Anémies hémolytiques auto-immunes
50 cartesCette présentation aborde le diagnostic, l'épidémiologie, la physiopathologie, les formes cliniques, le diagnostic étiologique et les traitements des anémies hémolytiques auto-immunes.
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Anémies Hémolytiques Auto-Immunes (AHAI)
Anémies causées par la destruction des globules rouges due à des auto-anticorps.
I. Introduction
1. Définition
Anémie secondaire à la destruction deshématies par auto-anticorps dirigés contre des antigènes érythrocytaires.
C'est une anémie hémolytique extra-corpusculaire acquise.
2. Classification
Cette classification est essentielle pour comprendre les AHAI.
Classificationévolutive:
Forme aiguë
Forme chronique
Classification étiologique:
Formes idiopathiques (sans causeconnue)
Formes associées à une maladie immunologique
Formes associées à une maladie sans lien établi
Classification immunologique:
C'est la classification la plus clinique.
AHAI à auto-Ac «chauds» (IgG):
Actifs à .
Les plus fréquentes.
Hémolyse intratissulaire (principalement splénique).
AHAI à auto-Ac «froids» (IgM):
Actifs à .
Exemple: maladie chronique des agglutinines froides (MACF).
Hémolyse intravasculaire ou intratissulaire (principalement hépatique).
Hémoglobinurie paroxystique à frigore: Hémolysine biphasique (principalement chez l'enfant).
II. Épidémiologie
2ème cytopénie auto-immune après la thrombopénieimmunologique.
Incidence: 1-3 cas/100 000 habitants/an.
Légère prédominance féminine (sex-ratio 1.5-2).
Deux pics de fréquence:
Enfant:5 ans (prédominance masculine).
Adulte: 55 ans (prédominance féminine).
Les formes idiopathiques touchent plus les sujets jeunes, les formes secondaires les sujets âgés.
III. Physiopathologie
1. Rappel: l'hémolyse physiologique
Destruction des GR vieillis et libération de leur contenu.
Durée de vie moyenne du GR = 120 jours.
Vieillissement GR: diminution enzymatique, modification membranaire, perte de plasticité.
Phagocytose par macrophages du système réticulo-endothélial (SRE) (moelle osseuse, foie, rate).
Hémolyse intratissulaire: 90%.
Hémolyse intravasculaire: 10%.
2. Physiopathologie de l'AHAI
a) Production des auto-Ac contre les Ag érythrocytaires
La réponse auto-immune conduit à la reconnaissance des antigènes du globule rouge comme étrangers, déclenchant la destruction.
b) Conséquences de l'hémolyse
L'hémolyse pathologique a des conséquences spécifiques en fonction de son site.
Surl'hémolyse intratissulaire (la plus fréquente dans les AHAI à Ac chauds):
Anémie régénérative.
Globine: acides aminés récupérés.
Hème: porphyrine transformée en biliverdine, puis bilirubine non conjuguée (libre), transportée vers le foie.
Accumulation de la bilirubine non conjuguée peut causer un ictère.
Fer (Fe): stocké par les macrophages.
Splénomégalie due à l'hyperfonctionnement splénique.
Sur l'hémolyse intravasculaire (plus fréquente dans les AHAI à Ac froids):
Hémoglobinémie: libération d'hémoglobine dans le plasma.
Fixation de l'hémoglobine à l'haptoglobine effondrement de l'haptoglobine (marqueur diagnostic).
L'hémoglobine librepeut endommager le rein insuffisance rénale aiguë.
Hémoglobinurie (urines rouge porto) et hémosidérinurie.
IV. Diagnostic Positif (Focus sur l'AHAI à Ac chauds)
1. Circonstances de découverte
Tableau d'anémie hémolytique chronique +++ ou aiguë.
Suivi d'une pathologiepourvoyeuse d'AHAI (Lupus, LLC).
Découverte fortuite lors d'un hémogramme systématique.
2. Tableaux cliniques
a. Tableau d'anémie hémolytique chronique +++
Début insidieux.
Triade hémolytique: pâleur, ictère, splénomégalie.
Syndrome anémique: Asthénie, dyspnée, palpitations, céphalées, acouphènes; pâleurcutanéo-muqueuse, tachycardie, souffle systolique.
Ictère: franc ou sub-ictère conjonctival, non-cholestatique (selles normales, urines foncées orangées).
Splénomégalie: modérée, indolore, inconstante.
b. Tableau d'anémie aiguë (plus rare)
Urgence ++++.
Présentation aiguë et brutale.
Signes généraux: fièvre, frissons.
Signes fonctionnels: douleurs lombaires aiguës, urines très foncées («rouge porto»), anurie.
Signes physiques: syndrome anémique marqué, état de choc.
3. Bilan biologique = diagnostic positif
Ce bilan a 3 objectifsclés: Confirmer le caractère hémolytique, auto-immun, et identifier les anticorps.
a. NFS, taux des Réticulocytes, Frottis
Anémie: Hb < 12 g/dl (femme),< 13 g/dl (homme).
Normocytaire (VGM 80-100fl) ou macrocytaire (> 100fl).
Fortement régénérative:Réticulocytes > 120 000 é/mm³.
Lignées plaquettaire et blanche normales.
Frottis: Poïkilocytose, Anisocytose (macrocytes = réticulocytes), pas de schizocytes +++, érythroblastes circulants.
b. Bilan d'hémolyse
Diminution de l'haptoglobine ++++: effondrée en cas d'hémolyse intravasculaire.
Hyperbilirubinémie libre (non conjuguée).
Augmentation des lactates déshydrogénases (LDH).
Spécifique à l'hémolyse intravasculaire: hémoglobinémie, hémoglobinurie.
c. Test direct à l'antiglobuline (TDA ou Test de Coombs direct)
Ce test est la pierre angulaire du diagnostic d'AHAI.
Confirme le caractère immunologique de l'anémie hémolytique.
TDA polyspécifique: met en évidence les Ac fixés et/ou le complément sur les GR.
TDA monospécifique: détermine l'isotype de l'Ac (IgG, IgM, IgA) et/ou la présence decomplément (C3d).
Définir l'optimum thermique (réalisation à et ).
d. Test d'élution
Peu utilisé en routine.
Permet de déterminer l'antigène cible de l'auto-Ac.
V. Diagnostic Différentiel
Il est crucial d'éliminer les autres causes d'anémie hémolytique.
CAUSES CORPUSCULAIRES | CAUSES EXTRA-CORPUSCULAIRES |
|---|---|
Anomalie de l'hémoglobine: | Immunologiques: |
Anomalie de la membrane: | Mécaniques: |
Anomalie enzymatique: | Toxiques: |
Infectieuses: |
VI. Formes Cliniques
1. AHAI à anticorps froids
Tableau d'hémolyse intravasculaire et/ou tissulaire (foie).
Déclenché par le froid: acrosyndrome.
TDA: positif au complément et IgM.
2. AHAI à hémolysine bi-phasique
Crise hémolytique intravasculaire aiguë.
TDA: positif à IgG + complément ou complément isolé.
Spécificité: anti-P.
3. AHAI à test à l'antiglobuline directe négatif
Auto-anticorps non visés (ex: IgA).
Taux d'anticorps fixés faible.
Rare, nécessite d'éliminer toute autre cause d'anémie hémolytique.
4. Syndrome d'Evans
AHAI + syndrome hémorragique.
Association d'une AHAI à une thrombopénie immunologique.
VII. Diagnostic Étiologique
La recherche de la cause sous-jacente est cruciale pour le traitement.
1. Enquête étiologique
Interrogatoire: Âge, sexe, antécédents personnels (médicaments, maladies auto-immunes, thrombose, fausses couches), antécédents familiaux (hémopathie, maladies auto-immunes), infections récentes, signes fonctionnels associés (polyarthralgies, photosensibilité), signes généraux (fièvre, amaigrissement).
Examen clinique: Recherche de syndrome tumoral (adénopathies, splénomégalie), signes cutanés (masque lupique, livedo).
Bilan paraclinique: Toujours orienté selon le type d'auto-anticorps.
Si AHAI à auto-anticorps chauds:
Première intention: Bilan d'auto-immunité (AAN, ANCA), scanner thoraco-abdomino-pelvien (hémopathie, néoplasie), électrophorèse (Igmonoclonale, déficit immunitaire), sérologies virales (VIH, VHC, VHB).
Deuxième intention ou selon contexte: Bilan d'auto-immunité (anti-phospholipides), TEP scanner, BOM, biopsie ganglionnaire, phénotypagelymphocytaire, recherche infection CMV/EBV.
Si AHAI à auto-anticorps froids:
Première intention: Scanner thoraco-abdomino-pelvien, électrophorèse, immunophénotypagelymphocytaire.
Selon contexte ou deuxième intention: Sérologie mycoplasme, sérologie/PCR (VIH, VHC, EBV, CMV), BOM, biopsie ganglionnaire, phénotypage lymphocytaire.
2. Étiologies
Parmi les AHAI, les anticorps chauds sont les plus courants.
AHAI à anticorps chauds: 60-80%
Idiopathiques: 50-60%.
Secondaires:
- Maladie hématologique (LLC, Lymphome non-Hodgkinien, Myélome multiple)
- Maladies auto-immunes (Lupus, polyarthrite rhumatoïde,thyroïdite de Hashimoto)
- Médicaments (alpha-méthyldopa, AINS, pénicillines)
- Infections (VIH, hépatites virales)
- Grossesse
AHAI à anticorps froids:
Formes aiguës post-infectieuses: fréquentes chez l'enfant, post-pneumopathie atypique à Mycoplasma pneumoniae, post-infection virale (EBV, CMV).
Maladie des agglutinines froides:
Patients > 55 ans.
Crises hémolytiques déclenchées par le froid.
IgM monoclonale anti-I.
Secondaire: maladie de Waldenström ++.
"Idiopathique": nouvelle entité OMS 2022.
VIII. Complications
1. Complications liées à l'hémolyse
Hémolyse aiguë: état de choc, CIVD, insuffisance rénale aiguë.
Hémolyse chronique: lithiase vésiculaire, risque élevé de thrombose veineuse profonde.
2. Complications liées au traitement
Infections.
Thrombose.
IX. Évolution et Pronostic
1. AHAI à Acchauds
Secondaire: dépend de l'étiologie.
Primitive:
Facteurs de risque: âges extrêmes (< 1 an, > 75 ans), cardiopathie, anémie profonde/brutale.
Mortalité: 8% (sévérité de l'AHAI, complications infectieuses).
2. AHAI à Ac froids
Formes secondaires à infection: transitoires, guérison spontanée, risque complications HIV.
Maladie des agglutinines froides: poussées d'hémolyse avec rémissions, pronostic vital rarement engagé, altération qualité de vie.
Transformation en Lymphome de haut grade: exceptionnelle.
X. Traitement
1. Buts
Améliorer la qualité de vie.
Corriger l'anémie.
Obtenir une rémission complète (Hb > 12 g/dl sans stigmatesd'hémolyse).
2. Moyens
a. Moyens symptomatiques
Supplémentation en acide folique: 5 mg/jour per os.
Mesures de réanimation (hydratation, remplissage,oxygénothérapie).
Mesures générales: éviction du froid, éducation thérapeutique, vaccination antigrippale annuelle.
Attention à la transfusion: inefficace et dangereuse, à réserver aux situations extrêmes.
b.Traitement de fond (essentiellement pour AHAI à Ac chauds)
Corticothérapie:
Prednisone: 1 à 2 mg/Kg/jour (4-6 semaines).
Dégression lente après correction de l'Hb.
Réponse chez 80% des AHAI à Ac chauds.
Prévention systématique des effets indésirables (régime, Ca/Vit D, surveillance HTA/diabète/ostéoporose).
Bolus de méthylprednisolone pour situations graves.
Splénectomie:
Vaccinations anti-pneumococcique, anti-méningococcique, anti-Haemophilus 15 jours avant.
Antibioprophylaxie (pénicilline V) pendant au moins 2 ans.
Rituximab:
Ac monoclonal anti-CD20.
Dose habituelle: 375 mg/m² enIV (4 perfusions à une semaine d'intervalle).
Principaux EI: réactions allergiques, immunodépression, réactivation VHB.
Mesures préventives: vaccinations, surveillance VHB.
Peut être associé à une chimiothérapie.
Danazol: Androgène stimulant l'érythropoïèse.
Immunosuppresseurs: Cyclophosphamide, Azathioprine, MMF, Ciclosporine (délai d'action lent).
Nouvelles molécules: Visantle clone B (Bortezomib), visant le complément (inhibiteurs du complément, ex: Sutimlimab anti-C1s).
c. Traitement de l'urgence
Immunoglobulines intraveineuses (0.4 g/Kg/j pendant 5 jours).
Échange plasmatique: en milieu de réanimation.
3. Indications
Mesures symptomatiques pour tous les patients.
Pour les formes secondaires: traitement de l'étiologie.
La prise en charge diffère selon le type d'AHAI et la sévérité.
1. AHAI à auto-anticorps chauds
Hémolyse intravasculaire aiguë = URGENCE THÉRAPEUTIQUE ++++ (Hb < 6g/dl et/ou signes de choc):
Hospitalisation en USI.
Bolus de corticoïdes IV puis relais oral.
Rituximab si pas de réponse précoce.
Immunoglobulines intraveineuses.
Échanges plasmatiques si pas de réponse en 7-10 jours.
Hémolyse chronique non sévère:
1ère ligne: Corticothérapie.
2ème ligne(si échec ou rechute): Rituximab ou Splénectomie.
3ème ligne: Immunosuppresseurs, Danazol, nouvelles molécules.
2. AHAI à auto-anticorps froids
AHAI aiguës post-infectieuses: Régression souvent spontanée, antibiothérapie si pneumopathie bactérienne.
Maladie des agglutinines froides:
Corticoïdes et splénectomie = inefficaces +++.
Rituximab +/- bendamustine ou fludarabine.
Situations d'urgence: échanges plasmatiques, transfusion en CGR phénotypés pré-chauffés à .
XI. Conclusion
Le diagnostic d'AHAI est relativement facile.
Nécessite une démarche étiologique rigoureuse.
La prise en charge des patients réfractaires est difficile.
Espoir dans les nouvelles thérapeutiques ciblées.
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