Hémopathies malignes : LAM, LAL, SMD, SMP
39 kartLe cours porte sur les hémopathies malignes, incluant les leucémies aiguës myéloïdes (LAM), les leucémies aiguës lymphoblastiques (LAL), les syndromes myélodysplasiques (SMD) et les syndromes myéloprolifératifs (SMP). Il aborde leurs définitions, physiopathologies, présentations cliniques, diagnostics, traitements et complications, tels que le syndrome de lyse tumorale, la coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), le syndrome cave supérieur et la neutropénie fébrile. Des aspects spécifiques comme la lam promyélocytaire et les stratégies de traitement pour les sujets jeunes et âgés sont également discutés.
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Introduction aux Hémopathies Malignes
Les hémopathies malignes sont des cancers du sang, classifiés principalement en pathologies myéloïdes, lymphoïdes et plasmocytaires, et se distinguent par leur caractère aigu ou chronique.
Ces pathologies proviennent d'anomalies des cellules souches hématopoïétiques dans la moelle osseuse, entraînant une production anormale de cellules sanguines.
Classification Générale des Hémopathies
Pathologies Myéloïdes | Pathologies Lymphoïdes | Pathologies Plasmocytaires | |
|---|---|---|---|
Aiguës | Leucémies aiguës myéloïdes (LAM) |
|
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Chroniques |
|
| Myélome indolent |
Urgences et Complications des Hémopathies
Certaines situations requièrent une prise en charge immédiate en hématologie en raison de leur gravité.
Syndrome de lyse tumorale
Coagulation intravasculaire disséminée (CIVD)
Syndrome cave supérieur
Neutropénie fébrile
Anémie symptomatique
Leucostase (blocage vasculaire par un excès de globules blancs)
Syndrome d'hyperviscosité
Démarche Diagnostique
Le diagnostic des hémopathies malignes repose sur une combinaison d'examens.
Frottis sanguin
Myélogramme (examen de la moelle osseuse)
Cytométrie de flux
Biopsie ostéomédullaire
Ponction lombaire (pour l'atteinte neuroméningée)
Ponction d'adénopathie ou d'organe
Scanner/TEP scanner (pour l'étendue de la maladie)
Facteurs Pronostiques
Le pronostic et le choix thérapeutique sont influencés par plusieurs facteurs :
Terrain du patient (âge, comorbidités)
Cytogénétique (anomalies chromosomiques)
Biologie moléculaire (mutations génétiques)
Réponse initiale au traitement
Stratégies Thérapeutiques
Les objectifs du traitement sont d'obtenir une rémission et de prévenir la rechute.
Induction : Obtenir une rémission initiale.
Consolidation/Intensification/Entretien/Prophylaxie neuroméningée : Prévenir la rechute.
Stratégies disponibles :
Chimiothérapies
Immunothérapie
Thérapies ciblées
Thérapies cellulaires : allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH), CAR-T cells.
La guérison est définie par l'absence de rechute 5 ans après la fin du traitement, particulièrement dans les hémopathies agressives et aiguës.
Leucémies Aiguës (LA) : Myéloïdes (LAM) et Lymphoblastiques (LAL)
Les leucémies aiguës sont des hémopathies malignes caractérisées par l'accumulation de cellules hématopoïétiques immatures (blastes) avec des anomalies génétiques.
Définition
Hémopathies malignes caractérisées par l'accumulation dans le sang ou dans la moelle de cellules hématopoïétiques immatures ayant acquis des anomalies génétiques ou cytogénétiques leur conférant : un avantage prolifératif et un défaut de différenciation ; les blastes.
Physiopathologie
Mutations et/ou anomalies chromosomiques
Blocage de différenciation des cellules
Échappement à la mort cellulaire programmée (apoptose)
Augmentation de la prolifération cellulaire
Ces mécanismes entraînent une insuffisance médullaire (défaut de production de cellules sanguines saines) et un syndrome tumoral (accumulation des blastes).
Épidémiologie
LAM : 3428 cas en France en 2018. L'incidence augmente avec l'âge (médiane de diagnostic à 70 ans).
LAL : 900 cas en France en 2018, avec deux pics d'incidence : avant 15 ans (1/3 des cancers de l'enfant) et après 50 ans.
Facteurs Étiologiques
Leucémies Aiguës Myéloïdes (LAM)
Chimiothérapie préalable
Radiothérapie
Exposition aux benzènes
Prédisposition génétique
Transformation secondaire à un SMD ou SMP
Leucémies Aiguës Lymphoblastiques (LAL)
Radiothérapie
Exposition aux pesticides
Prédisposition génétique
Transformation secondaire à une LMC (présence du gène de fusion BCR-ABL)
Présentation Clinique
Syndrome d'insuffisance médullaire
Commun aux LAM et LAL, il résulte de la suppression de la production des cellules sanguines normales par les blastes tumoraux.
Syndrome anémique (pâleur, fatigue, dyspnée)
Neutropénie (fièvre, infections)
Syndrome hémorragique (pétéchies, ecchymoses, saignements)
Syndrome tumoral
Les manifestations varient selon le type de leucémie et l'organe infiltré.
LAM :
Hypertrophie gingivale
Atteinte cutanée (leucémides)
Splénomégalie (augmentation de la taille de la rate)
Leucostase
Envahissement neuroméningé (plus rare)
LAL :
Adénopathies (ganglions enflés)
Masse médiastinale (pouvant entraîner un syndrome cave supérieur)
Atteinte testiculaire
Atteinte osseuse
Envahissement neuroméningé (plus fréquent que dans les LAM)
Biologie
Hyperleucocytose ou neutropénie
Anémie, Thrombopénie
Blastes circulants (cellules immatures)
Syndrome de lyse tumorale
CIVD (plus fréquente dans les LAM)
Diagnostic et Classification
LAM | LAL | |
|---|---|---|
Critères |
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Pronostic et Évolution
Le pronostic est lié au terrain, à la cytogénétique, à la biologie moléculaire et à la réponse au traitement.
Sans traitement, l'évolution est rapidement fatale.
Bon pronostic chez l'enfant pour les LAL.
Rechutes fréquentes chez l'adulte pour les LAL et LAM, avec un pronostic à long terme encore péjoratif.
Cas particulier : Leucémie Aiguë Promyélocytaire (LAM3)
Tableau clinico-biologique évocateur :
CIVD au premier plan (hématomes, hémorragies muqueuses, céphalées, thrombopénie, TP et fibrinogène bas)
Neutropénie +/- blastes circulants ou hyperleucocytose modérée (<20 G/L)
Traitement à base d'acide rétinoïque et/ou d'arsenic (excellent pronostic).
Principales Urgences Thérapeutiques en Leucémie Aiguë
Les leucémies aiguës sont un ensemble de pathologies associées à des urgences médicales graves.
Syndrome de Lyse Tumorale (SLT)
Urgence métabolique due à la destruction rapide des cellules tumorales, libérant leur contenu dans la circulation.
Diagnostic :
Spontané ou secondaire au traitement (chimiothérapie)
Clinique : Oligurie/Anurie (diminution ou absence d'urination)
Biologie : Élévation de la phosphorémie, de l'acide urique et des LDH.
Complications biologiques : hyperkaliémie, élévation de la créatininémie, hypocalcémie.
Traitement :
Hydratation IV par NaCl (2 à 4 L/jour)
Allopurinol (pour réduire l'acide urique)
Rasburicase (enzyme uricolytique, risque d'hémolyse si déficit en G6PD)
Dialyse si élévation du phosphore persistante malgré l'hydratation.
Ne jamais supplémenter en calcium (risque de précipitations de phosphate de calcium).
Surveillance :
Clinique : poids (x2/jour), saturation en oxygène, diurèse (toutes les 6 heures).
Biologique : surveillance étroite toutes les 6-12 heures après le début du traitement.
Risque : Insuffisance rénale aiguë.
Syndrome Cave Supérieur :
Compression de la veine cave supérieure, souvent causée par une masse médiastinale (thymome, adénopathies).
Diagnostic :
Clinique : dyspnée, œdème du visage, céphalées, circulation veineuse collatérale visible.
Imagerie : gros médiastin au scanner.
Complication : thrombose, embolie pulmonaire.
Traitement :
Traitement étiologique de la cause.
Corticothérapie dès la biopsie (réduction rapide de la masse).
Anticoagulation efficace (face au risque thrombotique).
Surveillance :
Clinique : saturation, auscultation pulmonaire, fréquence cardiaque.
Surveillance du traitement anticoagulant.
Coagulation Intravasculaire Disséminée (CIVD)
Urgence hématologique caractérisée par une activation systémique de la coagulation et de la fibrinolyse.
Diagnostic | Traitement | Surveillance |
|---|---|---|
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Neutropénie Fébriles :
Complication fréquente, grave et potentiellement létale due à l'immunodépression.
Diagnostic :
Fièvre associée à une numération des polynucléaires neutrophiles (PNN) < 0,5 G/L.
Toute neutropénie fébrile doit être considérée comme une infection bactérienne jusqu'à preuve du contraire.
La fièvre peut être masquée par la corticothérapie (LAL).
Recherche des signes de gravité : Pression Artérielle < 90/60 mmHg, Saturation < 95%, marbrures, troubles de la conscience.
Traitement :
Urgence thérapeutique absolue.
Antibiothérapie à large spectre immédiate, même en l'absence de signes de gravité.
Aminosides et remplissage vasculaire si signes de gravité.
Hémocultures et ECBU (examen cytobactériologique des urines) à réaliser juste avant de débuter les antibiotiques.
Surveillance :
Clinique : PA, FC (fréquence cardiaque), Saturation toutes les 30 min à 2h selon la gravité. Diurèse toutes les 6 heures.
La fièvre peut aggraver la thrombopénie : NFS (numération formule sanguine) plaquettaire au moindre doute.
Risque : Choc septique, insuffisance rénale, décès.
Démarche diagnostique et thérapeutique spécifique si persistance de la neutropénie (recherche d'infections fongiques).
Prise en Charge Thérapeutique des Leucémies Aiguës
Traitement des LAM :
Patients « fit » (en bonne condition physique) :
Induction par chimiothérapie à haute dose (Anthracycline + Cytarabine) +/- thérapie ciblée (inhibiteurs IDH, FLT3).
Consolidation : cytarabine seule si bon pronostic, allogreffe de CSH si pronostic défavorable.
Patients « âgés ou unfit » (fragiles) :
Azacitidine +/- Vénétoclax ou thérapie ciblée jusqu'à la progression de la maladie.
Cas particulier LAM3 : Traitement à base d'acide rétinoïque et/ou d'arsenic (excellent pronostic).
Traitement des LAL :
Protocoles de chimiothérapies complexes, successifs (anthracyclines, vincristine, Asparaginase, Cytarabine, Méthotrexate) et sur une longue période, avec traitement d'entretien.
Corticothérapie à fortes doses.
Thérapies ciblées : inhibiteurs de tyrosine kinase pour les LAL Philadelphie+.
Immunothérapie : Blinatumomab, CAR T-cells.
Allogreffe de CSH pour les sujets jeunes avec des éléments de mauvais pronostic.
Radiothérapie cérébrale dans certains cas.
Soins de Support en Leucémie Aiguë :
Essentiels pour gérer les complications de la maladie et du traitement.
Infrastructure dédiée : unités de soins intensifs hématologiques, chambres protégées.
Préservation de la fertilité (si possible).
Voies d'abord dédiées : PICC-Line, KT central.
Équilibre hydro-électrolytique et supplémentation en oligoéléments.
Transfusions de concentrés de globules rouges (CGR) et de plaquettes.
Antiémétiques (Plitican/Primperan, Zophren).
Prophylaxies anti-infectieuses : antifongiques (Posaconazole pour LAM), antiviraux (Acyclovir) et antipneumocystis (Bactrim ou Pentacarinat).
Soutien psychologique essentiel, axé sur la relation patient/soignant.
Allogreffe de Cellules Souches Hématopoïétiques (CSH)
Objectif
Éliminer les cellules leucémiques résiduelles par l'effet Graft versus Leukemia (GvL) du nouveau système immunitaire du donneur, réduisant ainsi le risque de rechute.
Inconvénients et Complications
Toxicité liée au conditionnement (chimiothérapie et/ou radiothérapie intense pré-greffe).
Rare non-prise de greffe.
Nécessité d'un donneur compatible (HLA).
Effet Graft versus Host (GvH) : le système immunitaire du donneur attaque les cellules saines du receveur.
Aiguë : touche peau, foie, tube digestif.
Chronique : tableau clinique pléomorphe.
Complications infectieuses et tumorales dues à l'immunosuppression prolongée.
Syndromes Myélodysplasiques (SMD)
Les SMD sont un groupe hétérogène d'hémopathies malignes caractérisées par une hématopoïèse inefficace.
Définition
Hémopathies malignes caractérisées par des anomalies qualitatives (dysplasie) de la formation d'une ou plusieurs lignées sanguines. La cellule atteinte est la cellule souche hématopoïétique médullaire ayant acquis des anomalies génétiques ou cytogénétiques entraînant une mort cellulaire excessive responsable d'un défaut de production des cellules matures.
Contrairement aux leucémies aiguës, l'excès de blastes n'est pas le critère principal ; c'est le défaut de production de cellules matures qui prédomine.
Incidence
4735 cas en France en 2018.
L'incidence augmente avec l'âge (âge médian de diagnostic 65-70 ans).
Facteurs Étiologiques
Chimiothérapie
Radiothérapie
Exposition aux benzènes
Prédisposition génétique
Secondaire à SMD ou SMP (cas de transformation évolutive)
Présentation Clinique
Souvent de découverte fortuite.
Syndrome anémique (le plus fréquent).
Neutropénie (infections) et thrombopénie (saignements).
Manifestations auto-immunes associées possibles.
Biologie
Neutropénie, anémie, thrombopénie.
Anomalies morphologiques au frottis sanguin (dysplasie).
Diagnostic
Myélogramme : recherche de dysplasie et % de blastes.
Caryotype : évaluation des anomalies chromosomiques (important pour le score pronostique).
+/- Cytométrie de flux.
+/- Biologie moléculaire.
Évolution
Aggravation progressive des cytopénies et des complications associées.
Évolution vers une forme frontière SMP/SMD.
Transformation en leucémie aiguë myéloïde (LAM) : complication la plus grave.
Pronostic et Traitement
Le pronostic est basé sur le terrain du patient, le pourcentage de blastes, le caryotype et les données de biologie moléculaire.
Traitement des cytopénies : EPO pour l'anémie, Luspatercept, transfusions sanguines, agonistes des récepteurs de la TPO pour la thrombopénie.
Agents hypométhylants (Azacitidine) +/- thérapies ciblées : traitement suspensif.
Lénadidomide pour les SMD avec délétion 5q.
Traitement curatif pour patients jeunes : allogreffe de CSH, précédée d'une chimiothérapie d'induction si nécessaire.
En Résumé : Prise en Charge des Leucémies Aiguës
Traitement général
Le traitement des leucémies aiguës repose sur le terrain du patient, certains marqueurs moléculaires, et le pronostic de la maladie.
Sujets jeunes
Objectif : Curatif.
Phase d'induction : Chimiothérapie.
Consolidation : En fonction des facteurs pronostiques.
Évaluation de la réponse : Importance du concept de maladie résiduelle minimale.
Allogreffe de CSH : Pour les maladies de mauvais pronostic, lorsque le risque de rechute est supérieur au risque de l'allogreffe.
Risque de rechute : Important durant les deux premières années et jusqu'à 5 ans après la fin du traitement.
Soins de support : Essentiels : transfusions, anti-infectieux, environnement spécialisé.
Sujets âgés ou non éligibles à un traitement intensif
Traitement : D'intensité réduite (agents hypométhylants + Vénétoclax).
Modalités : Possiblement ambulatoire (hôpital de jour, hospitalisation à domicile) avec des soins de support.
Pronostic : Plus défavorable.
Avancées thérapeutiques
Développement des thérapies ciblées et de nouvelles stratégies innovantes (immunothérapies, CAR-T cells).
Surveillance au long cours
Suivi régulier en consultation ou en hôpital de jour.
Gestion des cytopénies résiduelles :
Anémie : EPO, Luspatercept, transfusions.
Thrombopénie : Transfusions, agonistes de la TPO.
Neutropénie : Prophylaxies anti-infectieuses.
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