qu'une hypoxémie fœtale.

2.2 Indications de l'Anesthésie Péridurale

  • Maternelles : Gestion de la douleur, cardiopathies maternelles, contre-indication aux efforts de poussée, difficulté d'intubation anticipée.
  • Fœtales : Macrosomie, présentation en siège, Retard de Croissance Intra-Utérin (RCIU).
  • Obstétricales : Grossesses multiples, déclenchement du travail.

2.3 Contre-indications de l'Anesthésie Péridurale

  • Refus de la patiente.
  • Troubles de l'hémostase (thrombopénie sévère, coagulopathie).
  • Infection au point de ponction.
  • Hypertension Intracrânienne (HTIC).
  • Neuropathie évolutive.
  • Allergie connue aux anesthésiques locaux.

2.4 Anatomie et Mécanisme d'Action

L'espace péridural se situe entre le ligament jaune (en arrière) et la dure-mère (en avant), contenant de la graisse, des vaisseaux et des nerfs spinaux. En obstétrique, il est ponctionné typiquement entre L3-L4 ou L4-L5 (ligne de Tuffier).

L'anesthésique local est administré dans cet espace et diffuse à travers les gaines durales des racines nerveuses, bloquant de manière transitoire la propagation du potentiel d'action. Les solutions peu concentrées entraînent un bloc différentiel, principalement sensitif, préservant la motricité.

2.5 Mise en Place et Dose Test

La pose s'effectue en salle de naissance, patiente en travail, monitorée (scope, RCF) et perfusée, généralement en position assise. Le matériel comprend une aiguille de Tuohy (18G, 8 cm), une seringue basse pression et un cathéter multi-perforé (20G).

Les étapes incluent : anesthésie locale de la peau, introduction progressive de l'aiguille de Tuohy, recherche de la perte de résistance pour confirmer l'espace péridural, insertion du cathéter (environ 4 cm dans l'espace), puis réalisation d'une dose test.

La dose test vise à dépister :

  • Un passage intra-thécal : injection d'anesthésique local (AL) avec effet volume ou concentration.
  • Un passage intra-vasculaire : reflux sanguin ou signes de toxicité à l'adrénaline ou à l'AL.

Un bolus initial (ex: 8 ml de Ropivacaïne 1 mg/ml + 10 de Sufentanil) est administré, suivi du branchement d'une pompe pour la perfusion continue (PCEA ou PIEB).

Le mélange anesthésique typique pour la péridurale contient un anesthésique local peu concentré (Ropivacaïne 1 mg/ml), des adjuvants (Sufentanil 0,33 /ml, Clonidine 0,625 /ml).

La surveillance post-pose est étroite (30 premières minutes) : hémodynamique, satisfaction, niveau analgésique (T10 symétrique), absence de bloc moteur (score de Bromage), signes de toxicité. L'objectif est un bloc sensitif sans bloc moteur significatif ni hypotension.

2.6 Résultats et Complications

L'anesthésie péridurale n'allonge généralement pas la durée du travail ni n'augmente le taux de césariennes ou d'extractions instrumentales. Les effets indésirables incluent :

  • Hypotension artérielle (10%).
  • Céphalées (0,8%), souvent post-brèche durale.
  • Bloc moteur résiduel.
  • Compressions nerveuses (très rares : 1/500 000).

Il n'y a pas d'effet délétère sur le fœtus ou le nouveau-né.

2.7 Déambulation sous Péridurale

Possible chez les patientes motivées, sans grossesse à risque, avec un RCF normal, et après vérification de l'efficacité de la péridurale sans hypotension ni bloc moteur. Nécessite un monitorage RCF sans fil et une surveillance régulière.

2.8 Alternatives à l'Anesthésie Péridurale

  • PCA (Analgesia Contrôlée par le Patient) de Rémifentanil en cas de contre-indication ou d'échec de la péridurale.
  • Protoxyde d'azote.
  • Techniques non pharmacologiques (préparation à l'accouchement, TENS).

3. Rachianesthésie

La rachianesthésie est une technique d'anesthésie locorégionale courante pour la césarienne.

3.1 Indications et Mise en Place

L'objectif est un niveau anesthésique thoracique T4 (mamelons). Les contre-indications sont similaires à la péridurale, avec l'ajout des valvulopathies sténosantes.

La ponction lombaire se fait en L4-L5, sous asepsie chirurgicale, en position assise ou latérale, après anesthésie locale de la peau. Les solutions injectées sont un anesthésique local (Bupivacaïne), souvent associé à des adjuvants (Sufentanil, Morphine).

Elle induit un bloc sensitif rapide (T4 en 10 min), un bloc moteur et un bloc sympathique.

3.2 Effets Secondaires et Gestion

Le bloc sympathique est plus prononcé qu'avec la péridurale, entraînant une baisse du débit cardiaque, une hypotension artérielle maternelle () et une réduction du débit utéro-placentaire. Cela peut provoquer des nausées/vomissements maternels et une hypoxie/acidose fœtale.

Pour limiter le bloc sympathique :

  • Position en décubitus latéral gauche (15°).
  • Bas de contention.
  • Limitation de la dose d'anesthésique.
  • Vasopresseurs : Éphédrine, Phényléphrine (Baby NAD) en IVSE.
  • Remplissage vasculaire : Co-remplissage par cristalloïdes (en association avec les vasopresseurs).

La surveillance de la tension artérielle est très rapprochée (toutes les minutes).

3.3 Céphalées Post-Brèche Durale (CPBD)

La rachianesthésie implique une brèche durale (100% du temps), ce qui peut entraîner des CPBD dans 1% des cas pour la péridurale et potentiellement plus souvent en rachianesthésie. Ces céphalées sont orthostatiques, bilatérales, « en casque », et peuvent s'accompagner de signes neurologiques.

Le traitement inclut le Blood Patch (injection de sang autologue dans l'espace péridural) et le bloc sphéno-palatin.

4. Anesthésie pour Césarienne

Environ 20% des accouchements se terminent par une césarienne, dont 30% sont programmées. La rachianesthésie est privilégiée dans 60% des cas.

4.1 Historique et Technique Chirurgicale

Le terme "césarienne" vient du latin caedere (couper). Longtemps réservée aux femmes décédées pour sauver l'enfant, elle est désormais une intervention chirurgicale courante. La méthode de Starck Cohen est une technique rapide et peu invasive.

4.2 Classification des Césariennes

  • Césarienne Programmée :
    • Automatique en cas d'anomalies de placentation (placenta praevia, accreta, percreta) ou antécédents de 3 césariennes.
    • Au cas par cas pour antécédents de césarienne, présentation en siège, jumeaux, macrosomie.
  • Césarienne en Urgence :
    • Code Rouge () : Rupture utérine, procidence du cordon, bradycardie fœtale prolongée, éclampsie, hémorragie abondante, HRP (Hématome Rétroplacentaire).
    • Code Orange () : Échec de forceps sans anomalies du RCF, anomalies du RCF hors bradycardie, menace à court terme fœtale/maternelle.
    • Code Vert () : Échec de déclenchement, stagnation de la dilatation, présentation dystocique, césarienne prophylactique en travail.

4.3 Choix de l'Anesthésie

  • Code Rouge : AG (Anesthésie Générale) ou extension d'une péridurale déjà en place.
  • Code Orange/Vert : ALR (Anesthésie Locorégionale) ++, typiquement rachianesthésie ou extension péridurale.

4.4 Check-list Préopératoire

Essentielle pour la sécurité : Voie veineuse périphérique (VVP) 16 ou 18 G, dossier d'anesthésie complet, bilan d'hémostase, carte de groupe sanguin, RAI, monitorage (scope, TA, O2 nasale), chariot de rachianesthésie, vasopresseurs, remplissage, utérotoniques, plateau d'AG/IOT/ML, équipe complète.

4.5 Techniques Anesthésiques Spécifiques

  1. Rachianesthésie :

    Solution injectée : Bupivacaïne HB 0,5% (10 mg), Sufentanil (2,5 ), Morphine (100 ). Induit un bloc sensitif T4 en 10 min et un bloc sympathique marqué.

  2. Extension Péridurale :

    Injection péridurale fractionnée de 15 à 20 ml de Lidocaïne 2% adrénalinée + 10 de Sufentanil. Délai d'action de 10 min, avec un bloc sympathique plus modéré. 2 mg de morphine sont souvent administrés avant l'ablation du cathéter pour l'analgésie post-opératoire.

  3. Anesthésie Générale (AG) :

    Utilisée en cas d'urgence absolue (code rouge) ou de contre-indication à l'ALR. L'IOT (Intubation Oro-Trachéale) peut être difficile chez la femme enceinte en raison de l'estomac plein et des modifications des voies aériennes. Le risque de mémorisation peropératoire est également à prévenir.

    • Pré-oxygénation : 3 min en ventilation spontanée à 9 L/min ou 8 Capacités Vitales (CV) en 1 min à 15 L/min en code rouge, objectif FeO2 > 90%.
    • Induction en Séquence Rapide (ISR) : Manœuvre de Sellick (compression cricoïdienne) pour prévenir l'inhalation. Utilisation de Thiopental (5 mg/kg) ou Propofol (2,5 mg/kg) et de Succinylcholine (1 mg/kg) pour la curarisation. Les dosages sont adaptés au poids de fin de grossesse.
    • Algorithme d'IOT difficile/impossible en obstétrique : Préparation pré-opératoire et discussion d'équipe sont cruciales. En cas d'échec d'intubation, des dispositifs supraglottiques (masque laryngé) peuvent être tentés. Si l'intubation et la ventilation sont impossibles, un abord trachéal d'urgence est nécessaire.
    • Entretien après extraction : O2/N2O, halogénés à faible MAC (concentration alvéolaire minimale) ou Propofol en AIVOC (Anesthésie IntraVeineuse à Objectif de Concentration). Morphiniques dès le clampage du cordon.

4.6 Systématique et RAAC

Une antibioprophylaxie (Céfazoline 2g ou Clindamycine 900mg) est administrée avant l'incision. Prévention des nausées/vomissements post-opératoires (NVPO). Administration d'utérocontractants (Ocytocine 5 UI IVL puis 20 UI/2h) après l'extraction. Analgésie multimodale (Paracétamol, Kétoprofène, Néfopam) et surveillance en SSPI (Salle de Surveillance Post-Interventionnelle).

La RAAC (Récupération Améliorée Après Chirurgie) vise à réduire la durée d'hospitalisation et les complications : retrait précoce de la VVP (J1), analgésie multimodale, retrait du cathéter péridural à la sortie de SSPI, retrait de la sonde urinaire dans les 12h, boissons libres à H+1, alimentation légère à H+4, anticoagulation préventive H+6 (après ablation du cathéter d'APD).

5. Hémorragie de la Délivrance (HPP)

L'Hémorragie du Post-Partum (HPP) est une complication grave et une cause majeure de mortalité maternelle.

5.1 Définition et Causes

L'HPP est définie par une perte sanguine de plus de 500 ml après l'accouchement. Les causes principales sont :

  • Atonie utérine (la plus fréquente).
  • Rétention placentaire.
  • Plaies du tractus génital.
  • Anomalies d'insertion placentaire.

5.2 Facteurs de Risque et de Gravité

Facteurs de risque d'HPP sévère : multiparité avec antécédents de césarienne, primiparité, antécédents d'HPP, grossesse multiple, travail prolongé, extraction instrumentale, macrosomie.

Facteurs de gravité : délai d'administration d'Ocytocine, de révision utérine, d'appel de l'obstétricien/anesthésiste.

L'HPP peut entraîner une morbidité importante (hospitalisation prolongée, hystérectomie, coagulopathie, détresse respiratoire, insuffisance rénale, risque thromboembolique x3 à 5, stress post-traumatique) et est une cause de mortalité maternelle évitable.

5.3 Classification de Gravité (Choc Hémorragique)

Le Choc Index (Fc/TaS) est un indicateur rapide de gravité : rassurant, grave.

Sévérité de l'hémorragie Classe I Classe II Classe III Classe IV
Perte sanguine (mL) < 750 750–1500 1500–2000 > 2000
Fréquence cardiaque (bpm) < 100 > 100 < 120 > 140
Pression artérielle Normale Normale Diminuée Diminuée
Pression pulsée (mmHg) Normale Diminuée Diminuée Diminuée
Fréquence respiratoire 14–20 20–30 30–40 > 40
Débit urinaire (mL/h) > 30 20–30 5–15 Négligeable
Statut mental Légèrement anxieux Anxieux Confus Somnolent

5.4 Prise en Charge de l'HPP (voie basse)

Une approche multidisciplinaire est essentielle, avec une coordination entre l'équipe obstétricale et anesthésique dès 500 ml de perte sanguine.

  • Équipe Obstétricale : Délivrance artificielle si non effectuée, révision utérine, sondage vésical, examen de la filière, sutures, massage utérin.
  • Équipe Anesthésique : Monitorage, évaluation hémodynamique et maintien (remplissage), anesthésie pour gestes endo-utérins (conversion péridurale, rachianesthésie, AG), Ocytocine (5 à 10 UI IVL, max 40 UI), antibioprophylaxie, prévention de l'hypothermie, Hémocue, vérification carte de groupe et RAI.

5.5 Utérotoniques

  • Ocytocine : Augmente la force et la fréquence des contractions utérines. C'est le traitement de première intention (Grade A), administrée par voie IV ou IM (5 à 10 UI, renouvelable max 40 UI). Attention à l'hypotension et la tachycardie en cas d'injection rapide.
  • Sulprostone : Prostaglandine E2, utilisée après 15-30 min d'inefficacité de l'Ocytocine (500 /1h puis 500 /5h). Risque de vasospasme coronaire. Un retard d'administration de plus de 30 min multiplie par 8 le risque d'échec.

5.6 Mesures de Réanimation et Moyens Supplémentaires

  • Ballon de Tamponnement Intra-Utérin : Volume max 500 ml sous contrôle échographique. Mécanisme : pression hydrostatique sur les artères utérines. Évaluation en 15 min.
  • Embolisation Artérielle : Succès clinique élevé (environ 90%), indépendamment de la voie d'accouchement. Peut entraîner une ménopause précoce ou affecter la fertilité future.
  • Acide Tranexamique (Exacyl) : Antifibrinolytique (demi-vie 2h), souvent utilisé en complément (2g max). Des études (WOMAN, TRAAP) ont montré son efficacité potentielle pour réduire la mortalité et l'incidence d'HPP sévère.
  • Transfusion : Environ 7,5% des HPP nécessitent une transfusion.
    • Objectifs transfusionnels : Hb > 8 g/dl, TP > 50%, Plaquettes > 50 G/l, Fibrinogène > 2 g/l.
    • Ratio CGR/PFC : 1/1 à 2/1.
    • Transfuser des CGR (Concentrés de Globules Rouges) si tachycardie/hypotension résistantes au remplissage, ou saignement important.
    • Transfuser du PFC (Plasma Frais Congelé) si coagulopathie (clinique ou biologique).
    • Première commande : 3 CGR, puis associer PFC au-delà.
  • Fibrinogène : Essentiel pour la formation du caillot. Le seuil critique est . Des études (FIDEL) explorent l'administration préventive, mais sans preuve formelle d'amélioration des volumes de transfusion ou saignement.
  • Hémostase Délocalisée : Détermination rapide de l'INR (Coagucheck) et du ROTEM (Thromboélastogramme rotatif) pour guider la transfusion.

5.7 Prise en Charge d'une HPP en Cours de Césarienne

Le diagnostic est basé sur le volume aspiré + pesée des champs (≥ 500 ml) et l'altération des constantes maternelles.

  • Équipe Obstétricale : Hémostase chirurgicale rapide (hystérorraphie, sutures).
  • Équipe Anesthésique : Ocytocine (5 à 10 UI IV lente, max 40 UI), feuille de surveillance HPP, maintien hémodynamique (expansion volémique par cristalloïdes).
  • En cas d'échec de la prise en charge initiale :
    • 2e VVP ().
    • Bilan biologique initial (NFS plaquettes, TP, TCA, Fibrinogène, Hémocue).
    • Mise en réserve de CGR.
    • Hémostase chirurgicale conservatrice : capitonnage utérin, ligatures vasculaires (LBAU : Ligature des Artères Utérines ou LBAH : Ligature des Artères Hypogastriques).
    • Si échec → hystérectomie inter-annexielle.
    • Oxygénothérapie, prévention de l'hypothermie, maintien TA (remplissage, vasopresseurs), conversion en AG si instabilité, limitation des halogénés (qui peuvent aggraver l'atonie).
    • Administration d'Acide tranexamique, transfusion de CGR, PFC, Fibrinogène, Plaquettes selon les besoins.

5.8 Prise en Charge d'une HPP Retardée après Césarienne

Le diagnostic repose sur un saignement vaginal excessif et/ou une altération des constantes. L'échographie abdomino-pelvienne peut rechercher une rétention ou un hémopéritoine.

L'évaluation inclut remplissage (cristalloïdes, colloïdes, vasopresseurs), bilan biologique complet, évaluation hémodynamique et concertation anesthésiste/obstétricien.

  • Atonie utérine : massage utérin, Ocytocine IV lente (max 40 UI), Sulprostone si échec ou d'emblée selon gravité.
  • Hémopéritoine ou autre cause de saignement : laparotomie (AG si instabilité) pour identifier et traiter la cause (plaie utérine, vasculaire).
En conclusion, l'anesthésie obstétricale est un domaine exigeant qui combine une expertise en physiologie de la grossesse, en techniques locorégionales et générales, et en gestion des urgences vitales. Le travail d'équipe et la simulation sont des outils précieux pour anticiper et prendre en charge ces situations complexes, garantissant ainsi la meilleure issue possible pour la mère et le nouveau-né.

Anesthésie Obstétricale : Guide Complet

L'anesthésie obstétricale est une spécialité critique qui adapte les techniques anesthésiques aux modifications physiologiques de la grossesse et aux besoins spécifiques de la mère et du fœtus. Ce guide couvre les adaptations physiopathologiques, les techniques régionales, l'anesthésie pour la césarienne et la gestion de l'hémorragie de la délivrance.

Adaptations Physiologiques à la Grossesse

Modifications Cardiovasculaires Le débit cardiaque augmente de 30 à 50 %. La compression aorto-cave provoque une stase veineuse dans les membres inférieurs et une diminution du débit cardiaque en décubitus dorsal. La rétention hydro-sodée résulte d'une activation du système rénine-angiotensine, entraînant une recapture du sodium et une augmentation de la volémie, avec formation d'œdèmes. Modifications Hématologiques Une anémie physiologique par hémodilution est courante, associée à une possible carence en fer et folates. On observe une hyperleucocytose, une thrombopénie relative et une augmentation des facteurs de coagulation. Modifications Respiratoires L'élévation du diaphragme augmente le diamètre thoracique. Les besoins en oxygène croissent avec augmentation de la fréquence respiratoire et du volume courant. Cruciale : le volume courant augmente au détriment de la Capacité Résiduelle Fonctionnelle, diminuant les réserves en oxygène et accélérant la désaturation pendant l'apnée. Modifications Digestives La baisse du péristaltisme œsophagien et la diminution du tonus du sphincter inférieur de l'œsophage s'associent à un liquide gastrique plus acide et une augmentation de la pression intra-gastrique. Cela crée un risque majeur d'inhalation et de syndrome de Mendelson. Modifications Pharmacologiques L'hypoalbuminémie et les altérations enzymatiques réduisent la biodisponibilité des médicaments. L'hypervolémie augmente le volume de distribution et la clairance rénale, rendant les demi-vies imprévisibles. Le passage transplacentaire des anesthésiques pose un risque tératogène et de dépression respiratoire fœtale.

Anesthésie Péridurale

Principes Fondamentaux

La douleur du travail obstétrical est divisée en deux stades : le 1er stade (contraction du segment inférieur et dilatation du col utérin : T10-L1) et le 2ème stage (distension du périnée avec descente du fœtus : S2-S4 par le nerf honteux). Réponse maternelle à la douleur : augmentation du débit cardiaque, hyperventilation, hypertension artérielle. Réponse fœtale : hypoxémie potentielle.

Indications et Contre-indications

Indications maternelles : prise en charge de la douleur, cardiopathie, contre-indication aux efforts de poussée, difficulté d'intubation présumée. Indications fœtales : macrosomie, présentation du siège, retard de croissance intra-utérin. Indications obstétricales : grossesse multiple, déclenchement. Contre-indications : refus de la patiente, trouble de l'hémostase, hypertension intra-crânienne, inflammation de la moelle spinale.

Anatomie et Placement

L'espace péridural se situe en moyenne à 5 cm en lombaire, limité en arrière par le ligament jaune et en avant par la dure-mère. Il contient de la graisse, des vaisseaux et des nerfs spinaux. En obstétrique, la ponction se pratique au niveau L3-L4 ou L4-L5, repéré par la ligne de Tuffier.

Technique de Mise en Place

Contre-indications à vérifier : allergie, trouble de l'hémostase, infection locale, hypertension intra-crânienne, neuropathie évolutive. Matériel : aiguille de Tuohy 18G (8 cm), seringue basse pression, cathéter multi-perforé 20G. Étapes essentielles :
  1. Anesthésie locale à la lidocaïne 1 %
  2. Introduction progressive de l'aiguille Tuohy avec recherche d'une perte de résistance
  3. Montée du cathéter (4 cm dans l'espace péridural)
  4. Test intra-thécal et intra-vasculaire
  5. Fixation du cathéter
  6. Installation en décubitus dorsal avec surveillance
Principes de placement : progression entre les contractions, contact verbal bienveillant, éviter les termes anxiogènes.

Dose Test et Anesthésique

La dose test vise à dépister un passage intra-thécal (par effet volume/concentration) ou intra-vasculaire (par reflux de sang ou signes de toxicité). On utilise lidocaïne 2 % adrénalinée ou injection fractionnée. 1er bolus : 8 ml de Ropivacaïne 1 mg/ml + 10 µg de sufentanil dans un automate. Mélange anesthésique typique : Ropivacaïne 1 mg/ml, Sufentanil 0,33 µg/ml, Clonidine 0,625 µg/ml. PIEB (Programmed Intermittent Epidural Bolus) : bolus de 8 ml toutes les 10 minutes, bolus patient de 5 ml.

Surveillance et Objectifs

Surveillance rapprochée les 30 premières minutes : hémodynamique, satisfaction, niveau analgésique (T10 symétrique), absence de bloc moteur (Bromage), signes de toxicité. Objectif du bloc : éliminer la douleur tout en préservant la proprioception, épargner la motricité (sans interférer avec la mécanique obstétricale) et éviter le bloc sympathique responsable d'hypotension.

Résultats et Déambulation

Paramètre Résultat
Durée du travail Pas d'allongement
Extractions instrumentales Pas d'augmentation
Taux de césarienne Pas d'augmentation
Hypotension maternelle 10 %
Céphalées post-PL 0,8 %
Compressions nerveuses 1/500 000
Effets fœtaux/néonataux Aucun délétère
Déambulation : pour patientes motivées avec accompagnant, grossesse physiologique, RCF normal. Requiert monitorage RCF continu sans fil et monitorage hémodynamique discontinu.

Alternatives à l'Anesthésie Péridurale

  • PCA Remifentanil : si contre-indication à l'APD ou échec de pose
  • Protoxyde d'azote : gaz anesthésique inhalé
  • Préparation et accompagnement : soutien continu (one to one)
  • TENS : neurostimulation électrique transcutanée

Rachianesthésie

Objectif et Placement

L'objectif est d'obtenir un bloc sensitif T4 (mamelon) pour couvrir l'ensemble de la zone chirurgicale. La mise en place se fait au bloc en position assise, niveau L4-L5, de manière stérile avec anesthésie locale à la lidocaïne 1 %.

Contre-indications

Refus de la patiente, allergie aux anesthésiques locaux, trouble de l'hémostase, infection au point de ponction, hypertension intra-crânienne, neuropathie évolutive, valvulopathie sténosante.

Solution Injectée

  • Bupivacaïne
  • Sufentanil
  • Morphine
Le bloc sensitif T4 s'installe en 10 minutes avec bloc moteur et bloc sympathique concomitants.

Effets du Bloc Sympathique

Le bloc sympathique entraîne une baisse du débit cardiaque et du débit utéro-placentaire. Effets maternels : hypotension artérielle (TaS < 80 %), nausées, vomissements. Effets fœtaux : hypoxie, acidose.

Prévention du Bloc Sympathique

Mesure Bénéfice
Décubitus latéral gauche 15° Soulage compression aortique
Bas de contention Prévient stase veineuse
Limiter dose anesthésique Réduit étendue du bloc
Vasopresseurs (Baby NAD, Phényléphrine, Éphédrine) Maintient pression artérielle
Co-remplissage cristalloïde Prévient hypovolémie
Surveillance : tension artérielle toutes les minutes pendant les 10 premières minutes.

Effets Indésirables Spécifiques

Complication Fréquence/Remarques
Échec Réinsertion possible
Hématome Rare avec hémostase normale
Syndrome post-PL Céphalées orthostatiques
Infection/Méningite Asepsie cruciale
Erreur de produit Vérification double

Céphalées Post-Brèche Dure-Mérienne

L'APD cause des céphalées post-PL dans 1 % des cas, tandis que la rachianesthésie les provoque dans 100 % des cas (brèche certaine). Caractéristiques : céphalées orthostatiques, bilatérales, « en casque », associées à des signes neurologiques possibles. Traitements : Blood Patch (épidural d'autologe) ou bloc sphéno-palatin.

Anesthésie pour Césarienne

Épidémiologie et Histoire

Les césariennes représentent 20 % des accouchements (830 000 naissances/an en France). 30 % sont programmées, 60 % utilisent la rachianesthésie. Historiquement, la technique moderne de Starck-Cohen (1970-1994) privilégie une incision rectiligne 3 travers de doigts au-dessus de la symphyse pubienne.

Classification des Urgences et Choix Anesthésique

Code de Priorité Délai Extraction Indications Anesthésie
Code rouge < 15 min Rupture utérine, procidence cordon, bradycardie > 10 min, éclampsie, hémorragie abondante, hématome rétroplacentaire AG si pas d'APD
Code orange < 30 min Échec de forceps, anomalie RCF, menace pronostic ALR ou AG
Code vert > 30 min Échec déclenchement, stagnation, présentation dystocique ALR ++

Indications de Césarienne Programmée

Automatique : anomalie de placentation (praevia, acreta, percreta), antécédents de 3 césariennes. Au cas par cas : antécédents de césarienne unique, présentation du siège, jumeaux, macrosomie.

Checklist Pré-opératoire

  • VVP 16 ou 18 G
  • Dossier anesthésie complet
  • Bilan d'hémostase, carte de groupe, RAI
  • Scope, TA, O₂ nasal
  • Chariot de rachianesthésie complet
  • Vasopresseurs et remplissage disponibles
  • Utérotoniques préparés
  • Plateau d'AG/IOT/lames
  • Équipe au complet

Option 1 : Rachianesthésie

Solution injectée :
  • Bupivacaïne HB 0,5 % : 10 mg
  • Sufentanil : 2,5 µg
  • Morphine : 100 µg
Bloc sensitif T4 en 10 minutes avec bloc sympathique.

Option 2 : Extension Péridurale

Injection péridurale fractionnée de 15 à 20 ml de lidocaïne 2 % adrénalinée + 10 µg de sufentanil. Délai d'action : 10 minutes. Bloc sympathique modéré. Administration de 2 mg de morphine avant l'ablation du cathéter en SSPI.

Option 3 : Anesthésie Générale

Défis spécifiques : estomac plein, QC augmenté, CRF diminuée nécessitant une oxygénation optimale. Pré-oxygénation : 3 minutes à 9 L/min en ventilation spontanée, ou 8 cycles vitaux en 1 minute à 15 L/min en code rouge. Objectif : FiO₂ > 90 %. Considérer proclive 30° ou VNI (ventilation non-invasive).

Induction en Séquence Rapide (ISR)

Manœuvre de Sellick : compression cricoïdienne. Anesthésiques d'induction :
  • Thiopental : 5 mg/kg
  • Propofol : 2,5 mg/kg
Agent de dépolarisation : Succinylcholine 1 mg/kg. Utiliser le poids de fin de grossesse pour tous les calculs.

Algorithmes de Gestion de l'Intubation

Intubation réussie :
  1. Préparation pré-opératoire avec discussion d'équipe
  2. Induction en séquence rapide (envisager ventilation au masque, Pmax 20 cmH₂O)
  3. Laryngoscopie : maximum 2 tentatives en première intention
  4. 3ème tentative par anesthésiste expert uniquement
  5. Vérifier le capnogramme
  6. Poursuivre l'anesthésie/chirurgie
Intubation impossible :
  1. Annoncer la situation à l'équipe
  2. Appel à l'aide
  3. Maintien de l'oxygénation
  4. Dispositif supra-glottique (2 essais maximum) ou masque facial
Intubation impossible + ventilation impossible :
  1. Annoncer la situation à l'équipe
  2. FiO₂ 100 %
  3. Éliminer un laryngospasme, assurer curarisation
  4. Réaliser un abord trachéal d'urgence
Décision après bloc : Si l'intubation a échoué mais la ventilation est possible, réévaluer : la chirurgie est-elle indispensable et sûre sans délai ? - NON : Réveiller la patiente - OUI : Poursuivre avec ventilation par masque/dispositif

Entretien de l'Anesthésie

  • O₂/N₂O avec halogénés (MAC 0,5 maximum)
  • Ou Propofol en AIVOC
  • Morphinique dès le clampage du cordon

Analgésie Post-opératoire

  • TAP Block : infiltration transversus abdominis plane
  • Infiltration chirurgicale des plans

Mesures Systématiques

  • Antibioprophylaxie : Céfazoline 2 g ou Clindamycine 900 mg avant l'incision
  • Prévention NVPO : sétrons, dexaméthasone selon protocole
  • Utérotoniques : Ocytocine 5 UI IVL puis 20 UI/2 h après extraction
  • Analgésie multimodale : Paracétamol, Kétoprofène, Néfopam
  • Surveillance SSPI : approche standardisée

Récupération Rapide Après Anesthésie (RAAC)

  • Jour 1 : Retrait VVP
  • SSPI : Retrait cathéter APD et sonde urinaire dans les 12 heures
  • H+1 : Boissons libres
  • H+4 : Alimentation légère
  • H+6 : Anticoagulation préventive (après ablation APD)
  • Analgésie : Multimodale tout au long

Principes de Conclusion

- Césarienne code rouge : AG si pas d'APD - Travail d'équipe essentiel, simulation recommandée - Induction : Thiopental 5 mg/kg ou Propofol 2,5 mg/kg + Suxaméthonium 1 mg/kg - Anticiper une intubation difficile - Prévenir la mémorisation périopératoire

Hémorragie de la Délivrance

Définition et Épidémiologie

L'Hémorragie du Post-Partum (HPP) est définie comme un saignement excessif après l'accouchement. Épidémiologie : sur 146 781 accouchements, 9 364 HPP (6,4 %), dont 1,7 % sévères. Causes principales : atonie utérine, rétention placentaire, plaie du tractus génital, anomalie d'insertion placentaire (placenta acreta, percreta).

Facteurs de Risque d'HPP Sévère

Facteur de Risque OR Ajusté
Multipare + antécédent de césarienne 1,88
Primipare 1,71
Antécédent d'HPP 3,5
Grossesse multiple 3,8
Travail > 6 heures 1,7
AVB + extraction instrumentale 2,26
AVB + extraction + épisiotomie 3,76
Macrosomie 1,7

Facteurs de Gravité d'HPP

L'appel de l'anesthésiste et l'obstétricien se fait dès 500 ml de perte.
Facteur de Gravité OR Ajusté
Ocytocine > 10 min 1,38
Ocytocine > 20 min 1,86
Révision utérine > 20 min 1,83
Appel obstétricien > 10 min 1,61
Appel anesthésiste > 10 min 1,51

HPP et Morbidité

Sur 876 641 accouchements américains, 25 674 HPP (2,93 %) :
  • Hospitalisation prolongée (> 7 j) : 2,6 %
  • Hystérectomie : 2,1 %
  • Coagulopathie : 1,8 %
  • Détresse respiratoire : 0,4 %
  • Insuffisance rénale : 0,3 %
  • Complication thromboembolique : risque multiplié par 3-5
  • Stress post-traumatique

HPP et Mortalité

Données françaises : - 2010-2012 : 23 décès (mortalité 1,2/100 000 naissances), 0 % non évitable - 2013-2015 : 22 décès (mortalité 1/100 000 naissances), 20 décès en post-partum, 15 post-césarienne en urgence Causes des décès maternels :
  • 17 % Suicides
  • 15 % Maladies cardiovasculaires
  • 8 % Embolies amniotiques
  • 7 % Accidents vasculaires cérébraux, Thromboembolies veineuses, Hémorragies obstétricales
Répartition temporelle : 10 % 1er trimestre, 40 % 2e-3e trimestres, 26 % pendant accouchement et 7 jours après, 13 % 8-42 jours, 11 % 43 jours-1 an.

Classification de Gravité de l'Hémorragie

Paramètre Classe I Classe II Classe III Classe IV
Perte sanguine (ml) < 750 750–1500 1500–2000 > 2000
Fréquence cardiaque (bpm) < 100 > 100 100–120 > 140
Pression artérielle Normale Normale Diminuée Diminuée
Pression pulsée (mmHg) Normale Diminuée Diminuée Diminuée
Fréquence respiratoire 14–20 20–30 30–40 > 40
Débit urinaire (ml/h) > 30 20–30 5–15 Négligeable
Statut mental Légèrement anxieux Anxieux Confus Somnolent
Choc index (Fc/TaS) : < 0,9 = rassurant, > 1,7 = gravité.

Prise en Charge HPP par Voie Basse

Équipe obstétricale :
  • Délivrance artificielle si non faite
  • Révision utérine si délivrance préalable
  • Sondage vésical évacuateur
  • Examen de la filière génitale
  • Sutures des plaies
  • Massage utérin
Équipe anesthésique :
  • Monitorage continu
  • Évaluation et maintien hémodynamique
  • Anesthésie pour les gestes endo-utérins
  • Ocytocine 5 à 10 UI IVL
  • Antibioprophylaxie
  • Prévention de l'hypothermie
  • Hémocue
  • Vérification carte de groupe et validité RAI
Gestes endo-utérins : conversion anesthésique de l'APD, rachianesthésie, anesthésie générale avec intubation.

Utérotoniques

Ocytocine : Augmente force et fréquence des contractions utérines en augmentant dans les cellules myométriales. - Grade A : efficace pour réduire incidence HPP - Dose : 5 ou 10 UI (renouvellement possible, max 40 UI) - Voie : IV ou IM - Effets indésirables : hypotension et tachycardie après injection rapide - Précaution : résistances possibles en fin de grossesse, distribution non-homogène Sulprostone : Relais après 15 à 30 minutes d'inefficacité de l'ocytocine : 500 µg/h puis 500 µg/5 h. - Risque majeur : vasospasme coronaire - Délai critique : administration retardée > 30 min multiplie risque d'échec par 8

Ballon de Tamponnement Intra-utérin

  • Volume maximum 500 ml sous contrôle échographique
  • Antibioprophylaxie 12 à 24 heures
  • Évaluation efficacité à 15 minutes
  • Mécanisme : pression hydrostatique sur artères utérines
  • Succès clinique rapporté

Embolisation Vasculaire

  • Succès clinique : 89,7 % (158/176)
  • Indépendant de la voie d'accouchement
  • Complications possibles : ménopause précoce
  • Fertilité ultérieure : 70-80 %
  • Risque : anomalie de placentation future

Acide Tranexamique (Antifibrinolytique)

Mécanisme : inhibite dégradation fibrine (PDF, tPA) en se liant aux récepteurs de lysine. Pharmacocinétique : demi-vie 2 heures. Dose maximale : 2 g (risque de nécrose corticale rénale au-delà). Étude WOMAN (20 000 femmes, 21 pays, 193 hôpitaux) :
Critère Acide Tranexamique (n=10 036) Placebo (n=9985) RR (IC 95 %) p
Saignement 155 (1,5 %) 191 (1,9 %) 0,81 (0,65-1,00) 0,045
Embolie pulmonaire 10 (0,1 %) 11 (0,1 %) 0,90 (0,38-2,13) 0,82
Défaillance organique 25 (0,3 %) 18 (0,2 %) 1,38 (0,75-2,53) 0,29
Sepsis 15 (0,2 %) 8 (0,1 %) 1,87 (0,79-4,40) 0,15
Éclampsie 2 (0,02 %) 8 (0,1 %) 0,25 (0,05-1,17) 0,057
Décès toutes causes 227 (2,3 %) 256 (2,6 %) 0,88 (0,74-1,05) 0,16
Conclusion : pourrait sauver 1/3 des femmes qui saigneraient à mort après l'accouchement. Environ 100 000 femmes meurent chaque année d'hémorragies graves post-accouchement. Études TRAAP : - TRAAP 1 (3 891 patientes) : 1 g Exacyl vs placebo après AVB, pas de différence sur HPP 500 ml (p = 0,07) - TRAAP 2 (4 431 patientes) : HPP > 1000 ml ou transfusion 2 CGR montrent bénéfice (26,7 % vs 31,6 %, p = 0,003) - Effets indésirables : plus de nausées/photo-phonophobie dans groupe Exacyl, pas de différence thromboembolique à 2 mois

Transfusion Sanguine

HPP sévère requiert transfusion dans 7,5 % des cas. Objectifs transfusionnels :
  • Hb > 8 g/dl
  • TP > 50 %
  • Plaquettes > 50 G/L
  • Fibrinogène > 2 g/L
Ratio CGR/PFC : 1/1 à 2/1. Quand transfuser CGR ?
  • Signes cliniques : tachycardie, hypotension résistantes au remplissage, hémorragie extériorisée importante
  • Biologiques : hémocue, Hb
Quand transfuser PFC ?
  • Ratio 1/2 à 1/1
  • Signes cliniques de CIVD
  • Bilan hémostase délocalisée
1ère commande : 3 CGR, puis associer PFC au-delà.

Fibrinogène

Essentiel à la formation d'un caillot solide. Baisse par consommation (hémorragie) ou dilution (remplissage). Seuil critique : 2 g/L. Administration préventive : 249 patientes randomisées (HPP sévère 1459 ± 476 ml), 2 g Fibrinogène vs placebo. - Pas de différence sur volume transfusion ou saignement - Pas de complication thromboembolique Étude FIDEL : 437 patientes, 23 centres. 3 g Fibrinogène dès Sulprostone. - Pas de différence volume saignement, cause HPP, statut hémodynamique, Hb - Taux transfusion > 2 CGR : 23,4 % vs 25 % (NS)

Hémostase Délocalisée (ROTEM)

Tests rapides : - Coagucheck : INR rapide (INR = TQ patient / TQ témoin). TQ normal 11-13 s. Explore facteurs II, V, VII, X et fibrinogène. - Thromboélastogramme ROTEM : temps de coagulation, temps de formation caillot, fermeté caillot (10-15 min), degré fibrinolyse

Prise en Charge HPP en Cours de Césarienne

Diagnostic : volume aspiré (sans liquide amniotique) + pesée des champs ≥ 500 ml ± altération constantes maternelles. Équipe obstétricale : hémostase chirurgicale rapide (hystérorraphie, suture plaies), communication. Équipe anesthésique :
  • Ocytocine 5 à 10 UI IV lente (max 40 UI)
  • Feuille de surveillance HPP
  • Expansion volémique par cristalloïdes
HPP persistante ± troubles hémodynamiques :
  • 2ème VVP ≥ 16G
  • Bilan : NFS, plaquettes, TP, TCA, Fibrinogène ± hémocue
  • Mise en réserve CGR
  • Hémostase chirurgicale conservatrice : capitonnage, compression, ligatures vasculaires (LBAU/LBAH)
  • Échec → Hystérectomie inter-annexielle (totale ou sub-totale)
Mesures de soutien :
  • Oxygène
  • Prévention hypothermie
  • Maintien pression artérielle : cristalloïdes ± colloïdes ± vasopresseurs
  • Conversion éventuelle en AG si instabilité hémodynamique
  • Limiter concentration halogénés (surtout si atonie)
  • ± Acide tranexamique
  • ± Transfusion CGR, PFC, fibrinogène, plaquettes

Prise en Charge HPP Retardée Post-Césarienne

Diagnostic : saignement vaginal excessif ± altération constantes maternelles. Examens : échographie abdo-pelvienne (rétention, hémopéritoine) si indiqué. Évaluation :
  • Remplissage (cristalloïdes ± colloïdes)
  • ± Vasopresseurs
  • Bilan hémostase
  • Hémocue
  • Évaluation hémodynamique
  • Feuille surveillance HPP
  • Concertation anesthésiste/obstétricien
Atonie utérine : massage utérin, ocytocine IV lente (max 40 UI), sulprostone si échec ou selon gravité. Hémopéritoine ± autre cause : (doute plaie utérine, pédicule utérin, autre).
  • Patiente stable : Laparotomie programmée
  • Patiente instable : AG d'urgence

Résumé des Points Clés

L'anesthésie obstétricale nécessite une compréhension approfondie des adaptations physiologiques de la grossesse qui modifient pharmacocinétique, cardiovasculaire, respiratoire et hémodynamique. L'anesthésie péridurale reste l'approche privilégiée pour le travail, offrant analgésie efficace avec sécurité maternelle et fœtale démontrées. La rachianesthésie et l'anesthésie générale restent des options essentielles pour la césarienne, avec gestion rigoureuse du bloc sympathique et anticipa des difficultés d'intubation. L'hémorragie de la délivrance demeure une urgence obstétricale majeure requérant protocoles rapidement activés, multidisciplinarité stricte et compréhension des enjeux de transfusion, utérotoniques et mesures chirurgicales conservatrices avant hystérectomie. La prévention, la reconnaissance précoce et la coordination équipe sont determinantes pour les résultats maternels optimaux.

Lancer un quiz

Teste tes connaissances avec des questions interactives