7 - Délinquance sexuelle chez les mineurs
Aucune carteCe cours explore les caractéristiques, facteurs de risque, et recommandations de traitement pour les adolescents auteurs d'infractions à caractère sexuel (AAICS). Il aborde les aspects personnels, familiaux, psychiatriques et comportementaux, ainsi que les taux de récidive et l'impact de la victimisation antérieure.
La délinquance sexuelle des mineurs : Caractéristiques, spécificités, risques et traitement des AAICS
La délinquance sexuelle des mineurs, qualifiés d'Auteurs d'Infractions à Caractère Sexuel (AAICS), représente un domaine complexe nécessitant une approche approfondie pour comprendre leurs caractéristiques, les spécificités de leur parcours, les facteurs de risque de récidive et les approches de traitement recommandées. Il est crucial de contextualiser ces actes dans une trajectoire développementale et interactionnelle plus large, plutôt que de se limiter à la sphère sexuelle.1. Les caractéristiques des AAICS
Le statut d'AAICS est souvent vécu avec honte par le mineur, même s'il est l'auteur de ses actes. Ce groupe est hétérogène, mais certaines tendances peuvent être observées.a) L'histoire familiale
Bien qu'il n'y ait pas toujours de passé de maltraitances ou de traumatismes précoces, des dysfonctionnements familiaux sont fréquemment notés :- Une absence d'environnement protecteur et de soutien social, illustrée par des parents négligeants ou rejetants.
- Une incapacité à établir des relations interpersonnelles adéquates au sein de la famille.
- Une instabilité familiale caractérisée par une désorganisation, des événements traumatisants comme un décès ou un divorce, une inconsistance parentale, une sévérité excessive des parents, ou des placements multiples du mineur.
b) Les caractéristiques personnelles
Les AAICS peuvent présenter plusieurs caractéristiques individuelles :- Un manque de compétences sociales, affectant leur capacité à interagir sainement avec autrui.
- Un manque d'empathie envers les autres, en particulier leurs victimes.
- Des problèmes de violence et de contrôle des impulsions.
- Des difficultés scolaires telles que l'absentéisme, des troubles de l'apprentissage, des déficits attentionnels ou une hyperactivité.
- Une solitude prononcée.
c) Les symptômes psychiatriques
Les symptômes psychiatriques doivent être envisagés dans le cadre d'un processus développemental :- Des troubles des conduites et des traits antisociaux.
- Une hyperactivité (bien qu'un diagnostic d'hyperactivité ne prédispose pas à la délinquance sexuelle).
- Des abus de substances psychoactives.
- Des troubles du contrôle des impulsions, des symptômes dépressifs, des hallucinations auditives, des symptômes paranoïdes, ou une phobie sociale.
d) Le comportement sexuel
L'évaluation du comportement sexuel est cruciale, en abordant la puberté, le fonctionnement intime et les masturbations :- Des comportements sexuels inappropriés observés entre 6 et 12 ans.
- Des comportements sexuels non déviants précédant l'apparition d'intérêts sexuels déviants.
- Des expériences sexuelles consenties plus nombreuses que chez leurs pairs non délinquants sexuels.
- Un usage fréquent de matériel pornographique (estimé entre 29% et 89%).
- Des représentations inadéquates de la sexualité.
e) Les comportements délictueux
Les AAICS peuvent présenter des comportements délictueux variés :- Ils sont souvent des poly-délinquants, ne se limitant pas aux infractions sexuelles.
- Les délits sexuels sont variés, mais impliquent fréquemment des contacts oro-génitaux ou des tentatives de pénétration anale/vaginale.
- Les victimes sont souvent plus jeunes (entre 4 et 12 ans), des deux sexes (garçons, filles, ou femmes adultes), et connues de l'agresseur (famille, entourage proche).
2. Les spécificités des AAICS
La question se pose de savoir si les AAICS sont comparables aux adolescents délinquants en général ou aux adultes délinquants sexuels. Bien que des points communs existent, permettant de mobiliser certaines approches de traitement, des différences notables sont observées, notamment concernant la présence de troubles anxieux, d'introversion et d'isolement chez les AAICS. Il est observé une répétition des actes pendant l'adolescence, mais aussi une désistance fréquente au passage à l'âge adulte. Une intervention psychologique en adolescence offre une réelle opportunité de reprise de développement.a) Méta-analyse (Seto & Lalumière, 2010)
Cette méta-analyse suggère que les adolescents délinquants sexuels (ADS) ne diffèrent pas significativement des adolescents délinquants non-sexuels (ADNS) en termes de traits antisociaux, ni d'attitudes et croyances antisociales. Cependant, les ADS présentent des taux plus faibles de comportements antisociaux et délinquants, et ont des scores plus faibles d'affiliation à des pairs délinquants. Une hypothèse est que l'indifférenciation entre les ADS agressant des enfants et ceux agressant des pairs pourrait masquer des fonctionnements sous-jacents différents.b) Analyse comparative MACI (Glowacz & Born, 2013)
Cette étude révèle une similitude des profils, des troubles de la personnalité et des syndromes cliniques entre les délinquants non-sexuels et les adolescents agressant sexuellement des pairs (peer abusers). Pour les peer abusers, le délit sexuel s'inscrit souvent dans un fonctionnement antisocial. En revanche, une spécificité est observée chez les agresseurs d'enfants (child abusers) avec des troubles de la personnalité soumis et conformistes, une désapprobation corporelle et une anxiété. Comparés aux non-sex offenders, les délinquants sexuels (qu'ils soient child abusers ou peer abusers) présentent des troubles à l'échelle de l'inconfort sexuel. Il existe un sous-groupe de child abusers partageant des caractéristiques antisociales avec les peer abusers, ce qui peut les engager dans une délinquance mixte, sexuelle et non-sexuelle. Il y a donc une problématique sexuelle associée à des fonctionnements de personnalité distincts pour les peer abusers et les child abusers.3. Les facteurs de risque et de récidive des AAICS
La compréhension des facteurs de risque est essentielle pour la prévention de la récidive.a) Qu'en est-il de la récidive ?
Une minorité d'AAICS se spécialise dans une carrière criminelle sexuelle au-delà de l'adolescence, tandis qu'une proportion significative s'oriente vers une délinquance non-sexuelle ou cesse toute activité délinquante (Caldwell, 2002, 2009).Selon Caldwell (2009), une méta-analyse révèle un taux de récidive sexuelle de 7% et de récidive générale de 43.4% après un suivi de cinq ans. La récidive sexuelle est quatre fois plus élevée à l'adolescence qu'à l'âge adulte, avec un taux de désistance important à la fin de la maturation adolescente (Caldwell, 2010).
Une autre méta-analyse (McCann & Lussier, 2008) indique 53% de récidive principalement non-sexuelle et 12% de récidive sexuelle (variant de 2% à 30% selon les études) sur cinq ans. Des études comme celle de Nisbet, Wilson & Smallbone (2004) rapportent 70.3% de récidive dans des délits non sexuels à l'âge adulte.
Le taux de récidive des mineurs délinquants sexuels ne diffère pas de celui des mineurs délinquants non sexuels (Caldwell, 2007).
b) Les facteurs de risque de récidive – les variables individuelles
| Associés à la récidive sexuelle et générale | Spécifiques à la récidive sexuelle |
|---|---|
| Des indices d'impulsivité et d'antisocialité (Minner, 2002; Parks & Bard, 2006; Waite & al., 2005; Worling, 2001). | Des fantaisies sexuelles déviantes ou des intérêts déviants (Worling & Curven, 2000; Gretton, McBride & al., 2005). |
| Des expériences de sexualité déviante incluant une victimisation sexuelle (Khan & Chambers, 1991; Kenny & al., 2001). |
c) Les facteurs de risque de récidive – les variables psychosociales
| Associés à la récidive sexuelle et générale | Spécifiques à la récidive sexuelle |
|---|---|
| Peu de variables communes, mais des difficultés scolaires d'apprentissage et des problèmes de comportement. | Un isolement social. |
| De faibles habiletés relationnelles. |
d) Les facteurs de risque de récidive – les variables délictuelles
| Associés à la récidive sexuelle et générale | Spécifiques à la récidive sexuelle |
|---|---|
| Des antécédents de délinquance sexuelle officiels ou auto-révélés, et une délinquance non sexuelle (Langström, 2002; Nisbet & Smallbone, 2004). | Une utilisation de menaces verbales durant le délit (Khan & Chambers, 1991). |
| Des caractéristiques en lien avec la victime (sexe, âge, lien avec l'agresseur). | Un nombre élevé de victimes (Langström & Grann, 2000). |
| Une présence de distorsions cognitives favorisant l'agression. |
e) La récidive et le traitement
Les traitements jouent un rôle crucial dans la réduction de la récidive. Selon Reitzel & al. (2005), les AAICS ayant bénéficié d'un traitement récidivent moins (7.32%) que ceux non traités (18.93%). Plus spécifiquement, les AAICS ayant suivi un traitement cognitivo-comportemental complet récidivent moins (Winokur, Rozen, Batchelder & Valentine, 2006).Le taux de récidive des AAICS est généralement moindre que celui des adultes. Cependant, ce taux est plus élevé pendant l'adolescence, d'où l'importance de miser sur la reprise de développement à l'adolescence.
4. Les recommandations pour le traitement des AAICS (Jacobs & McKibben, 2000)
Les objectifs et interventions en matière de traitement des AAICS sont multiples et visent à une réintégration sociale et une prévention de la récidive.- Une reconnaissance du comportement délictueux, impliquant une diminution de la dénégation et une augmentation de la reconnaissance de la responsabilité de l'acte, y compris de la part des parents.
- Une interruption du cycle avant l'apparition de l'abus et un contrôle du comportement pour prévenir la récidive.
- Un entraînement à l'empathie envers la victime pour aider l'agresseur à comprendre l'impact de ses actes.
- Une gestion de la colère et un apprentissage de la maîtrise interne pour réguler les impulsions.
- Une correction des distorsions cognitives qui soutiennent le comportement délictueux.
- Une éducation sexuelle adaptée pour corriger les représentations inadéquates.
- Une compréhension des conséquences du comportement délictueux pour l'agresseur lui-même, la victime et sa famille.
5. De la victimisation à l'agression sexuelle à l'adolescence
Un antécédent d'abus sexuel augmente de 8% le risque de perpétuer le cycle de l'agresseur-victime. Chez les AAICS, entre 19% et 70% ont des antécédents de victimisation sexuelle, avec une moyenne de 30%. Ces expériences, souvent non suivies psychologiquement, peuvent devenir des vecteurs de transmission, non pas de manière linéaire, mais à travers les dynamiques et processus qu'elles engendrent. Ces vécus de victimisation peuvent prendre diverses formes :- Victime d'agression sexuelle au sein de la famille.
- Victime d'agression sexuelle en dehors de la famille.
- Exposition à des modèles sexuels déviants.
- Un contexte relationnel sexualisé dans le cadre familial.
a) Les facteurs de victimisation à risque
Plusieurs facteurs augmentent le risque qu'une victimisation mène à une agression :- Une victimisation en bas âge.
- Un taux élevé d'incidents abusifs.
- Une gravité et une sévérité de l'acte.
- La nature du lien au sein duquel a lieu l'abus sexuel.
- Un dévoilement tardif par rapport aux faits.
- Une perception d'un manque de soutien lors du dévoilement.
- Des symptômes de dissociation, qui impactent la capacité à comprendre l'expérience de la victime.
- Une qualité des relations d'attachement avec au moins un des deux parents.
b) Les AAICS et les dynamiques familiales
Certaines variables familiales sont essentielles à considérer :- Des relations avec les parents oscillant entre distance et fusion.
- Un degré de désorganisation familiale, de cohésion ou d'enchevêtrement.
- Une discontinuité des relations et une instabilité du lien paternel (et l'image du père).
- Des maltraitances physiques.
- D'autres manifestations de délinquance sexuelle dans la fratrie.
- L'attitude des parents lors du dévoilement.
c) La victimisation des parents
Près de 40% des adolescents auteurs ont un parent ou un grand-parent ayant été victime d'abus sexuel dans sa propre histoire familiale (entre 21% et 67%). Plusieurs mécanismes peuvent être en jeu dans ce contexte :- La transmission : des schémas intergénérationnels.
- La démission parentale : une incapacité à assumer le rôle protecteur.
- La permission : une légitimation inconsciente ou tacite des comportements.
- La désensibilisation : une banalisation des situations abusives.
- L'exacerbation : une intensification des problèmes sous-jacents.
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