4 - La délinquance sexuelle chez les femmes
Aucune carteCe document explore la délinquance sexuelle chez les femmes, abordant les difficultés méthodologiques, la prévalence, les caractéristiques démographiques et les antécédents de victimisation des délinquantes. Il examine également les antécédents psychiatriques, le fonctionnement psychologique, les comportements sexuels, les patterns d'abus, les étiologies, les modèles d'agression chez les codélinquantes, ainsi que les recommandations pour l'évaluation et le traitement.
La délinquance sexuelle des femmes : une réalité complexe et méconnue
La délinquance sexuelle chez les femmes est un phénomène réel, bien que rare et souvent sous-estimé par rapport à celle des hommes. Elle suscite souvent un choc, de l'incrédulité et un malaise en raison des stéréotypes de genre. Comprendre cette réalité nécessite une approche holistique, considérant à la fois les auteures, les victimes et le contexte familial et social.1. Prévalence et difficultés méthodologiques
Bien que la délinquance sexuelle féminine soit moins fréquente que masculine, elle est une réalité que l'on ne peut ignorer.a) Les chiffres
Aux États-Unis, les femmes commettent moins de 10% des délits sexuels, avec des estimations variant de 2% à 5% selon Allen (1991) et Cortoni & Hanson (2005). Cependant, elles sont impliquées dans 40% des délits sexuels commis par plusieurs auteurs (Giguere & Bumby, 2007).- Adultes : 1% des femmes adultes sont arrêtées pour viol et 6% pour d'autres délits sexuels (Kendall-Tacket & Simon, 1987 ; McCarty, 1986 ; Schultz & Jones, 1983).
- Adolescentes : 3% sont arrêtées pour viol, 5% pour d'autres délits sexuels violents et 6% pour d'autres délits sexuels (Wasserman & Kappel ; 1985 ; Snyder & Sickmund, 2006).
- En prison : Les femmes représentent 1% des délinquants sexuels et 2% de la population carcérale féminine (Giguere & Bumby, 2007).
- Exemple belge (SPF Justice, 2002) :
- En 1999 : 17 femmes condamnées pour attentat à la pudeur, 10 pour viol (moins de 1% des infractions pénales).
- En 2002 : 8 femmes condamnées pour attentat à la pudeur, 3 pour viol.
b) Les difficultés méthodologiques
L'étude de la délinquance sexuelle des femmes est confrontée à plusieurs obstacles :- Inclusion de comportements non délictueux : La ligne est parfois floue entre ce qui est délictueux et ce qui ne l'est pas, comme la question du "baiser forcé" (Fromuth & Burkhart, 1989).
- Échantillons réduits : Les études se basent souvent sur de petits groupes, ce qui limite la généralisabilité des résultats (Vandiver & Kercher, 2004).
- Focus sur les mineurs : La plupart des travaux se concentrent sur les délinquantes sexuelles sur mineurs (Deschacht & Genuit, 2000).
- Condamnations et qualifications légales : Historiquement, les cadres légaux ont pu biaiser la perception et l'enregistrement de ces délits. Par exemple, en Angleterre avant 1981, les femmes ne pouvaient être jugées qu'en tant que co-auteures et non auteures principales.
c) Sous-estimation des infractions : facteurs impliqués
Plusieurs facteurs contribuent à la sous-estimation de la délinquance sexuelle féminine :- Influences socioculturelles et stéréotypes : Les rôles sexuels traditionnels et une vision romantique de la sexualité féminine rendent difficile d'imaginer une femme comme agresseuse.
- Victimisation masculine ignorée : La conviction erronée que les hommes ne peuvent être victimes d'un délit sexuel.
- Biais des professionnels : Les officiers de police peuvent percevoir les femmes suspectées de délits sexuels comme moins dangereuses, et les soignants peuvent minimiser la gravité des faits en raison de stéréotypes. Cela peut conduire à des sanctions judiciaires moins sévères ou à une surveillance moindre par les services de protection de l'enfance.
- Réticence des victimes : Les victimes de femmes agresseuses peuvent hésiter à parler par honte, peur d'être questionnées sur leur identité sexuelle, ou crainte de la réaction des professionnels.
2. Caractéristiques des délinquantes sexuelles
Les délinquantes sexuelles constituent un groupe hétérogène, partageant certaines caractéristiques avec les hommes délinquants, mais présentant aussi des spécificités.a) Caractéristiques communes et spécificités
Elles partagent avec les hommes délinquants sexuels des caractéristiques comme :- De faibles capacités de coping.
- Des difficultés relationnelles et cognitives.
- Un déficit d'empathie envers la victime.
- Elles sont généralement plus jeunes au moment de l'arrestation.
- Elles ont une histoire de victimisation sexuelle beaucoup plus fréquente, souvent plus longue, diversifiée et sévère. Ce phénomène de répétition intergénérationnelle est une spécificité féminine.
- Un taux de tentatives de suicide beaucoup plus élevé (44% contre 15% chez les hommes). Ce taux élevé s'étend également aux membres de leur famille (50% contre 8%).
- Elles ont plus de partenaires sexuels que les hommes (11% des femmes n'avaient pas de partenaire l'année précédant les faits, contre 44% des hommes).
- Un passé criminel moins lourd.
- Elles sont plus souvent co-auteures avec un homme, parfois sous contrainte.
- Les infractions sont plus fréquemment commises dans un contexte de soins (corporels) et sur des membres de l'entourage.
- Elles commettent moins de viols, mais lorsque cela arrive, les victimes sont souvent du même sexe.
- Elles utilisent le sexe pour combler des besoins autres que le sexe, comme se rapprocher de l'autre (Cortoni, 2017).
- Elles considèrent moins avoir le droit de poser ces gestes, mais pensent que les hommes en ont le droit, devenant ainsi co-auteures.
b) Caractéristiques démographiques
- Âge : Elles ont généralement entre 17 et 47 ans, avec une moyenne d'environ 36,6 ans. Les premiers délits sont souvent commis entre 27 et 33 ans (Albardier, 2003).
- Origine : Majoritairement de type caucasien (Vandiver, 2006).
- Niveau socio-économique : Souvent peu éduquées, peu qualifiées, peu scolarisées, sans emploi ou avec un parcours professionnel instable (Matravers, 2005 ; Nathan & Ward, 2002). Elles proviennent de milieux pauvres ou modestes et connaissent plus de problèmes financiers que les hommes délinquants (Lewis & Stanley, 2000 ; Desfachelles & Cortoni, 2015 ; Allen, 1991).
c) Antécédents de victimisation
La victimisation est un facteur central dans la délinquance sexuelle féminine :- 47% à 95% des délinquantes sexuelles ont subi des maltraitances physiques, psychologiques ou sexuelles (environ 80%). Ces abus sont généralement perpétrés par des hommes plus âgés, souvent dans le cadre familial.
- Comparativement aux délinquantes non sexuelles, elles ont plus d'antécédents de violences (violence familiale, abus sexuels, inceste, maltraitance, négligence) (Gannon et al., 2008).
- Elles ont aussi plus d'antécédents judiciaires généraux (89% contre 52% chez les non sexuelles) et sexuels (44% contre 11%).
- La victimisation sexuelle qu'elles ont subie est souvent plus longue et plus sévère (Levenson, Willis & Prescott, 2015).
- Elles ont souvent grandi dans des environnements marqués par des carences affectives et éducatives, avec des relations parentales et fraternelles difficiles (Desfachelles & Cortoni, 2016 ; Harris, 2010 ; Allenby et al., 2012 ; Gannon, Rose & Ward, 2008).
- Une exposition prolongée à l'abus durant l'enfance peut normaliser la perception de la sexualité avec un enfant. Les délinquantes sexuelles ayant été abusées enfants peuvent ainsi développer une dépendance envers leurs propres enfants pour combler leurs besoins émotionnels.
- Des études sur les adolescentes délinquantes sexuelles montrent des taux de victimisation sexuelle subie de 78% à 100% (Hunter et al., 1993 ; Mathews et al., 1999).
d) Antécédents psychiatriques et fonctionnement psychologique
- Problèmes de santé mentale : Les délinquantes sexuelles présentent fréquemment des problèmes de santé mentale, plus que les femmes non délinquantes (Tardif et al., 2005 ; Fazel et al., 2010).
- Diagnostics : Moins de diagnostics psychiatriques globaux que les délinquantes non sexuelles (4,8 contre 6,4), mais plus de troubles de personnalité (3,6 contre 2,4).
- Troubles spécifiques : Dépression majeure et stress post-traumatique (PTSD) sont fréquents. Le PTSD chez les délinquantes sexuelles est souvent lié à une agression physique ou sexuelle durant l'enfance.
- Troubles de la personnalité : Diagnostiquées le plus souvent avec des personnalités limites (borderline), évitantes ou dépendantes. Elles sont plus handicapées par leurs troubles psychiatriques.
- Fonctionnement psychologique :
- Faible estime de soi, insécurité, inhibition (Decou et al., 2015).
- Habiletés sociales inadéquates (Hislop, 2001).
- Traits antisociaux : impulsivité, faible contrôle de soi, pairs antisociaux, attitudes antisociales, difficultés de résolution de problèmes (Ford & Cortoni, 2008).
- Dépendance émotionnelle et passivité (Desfachelles & Cortoni, 2016).
- Peur des hommes (Gannon & Rose, 2009).
- Isolement social (souvent lié à des antécédents familiaux violents).
- Immaturité émotionnelle, sentiment d'avoir été victimisée tout au long de leur vie.
- Consommation de substances : Fréquente (40% à 73%). Les délinquantes sexuelles présentent des niveaux élevés d'abus d'alcool, tandis que les non sexuelles ont plus d'abus de drogues. L'alcool et les psychotropes agissent comme désinhibiteurs et facteurs de risque.
- Prises en charge : Elles ont bénéficié de plus de prises en charge psychologiques (individuelles 83% vs 53%, de groupe 44% vs 14%) et ont connu plus de problèmes relationnels (50% vs 27%), mais moins de conflits avec leurs propres enfants (22% vs 64%).
e) Comportements sexuels
C'est un domaine peu exploré, mais marqué par des difficultés dans les relations intimes, voire une absence de telles relations. Les premiers rapports sexuels sont souvent tardifs et la satisfaction sexuelle est moindre. Elles peuvent être dépendantes au point de supporter l'exploitation sexuelle par leur partenaire. Les délinquantes sexuelles ont également subi plus d'avortements (0,89% vs 0,27%) et contracté plus de MST (0,33% vs 0,09%) que les non sexuelles.3. Les délits commis
Les délinquantes sexuelles opèrent souvent différemment de leurs homologues masculins.- Co-délinquance : 25% à 77% des délits sont commis avec un co-auteur, généralement masculin (Faller, 1987 ; Kaufman et al., 1995 ; McCarty, 1986 ; Green, 1999 ; Lewis & Stanley, 2000). On observe 38% de co-délinquance sexuelle chez les femmes (Williams & Bierie, 2015). Les premiers faits sont plus souvent commis avec un co-auteur, mais les récidives sont plus souvent solitaires (Albardier, 2003).
- Cibles : Elles ciblent des adolescents ou des enfants connus (Giguere & Bumby, 2007). Les faits commis sur les garçons/hommes sont qualitativement et quantitativement plus graves que sur les filles (Albardier, 2003). Les adolescentes ciblent des enfants connus des deux sexes, mais plus jeunes, souvent dans le cadre de baby-sitting et agissent seules (Oliver, 2007).
- Types de faits : Les faits les plus fréquents se déroulent lors des conduites de maternage et peuvent inclure :
- Usage de la violence.
- Pénétrations anales et vaginales.
- Masturbations réciproques.
- Contacts bucco-génitaux.
- Frottements génitaux sans pénétration.
- Modes opératoires : Recours plus fréquent à la persuasion et à la coercition verbale plutôt qu'à la force physique ou aux menaces.
- Auteures principales vs Co-auteures :
- Les femmes auteures principales décrivent des fantasmes sexuels au sujet de leur victime (mais pas des enfants en général). Leur désir est lié à l'image d'un homme adulte ou au sentiment de pouvoir dans la relation sexuelle.
- Elles sont plus susceptibles d'avoir de multiples jeunes victimes, des victimes féminines ou des deux sexes, de cibler des membres de la famille et d'avoir été condamnées pour des infractions non sexuelles en plus des infractions sexuelles.
4. Les victimes
Les victimes de délinquantes sexuelles sont souvent des enfants ou adolescents.- Âge : Souvent moins de 18 ans, avec plus de 50% des victimes âgées de 12 à 17 ans (Lewis & Stanley, 2000 ; Giguere & Bumby, 2007 ; Johansson-Love et al., 2006 ; Deschact & Genuit, 2000). Les victimes sont globalement plus jeunes que celles des agresseurs masculins (Albardier, 2003).
- Profils de victimes : Tardif et al. (2005) distinguent les femmes qui abusent des enfants de moins de 6 ans et celles qui abusent des pré-adolescents.
- Sexe : Peut être masculin ou féminin. Les garçons représentent 5% à 58% des victimes. Les enquêtes de victimisation montrent que 88% des garçons victimes d'infractions sexuelles rapportent que l'auteure était une femme.
- Relation auteur-victime : Le lien est souvent étroit, de proximité ou familial (mères, belles-mères, femmes ayant la garde de l'enfant, proches des parents).
5. Les patterns d'abus (Green & Kaplan, 1994)
Deux grands schémas d'abus ont été identifiés :a) Pattern 1 : Abus impulsif et reproduction de la victimisation
- L'auteure initie impulsivement l'activité sexuelle avec l'enfant (souvent le sien, et à l'âge où elle-même a été victimisée) après avoir perçu l'enfant comme excité ou séducteur.
- Elle nie généralement la gravité de son comportement et son impact sur l'enfant.
- Elle est parfois capable de reconnaître le lien entre sa propre expérience d'excitation sexuelle subie durant son enfance et son désir d'abuser sa victime.
b) Pattern 2 : Abus contraint ou influencé
- L'auteure n'initie pas le contact sexuel, mais est contrainte ou influencée par un autre adulte (souvent un partenaire masculin) à participer directement ou indirectement à l'abus (souvent sur une petite fille).
- Elle s'engage dans des activités sexuelles avec le partenaire en présence de l'enfant ou implique l'enfant dans cette activité.
- Elle s'identifie à sa propre mère non protectrice et semble reproduire ce rôle lors de l'abus subi pendant son enfance.
- Possède souvent une personnalité dépendante.
6. Les hypothèses étiologiques
Comprendre les causes de la délinquance sexuelle féminine est complexe et repose sur plusieurs hypothèses.a) Première hypothèse : reproduction de la victimisation et dynamique psychique
- Reproduction de la victimisation : L'abus est une reproduction de la victimisation que l'auteure a elle-même subie.
- Relation d'objet pathologique : Développement d'une relation d'objet pathologique (dyade enfant abusé – parent abuseur) à partir d'expériences de rejet ou de maltraitance physique, psychologique ou sexuelle (ex: père abusif, mère non protectrice) (Green, 1999).
- Tentative de maîtrise d'un trauma : L'abus actif, voire sadique, est une tentative de maîtriser un trauma subi passivement, tout en conservant un partenaire adulte physique agressif (Green & Kaplan, 1994).
- Substitution du partenaire sexuel adulte : Un garçon peut devenir un substitut de l'homme adulte (Mathews et al., 1991), en raison de relations difficiles avec les hommes adultes, d'une faible estime de soi et d'une immaturité sociale (Green, 1999).
- Réponse à un sentiment d'impuissance : Infliger des sévices sexuels, émotionnels et physiques à un enfant peut être une réaction au sentiment d'impuissance vécu par la femme.
b) Deuxième hypothèse : combinaison de facteurs
Le fait d'avoir été victime ne suffit pas à expliquer le passage à l'acte. C'est une combinaison de facteurs qui est en jeu :- Facteurs individuels : Troubles psychiatriques, abus de substances, déficits cognitifs, manque de compétences sociales, faible estime de soi, troubles de la personnalité.
- Facteurs environnementaux : Dépendance à des co-auteurs.
- Plaisir ou renforcement : Un plaisir ressenti lors des abus subis, ou des associations diverses entre excitation/plaisir et renforcement (ex: excitation sexuelle à la vue d'un enfant nu et plaisir de le toucher).
7. Le modèle des trajectoires de vie et du mode d'agression chez les codélinquantes sexuelles (Desfachelles & Cortoni, 2016)
Ce modèle décrit un processus en trois phases pour les co-délinquantes sexuelles :a) Phases 1 et 2 : l'enfance, l'adolescence et la vie adulte
Ces phases décrivent les facteurs de vulnérabilité et leur progression :- Difficultés émotionnelles, personnelles et sociales : Recherche d'amour et de protection, sentiment de rejet, isolement social, jalousie.
- Événements traumatiques.
- Environnement familial : Pauvreté, conflits avec la mère, manque d'affection, négligence et victimisations.
- Éducation : Incomplète, problèmes relationnels.
- Style de vie à l'adolescence : Marginal, chaotique, règles de vie strictes, précocité sexuelle.
- Relations antérieures : Négatives, grossesses, processus d'enlisement, pratiques parentales inadéquates.
- Ces éléments renforcent les facteurs de vulnérabilité, menant à la pauvreté, l'isolement social, la difficulté à être seule.
- Relation avec le co-délinquant : Souvent des relations codépendantes, perçues comme protectrices, avec des inégalités.
b) Phase 3 : le modèle d'agression
La distinction entre les co-délinquantes repose sur leur niveau d'implication et de motivation, souvent liées à :- Faire plaisir au conjoint.
- Obtenir un gain matériel.
- Échanger des services.
- Une peur des représailles.
- Implication passive : L'auteure est indifférente ou spectatrice, ne pose pas de gestes elle-même, mais facilite l'agression.
- Implication dirigée par son conjoint : L'auteure est contrainte ou se fait dicter les gestes à poser.
- Implication active : L'auteure initie les agressions ou pose les gestes elle-même.
- La femme asservie : Commet des agressions sous la contrainte de l'auteur principal. Elle ne cautionne pas les actes et ressent des sentiments négatifs (honte, dégoût).
- La femme impliquée : Majoritairement non contrainte, active durant les agressions, mais toujours en couple, jamais seule.
- La femme diversifiée : Active durant les agressions avec le conjoint, mais agresse également seule. Peut trouver un attrait ou une gratification sexuelle dans les agressions (quatre femmes ont rapporté un plaisir en agressant) ou combler un besoin émotionnel (sentiment de contrôle). La co-délinquance peut être un tremplin vers la délinquance solitaire (50% des co-délinquantes actives ont agressé seules par la suite).
8. Recommandations pour l'évaluation
Une évaluation rigoureuse est essentielle pour la prise en charge des délinquantes sexuelles.a) Approche pluridisciplinaire
Il est crucial d'articuler plusieurs sources et outils :- Sources : Dossier répressif, entretiens avec le sujet et son entourage.
- Outils : Questionnaires, épreuves projectives, mesures biologiques, entretiens.
- Nature et étendue des problèmes de comportements sexuels.
- Fonctionnement psychosocial.
- Besoins en soins de santé.
- Qualité des relations interpersonnelles.
- Contexte familial et environnemental.
- Expériences développementales (victimisation, traumatismes et leurs conséquences).
b) Évaluation du risque de récidive
Le taux de récidive générale est environ 20 fois supérieur à celui de la récidive sexuelle (Cortoni, Hanson & Coache, 2010), car les femmes, comme les hommes, peuvent s'engager dans divers comportements criminels non sexuels.- Facteurs de risque statiques (gender neutral) :
- Nombre d'antécédents criminels de tout type.
- Jeune âge (moins de 30 ans).
- Abus de substances.
- Personnalité antisociale.
- Facteurs de risque dynamiques : Ils sont encore largement inconnus en raison du faible taux de récidive sexuelle rendant la recherche difficile (Cortoni & Desfachelles, 2017). Cependant, des manifestations sexospécifiques (différentes entre les sexes) des facteurs de risque sont observées. Il est donc nécessaire de développer la recherche sur les facteurs de récidive propres aux femmes (Cortoni & Gannon, 2011).
- Outils d'évaluation : Le "Level of Supervision Inventory" (Andrews & Bonta, 1995) a une bonne validité prédictive pour la récidive générale chez les femmes (pas sexuelle) (Smith, Cullen & Latessa, 2009). Cependant, il a tendance à surestimer le risque chez les femmes à faible risque par rapport aux hommes.
| Cortoni, Hanson & Coache (2010) | Wijkman & Bijleveld (2013) | Sandler & Freeman (2009) |
| • délinquantes sexuelles ; follow up = 6,5 ans. | • délinquantes sexuelles des Pays-Bas ; follow up = 13 ans. | • délinquantes sexuelles de l'État de New York. |
| • Taux de récidive général = 20%. | • Taux de récidive général = 27,6%. | • Taux de récidive des délinquantes proxénètes (prostitution d'autrui) = 12,66%. |
| • Taux de récidive violente = 6%. | • Taux de récidive violente = 7,3%. | • Taux de récidive des délinquantes sexuelles traditionnelles (contact sexuel avec la victime) = 1,59%. |
| • Taux de récidive sexuelle après détection et sanction = 1,5%. | • Taux de récidive sexuelle après détection et sanction = 1,1%. | — |
9. Recommandations pour le traitement
Le traitement doit être adapté aux spécificités de la délinquance sexuelle féminine.a) Principes du traitement
- Interventions spécifiques : Développer des interventions basées sur la singularité du mode opératoire féminin.
- Similarités et différences : Apprécier les similarités et les différences entre les auteurs hommes et femmes.
- Besoins criminogènes et spécificités de genre : Cibler les besoins criminogènes tout en tenant compte des spécificités de genre (Cortoni, 2016 ; Cortoni & Gannon, 2013).
- Programmes adaptés : L'inclusion de femmes dans un programme de traitement masculin n'est généralement pas recommandée, sauf éventuellement une inclusion dans un programme mixte en fin de traitement (Covington & Bloom, 2006).
- Reconnaître la dualité victime-auteure : Chez beaucoup de délinquantes sexuelles, cette dualité est présente.
- Impact socioculturel : Considérer l'impact potentiel des messages socioculturels qui affectent l'identité féminine.
- Rôle des relations et de la famille : Honorer ce rôle dans et hors du contexte des interventions psycho-médico-sociales.
b) Variables à prendre en considération
La littérature souligne l'importance des variables suivantes :- Intérêt pour les expériences de victimisation.
- Symptomatologie psychiatrique (dépression, PTSD, abus de substances).
- Faible estime de soi.
- Culpabilité et honte.
- Empathie.
- Distorsions cognitives.
- Fantaisies sexuelles déviantes.
c) Domaines d'intervention
Le traitement doit s'axer sur les cinq grands domaines où les délinquantes sexuelles rencontrent des difficultés (Cortoni & Desfachelles, 2017) :- Les processus cognitifs.
- Les processus émotionnels.
- Les problèmes d'intimité et de relations.
- La dynamique sexuelle.
- Le fonctionnement psychosocial.
Conclusion
La délinquance sexuelle des femmes est un domaine complexe qui requiert une compréhension approfondie de ses spécificités, notamment la prévalence élevée de la victimisation, les troubles psychiatriques associés, les modes opératoires et les dynamiques de co-délinquance. Une approche intégrée, sensible au genre, est cruciale pour l'évaluation et le traitement, afin d'articuler les différentes facettes de ces trajectoires de vie uniques. Ignorer ces nuances entraverait les efforts de prévention, de justice et de réhabilitation.Podcasts
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