Théories des causes des migrations géographiques
Kart yokCe document présente les théories expliquant les motivations et les causes des migrations géographiques, en abordant les approches macrostructurelles et microstructurelles. Il inclut des concepts clés tels que les facteurs push/pull, la théorie du choix rationnel, la nouvelle économie des migrations et le rôle du capital social et des réseaux migratoires. Des données historiques sur les flux migratoires européens sont également fournies.
Ces notes couvrent les théories de la mobilité géographique et de la démographie des migrations, un sujet complexe impliquant diverses disciplines telles que la géographie, l'économie, la sociologie, l'anthropologie et les sciences politiques.
Généralités sur la Démographie et les Migrations
La démographie, en tant que science, s'est longtemps concentrée sur l'analyse démographique pure (naissances, décès). Cependant, la migration est devenue une sous-discipline importante, la démographie des migrations, décomposée en trois branches :
Les origines et causes des migrations
Les effets des migrations
Les politiques migratoires
Indicateurs et Concepts de Migration
Solde migratoire ou migration nette : Différence entre les entrées (immigrants) et les sorties (émigrants) d'un territoire.
Équation du bilan démographique : ; avec solde migratoire.Taux brut d'immigration () : Rapport du nombre d'immigrants à la population totale pour une période et un espace donnés.
Taux brut d'émigration () : Rapport du nombre d'émigrants à la population totale pour une période et un espace donnés.
Taux d'accroissement migratoire () : Rapport du solde migratoire à la population totale. . Il mesure l'effet de la migration sur la dynamique démographique.
Définitions Générales
Migration : « Déplacement d'une personne quittant son lieu de naissance ou de résidence pour un autre lieu. On distingue deux types de migration : les migrations internes (à l'intérieur d'un même pays) et les migrations internationales (d'un pays vers un autre) » (INED).
Migrants (internationaux) : Personnes qui partent d'un pays d'origine et arrivent dans un pays de destination.
Flux migratoire (courant migratoire) : Migrants partageant le même pays d'origine et de destination.
Migrants en route : Migrants entre le pays d'origine et le pays de destination.
Thématiques de Recherche en Démographie des Migrations
Origines et causes des migrations : Théories de la transition de mobilité, théories des coûts/bénéfices, nouvelle économie de la migration du travail, migration rurale-urbaine.
Effets des migrations : Taux de fécondité des femmes immigrées, migration et minorités, segmentation du marché du travail, santé sexuelle et reproductive des immigrés et réfugiés.
Politiques migratoires : Crise humanitaire et politique migratoire en Europe, changement climatique et politique migratoire, politiques migratoires restrictives, regroupement familial.
Pourquoi Entreprendre une Migration ? Les Approches Macrostructurelles
Les approches macrostructurelles se concentrent sur les facteurs globaux et structurels qui influencent les migrations.
Les « Lois » des Migrations d'Ernest George Ravenstein (1885, 1889)
Ernest George Ravenstein, géographe germano-britannique, a formulé des « lois » de migration à la fin du 19ème siècle.
Migrations et distance : La plupart des migrants se déplacent sur de courtes distances, généralement vers de grandes villes.
Migrations et étapes : Les villes en croissance rapide sont peuplées par des migrants des zones rurales avoisinantes ; les déficits ruraux sont ensuite comblés par des migrants de zones plus éloignées. (Moins valable aujourd'hui en raison des moyens de communication et de transport)
Courants et contre-courants : Chaque courant migratoire génère un contre-courant (migration de retour), bien que souvent en moindre proportion.
Différences rural-urbain : Les habitants ruraux sont plus enclins à migrer que les urbains (lié à l'urbanisation de son époque). (Moins valable aujourd'hui car décrit la mobilité liée à l'urbanisation historique)
Femmes & migrations : Les femmes sont plus enclines à migrer sur de courtes distances que les hommes. (Observation relative à une société patriarcale de son époque)
Technologie et migrations : Le développement technologique (transport, industrie) stimule les migrations.
Motif économique : Les motivations économiques sont les plus importantes, surpassant les lois oppressives, les impôts élevés, les environnements sociaux défavorables ou les climats peu attractifs.
Théorie de la Transition Migratoire (Jean-Claude Chesnais)
J-C Chesnais a adossé sa théorie de la transition migratoire (spécifique à l'Europe) à celle de la transition démographique.
Contexte Historique
À la fin du 19e et début du 20e siècle, la transition démographique a entraîné une forte croissance naturelle en Europe.
Les sociétés ont adopté des stratégies pour gérer cette croissance :
Limiter la fécondité (mariages reportés, contraception, avortement).
« Pousser » les jeunes adultes vers les villes ou l'étranger là où il y avait du travail (théorie du changement et de la réponse de Kingsley Davis, 1963).
La pression démographique s'est manifestée dans les régions rurales, entraînant une émigration des populations agraires vers les villes et l'étranger.
« Dans une économie rurale surpeuplée, l'émigration demeure, en effet, une soupape de sûreté tant que la pression démographique agraire n'est pas compensée par un accroissement suffisant des emplois dans l'industrie ou le secteur tertiaire » (J-C. Chesnais 1986).
Phases de la Transition Migratoire
La transition migratoire n'est pas seulement une émigration massive, mais aussi le passage d'
une société à solde migratoire négatif à une société à solde migratoire positif.
Émigration massive : En Europe, à la fin du 19e et début du 20e siècle, vers d'autres pays européens plus développés (ex: Italiens en France) ou hors d'Europe (Amériques).
Solde migratoire positif : Après l'émigration massive, les pays européens ont connu une immigration croissante.
Europe occidentale et nordique : depuis les années 1960.
Europe du Sud (Italie, Espagne) : depuis les années 1990.
Certains pays d'Europe centrale (Tchéquie, Hongrie, Slovaquie) : depuis les années 2010.
Facteurs Favorisant l'Immigration
Accroissement naturel faible et vieillissement de la population, réduisant le nombre d'entrées sur le marché du travail.
Croissance économique rapide et dynamique (Plan Marshall, mondialisation).
Héritage du colonialisme (liens avec les pays d'origine et afflux de leurs habitants).
Forte demande de main-d'œuvre immigrée, entraînant une segmentation du marché du travail.
La Théorie Économique Néoclassique : Le Modèle de Heckscher-Ohlin
Cette théorie pose que les pays sont caractérisés par des dotations différentes en facteurs de production (main-d'œuvre, terre, capital), ce qui explique les différences de salaires et motive la migration.
Si un pays dispose de peu de capital et de beaucoup de main-d'œuvre, les rendements du capital sont élevés et les salaires faibles. L'inverse est vrai pour un pays avec beaucoup de capital et peu de main-d'œuvre.
Les migrations se produisent des pays à bas salaires (beaucoup de main-d'œuvre) vers les pays à salaires élevés.
L'équilibre est atteint lorsque les proportions entre capital et main-d'œuvre s'égalisent, les salaires convergent, et les migrations s'arrêtent.
La théorie suppose une liberté de mobilité (absence de barrières politiques).
Limites de la Théorie Néoclassique
La mobilité réelle est plus faible que celle prévue par la théorie.
L'interchangeabilité de la main-d'œuvre entre secteurs et pays n'est pas complète (compétences spécifiques, linguistiques).
D'autres facteurs de production comme la terre, le climat, le capital spécifique (machines, technologie) et la productivité diffèrent entre les pays.
La spécialisation et les rendements d'échelle peuvent maintenir des différences salariales malgré les migrations.
Les barrières politiques limitent fortement la mobilité.
La Théorie de la Segmentation du Marché du Travail (Michael Piore)
Cette théorie postule que le marché du travail des pays capitalistes est divisé en deux segments distincts.
Marché primaire : Emplois stables (CDI, temps plein), bien rémunérés, bonnes conditions de travail, occupés par des salariés qualifiés (rôle des conventions collectives).
Marché secondaire : Emplois précaires (temps partiel, durée déterminée), moins bien rémunérés, sans conventions collectives ni sécurité d'emploi, moins prestigieux, souvent occupés par des minorités ou des ouvriers peu qualifiés et remplaçables (low-skilled & low-paid), sans perspective de promotion.
Implication pour la Migration
Les habitants des pays hôtes rechignent souvent à occuper les postes du marché secondaire.
La migration internationale découle d'une demande permanente de main-d'œuvre étrangère pour ces emplois du marché secondaire.
Les employeurs ne peuvent pas augmenter les salaires sur ce segment sans provoquer une pression à la hausse sur tous les salaires. Ils préfèrent donc importer des travailleurs étrangers prêts à accepter des salaires plus faibles.
Les travailleurs étrangers, souvent issus de pays à faible revenu et en situation précaire, acceptent ces postes car ils considèrent leur séjour comme temporaire ou que leur groupe de référence est dans leur pays d'origine, où ces salaires sont significatifs.
Pourquoi Entreprendre une Migration ? Les Approches Microstructurelles et Mésostructurelles
Ces approches se concentrent sur les niveaux individuels et de groupe pour comprendre les déterminants de la migration.
La Théorie du Push and Pull d'Everett Lee (1966)
Ce modèle analyse la migration comme le résultat de facteurs répulsifs et attractifs dans les lieux d'origine et de destination. Les individus évaluent ces facteurs avant de décider de migrer.
Facteurs en Jeu
Type de Facteur
Lieu d'Origine (Départ)
Lieu de Destination (Arrivée)
Répulsifs (Push)
Faibles revenus, chômage élevé, répressions politiques ou raciales, etc.
Barrières linguistiques et culturelles, manque de proches, etc.
Attractifs (Pull)
Famille, entourage social, perspectives de promotion (incitent à rester).
Meilleurs revenus, meilleure offre d'éducation, sécurité, etc.
Sélection des Migrants
Les migrants réagissant aux facteurs attractifs du lieu de destination sont souvent positivement sélectionnés (meilleur niveau d'instruction, plus jeunes, forte motivation).
Ceux réagissant aux facteurs répulsifs du lieu de départ sont parfois négativement sélectionnés (contraints à partir malgré des désavantages).
La Théorie du Choix Rationnel (TCR)
Cette théorie postule que le migrant est un individu rationnel cherchant à maximiser son utilité (satisfaction liée aux salaires, sécurité, qualité de vie, etc.).
La décision de migrer repose sur une estimation du rendement net, c'est-à-dire la différence entre les gains attendus dans le pays d'arrivée et les coûts de la migration.
La migration se produit si les salaires sont significativement plus élevés à destination ou si le chômage est plus important à l'origine.
Limites de la TCR
La rationalité est limitée : les décisions sont influencées par les expériences, les émotions et le manque d'informations.
Le cycle de vie d'un migrant joue un rôle crucial (les jeunes sans charges familiales sont plus mobiles).
Le contexte politique et économique (possibilité de s'installer, barrières linguistiques, reconnaissance des compétences) impacte la décision.
La Nouvelle Économie des Migrations
Cette approche se distingue de la TCR par un changement de perspective et d'objectifs.
Perspective : Du niveau individuel au niveau du ménage (famille).
Objectif : De la maximisation du profit à la minimisation du risque.
Critères d'évaluation : Les migrants potentiels estiment les rendements relatifs (et leur position sociale) par rapport à leur communauté d'origine.
Cette théorie s'applique particulièrement aux pays en développement où la migration sert de stratégie d'assurance. Par exemple, le salaire d'un membre de la famille migrant peut devenir la principale source de revenu en période de mauvaise récolte, même si son salaire est inférieur à celui de son village.
La Théorie de la Privation Relative
Cette théorie explique que les migrations peuvent être déclenchées par la perception d'inégalités socio-économiques au sein d'une communauté.
Si les inégalités socio-économiques apparaissent, elles entraînent un sentiment de frustration.
Les individus ou ménages comparent leur situation à celle d'autres membres de la communauté qui possèdent certains biens ou ont une meilleure situation économique.
La migration (souvent temporaire) devient un moyen d'obtenir ces biens ou d'améliorer sa situation par rapport au groupe de référence.
Si la migration temporaire devient permanente, le groupe de référence du migrant peut changer pour inclure la société de destination.
La Théorie Sociologique du Capital Social et des Réseaux Migratoires
Cette théorie met en évidence le rôle des chaînes et réseaux migratoires dans la facilitation des migrations.
Chaîne / réseau migratoire : Ensemble de contacts, liens interpersonnels et connaissances (autres migrants, membres de la famille, agences de travail) qui facilitent les migrations.
Ces réseaux fournissent du capital social :
Source d'informations.
Aide et soutien (matériel et non-matériel) pour le voyage et l'installation.
Frein aux illusions sur les perspectives migratoires.
Plus les barrières à la migration et à l'obtention de permis de travail/résidence sont élevées, plus le rôle des réseaux est crucial.
Cela explique les liens entre des lieux géographiques spécifiques d'origine et de destination (exemple : la communauté Bissa de Béguédo au Burkina Faso, surnommée 'Little Italy', et certains villages italiens producteurs de tomates).
Facteurs Affectant les Flux Migratoires en Europe (25 dernières années)
Les flux migratoires en Europe ont été structurés par plusieurs facteurs clés au cours des vingt-cinq dernières années.
Transformation des pays d'Europe du Sud et de l'Est : Passage de pays d'émigration à des pays d'immigration ou de transit.
Exemple : L'île de Lesbos en Grèce, où des migrants de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan sont retenus dans des camps.Explosion de la demande d'asile en Europe dans les années 1990 : Accroissement dans les années 2010, notamment avec le conflit en Syrie.
Développement des migrations pendulaires : Notamment les migrants Roms d'Europe de l'Est cherchant du travail en Europe de l'Ouest.
Proximité géographique et baisse du coût du transport : Facilitation des flux, souvent temporaires. Ces flux ont été interrompus par la crise de la Covid-19.
Questions d'Introduction
Théorie du Push and Pull
Selon Lee (1966), la migration est influencée par des facteurs positifs (attraction ou "pull factors") et négatifs (répulsion ou "push factors") tant dans la zone de départ que d'arrivée. Une plus grande différence entre ces facteurs augmente la probabilité de migration. Les migrants attirés par les "pull factors" sont souvent positivement sélectionnés (âge, instruction, motivation), tandis que ceux repoussés par les "push factors" sont négativement sélectionnés.
Flux Migratoires entre les États-Unis et le Mexique
La frontière américano-mexicaine est la "plus contrôlée et la plus traversée du monde" en raison des disparités socio-économiques. Le Mexique est une plaque tournante de l'immigration, avec des centaines de milliers de Mexicains et Centraméricains tentant la traversée, malgré la fermeture progressive de la frontière. Des flux de main-d'œuvre se caractérisent aussi par des retours des États-Unis vers le Mexique.
Conclusion et Points Clés
La migration est un phénomène complexe et multifactoriel, ne pouvant être expliqué par une théorie unique. Les différentes approches (macrostructurelles, microstructurelles, mésostructurelles) offrent des éclairages complémentaires sur les raisons qui poussent les individus et les groupes à migrer. Comprendre ces théories est essentiel pour analyser les dynamiques migratoires contemporaines et leurs impacts.
Les « lois » de Ravenstein, bien que datées, posent les bases de l'analyse migratoire en soulignant l'importance de la distance et des facteurs économiques.
La théorie de la transition migratoire de Chesnais explique l'évolution des pays d'émigration vers l'immigration, liée à la transition démographique et économique.
Les théories économiques (néoclassique, segmentation du marché du travail) mettent en lumière le rôle des disparités salariales et de la demande de main-d'œuvre.
Les théories individuelles et de groupe (Push and Pull, Choix Rationnel, Nouvelle Économie des Migrations, Privation Relative, Capital Social) éclairent les motivations et les réseaux de soutien des migrants.
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