Genèse et structuration du champ politique
20 kartCe chapitre explore la formation et l'évolution du champ politique, en se concentrant sur les facteurs historiques, sociaux et culturels qui ont conduit à la professionnalisation de la vie politique et à l'émergence des partis politiques.
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Introduction : Le Concept de Champ Politique
Leconcept de champ, introduit par Bourdieu, est essentiel pour analyser la politique. Ils'agit d'un espace social spécialisé et autonome, régi par ses propres règles et enjeux, où s'affrontent des acteurs accumulant du capital politique spécifique.
Espace structuré et hiérarchisé : Comprend des positions dominantes et dominées (ex: président, ministre, maire, député). L'analyse se concentre sur les positions, pas les individus.
Enjeuxspécifiques : Chaque champ a ses propres enjeux, irréductibles à d'autres. L'activité politique peut paraître ésotérique aux profanes (effet de champ).
Autonomie relative: Le champ politique est autonome mais sa conquête de positions dépend des profanes (élections). Il est influencé par des logiques internes (luttes) et externes (électeurs).
Capital politique : Forme de capital spécifique au champ politique, valorisée par le suffrage universel.
Habitus : Nécessite un ensemble de dispositions propres pour y intervenir.
Champ de force et de lutte :
Champ de force : Les acteurs respectent les règlessous peine d'exclusion.
Champ de lutte : Affrontements entre conservateurs (positions dominantes) et transformateurs (positions dominées).
Frontières perméables : Le champ n'est pas fermé(ex: rôle des journalistes, des citoyens). Les acteurs ont intérêt à son maintien malgré les luttes internes.
Première Partie : L'Organisation de la Vie Politique
Chapitre 1 : Genèse et Structuration du Champ Politique
Introduction : La Troisième République, une Période Charnière (1870-1940)
Contexte de nationalisation et politisation de la société française. Le vote, d'abord encadré, devient une pratique libreet appropriée.
Contexte historique :
Mise en place de la démocratie représentative.
Transition vers un régime républicain stable.
Évolution du suffrage universel masculin (1848).
Transformations majeures :
Généralisation et appropriation du vote.
Développement des marchés politiques.
Professionnalisationde la sphère politique.
Politisation croissante de la société.
I- L'Invention de la Politique Moderne
1. L'Extension des Marchés Électoraux
A) Le Développement d'une Civilisation Électorale
Avant 1848 (suffrage censitaire) : Marchés électoraux réduits, relations personnelles et clientélisme (promesses de biens matériels/symboliques).
Après 1848 (suffrage universel masculin) : Nombre d'électeurs explose (250 000 à 10 millions).
Acculturation au vote lente : Forte abstention initiale.
Vote communautaire : Encadré par le maire/curé.
B) La Transformation des Formes de la Mobilisation Électorale
Début : Continuité du clientélisme (argent, pots-de-vin, emplois).
Évolution : L'acte électoral s'individualise progressivement.
C) Les Transformations de la Compétition Politique
Extension des marchés : Impossible de maintenirdes relations personnelles. Mobilisation sur des facteurs idéologiques.
Nouveaux acteurs : Républicains (bourgeoisie capacitaire) contestent les notables, proposent des programmes et politisent le champ.
Compétition symbolique : Lutte pour représenter les groupes sociaux au parlement.
2. La Consolidation de la République
A) La Proclamation de la République (1870)
Instabilité post-révolutionnaire : Succession de régimes.
Affirmation progressive : Luttes politiques intenses pour imposer la République.
Débat central : Nature du régime (Monarchie vs République).
Chronologie des régimes :
Période
Régime
Dirigeant
1789-1792
Monarchie constitutionnelle
Louis XVI
1792-1804
Première République
Convention, Directoire, Consulat
1804-1814
Premier Empire
Napoléon Ier
1814-1830
Restauration
Louis XVIII, Charles X
1830-1848
Monarchie de Juillet
Louis-Philippe
1848-1852
Deuxième République
Louis-Napoléon Bonaparte
1852-1870
Second Empire
Napoléon III
1870
Début de la Troisième République
(Proclamation)
B) La Commune de Paris (1871)
Insurrection : Parti de l'armée et mouvement ouvrier.
Répression : La semaine sanglante par Adolphe Thiers consolide sa légitimité.
Divisions monarchistes : Empêchent la restauration.
C) La Crise du 16 Mai 1877
Conflit : Mac-Mahon (monarchiste) vs Chambre (républicaine).
Conséquence : Mac-Mahon capitule, renforçant le parlementarisme et minorant le rôle du chef de l'État.
Républicains au pouvoir : À partir de 1879 (Chambre et Sénat).
3. La République et sa Politisation
A) La Diffusion des Symboles Républicains à l'École
Ritualisation : 14 juillet (fête nationale), célébration de la Révolution.
Éducation civique : Lois Ferry (1881-1882) : gratuité, obligation, laïcité.
Objectif : Former des citoyens, lutter contre l'influence des notables et du clergé.
Formation des instituteurs : les hussards noirs de la République.
Concurrence: Lutte contre l'école religieuse et le pouvoir du curé.
B) La Diffusion d'une Politique Culturelle Nationale
Abandon de la violence : Promotion du vote comme seul mode légitime d'expression politique.
Stigmatisation : D'autres formes d'action (charivari) sont jugées "primitives".
Vote = acte pacifique, rationnel, instrument d'ordre et de progrès (Louis Blanc, Jules Steeg).
C) La Politisation et son Débat Historiographique
Définition : Développement de l'intérêt pour la politique dans la population.
Processus graduel : En France majoritairement rurale.
Thèse d'Eugen Weber (top/bottom) : Intégration tardive des paysans, politisation par nationalisation (communications, scolarisation, suffrage, Première Guerre mondiale).
Analyses par le bas : Rôle des identités locales (Anne-Marie Thiesse, Jean-François Chanet, Maurice Agulhon). Politisation par imprégnation (sociabilités méridionales, figures bourgeoises).
Appropriation variable: Vote reste une démarche socialement contrôlée.
Transformations économiques : Affaiblissent la dépendance sociale et le clientélisme.
II. La Professionnalisation Politique
L'activité politiquedevient une carrière spécialisée, nécessitant des savoir-faire spécifiques.
I. Les Notables Traditionnels
Élites dominantes : Fondent leur autorité sur leur autorité sociale antérieure (estime, ancrage local, terres,richesse).
Légitimité traditionnelle (Weber) : Pratiques clientélistes, relations "enchantées" (Garrigou).
Définition : Pouvoir politique issu de la ratification de l'autorité sociale évidente (Siegfried).
II. Les « Nouveaux Entrepreneurs Politiques »
Contestataires : Bourgeoisie capacitaire (médecins, enseignants, journalistes, avocats). Représentent de nouvelles classes sociales.
Politique = affaire d'idées : Mobilisent des ressources collectives (organisation partisane).
Exemple : Jules Guesde (Parti Ouvrier), incarne un porte-programme national, non personnel.
Représentation : Augmentation des élus issus de catégories moyennes (mais surreprésentation des classes supérieures reste forte).
Nouvelles techniques : Meetings, redéfinition des relations électorales via des programmes.
III. Une Double Reconversion
Émergence du professionnel : Les notables se professionnalisent, les nouveaux entrepreneursse notabilisent.
Déclin des nobles en politique : Démocratisation progressive (35 % en 1871 à 3 % en 1945).
Notables s'adaptent : Fontcampagne, présentent des programmes, structurent des partis.
Notabilisation des entrepreneurs : Élire localement change le statut social (Jules Guesde à Roubaix).
Exemple : Baron de Mackau, député de l'Orne, formalise ses savoirs (fichage des électeurs, assistant permanent).
III. Faire Campagne
I. L'Évolution des Pratiques Électorales
Indemnité politique :
Révolution Française : \$18 livres/jour pour compenser.
1848 : Institutionnalisation de l'indemnité de mandat.
1889 : Création de l'indemnité de 9000 francs, permettant de "vivre de la politique".
Campagnes électorales : Apparaissent fin du Second Empire, actions pour diffuser des idées et rallier des électeurs.
Réglementation :Séparation du temps politique et ordinaire, moralisation des pratiques.
II. Les Savoir-Faire Électoraux
Types de biens distribués :
Divisibles privés : argent, emplois.
Indivisibles privés : faveurs collectives, menaces.
Divisibles publics : décorations, postes administratifs.
Indivisibles publics : discours politiques, programmes.
Moralisation : Disparition des biens privés divisibles (perçus comme corruptions).
Rationalisation : Manuels électoraux, meetings, agents électoraux.
Persistance : Le vote reste collectif et communautaire.
VI. Émergence des Partis Politiques
I. Des Produits du Suffrage Universel
Reconnaissance tardive : Encadrés par la loi de 1901 sur les associations.
Hostilité historique : Associés à la division, contre l'idée d'intérêt général.
Définition : Organisation durable, pérenne, visant la conquête du pouvoir, mobilisant des soutiens populaires.
Origines :
Partis de création externe (Maurice Duverger) : Portés par de nouveaux acteurs (partis ouvriers). Organisation partisane comme ressource. Basés sur le nombre, idéologie claire. Ex: PCF.
Partis de création interne : Autour de personnalités (partis de cadres). Structures légères, peu de ressources collectives. Ex: Radicaux.
Rôle (Max Weber) : Recruter et organiser les masses.
"Proto-partis" (Paulo Pombeni) : Clubs, cafés, mouvements religieux. Apparition liée aux mutations sociales (individualisation, pluralisme).
II. La Reconnaissance Tardive des Partis Politiques en France
Premiers partis : Partis ouvriers (années 1870-1880), basés sur le nombre, revendications sociales. Ex: Guesdistes (marxistes), Possibilistes, Blanquistes.
Premiers partis modernes (après 1901) :
Parti Républicain Radical et Radical-Socialiste (1901) : Création interne, défenseurs de la République, se notabilisent, faible discipline interne.
Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO, 1905) : Regroupement de socialistes, discipline partisane, investiture de candidats engagés. Faible nombre de membres, petite bourgeoisie majoritaire.
Scission de Tours (1920) : Conflits sur la guerre, le programme. Majorité fonde le PCF, minorité autour de Léon Blum continue avec la SFIO.
Parti Communiste Français (PCF, 1920) : Exemple unique de parti de masse en France. Nombreux adhérents, dirigeants d'origine modeste, "ouvriérisation" des cadres.
Organisations de droite : Plus tardives, moins structurées.
Fédération Républicaine (1903): Ligne politique fluctuante.
Alliance Républicaine Démocratique (1901) : Centre droit, républicains convaincus.
Ligue de l'Action Française (1899) : Extrême droite, royalisme, xénophobe, grande influence intellectuelle.
Généralisation : La politique se partisanise, les partis structurent l'offre et encadrent les citoyens.
III. La Faiblesse des Partis Français
Cause : Mauvaise réputation, autonomie des syndicats (Charte d'Amiens 1906), morcellement communal.
Ressources : Plusles ressources personnelles sont fortes, moins les partis sont nécessaires (Daniel Gaxie).
Chapitre 2 : Organisations et Entreprises Politiques
Introduction : Le Clivage Droite/Gauche
Principe de division central en politique,il structure la vie politique, permet de classer les positionnements et les valeurs.
Catégories pratiques et analytiques : Utilisées par journalistes, professionnels, citoyens, analystes.
Nature évolutive : Le contenu estconstamment redéfini (Philippe Juhem).
Débat sur l'existence : Relativisation idéologique vs distance des chercheurs.
Origine : Révolution Française (22 juin 1789), positionnement topographique desdéputés.
Continuité nominale et substantielle : La permanence du nom vs l'évolution du contenu.
Paradoxe : Invariance de la structure vs variabilité du contenu.
I- Les Clivages Politiques etle Clivage Droite/Gauche
1) Dénaturaliser le Clivage Gauche/Droite
A) Clivages et Spécificités du Clivage Droite/Gauche
Dénaturalisation : Leclivage est un produit de l'activité politique.
Clivage Marxien : Bourgeoisie vs Prolétariat.
Hypothèse post-matérialiste (Inglehart) : Désindustrialisation, expansion de l'éducation changent les valeurs.
Modèle génétique (Rokkan et Lipset, 1967) : 4 clivages fondamentaux nés de révolutions :
Centre/Périphérie (Révolution nationale)
État/Église (Centralisation étatique)
Ville/Campagne (Révolution industrielle)
Bourgeoisie/Prolétariat (Modernisation économique)
Clivages politiques vs simples divisions : Durée de vie longue, autonomie forte, système organisationnel.
Nouveaux clivages :
Post-matérialiste : Écologie, féminisme, anti-racisme (années 60).
Intégration/différenciation (Kriesi) : Mondialisation, construction européenne. Oppose gagnants et perdants de la mondialisation (culturel et économique).
Création de partis : Nationaux-populistes,droite radicale/extrême droite (ex: FN, FPÖ) et partis de gauche (ex: Die Linke, LFI).
Populisme :
Rhétorique : Souvent une disqualification, puis réappropriation par lesleaders.
Trois invariants (Cas Mudde et Cristobal Kaltwasser) :
La société séparée en deux camps : peuple pur vs élite corrompue.
La politique est l'expression de la volonté générale.
Monisme politique : une élite avec des intérêts partagés.
Peuple fantasmé : Catégoriespopulaires, tous les citoyens, définition ethno-raciale.
Idéologie mince : S'hybride avec le socialisme (gauche) ou le nationalisme (droite).
Organisation : Leader charismatique, partis faiblement institutionnalisés.
Dimension plastique : Peut être une ressource politique pour se démarquer.
Populisme latino-américain : Régimes populistes (vargisme, péronisme, cardenisme) qui intègrent les classes populaires pour éviterles révolutions, combinant concessions sociales et capitalisme d'État.
1.2 La Permanence du Clivage Droite/Gauche ?
Caractéristiques :
Invariance structurelle : Capacité à structurer lejeu politique.
Variabilité historique : Contenu et sens en constant déplacement.
Multidimensionnalité : Recouvre plusieurs oppositions.
Contestation permanente : Souvent déclaré dépassé, mais toujours opérant.
Approche relationnelle : Notions relatives, construites historiquement, évoluant selon les luttes.
Recomposition historique :
Nation : D'abord portée par les révolutionnaires (gauche), puis récupéréepar la droite (affaire Dreyfus).
Centralisation : Gauche critique l'État centralisateur (années 70), Droite favorise les particularismes locaux.
Ve République : Clivage plus structurant avecl'élection présidentielle au suffrage universel et le scrutin législatif majoritaire (bipolarisation).
Identification : Le clivage est un puissant identificateur pour les électeurs français.
B) Complexité et Variabilité du Clivage
1.1 La Question du Régime
Essentiellement Monarchie vs République au début.
1.2 La Question Religieuse
Cléricaux vs Anticléricaux : Pierre angulaire jusqu'au début du 20e.
Église et République : Adhésion progressive des catholiques à la République après 1892.
Politiques républicaines : Loi de 1905sur la séparation Église/État.
Cléricalisme électoral : L'Église utilise ses réseaux pour mobiliser le vote "chrétien", mais contribue à la rationalisation des pratiques.
Impact décroissant : La pratique religieuse resteun facteur puissant, mais le clivage a diminué.
Réactivation : Débats comme le mariage pour tous.
1.3 La Question Économique et Sociale
Prolétariat :Nouveau sujet de clivage avec la Révolution Industrielle.
Conflit de classe : Vote ouvrier aligné à gauche (PCF, PS).
Socialisme : Révolutionnaire au départ (collectivisation, transformation du capitalisme).
Libéralisme : Droite favorable à l'auto-régulation du marché.
Nuance : La droite peut soutenir l'interventionnisme étatiste (ex: Chirac, gaullisme).
2)Les Luttes au sein du Champ Politique Autour de la Production du Clivage
A) Le Brouillage du Clivage Droite/Gauche
2.1 Dans l'Ordre Économique
Alternances et persistance de criseaprès 80 : Discours sur la fin des idéologies.
Tournant de la rigueur (1983) : Le PS renonce à la relance au profit de la lutte contre l'inflation.
Homogénéisation des politiques : Droite et gauche tendent à s'indifférencier économiquement.
Néolibéralisme :
Origine : Crise des années 30, Colloque Walter Lippmann (1938).
Courants : Ordolibéralisme allemand (cadre juridique fort) vs École de Chicago (pro-marché).
Définition : Subordonne l'État au marché (privatisation, flexibilisation).
Gouvernementalité (Foucault) : Façonne l'individu en "entrepreneur de lui-même".
Dé-démocratisation (Wendy Brown) : Érode les fondements démocratiques.
RN (après 2008) : Adopte un agenda plus redistributif, protectionniste, interventionniste (proche de la gauche économiquement).
2.2 Libéralisme Économique / Libéralisme Culturel
Gauché : Défavorable à l'économique, favorable au culturel (droits des minorités, féminisme, écologie).
Droite : Favorable à l'économique, conservatrice sur le culturel (traditions, identité nationale).
Note Terranova (2011) : Suggestion d'abandonner la défense de la classe ouvrière pour les minorités, les diplômés, les jeunes (polémique).
Division : Social vs Sociétal, àgauche comme à droite.
2.3 Europe, Écologie : le Renouvellement des Enjeux Transnationaux
UE : Le clivage droite/gauche est transcendé par la question européenne.
Écologie : Se marque plus à gauche avec la fondation des Verts (1984), mais longtemps "ni de droite ni de gauche".
B) Le Dépassement du Clivage Droite/Gauche
1. Populisme, Extrême-Centre, Progressisme : Nouveaux Clivages, Nouvelles Catégories ?
2017 (Macron) : Tentative de dépasser le clivage.
Effet croisé de: transformations de classement, limitation du cumul des mandats, entrée de néophytes.
Macronisme = symptôme des transformations, pas la cause.
Extrême-centre (Pierre Serna) : Modération, disqualification des radicaux, girouettisme, exécutif autoritaire.
Progressisme vs Conservatisme : Nouveau clivage promu par Macron.
Vote bourgeois (Amable et Palombarini) : Macronisme = résultatd'une crise politique des bourgeois.
2. Une Tripartition des Rapports de Forces Électoraux ?
Nouvel ordre (François Gougou) : Pôle central (macronisme), droite identitaire, gauche écologiste.
Réalignement électoral : Effondrement des partis traditionnels (PS, LR).
Instabilité : Difficulté à former des coalitions, gouvernements minoritaires.
3. Une Droitisation de l'Offre Électorale ?
Thèse de la gauchisation (Vincent Tiberj) : Renouvellement générationnel, diplômes. Plus de libéralisme culturel.
Droitisation mondiale : Trump, Bolsonaro,Milei.
France : RN comme opposition majeure, polarisation autour de la réforme des retraites.
Conservatisme d'atmosphère (Tiberj) : Droitisation par le haut (médias, politiques), pas le bas.
Désinvestissement du vote : Jeunes, peu diplômés, catégories populaires s'abstiennent.
Clivage réactivé : Par Vincent Tiberj.
II. Organisations Partisanates
1)Que Sont les « Partis Politiques » ?
Introduction :
Acteurs essentiels, de plus en plus personnalisés. L'étude des partis (stasiologie) est un domaine à part entière. Les organisations peuvent choisir des noms variés (fédération, union,mouvement).
Approches :
Organisations autonomes : Fonctionnement interne, structure, milieu.
Configurations plus larges : Rapports de compétition, entre partis et État, entre partis et société.
a) L'Enjeu de la Définition
1.1 Une Catégorie Difficile à Cerner
Définition juridique (art. 4 Constitution Ve) : "Personne morale de droit privé qui s'est assignée un but politique". Trop large.
Définition (La Palombara et Weiner, 1966) :
Organisation durable (vie supérieure aux dirigeants).
Vocation nationale.
Volonté de prendre et exercer le pouvoir.
Recherche de soutien populaire.
Définition (Max Weber, Économie et Société, 1921) : "Sociation reposant sur un engagement libre ayant pour but de procurer à leurs chefs le pouvoir... et à leurs militants actifs des chances...". Mette l'accent sur les motivations diverses des acteurs, dimension instrumentale.
1.2 Des Entreprises de Conquêtes du Pouvoir
Critiques :
Ostrogorski : Critique le poids du "boss" (système du bossisme).
Michels : La loi d'airain de l'oligarchie : toute organisation tend vers l'oligarchie.
Fonctions :
Structuration de l'offre et de l'opinion : Marques, porteurs de programmes, politisation.
Programmatic: Producteurs de biens politiques crédibles.
Sélection des candidats : Investitures, délégation de capital collectif, apprentissage politique.
Tribunitienne : Encadre le mécontentement social, le représente (stabilise la démocratie).
1.3 Un Ensemble de Relations Sociales
Intégration sociale : Espaces de rassemblement, de sociabilité, de diffusion de comportements.
Rétributions symboliques :Capacité à attirer des militants.
Exemple PCF : Capacité à épouser des collectivités ouvrières (boulangeries, associations sportives), à transformer des populations locales en communautés.
Front National : Structuré autour d'espaces de sociabilité, aide à l'intégration des marginalisés.
Fluctuation des adhésions : Liée aux victoires électorales, aux idéaux politiques et aux opportunités.
Partis gazeux : Peud'organisation, autonomie des mouvements sociaux, vie partisane limitée hors élections (ex: LFI).
Concurrence : Espaces de lutte pour le capital objectivé (M. Offerlé).
Loi d'airain oligarchique : Favorise certainsprofils (socialement dominants, masculins...).
Réseaux (Sawicki) : Le PS, en s'ancrant dans des réseaux locaux (syndicats, associations), adapte son identité selon les territoires (Nord, Ille-et-Vilaine, Var).
b) Définitions et Caractéristiques Partisanes
1.1 Les Partis comme Entreprises, Réseaux, Institutions
Entreprise : Espace de coopération et concurrence pour ladéfinition légitime du parti.
Réseaux : Relations historiquement consolidées entre groupes et organisations.
Institutions (Kenneth Janda) : Degré d'institutionnalisation, capacité à mobiliser des ressources et influencer l'agenda.
Définition de l'institutionnalisation (Jacques Lagroye) : Ensemble de pratiques, tâches, rites et règles + croyances et représentations qui les justifient.
Ancrage municipal du PS : Fonde sa spécificité, légitimité gestionnaire, laboratoire politique (malgré déclin national).
Accès à des ressources (emplois, logements, financements) pour le clientélisme.
Permet de résister au déclin électoral.
5Conditions Constitutives des Partis Efficaces (P. Juhem) :
Positions institutionnelles professionnalisantes : Élus locaux professionnels = survie des partis.
Réseaux dans la haute fonction publique : Utiles pour élaborer/mettre en œuvre des programmes.
Presse : Influence indirecte, légitime les positions partisanes.
Experts affiliés : Valident les positions, crédibilisent les programmes (think tanks).
Électorat fidélisé etidentifié : Capital politique hérité, malgré la volatilité.
Ces dimensions montrent pourquoi les partis ne sont pas égaux.
1.2 Un Ensemble de Caractéristiques Partisanes (Ressources, Division du Travail)
Ressources : Collectives (sigle, finances, alliances) et personnelles (caractéristiques sociales, expériences).
Division du travail : Dirigeants (conquête du pouvoir) vs militants (rétributions symboliques).
Structures : Cadres, bureaucratisées, élus, monocratiques (leader).
Objectif : Poursuivre des buts variés (matériels, symboliques).
Frontières : Internes (sections, sous-entreprises), locales (coopérations), avec champs adventices (presse, économie).
Répertoires (C. Tilly) : Modes d'action collective historiquement situés.
2.Transformation et « Crise » des Partis Politiques
a) Le Rétrécissement des Répertoires Partisans
Remise en cause (2017) : Discours anti-partisans (Macron, Mélenchon).
Nouveaux partis : Basés sur le numérique, leaders charismatiques (partis "start-up", "digitaux", "plateformes").
Défiance : Discrédit des organisations politiques.
Démocratie du public (Manin) : Personnalisation du pouvoir, médiatisation, sondages, volatilité électorale.
1.1 L'Affaiblissement de l'Ancrage Social des Partis
Distension : Liens avec syndicats, société civile. Ces acteurs cherchent l'autonomie.
1.2 Le Déclin du Militantisme
Chiffres : Baisse du nombre d'adhérents.
France : Faible militantisme historique, liée à la culture conflictuelle.
Incitations sélectives (Mancur Olson) : Rôle des avantages pour l'engagement. Moins développées en France.
Dévaluation : Les médias supplantent le rôle des militants.
Fonction électorale : Les partis se restructurent autour.
1.3 Brouillage et Recompositiondes Positionnements Idéologiques
Partis "attrape-tout" (Kirchheimer) : Visent un large électorat, offrent des programmes consensuels.
b) La Professionnalisation des Organisations Politiques
Influence continue : Sur la distribution des postes, les investitures.
Partis de professionnels : Élus locaux, collaborateurs constituent de plus en plus la base.
Conséquence : Recentrage surles enjeux électoraux.
Exemple écologistes : Abandon du "principe de tourniquet" pour s'intégrer au jeu.
1.1 Des Machines Électorales de Plus en Plus Professionnalisées
Partis de professionnels : Élus, collaborateurs.
Recentrage de l'activité partisane sur les enjeux électoraux.
1.2 Fin, Cartellisation ou Renouvellement des Partis Politiques ?
Parti Cartel (Katz \& Mair, 1995) :
Forte interpénétration partis-État.
Professionnalisation, dépendance aux ressources étatiques.
Entente entre partis de gouvernement.
Conséquences : Concentration du pouvoir, éloignement de la base, réduction des différences idéologiques.
LFI et LREM : Nouveaux modèles, créés "par le haut", basés sur un candidat, avec une forteverticalité et l'usage du numérique.
III. Élites, Professions, Carrières et Métier Politiques
Les démocraties représentatives sont souvent dirigées par des oligarchies. La démocratie libérale est une aristocratie sélective (Genieys).
a) Une Élite Politique ?
Origine du mot "élite" : "Digne de choix", "les meilleurs".
Théories élitistes (W. Pareto) : Pouvoir monopolisé par une minorité, est inéluctable et bénéfique.
Légitimité : L'élection, d'abord principe de sélection, devient onction démocratique.
1.1 Les Contours de l'Élite
Débat moniste vs pluraliste :
Moniste (C. Wright Mills, L'Élite du pouvoir, 1956) : Élite homogène, fermée, unifiée par l'origine sociale, les écoles (triangle du pouvoir : présidence, armée, grandes entreprises).
Pluraliste (Robert Dahl, Who Governs?, 1961) : Pluralité des élites, polyarchie, différentesressources pour accéder au pouvoir.
Spécificité française : Politisation de la haute administration et fonctionnarisation du personnel politique.
ENA (1945) : Accroît lephénomène, socialisation forte. Reproduction d'une "noblesse d'État" (Bourdieu).
Cabinets ministériels : Hauts fonctionnaires très présents, montrent la porosité des élites.
"Pantouflage" : Passage entre élites politico-administratives et économiques, s'accélère.
1.2 La Sélection Sociale du Personnel Politique
Surreprésentation : Hommes, privilégiés, âgés, diplômés. Plus on monte, plus c'est fort.
IIIe République : Démocratisation (avocats, médecins, enseignants, journalistes, puis ouvriers).
Ve République : Resserrement de la diversité (peu d'ouvriers/employés, forte présence de diplômés du supérieur).
Nominations vs élections : Les nominations favorisent plus la diversité que les élections.
Classes supérieures : Présence forte, mais avec un déplacement (professionnels de la politique vs entrepreneurs).
1.3 Les Déterminants de l'Accès au Capital Politique
Hérédité : Transmission de capital social, symbolique (nom).
Statut social :Confiance, diplômes, gestion du temps (fonctionnaires détachés).
Genre : Sous-représentation des femmes, exclusion/auto-exclusion.
Progression grâce aux lois sur la parité (11 % à l'Assemblée en 1997, 36 % en 2024).
Division verticale (moins de femmes aux postes élevés) et horizontale (cantonnement aux "activités de care").
Scrutins de liste plus favorables aux femmes que les scrutins uninominal.
Vieillissement : Carrières longues, cumul des mandats pour réduire l'incertitude.
b) Faire Carrière en Politique
1.1 Vivre Pour et De la Politique
Typologie des carrières (cursus honorum) :
Notabiliaire : Du local au national (IIIe République).
Technocratique : Après l'ENA, cabinet, ministre, puis ancrage local (Ve République).
Militants : Ascenseur par le parti (IIIe et IVe Républiques).
"Professionnelle" : Collaborateur d'élu, assistant parlementaire avant le mandat.
1.2Être du Métier
Spécialisation : Activité à temps plein (gestion, représentation).
File d'attente (Étienne Ollion) : Formation, discipline, sélection.
Apprentissage "sur le tas" des valeurs, codes, éloquence.
Discipline par la rareté des postes.
Sélection pour l'adaptation.
Novices (2017) : Manquent de "sens pratique" face à l'ennui parlementaire, peu de visibilité, pas de réseau.
Indemnité parlementaire : Érosion du pouvoir d'achat depuis les années 80, mais reste élevé.
1.3 LesCarrières et Leurs Transformations
Métier politique : Contraintes fortes (élection, savoirs spécialisés).
Légitimation/Délégitimation : Double tension autour de la notion de métier.
"Bricolage" : Capacité du professionnel à s'adapter (identitaire, rhétorique, décisionnel, idéologique).
Bossisme : Agents électoraux locaux au 19e, intermédiaires entre parti et population, clientélisme.
Chapitre 3 : Des Médias de Masse à l'Ère du Numérique
Transformation de la division du travail politique par la spécialisation.
I. L'Émergence et les Transformations de l'Espace Public par la Médiatisation
La démocratisation politique et l'opinion publique sont intimement liées. L'opinion publique est devenue une instance d'évaluation, instrumentalisée par les professionnels de la communication.
A) La Construction Historique del'Espace Public et de l'Opinion Publique
Opinion publique : N'existe pas avant sa mesure, sa représentation (presse).
Jürgen Habermas : L'espace public bourgeois etcritique du 18e (salons, cafés). Libre discussion entre égaux.
Critiques d'Habermas : Vision idéalisée, élitiste, oubli des formes populaires/antérieures.
19e siècle : Massification dusuffrage, parlementaires et journalistes comme porte-paroles.
20e siècle : Mesure de l'opinion par les sondages (remplace les "votes de paille").
Critiques de Bourdieu ("L'opinion publique n'existe pas") :
Toutes les opinions ne se valent pas.
Tout le monde n'a pas une opinion sur tous les sujets.
Imposition de problématiques par les dominants.
Persistance des sondages : S'imposent comme mesure unique malgré les critiques.
Accélération : Rythme de la vie politique, "course de chevaux".
Appropriation : Les politiques utilisent les sondages (Kennedy, Nixon) pour fabriquer des programmes.
B) Les Sondages comme Instrument de Légitimation : Pouvoir Symbolique et Controverses
Instrument de gouvernement : Commandes publiques, de partis, de presse.
Démocratie du public (Manin) : Sondages, communication, médias au centre. Règne de l'expert.
Mutation des partis : Agences électorales au service des candidats.
Rôle des journalistes :Reprennent la main avec les sondages. Associés rivaux des politiques.
C) L'Évolution des Relations entre Journalistes et Politiques
4 Configurations :
19e siècle : Presse écrite auxiliaire de l'activité politique, prolongement de la sphère politique (Jaurès). Journalistes d'opinion.
Début 20e siècle : Journalisme d'information, autonome, professionnel (carte de journaliste 1935).
Après-guerre (50-60) : Journalisme d'expertise critique, d'investigation (Watergate). Neutralité comme règle.
Années 2000 : Chaînes d'information continue, réseaux sociaux brouillent la hiérarchie.
Capital médiatique : Prise de visibilité (Trump, Zemmour, Macron).
Talk shows : Visibilité pour politiques de second rang.
Réflexe cynique des journalistes : Dévoilement des artifices de communication.
II. Professionnalisation et Numérisation de la Communication
A) L'Essor des Consultants et des Conseillers en Communication Politique
Historicité : Nécessité d'entourage dès le 19e.
Agents électoraux (Pilenco) : Militants, publicistes, bénévoles des partis politiques.
Déclin de la presse écrite (années90) : Multiplication des chaînes audiovisuelles, du numérique.
Consultants politiques : Joe Napolitan (années 30, Californie).
Architecte des campagnes : Coordonne tousles corps de métier, s'impose.
Professionnalise le métier (code éthique, réseaux).
Concurrence les partis politiques dans la coordination.
Intégration plus ou moins rapide (précoce aux EU, GB).
Impact du numérique : Amplifie le mouvement, les consultants maîtrisent les outils (sondages téléphoniques, big data).
Coût des campagnes : S'accroît, soulève la question de la ploutocratie.
B) Faire de la Politique à l'Ère Numérique : Nouveaux Outils, Nouvelles Stratégies
Nouvel âge de la communication (5 éléments) :
Pression à la professionnalisation continue.
Concurrence accrue.
Anti-élitisme, populisme, participation exacerbée du public.
Citoyens indécis, infidèles (crise de la représentation).
Diversification centrifuge des publics etdes formats.
Accélération : Internet renforce la vitesse du temps politique.
Exemple Obama (2008) : Modèle de campagne en ligne (base de données, recrutementde militants). Association numérique et terrain.
Numérisation : Nécessite un site, un blog. Logique de monstration.
Critiques : Ne pas essentialiser le numérique. Effets diffus, indirects.
Dérégulation : L'auto-publication et l'accès direct brouillent les sources d'information.
Utilisation des réseaux sociaux : Les politiques investissent ces espaces pour communiquer, se mettre en scène.
RN et réseaux sociaux : Stratégie de dédiabolisation, recrutement.
Plateformisation : Recrutement de bénévoles en ligne (LREM). Nouveaux modes d'adhésion, militantisme virtuel.
Risques : Volatilité des adhérents, faiblesse de la démocratie interne.
C) La Course aux Armements Communicationnels et la Recomposition du Jeu Démocratique
Concurrence dela parole : La légitimité du sens est remise en cause. Obsession du spectacle.
"Course aux armements" : Chaque acteur essaye de dominer l'espace médiatique.
Scandales et controverses : Répertoire normal du jeu politique, dénoncent les normes dépassées.
Nouvel écosystème informationnel : Estompe la frontière entre profane et professionnel. Relativisme des "faits alternatifs", fake news.
Droitisation : Discours sceptiques, critiques du système se diffusent.
Réponse du journalisme : Intègre le numérique (cyber-écriture), développe le journalisme de données, le fact-checking, le slow journalisme.
Conclusion Générale du Cours :
Politique : Activité façonnée par des champs sociaux, des clivages (droite/gauche), et des organisations partisanes en constante transformation.
Professionnalisation : Le métier politique est de plus en plus spécialisé, exigeant des parcours spécifiques (cursus honorum) et des compétences ("bricolage").
Médiatisation/Numérisation : Accélèrent les transformations, créent de nouveaux modes de communication, d'engagement, mais aussi des défis (fake news, polarisation).
Démocratie des publics : Fragilisation du consentement, fragmentation des marchés informationnels, rend la politique plus complexe.
Finallement, la politique est un champ de force et de lutte dont les règles et les acteurs évoluent continuellement.
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