Classification et Structure des β-lactames
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Les Antibiotiques à Noyau -Lactame : Une Étude Approfondie
Les antibiotiques (ATB) à noyau -lactame représentent la classe d'antibiotiques la plus largement utilisée, constituant environ 55% du marché pharmaceutique des ATB. Leur découverte fortuite par Alexander Fleming en 1929, via les propriétés inhibitrices de la pénicilline produite par *Penicillium notatum* sur *Staphylococcus aureus*, a révolutionné la médecine. Ces molécules sont définies comme des substances produites par des micro-organismes capables d'exercer un effet bactéricide (tuer) ou bactériostatique (inhiber la multiplication) sur les bactéries à faible concentration et sans toxicité significative pour l'hôte. Cette définition s'est étendue pour inclure les produits de synthèse et d'hémisynthèse.I. Classification et Caractéristiques Générales des ATB
La classification des antibiotiques est souvent basée sur leur cible bactérienne :- Paroi bactérienne : -lactames, glycopeptides, fosfomycine.
- Membrane cytoplasmique : polypeptides.
- Ribosomes : tétracyclines, aminosides, macrolides, lincosamides, synergistines, phénicolés, acide fusidique, oxazolidinones.
- Acides nucléiques : quinolones, rifamycines, nitro-imidazolés.
- Synthèse de l'acide folique : sulfamides.
A. Caractéristiques Structurales Essentielles des -Lactames
Les -lactamines sont caractérisées par un noyau -lactame fusionné à un second cycle et substitué par une fonction amine en -carboné en avant du plan. Plusieurs sous-familles sont distinguées selon le second cycle fusionné :- Pénicillines : dérivent d'un noyau péname.
- Céphalosporines : dérivent d'un noyau céphème.
- Aztréonams : dérivent d'un noyau monobactame (noyau -lactame substitué mais sans fusion avec un second cycle).
- Carbapénèmes (souvent appelés pénèmes) : dérivent d'un noyau carbapénème. Notons qu'ils ne sont pas substitués par une fonction amine, ce qui les distingue chimiquement des vraies -lactamines.
- Inhibiteurs de -lactamases : traitements adjuvants, sans activité antibiotique propre, prescrits avec certains ATB pour restaurer leur efficacité contre des bactéries résistantes. L'acide clavulanique en est un exemple.
B. Relations Structure-Activité (RSA) des -Lactames
Les éléments clés influençant l'activité des -lactames sont :- Intégrité du cycle -lactame : Il doit rester intact, non hydrolysé, car le mécanisme d'action repose sur la réactivité de la fonction amine au sein de ce cycle.
- Système bicyclique contraint : La fusion avec un second cycle (thiazolidine pour les pénicillines, dihydrothiazine pour les céphalosporines) crée une conformation dite en "livre ouvert". Cette contrainte spatiale empêche la résonance classique d'un amide, rendant le carbone du carbonyle très électrophile et réactif aux attaques nucléophiles.
- Fonction à caractère acide (COOH) : Permet un ancrage ionique sur la cible bactérienne et la formation de sels ou de pro-drogues pour améliorer la biodisponibilité.
- Configuration de carbones asymétriques : Essentielle pour maintenir l'activité biologique.
- Acylation de l'amine extra-cyclique (chaîne R) : Influence le spectre antibactérien, la stabilité en milieu acide (per os) et la résistance aux enzymes bactériennes.
C. Propriétés Physico-Chimiques du Noyau -Lactame
Le caractère "amide pas comme les autres" du -lactame réside dans son instabilité. Contrairement à un amide classique stabilisé par résonance, l'amide bicyclique contraint des -lactames ne permet pas la délocalisation du doublet non liant de l'azote. Cela rend le carbone du carbonyle très électrophile, et donc très réactif aux attaques par des groupements nucléophiles.- Réactivité élevée : Sensibilité aux milieux nucléophiles (HO, alcools, amines, protéines). C'est cette réactivité qui est mise à profit pour la formation d'un adduit covalent avec les transpeptidases bactériennes.
- Contrôle par la Pharmacopée Européenne : La fonction carbonyle C=O du noyau -lactame est mise en évidence par des contrôles IR. La recherche d'impuretés (acides pénicilloïque et pénilloïque) issues de la dégradation hydrolytique en présence d'humidité est cruciale.
- Dégradation en milieu acide : La stabilité dépend de la nature du groupement R acylant l'amine extra-cyclique.
- Si R est électro-donneur : le produit est instable en milieu acide, rendant l'administration orale impossible (ex: Pen G).
- Si R est électro-attracteur : le produit est stable en milieu acide (pas de réorganisation en oxazolone), permettant l'administration orale (ex: Pen V, amoxicilline).
II. Mécanisme d'Action : Cible Bactérienne et Inhibition
La cible principale des ATB -lactames est la paroi bactérienne, spécifiquement le peptidoglycane (PG). Le PG est une structure dynamique en constante reconstruction, impliquant des enzymes de construction et de destruction.A. Biosynthèse du Peptidoglycane
Le PG est un polymère tridimensionnel :- 1ère dimension (glycane) : chaînes de sucres (NAM-NAG-NAM) interconnectées. Les glycosyltransférases participent à cette étape.
- 2ème dimension (peptidique) : séquences peptidiques répétitives (L-Ala – D-Glu – L-Lys – D-Ala – D-Ala).
- 3ème dimension (pontage) : des ponts pentaglycines (Gly) relient les chaînes peptidiques pour rigidifier la paroi. Cette étape est cruciale et catalysée par les transpeptidases.
B. Cible des -Lactames : les Protéines Liant les Pénicillines (PLP)
Les -lactames ciblent les PLP, en particulier les transpeptidases (aussi appelées Penicillin-Binding Proteins ou PBP). Ces enzymes sont essentielles pour la réticulation du PG. Le mécanisme d'action repose sur une analogie structurelle entre le -lactame et le substrat naturel des transpeptidases (le dipeptide D-Ala-D-Ala).Mécanisme détaillé d'action des transpeptidases :
- Ancrage du substrat : interaction ionique entre le COO du substrat et le NH du site actif.
- Attaque nucléophile : une sérine du site actif de l'enzyme attaque le carbonyle du substrat.
- Clivage et éjection : rupture de la liaison peptidique et éjection de la D-Alanine terminale. Formation d'une liaison covalente (acyl-enzyme) entre le substrat et la sérine.
- Formation du pont : attaque nucléophile par la chaîne pentaglycine voisine, déplaçant la liaison covalente et formant le pont inter-peptidique.
Mécanisme d'inhibition par les -Lactames :
Les -lactames agissent comme des inhibiteurs suicides ou substrats suicides des transpeptidases :- Ancrage ionique : Le groupement acide COOH de la pénicilline interagit ioniquement avec le NH du site actif de la PLP.
- Attaque nucléophile et acylation : La sérine du site actif attaque le carbone du carbonyle du cycle -lactame. En raison de l'instabilité du cycle, la liaison C-N est rompue, entraînant la formation irréversible d'une liaison covalente entre la pénicilline (ou toute autre -lactame) et la sérine.
- Inactivation de l'enzyme : La sérine est ainsi bloquée et indisponible pour son substrat naturel. La transpeptidase est inactivée, ce qui inhibe la formation du PG.
C. Résistance aux -Lactames
La principale forme de résistance est la production par certaines bactéries d'enzymes -lactamases (pénicillinases, céphalosporinases). Ces enzymes attaquent le noyau -lactame, l'hydrolysant et provoquant l'ouverture de son cycle, ce qui inactive l'antibiotique. Ce mécanisme peut être acquis, inné ou transmis par plasmides. Pour contrer cette résistance, deux stratégies sont employées :- Développer des ATB résistants aux -lactamases (ex: Pénicillines M, certaines céphalosporines, imipénème).
- Co-administrer des inhibiteurs de -lactamases. Ces substances sont des "substrats suicides" qui se lient irréversiblement aux -lactamases, les inactivant et protégeant ainsi l'antibiotique.
III. Les Pénicillines
Les pénicillines sont une sous-famille des -lactames, découvertes par A. Fleming. Elles se caractérisent par un noyau péname : un cycle -lactame fusionné à un cycle thiazolidine à 5 sommets, portant un atome de soufre en position 1 et un azote en position 3. Le noyau péname seul n'est pas actif.A. Classification Chimique des Pénicillines
La classification est basée sur l'origine et les propriétés :1. Pénicillines Naturelles
Produites par fermentation du champignon *Penicillium chrysogenum*. Spectre très étroit (cocci G+ et G-, quelques bacilles G+), sensibles aux pénicillinases.| DCI | Caractéristique spécifique | Reconnaissance |
|---|---|---|
| Benzylpénicilline (Pen G) | Pénicilline naturelle (Penicillium notatum). R électro-donneur, injectable uniquement (sel de sodium IV/IM). | Chaîne R simple, non ramifiée, groupe benzyle. |
| Phénoxyméthylpénicilline (Pen V) | Biosynthétique (modification du milieu de culture). R électro-attracteur, VO possible. | Chaîne R avec un groupement phénoxy relié à une chaîne carbonée. |
2. Pénicillines Hémisynthétiques
Obtenues par modification du noyau 6-aminopénicillanique (6-APA) :- Le 6-APA est obtenu par "débenzylation" de la Pen G via une amidase.
- Le 6-APA est ensuite acylé par un acide carboxylique activé pour obtenir une pénicilline fonctionnalisée.
a. Pénicillines M (Anti-staphylococciques)
Actives per os (stables en milieu acide), spectre étroit (essentiellement G+), résistantes aux pénicillinases produites par *S. aureus* grâce à l'encombrement stérique du groupement lipophile en R. Le chef de file historique, la Méticilline, a été retirée du marché.| DCI | Caractéristique spécifique | Reconnaissance |
|---|---|---|
| Oxacilline | IV uniquement | Cycle isoxazole substitué. |
| Cloxacilline | Per os et IV | Cycle isoxazole substitué avec un Chlore. |
b. Pénicillines A (À spectre élargi)
Spectre élargi vers les Gram-. Sensibles aux pénicillinases, souvent associées à des inhibiteurs de -lactamases. La structure dérive du noyau benzylique de la Pen G, avec une amine primaire portée par un carbone asymétrique (C) qui est protonée en milieu physiologique, facilitant le passage par les porines bactériennes. Le groupement R est électro-attracteur, assurant la stabilité en milieu acide (per os).| Type | DCI | Caractéristique spécifique | Reconnaissance |
|---|---|---|---|
| Aminobenzylpénicillines | Ampicilline | Faible biodisponibilité orale (30%, EI digestifs). Associée au Sulbactam (Unacim®) pour les souches résistantes. | Un groupement phényl lié à une amine primaire sur le carbone alpha. |
| Amoxicilline | OH en para sur le cycle phényl de l'ampicilline, ↑ biodisponibilité (80%). Associée à l'Acide Clavulanique (Augmentin®). | Similaire à l'Ampicilline avec un groupe OH en para du phényl. | |
| Pivampicilline | Pro-drogue de l'Ampicilline, retirée du marché. | Ampicilline estérifiée par un groupement pivavoyloxyméthyle. |
c. Carboxybenzylpénicillines
Spectre tourné vers les G-, en particulier *Pseudomonas aeruginosa*. Usage hospitalier, injectables uniquement (instables en milieu acide). La fonction amine primaire des Pen A est remplacée par une fonction carboxylate de sodium (COO Na).| DCI | Caractéristique spécifique | Reconnaissance |
|---|---|---|
| Ticarcilline | Sensible aux pénicillinases (associée à l'Ac. Clavulanique - Claventin®). Mélange racémique. | Noyau thiophénique soufré à 5 sommets, avec un groupe carboxylate. |
| Témocilline | Résistante aux pénicillinases grâce à l'encombrement stérique d'un groupement O-CH. | Noyau thiophénique soufré, méthyl en 7 du noyau céphème. |
d. Uréidopénicillines
Spectre proche des carboxy-pénicillines (G-, *P. aeruginosa*, entérocoques). Sensibles aux pénicillinases, injectables uniquement. Le groupement R est substitué par un groupement uréide.| DCI | Caractéristique spécifique | Reconnaissance |
|---|---|---|
| Pipéracilline | Sensible aux pénicillinases (associée au Tazobactam). | Groupement uréide complexe avec un cycle pipérazine. |
e. Amidinopénicillines
Un seul représentant, le Pivmécillinam, administrable per os. Distribution ciblée foie et reins, accumulation rénale limitant les indications aux infections urinaires à G- (entérobactéries). C'est une pro-drogue.| DCI | Caractéristique spécifique | Reconnaissance |
|---|---|---|
| Pivmécillinam | Pro-drogue pivaloyloxyméthyle (chaîne auto-immolable). | Fonction amidine, estérifiée par un groupe pivaloyl. |
B. Propriétés Physico-Chimiques des Pénicillines
- Poudres blanches +/- cristallines, hygroscopiques (à conserver à l'abri de l'humidité).
- Commercialisées sous forme de sels (de sodium, de Benzathine, de Bénéthamine) : solubles dans l'eau, peu solubles dans les solvants organiques.
- Instables en milieu nucléophile et acide (à l'exception des Pen V et Pen A).
- Caractère acide : formation de sels très solubles ou de sels avec des amines (risque de précipitation avec PA basiques comme aminosides, insuline, héparines).
- Aptitude à former des esters (pro-drogues) hydrolysables in vivo (ex: Pivmécillinam).
C. Contrôles Qualité (Pharmacopée Européenne)
- Identification : IR, CCM, réaction du sodium.
- Essais : Aspect en solution aqueuse et pH, dextrogyrie, métaux lourds, endotoxines bactériennes (préparations injectables), recherche et dosage de substances apparentées (6-APA, épimères, acide pénilloïque) par HPLC en phase inverse.
D. Pharmacocinétique des Pénicillines
- Voie d'administration :
- Per os : Pen V, Cloxacilline, Pen A, Pivmécillinam, Amoxicilline.
- Injectable (IV ou IM) : Pen G, Oxacilline, Carboxy- et Uréidopénicillines.
- Biodisponibilité orale : 30-40% (Ampicilline, Cloxacilline, Pen V), 80-90% (Amoxicilline, Pivmécillinam).
- Cmax : 0,5-1h (per os ou IM), 10 min (IV). Exception : Pen G sel de Benzathine (pic à 24h IM, forme semi-retard).
- Demi-vie (t) : courte (< 1h), nécessitant 2 à 4 prises/jour.
- Liaison aux protéines plasmatiques (LPP) : < 50% (sauf Pen M : > 90%).
- Distribution : Bonne distribution tissulaire (ORL, pulmonaire, rénale, etc.). Utilisables pendant la grossesse (précautions pour Pen M), allaitement possible.
- Métabolisation : Hépatique en acide pénicilloïque (10-40%).
- Élimination : Rénale sous forme active (adaptation posologique si insuffisance rénale).
E. Indications et Posologies des Pénicillines
- Pen G (injectable) : Angines aiguës à streptocoques, syphilis.
- Pen V (orale) : Angines à streptocoques du groupe A.
- Pénicillines M (Pen M) : Infections par staphylocoques (anti-staphylococciques).
- Amoxicilline (Pen A) : Soins dentaires, infections ORL, pulmonaires.
- Carboxy- et Uréidopénicillines : Usage hospitalier parentéral en 2ème intention contre germes résistants aux Pen A.
- Amidinopénicilline (Pivmécillinam) : Infections urinaires à Gram- (pas en 1ère intention pour cystites).
F. Effets Indésirables et Contre-indications des Pénicillines
- Effets indésirables :
- Troubles digestifs (diarrhées, douleurs) via perturbation de la flore intestinale (à prendre au cours des repas).
- Réactions allergiques (urticaire, asthme, prurit, œdème de Quincke, choc anaphylactique, rash maculopapulaire, néphrite interstitielle, anémie hémolytique).
- Augmentation de l'INR chez les patients sous AVK (perturbation de la flore intestinale productrice de vit K).
- Troubles neurologiques rares.
- Contre-indications :
- Antécédents d'allergies aux pénicillines et/ou céphalosporines.
- Pen A (Amoxicilline, Ampicilline) à éviter si suspicion de mononucléose infectieuse (risque cutané accru).
G. Interactions Médicamenteuses et Précautions d'Emploi
- Interactions :
- Contre-indication avec tétracyclines, chloramphénicol, novobiocine (pour Pen G et V).
- Pen A et Allopurinol : risque accru de toxicité cutanée.
- Pénicillines et Méthotrexate : compétition pour l'élimination rénale, risque d'accumulation du Méthotrexate et de toxicité hématologique.
- Anticoagulants oraux : risque d'augmentation de l'INR.
- Synergie bénéfique avec aminosides, fosfomycine, acide fusidique, fluoroquinolones.
- Précautions :
- Apport sodé à considérer chez patients sous régime hyposodé.
- Adaptation posologique chez l'insuffisant rénal (selon clairance de la créatinine).
- Traitement de la syphilis : augmenter progressivement les doses de Pen G pour éviter la réaction d'Herxheimer.
- Risque d'ictère nucléaire avec oxacilline et cloxacilline chez la femme enceinte et le nouveau-né.
IV. Les Céphalosporines
Les céphalosporines sont une autre sous-famille des -lactames, découvertes par G. Brotzu. Elles sont caractérisées par un noyau céphème : un cycle -lactame fusionné à un cycle dihydrothiazine. Ce noyau seul est dépourvu d'activité.A. Structure Générale et Propriétés Physico-Chimiques
Les céphalosporines hémi-synthétiques sont préparées à partir de l'acide 7-aminocefalosporanique (7-ACA), obtenu à partir de la Céphalosporine C. Les RSA sont similaires à celles des pénicillines.- Poudres cristallines blanches ou jaunâtres (+/- odeur soufrée).
- Principalement sous forme de sels de sodium hydrosolubles, peu solubles dans solvants organiques.
- Stables en milieu acide, mais résorption digestive médiocre.
- Sensibles aux attaques nucléophiles (conduisant à l'acide céphalosporique).
- Le noyau -lactame est moins contraint (moins réactif) mais l'activité est renforcée par la résonance énamine.
- Caractère acide, aptitude à former des sels hydrosolubles et des esters (pro-drogues). Incompatibilité avec amines (aminosides, insuline, héparines).
- Réactivité de R3 (absente chez les pénicillines) : C'est un site de métabolisation par estérases (génère un alcool) ou par attaque nucléophile (génère des métabolites actifs).
B. Classification par Générations
Les céphalosporines sont classées en 5 générations selon leur spectre d'action antibactérien.1. Céphalosporines de 1ère Génération (CS1G)
Spectre tourné principalement vers les bactéries Gram+ (staphylocoques métisilinosensibles (MétiS), streptocoques). Inactives sur staphylocoques MétiR, *Enterobacter, Pseudomonas*. Inactivées par les céphalosporinases, mais résistantes aux pénicillinases. Les CS1G disponibles en officine, souvent par voie orale, possèdent une chaîne -aminée en position 7, analogue aux pénicillines A (amine protonée à pH physiologique, carbone asymétrique en R, caractère amphotère pour une meilleure solubilité).| DCI | Type de chaîne R1 | Type de chaîne R2 | Reconnaissance |
|---|---|---|---|
| Céfalotine | Acétoxyméthyle (R2) | Chaîne R3 acétoxyméthyle, sensible aux amines et protéines. | |
| Céfazoline | Thiométhyle (R2) | Groupement méthyl-thiadiazole soufré et tétrazole pour une meilleure stabilité. Unique CS1G injectable (IM, IV). | |
| Céfalexine | H | CH | Chaîne -aminée, stable en milieu acide. |
| Cefadroxil | OH | CH | Similaire Céfalexine avec un OH sur le phényl. |
| Cefaclor | H | Cl | Similaire Céfalexine avec un Cl sur le phényl. |
2. Céphalosporines de 2ème Génération (CS2G)
Spectre élargi vers les Gram- (*Haemophilus, Enterobacter*), mais perte d'activité sur les Gram+ par rapport aux CS1G (inactives sur *Pseudomonas, Serratia*). Résistantes à certaines céphalosporinases et aux pénicillinases. Usage hospitalier injectable principalement. Meilleure diffusion tissulaire et CMI diminuée.| DCI | Caractéristique spécifique | Reconnaissance |
|---|---|---|
| Céfuroxime | Chef de file. Bonne biodisponibilité. Éther d'oxime en conformation Z pour la résistance aux -lactamases. | Chaîne avec un éther d'oxime (—O—N=) en R1. |
| Céfuroxime-axétil | Pro-drogue de la Céfuroxime (lien auto-immolable), administrable per os. | Céfuroxime estérifiée pour l'administration orale. |
| Céfoxitine | Analogue thiophénique de la Céfuroxime. Dérivé des céphamycines. Protection contre les -lactamases par encombrement stérique (méthyl en C7). | Méthoxyl en C7, cycle thiophène. |
| Céfamandole | Déconseillée pendant la grossesse. | Chaîne complexe avec un méthyl-thiotétrazole en R2. |
3. Céphalosporines de 3ème Génération (CS3G)
Spectre très élargi vers les Gram-, très résistantes aux céphalosporinases et pénicillinases. Moins actives sur les Gram+ que les CS1G. Certaines ont une activité sur le bacille pyocyanique. CMI les plus basses. Excellente diffusion, y compris dans le SNC. Majorité à usage parentéral, mais quelques-unes per os. ATB de réserve. La plupart ont un éther d'oxime en R1 (résistance aux -lactamases) et/ou un groupement aminothiazole (activité ATB, meilleur passage par les porines).| DCI | Voie | Caractéristique spécifique | Reconnaissance |
|---|---|---|---|
| Cefpodoxime-proxétil | Orale | Pro-drogue, stable en milieu acide. | Éther d'oxime, aminothiazole, chaîne estérifiée. |
| Céfixime | Orale | Stable en milieu acide. | Éther d'oxime, aminothiazole, chaîne vinyle en R2. |
| Céfotaxime | Parentérale | Chef de file. Active sur streptocoques et pneumocoques. | Éther d'oxime, aminothiazole, groupe acétoxyméthyle en R2. |
| Ceftriaxone | Parentérale | Seule CS3G IV disponible en ville. Incompatible avec Ca (précipitation mortelle). Très forte LPP (>90%), t longue (8h). | Éther d'oxime, aminothiazole, groupement triazine thiométhyle en R2. |
| Ceftazidime | Parentérale | Très bonne activité sur *P. aeruginosa*. Associée à l'Avibactam pour renforcer son activité. | Éther d'oxime, aminothiazole, groupement pyridinium en R2. |
4. Céphalosporines de 4ème Génération (CS4G)
Considérées comme des CS3G à spectre étendu. Usage parentéral. Caractéristiques : Spectre étendu sur Gram- et Gram+ (incluant *Pseudomonas*). CMI basses. Le groupement R1 est un cycle pyridine protoné (pyridinium), rendant les molécules amphotères (zwitterioniques), ce qui améliore la solubilité et le passage par les porines.| DCI | Caractéristique spécifique | Reconnaissance |
|---|---|---|
| Céfépime | Active sur *Pseudomonas* et Gram-. | Aminothiazole, éther d'oxime, pyridinium en R1, N-méthylpyrrolidinium en R2. |
| Cefpirome | Arrêt de commercialisation. | Similaire au Céfépime. |
5. Céphalosporines de 5ème Génération (CS5G) - Nouvelles Céphalosporines
Usage parentéral, ATB de réserve contre les germes multirésistants. Très bonne activité sur les Gram+ : S. aureus (y compris MétiR). Spectre étendu sur les Gram-. Très résistantes aux -lactamases.| DCI | Caractéristique spécifique | Reconnaissance |
|---|---|---|
| Ceftaroline fosamil | Très active sur *Staphylococcus aureus*. | Cycle thiadiazole en R1, hydroxymethyl-isothiazole-N-oxide en R2. |
| Ceftobiprole medocaril | Anti-staphylococciques +++. | Cycle thiadiazole en R1, hydroxymethyl-isothiazole-N-oxide en R2. |
| Ceftolozane (+Tazobactam) | Infections intra-abdominales compliquées, pyélonéphrites, infections urinaires compliquées (actif sur G- type *P. aeruginosa*). | Cycle aminothiazole, éther d'oxime, pyridinium en R1, groupement pyrrolidinone en R2. |
C. Pharmacocinétique des Céphalosporines
- Biodisponibilité orale : > 60% pour CS1G à chaîne -aminée (Céfalexine, Cefadroxil) ; 40-50% pour CS2G et 3G orales (Céfuroxime-axétil, Cefpodoxime-proxétil, Céfixime).
- Distribution tissulaire : Bonne distribution (ORL, pulmonaire, rénale), excellente pour CS3G (y compris LCR pour méningites à G-).
- Liaison aux protéines plasmatiques (LPP) : Faible (20-30%), sauf Ceftriaxone (>90%).
- Demi-vie (t) : Courte (1-3h), nécessitant 2-4 prises/jour (sauf Ceftriaxone : 8h, 1 prise/jour).
- Métabolisation : Hépatique (10-40%), plus élevée pour les CS avec une chaîne R-CH-OAc.
- Élimination : Rénale sous forme active (adaptation posologique si insuffisance rénale). Ceftriaxone et Céfixime ont une élimination mixte biliaire et rénale, utiles chez les insuffisants rénaux et pour infections biliaires.
- Grossesse/Allaitement : CS3G utilisables pendant toute la grossesse. Allaitement possible mais arrêt si EI chez le nourrisson.
D. Indications et Posologies des Céphalosporines
- CS1G et 2G (orales) : Infections ORL (sinusite, otite à *Haemophilus*), pulmonaires à Gram+, infections cutanées.
- CS1G : 1-2 g/jour (adulte) ou 20-200 mg/kg/jour (enfant).
- CS3G (orales) : ATB de 2ème intention, réservées aux infections non sévères. Infections ORL récidivantes, infections urinaires chez la femme enceinte. Prescrites d'emblée chez personnes fragiles.
- CS2G et 3G : 400 mg à 1 g/jour en deux prises (adulte).
- CS1G injectables : Infections compliquées à entérobactéries, infections ostéo-articulaires.
- CS3G injectables : Infections systémiques graves, y compris méningites.
- CS4G et 5G : Usage parentéral hospitalier contre germes multirésistants.
E. Effets Indésirables, Contre-indications et Interactions des Céphalosporines
- Effets indésirables : Similaires aux pénicillines. Moins d'accidents allergiques.
- Réactions allergiques (urticaire, rash, fièvre, œdème de Quincke, choc anaphylactique).
- Troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées, colites pseudo-membraneuses).
- Néphrotoxicité (surtout CS1G à fortes doses, majorée avec aminosides/diurétiques).
- Troubles hématologiques transitoires (éosinophilie, thrombopénie, leucopénie).
- Perturbation de l'INR (risque hémorragique avec anticoagulants).
- Réactions locales (douleur IM – souvent avec lidocaïne, phlébite IV).
- Contre-indications :
- Antécédents d'allergie aux céphalosporines (interrogatoire primordial).
- Insuffisance rénale sévère (CI relative).
- Formes injectables IM interdites chez l'enfant < 30 mois.
- Précautions : Allergie aux pénicillines (risque d'allergie croisée dans 10% des cas). Insuffisance rénale (adaptation posologique). Apport de sodium important.
- Interactions :
- Alcool (effet antabuse avec Céfamandole).
- Aminosides, polymyxines, Furosémide : risque de néphrotoxicité.
- Anticoagulants : potentialisation de l'effet, risque hémorragique.
V. Les Carbapénèmes (Pénèmes)
Les carbapénèmes (segment clé en PENEME) sont des molécules administrables en IV ou IM, réservées à l'usage hospitalier. Découverts à la fin des années 70 (*Streptomyces cattleya*), ils sont caractérisés par un spectre large, une activité sur *P. aeruginosa* et une résistance aux -lactamases. La thiénamycine, une molécule mère, était instable.A. Structure Générale
- Système bicyclique avec un cycle à 5 où le soufre du noyau péname est remplacé par un carbone (préfixe carba-).
- Structure hybride entre céphalosporines et pénicillines : cycle à 5 avec une insaturation intracyclique (noyau carbapénème).
- C3 : chaîne thiol substituée par un éthyl-ammonium à pH physiologique (chaîne cystéamine), permettant une forte liaison aux PLP.
- C6 : groupement hydroxy-éthyle en arrière du plan, conférant une stabilité vis-à-vis des -lactamases.
| DCI | Caractéristique spécifique | Reconnaissance |
|---|---|---|
| Imipénème | Substitué sur l'amine par une fonction formamidine. Réservé à un usage parentéral hospitalier. Systématiquement administré avec la Cilastatine (inhibiteur de la DHP1, une enzyme rénale dégradant l'Imipénème). | Fonction formamidine -CH=NH2 sur l'azote, chaîne cystéamine. |
| Méropénème | Méthyl en C4. | Méthyl sur le cycle carboné fusionné. |
| Ertapénème | Méthyl en C4. | Méthyl sur le cycle carboné fusionné. |
| Doripénème | Méthyl en C4. | Méthyl sur le cycle carboné fusionné. |
B. Spectre et Mécanisme d'Action
- Spectre antibactérien exceptionnellement large : Cocci Gram+ (sauf *S. aureus* MétiR), Bacilles Gram- (y compris souches résistantes aux CS3G) et anaérobies Gram+ et Gram-.
- Mécanisme d'action :
- Excellente pénétration par les porines.
- Excellente stabilité vis-à-vis des -lactamases.
- Affinité préférentielle pour les PLP2 (activité bactéricide puissante et rapide).
- Actifs sur les bactéries en croissance et en phase quiescente.
- Effet post-ATB : latence à la reprise de croissance des bactéries après élimination de l'ATB.
C. Pharmacocinétique, Indications et EI des Carbapénèmes
- Pharmacocinétique :
- Administration parentérale (IV, IM pour Imipénème).
- LPP variable : 20% (Imipénème), 90% (Ertapénème).
- t courte (1-4h).
- Bonne distribution tissulaire et dans les liquides biologiques (peu dans LCR pour Imipénème).
- Métabolisation rénale de l'Imipénème par la DHP1 (néphrotoxique), d'où l'association à la Cilastatine.
- Élimination rénale sous forme inchangée (adaptation posologique si insuffisance rénale).
- À éviter pendant la grossesse et allaitement suspendu.
- Indications : ATB de réserve pour infections graves hospitalières, résistantes aux CS3G.
- Épisodes fébriles chez neutropéniques.
- Infections intra-abdominales, urinaires, pneumonies nosocomiales, infections cutanées.
- Effets indésirables :
- Réactions allergiques (urticaire, œdème de Quincke, fièvre, choc anaphylactique) avec risque d'allergies croisées aux -lactamines.
- Troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées, moins importants que per os).
- Réactions locales au point d'injection (douleur, érythème, thrombophlébite).
- Augmentation transaminases, phosphatases alcalines (rare).
- Troubles centraux (Imipénème) : convulsions, hallucinations.
VI. Les Monobactames (Aztréonam)
Les monobactames (segment clé en NAM) ne possèdent pas de second cycle fusionné au noyau -lactame. L'Aztréonam est le seul représentant, administré par voie parentérale (IV, IM) et réservé à l'usage hospitalier.A. Structure et Spectre d'Action
- Absence de second cycle fusionné au noyau -lactame (pas de fonction COOH, mais un acide sulfonique).
- Méthyl en arrière du plan + éther d'oxime : confèrent une résistance aux -lactamases.
- Aminothiazole : signature des CS3G.
- Spectre antibactérien limité aux Gram-, y compris *Pseudomonas* et *Haemophilus*.
- Cible principale : PLP3.
B. Pharmacocinétique, Indications et EI des Monobactames
- Pharmacocinétique :
- Bonne diffusion sauf dans le LCR.
- t = 2h.
- Biotransformation faible (13%).
- Élimination rénale sous forme active et accessoirement biliaire.
- À éviter pendant la grossesse et l'allaitement. Réduction de posologie si insuffisance rénale.
- Indications : Identiques aux CS3G. Infections sévères sur Gram- aérobies (à l'exclusion des méningites).
- Effets indésirables : Réactions allergiques, troubles digestifs, réactions locales.
VII. Les Inhibiteurs de -Lactamases
Ces molécules ne sont pas des antibiotiques mais des adjuvants, administrés pour restaurer l'efficacité des ATB -lactames contre les bactéries productrices de -lactamases. Elles agissent comme des substrats suicides, se liant irréversiblement aux enzymes et les inactivant.A. Acide Clavulanique
- Structure : Molécule naturelle (*Streptomyces*), bicyclique, cycle péname oxygéné (oxazolidine) en position 4, substitué par une chaîne alcool et une double liaison. Fonction acide pour l'ancrage. Pas d'amine extra-cyclique, donc pas d'activité ATB propre.
- Mécanisme d'action : Provoque une attaque initiale de la sérine de la -lactamase, conduisant à une restructuration du cycle de l'acide clavulanique et à la formation d'un complexe stable et irréversible avec l'enzyme. L'inhibiteur doit avoir une affinité supérieure pour la -lactamase que l'ATB lui-même.
- Indications :
- Amoxicilline + Acide Clavulanique (AUGMENTIN®) : surinfections broncho-pulmonaires, ORL, urinaires récidivantes.
- Ticarcilline + Acide Clavulanique (CLAVENTIN®) : syndromes septiques graves, broncho-pneumopathies nosocomiales.
B. Sulbactam
- Structure : Ressemble à une pénicilline (soufre, fonction acide, deux méthyles), mais sans substituant sur le C6. Noyau péname dioxydé sur le soufre.
- Indications : Sulbactam + Ampicilline (IV ou IM) pour infections gynécologiques, intra-abdominales, urinaires, ostéo-articulaires.
C. Tazobactam
- Structure : Analogue structurel du Sulbactam avec un péname dioxydé sur le soufre, et un C3 substitué par un noyau aromatique triazole (augmente l'inhibition des -lactamases).
- Indications : Tazobactam + Pipéracilline ou Céftolozane (CS3G) IV pour infections respiratoires basses, urinaires multirésistantes, intra-abdominales et biliaires.
D. Avibactam
- Structure : Molécule cyclique mais sans noyau -lactame.
- Indications : Avibactam + Ceftazidime (CS3G) IV pour infections compliquées intra-abdominales, urinaires, pneumonies nosocomiales.
VIII. Molécules à Reconnaître (Résumé)
Cette section récapitule les principales molécules mentionnées et leurs caractéristiques distintives.A. Pénicillines
- Benzylpénicilline (Pen G) : Forme injectable, R électro-donneur, simple benzyle.
- Phénoxyméthylpénicilline (Pen V) : Forme orale, R électro-attracteur, phénoxy.
- Oxacilline / Cloxacilline : Pénicillines M anti-staphylococciques, cycle isoxazole substitué, résistantes aux pénicillinases.
- Ampicilline : Pénicilline A, amine primaire sur le carbone alpha du groupement phényl, faible biodisponibilité orale.
- Amoxicilline : Pénicilline A, OH en para sur le phényl de l'ampicilline, meilleure biodisponibilité orale.
- Ticarcilline : Carboxybenzylpénicilline, noyau thiophénique soufré, injectable, active sur *P. aeruginosa*.
- Pipéracilline : Uréidopénicilline, groupement uréide complexe, injectable, active sur *P. aeruginosa*.
- Pivmécillinam : Amidinopénicilline, pro-drogue, amine en amidine, orale, pour infections urinaires.
B. Céphalosporines
- Céfazoline : CS1G injectable, groupement méthyl-thiadiazole soufré.
- Céfalexine / Cefadroxil / Cefaclor : CS1G orales, chaîne -aminée similaire aux Pen A.
- Céfuroxime : CS2G, éther d'oxime en R1 conférant résistance aux -lactamases.
- Cefpodoxime-proxétil / Céfixime : CS3G orales, éther d'oxime + aminothiazole.
- Céfotaxime / Ceftriaxone / Ceftazidime : CS3G parentérales, éther d'oxime + aminothiazole.
- Céfépime : CS4G, pyridinium en R1, aminothiazole, éther d'oxime.
- Ceftaroline fosamil / Ceftobiprole medocaril : CS5G, très actives sur *S. aureus* MétiR.
C. Carbapénèmes
- Imipénème : Souvent associé à Cilastatine, fonction formamidine sur l'azote du cycle -lactame.
- Méropénème / Ertapénème / Doripénème : Avec méthyl en C4.
D. Monobactames
- Aztréonam : Noyau -lactame seul (sans second cycle fusionné), acide sulfonique, éther d'oxime et aminothiazole.
E. Inhibiteurs de -Lactamases
- Acide Clavulanique : Cycle oxazolidine, sans amine extra-cyclique, forme un complexe stable avec -lactamases.
- Sulbactam : Noyau péname dioxydé sur le soufre.
- Tazobactam : Analogue du Sulbactam avec triazole.
- Avibactam : Molécule cyclique sans noyau -lactame.
Les Antibiotiques -Lactame : Exploration Approfondie
Les antibiotiques (ATB) -lactame représentent une classe majeure de médicaments antimicrobiens, caractérisée par la présence d'un noyau -lactame. Leur découverte fortuite par Alexander Fleming en 1929, avec la pénicilline issue de Penicillium notatum, a révolutionné la médecine. Aujourd'hui, ils constituent 55% du marché pharmaceutique des ATB, attestant de leur importance cruciale.
1. Définition et Contexte Historique des Antibiotiques
Un antibiotique est une molécule issue du métabolisme d'un micro-organisme capable de tuer (bactéricide) ou d'inhiber la multiplication (bactériostatique) des bactéries à faible concentration, sans toxicité pour l'hôte. Cette définition s'est étendue aux produits de synthèse et d'hémisynthèse. Les ATB sont classifiés selon leur cible bactérienne :
Paroi bactérienne : -lactames, glycopeptides, fosfomycine.
Membrane cytoplasmique : Polypeptides.
Ribosomes : Tétracyclines, aminosides, macrolides, lincosamides, synergistines, phénicolés, acide fusidique, oxazolidinones.
Acides nucléiques : Quinolones, rifamycines, nitro-imidazolés.
Synthèse de l'acide folique : Sulfamides.
2. Le Noyau -Lactame : Structure, Propriétés et Réactivité
Le noyau -lactame est un amide cyclique à 4 sommets (azetidin-2-one), essentiel à l'activité antibiotique. Sa réactivité est au cœur de son mécanisme d'action et des mécanismes de résistance bactérienne.
2.1. Un Amide Pas Comme les Autres
Contrairement aux amides classiques, stabilisés par résonance, le noyau -lactame bicyclique et contraint adopte une conformation en "livre ouvert". Cette conformation empêche la délocalisation du doublet non liant de l'azote, rendant le noyau -lactame instable et plus réactif. Le carbone du carbonyle devient ainsi un excellent électrophile, très sensible aux attaques nucléophiles bactériennes. Cette réactivité est caractérisée par un signal IR spécifique ().
2.2. Propriétés Physico-Chimiques et Dégradations
Sensibilité aux nucléophiles (, alcool, amine, protéine) : L'attaque d'un groupement nucléophile sur le carbone du carbonyle entraîne la rupture de la liaison C-N et la formation d'un adduit covalent. C'est le principe d'action et de l'inactivation par les -lactamases.
Exemple de la Pénicilline : En présence d'eau, la formation de nucléophile attaque le carbonyle, conduisant à des intermédiaires instables comme l'acide pénicilloïque et l'acide pénilloïque (impuretés recherchées par la Pharmacopée Européenne).
Stabilité en milieu acide : Elle dépend du groupement R acylant l'amine extra-cyclique :
Si R est électrodonneur : produit instable en milieu acide, impossible par voie orale (ex: Pen G).
Si R est électroattracteur : produit stable en milieu acide, administration orale possible (ex: Pen V).
2.3. Relations Structure-Activité (RSA)
Intégrité du cycle -lactame : Indispensable à l'activité.
Système bicyclique contraint ("livre ouvert") : Contribue à la réactivité du noyau -lactame.
Fonction à caractère acide (COOH) : Permet l'ancrage sur la cible (interaction ionique avec ) et la formation de sels ou prodrogues pour améliorer la biodisponibilité.
Configuration exacte des carbones asymétriques : Maintien de l'activité.
Acylation de l'amine extra-cyclique : Influence le spectre antibactérien, la stabilité en milieu acide et la résistance aux -lactamases.
3. Mécanisme d'Action des -Lactames
Les ATB -lactames ciblent la paroi des bactéries, constituée de peptidoglycane (PG), une structure dynamique constamment reconstruite par des enzymes de construction (glycosyltransférases, transpeptidases) et de destruction (carboxypeptidases, autolysines).
3.1. Cibles : Protéines Liant les Pénicillines (PLP)
Les -lactames inhibent la biosynthèse du PG en se fixant au site catalytique des transpeptidases (aussi appelées PLP), en raison de leur analogie structurelle avec le substrat naturel (D-Ala-D-Ala). Les transpeptidases interviennent dans la dernière étape de réticulation du PG, formant des ponts pentaglycines entre les chaînes peptidiques.
3.2. Fonctionnement et Inhibition des Peptidases
Fonctionnement normal : Ancrage du substrat via interaction ionique ( du substrat avec du site), attaque de la Sérine sur le carbonyle du substrat, éjection de la D-Alanine, puis attaque nucléophile par une chaîne voisine du PG pour former un pont pentaglycine.
Mécanisme d'inhibition par les -lactames :
Interaction ionique entre le groupement acide (COOH) de l'ATB et le site actif de la PLP.
Formation d'une liaison covalente stable entre la Sérine de la PLP et l'ATB par rupture de la liaison C-N du noyau -lactame.
La Sérine est ainsi bloquée et indisponible pour catalyser la formation des ponts peptidiques.
Cette inhibition commence par un effet bactériostatique (arrêt de la croissance). Puis, la levée de l'inhibition des autolysines (enzymes de dégradation du PG) entraîne la lyse bactérienne, menant à un effet bactéricide temps-dépendant. C'est pourquoi les traitements durent souvent 7 à 10 jours.
4. Mécanismes de Résistance et Inhibiteurs de -Lactamases
La principale cause de résistance aux -lactames est la production par les bactéries d'enzymes appelées -lactamases (pénicillinases, céphalosporinases). Ces enzymes hydrolysent et ouvrent le cycle -lactame, inactivant l'antibiotique. La résistance peut être acquise, innée ou transmise par plasmides.
4.1. Approches pour Contrer la Résistance
Développement d'ATB résistants : Pénicillines M, certaines céphalosporines, imipénème.
Utilisation d'inhibiteurs de -lactamases (IBL) : Ce ne sont pas des ATB, mais des adjuvants administrés en association. Ce sont des substrats suicides qui se lient de manière irréversible aux -lactamases, les inactivant et restaurant l'activité de l'ATB.
4.2. Molécules à Reconnaître parmi les Inhibiteurs de -Lactamases
Acide Clavulanique :
Molécule naturelle issue de Streptomyces.
Structure bicyclique avec un cycle péname oxygéné.
Pas d'amine extra-cyclique sur le noyau -lactame pas d'activité ATB propre.
Mécanisme : attaque de la Sérine de la -lactamase, conduisant à une refonte du cycle et la formation d'un complexe stable (substrat suicide).
Indications :
Association Amoxicilline + Acide Clavulanique (AUGMENTIN®) pour infections ORL, urinaires, broncho-pulmonaires récidivantes.
Association Ticarcilline + Acide Clavulanique (CLAVENTIN®) pour syndromes septiques graves, pneumopathies nosocomiales.
Sulbactam :
Ressemble à une pénicilline, noyau péname dioxydé sur le soufre.
Indications : infections gynécologiques, intra-abdominales, urinaires, ostéo-articulaires (en association Ampicilline + Sulbactam).
Tazobactam :
Analogue structural du Sulbactam, avec un noyau triazole (augmente l'inhibition des -lactamases).
Indications : infections respiratoires basses, urinaires multirésistantes, intra-abdominales et biliaires (en association Pipéracilline + Tazobactam ou Ceftolozane).
Avibactam :
Structure cyclique mais sans noyau -lactame.
Indications : infections compliquées intra-abdominales, urinaires, pneumonies nosocomiales (en association Ceftazidime + Avibactam).
5. Les Pénicillines (Classe Penicilline)
Les pénicillines, sous-famille des -lactames reconnaissables par le segment clé "CILLINE", sont issues de la découverte d'Alexander Fleming en 1929. On distingue les pénicillines naturelles et hémisynthétiques.
5.1. Structure Générale et Propriétés
Fusion d'un noyau -lactame avec un cycle thiazolidine à 5 sommets (soufre en 1, azote en 3) noyau péname. Ce noyau seul n'a pas d'activité antibiotique.
Poudres blanches +/- cristallines, hygroscopiques.
Commercialisées sous forme de sels (Na, Benzathine, Bénéthamine) : solubles dans l'eau.
Instables en milieu nucléophile et acide (sauf si R électroattracteur).
Caractère acide, permettant la formation de sels très solubles ou d'esters (prodrogues).
Incompatibilité avec les principes actifs basiques (aminosides, insuline, héparines) en raison d'un risque de précipitation.
5.2. Hémisynthèse des Pénicillines
Les pénicillines des groupes 2 et 3 sont obtenues par hémisynthèse en deux étapes à partir de l'acide 6-aminopénicillanique (6-APA) :
Obtention du 6-APA : Débenzylation de la Pen G (obtenue par fermentation) par une amidase.
Acylation du 6-APA : Réaction avec un acide carboxylique activé (chlorure d'acide, anhydride symétrique ou couplage peptidique) pour fonctionnaliser l'amine primaire.
5.3. Classification Chimique des Pénicillines
La classification tient compte de la pénétration bactérienne, de l'affinité pour les PLP, de la production de -lactamases et de la résistance naturelle.
5.3.1. Groupe 1 : Pénicillines Naturelles
Produites par biotechnologie (fermentation de Penicillium chrysogenum). Spectre très étroit, sensibles aux pénicillinases.
Molécule à reconnaître | DCI | Caractéristiques spécifiques |
|---|---|---|
Benzylpénicilline = Pen G | Pen G naturelle, R électrodonneur : injectable uniquement (IV ou IM). Sels de Na (classique), Benzathine (semi-retard), Bénéthamine (retard). | |
Phénoxyméthylpénicilline = Pen V | Biosynthétique, R électroattracteur : VO possible. |
5.3.2. Groupe 2 : Pénicillines M (Antistaphylococciques)
Actives per os, spectre étroit (essentiellement Gram+), résistantes aux pénicillinases (par encombrement stérique du groupement lipophile en R), stables vis-à-vis des -lactamases. Chef de file historique : Méticilline (retirée).
Molécule à reconnaître | Type de R | DCI | Caractéristiques spécifiques |
|---|---|---|---|
H | Oxacilline | IV uniquement. | |
Cl | Cloxacilline | Per os et IV. |
5.3.3. Groupe 3 : Pénicillines A (À Spectre Élargi)
Spectre élargi vers les Gram-. Fonction amine primaire portée par un C* (centre basique protoné à pH physiologique LogP, favorisant le passage par les porines). C* en conformation R est la plus active. Groupement électroattracteur stable en milieu acide per os possible.
5.3.3.1. Aminobenzylpénicillines (Pen A)
Molécule à reconnaître | Type de R | DCI | Caractéristiques spécifiques |
|---|---|---|---|
H | Ampicilline | Biodisponibilité faible (30%) effets digestifs. Association avec Sulbactam (UNACIM®) pour contrer les -lactamases. | |
OH (en para) | Amoxicilline | OH en para augmente la biodisponibilité (80-90%) et la résorption intestinale. Association avec Acide Clavulanique (AUGMENTIN®) pour contrer les -lactamases. | |
Pivampicilline (Pro-Ampicilline) | Prodrogue de l'ampicilline, retirée du marché. |
5.3.3.2. Carboxybenzylpénicillines
Spectre tourné vers les Gram-, en particulier entérobactéries et *Pseudomonas aeruginosa*. Usage hospitalier, injectables uniquement (instables en milieu acide). Fonction amine primaire des Pen A remplacée par un carboxylate de sodium ( ). Noyau thiophénique soufré à 5 sommets.
Molécule à reconnaître | DCI | Caractéristiques spécifiques |
|---|---|---|
Ticarcilline | Sensible aux pénicillinases (association avec acide Clavulanique, CLAVENTIN®). Mélange racémique. | |
Témocilline | Résistance naturelle aux pénicillinases grâce à l'encombrement stérique du groupement O-. |
5.3.3.3. Uréidopénicillines
Spectre Gram-, Pseudomonas aeruginosa, entérocoques. Sensibles aux pénicillinases, injectables uniquement. R substitué par un groupement uréide.
Molécule à reconnaître | DCI | Caractéristiques spécifiques |
|---|---|---|
Mezlocilline | Arrêt de commercialisation. | |
Pipéracilline | Sensible aux pénicillinases (association avec Tazobactam). |
5.3.3.4. Amidinopénicillines
Molécule à reconnaître | DCI | Caractéristiques spécifiques |
|---|---|---|
Pivmecillinam | Prodrogue ("pivaloyloxyméthyle"), active per os. Accumulation rénale, indiquée pour infections urinaires à Gram-. |
5.4. Pharmacocinétique des Pénicillines
Voie d'administration : Per os (Pen V, Cloxacilline, Pen A, Pivmecillinam, Amoxicilline) ou injectable (Pen G, Oxacilline, carboxy- et uréidopénicillines).
Biodisponibilité per os : Ampicilline, Cloxacilline, Pen V (30-40%) ; Amoxicilline, Pivmecillinam (80-90%).
: Inférieure à 1h (sauf Pen G Benzathine à effet retard). 2 à 4 prises/jour.
Liaison aux protéines plasmatiques (LPP) : Inférieure à 50% (sauf Pen M > 90%).
Distribution : Bonne dans les tissus (ORL, pulmonaire, rénal).
Grossesse/Allaitement : Utilisables, avec précautions (Pen M passe barrière placentaire, arrêt si diarrhée/rash nourrisson).
Métabolisation : Hépatique (10-40%) en acide pénicilloïque.
Élimination : Rénale sous forme active (adaptation posologie si IR).
5.5. Indications Thérapeutiques des Pénicillines
Pen G : Angines aiguës à streptocoques, traitement de la syphilis.
Pen V : Angines à streptocoques du groupe A.
Pénicillines M : Infections staphylococciques.
Amoxicilline (Pen A) : Soins dentaires.
Carboxy- et Uréidopénicillines : Usage hospitalier en seconde intention contre germes résistants à Pen A.
Amidinopénicilline (Pivmecillinam) : Infections urinaires à Gram-.
5.6. Effets Indésirables des Pénicillines
Troubles digestifs : Diarrhées, colites.
Réactions allergiques : Urticaire, asthme, œdème de Quincke, choc anaphylactique (pouvant être croisées avec céphalosporines).
Hématologiques : Augmentation de l'INR (patients sous AVK), troubles neurologiques rares.
5.7. Contre-indications et Interactions Médicamenteuses des Pénicillines
Contre-indications : Allergie aux pénicillines/céphalosporines. Pen A évitées si mononucléose infectieuse.
Interactions :
Tétracyclines, chloramphénicol, novobiocine : antagonisme.
Allopurinol : risque accru de toxicité cutanée.
Méthotrexate : compétition pour l'élimination rénale, risque de toxicité hématologique.
Anticoagulants oraux : augmentation de l'INR.
Synergie bénéfique avec aminosides, fosfomycine, acide fusidique, fluoroquinolones.
6. Les Céphalosporines (Classe Cephalosporine)
Les céphalosporines sont une autre sous-famille de -lactames, avec le segment clé "CEF", découvertes à partir de Cephalosporium acremonium. Elles sont classées en 5 générations selon leur spectre d'action.
6.1. Structure Générale et Propriétés
Fusion du cycle -lactame à un cycle dihydrothiazine (6 sommets) noyau céphème. Ce noyau seul est inactif.
Propriétés physico-chimiques similaires aux pénicillines (poudres cristallines, sels hydrosolubles, instabilité nucléophile).
Noyau -lactame moins contraint et moins réactif que celui des pénicillines, mais activité renforcée par la résonance énamine.
Réactivité de R3 (absente chez les pénicillines) : site de métabolisation (estérases) ou de fonctionnalisation (attaque nucléophile).
Hémisynthèse à partir du 7-ACA (acide 7-aminocéphalosporanique), obtenu de la Céphalosporine C.
6.2. Classification par Générations
6.2.1. Céphalosporines de 1ère Génération (CS1G)
Spectre majoritairement Gram+, actives sur staphylocoques MétiS et streptocoques. Inactives sur staphylocoques MétiR et Pseudomonas. Résistantes aux pénicillinases, inactivées par les céphalosporinases.
Céfazoline : Injectable IV/IM. R3 acétoxyméthyl très sensible aux amines et protéines, mais groupements thiadiazole et tétrazole améliorent la stabilité.
Chaîne -aminée en 7 (analogues des Pen A) : Per os, propriétés amphotères, conformation R pour une activité optimale. Ex : Céfalexine, Cefadroxil, Cefaclor.
Molécule à reconnaître | R1 | R2 | DCI |
|---|---|---|---|
H | CH₃ | Céfalexine | |
OH | CH₃ | Cefadroxil | |
H | Cl | Cefaclor |
6.2.2. Céphalosporines de 2ème Génération (CS2G)
Spectre élargi vers les Gram- (Haemophilus, Enterobacter) mais perte d'activité sur Gram+. Résistantes à certaines céphalosporinases et pénicillinases. Usage hospitalier injectables (sauf Céfuroxime). Meilleure diffusion tissulaire, CMI diminuée.
Molécule à reconnaître | DCI | Caractéristiques spécifiques |
|---|---|---|
Céfuroxime | Chef de file. Bonne biodisponibilité. Éther d'oxime en conformation Z confère la résistance aux -lactamases. | |
Céfuroxime-axétil | Prodrogue orale de la Céfuroxime. | |
Céfoxitine | Dérivé thiophénique. Protection contre -lactamases par encombrement stérique en 7. | |
Céfamandole | Déconseillée pendant la grossesse. |
6.2.3. Céphalosporines de 3ème Génération (CS3G)
Spectre élargi vers les Gram-. Résistantes à plus de céphalosporinases. Moins actives sur Gram+ que CS1G. Excellente diffusion, y compris dans le SNC (ménigites Gram-). Majorité usage parentéral, exceptions orales réservées aux infections non sévères. Lien éther d'oxime et groupement aminothiazole fréquents.
CS3G orales (stables en milieu acide) : Cefpodoxime-proxétil (prodrogue), Céfixime.
Molécule à reconnaître | R1 | X | DCI | Caractéristiques spécifiques |
|---|---|---|---|---|
OAc | Na | Céfotaxime | Chef de file. Actif sur streptocoques et pneumocoques. | |
-N-- | 2 Na | Ceftriaxone | Seule CS3G IV disponible en ville. Incompatibilité avec solutions de calcium (précipitation). Élimination mixte biliaire/rénale (utile si IR). longue (8h). | |
-N°- | / | Ceftazidime | Très bonne activité sur Pseudomonas aeruginosa. Association avec Avibactam. |
6.2.4. Céphalosporines de 4ème Génération (CS4G)
Souvent considérées comme des CS3G à spectre étendu. Usage parentéral hospitalier, actives sur Pseudomonas et Gram- avec CMI basses. R1 avec cycle pyridine protoné (pyridinium) molécules amphotères (charge zwitterionique), élargissant le spectre, améliorant solubilité et passage porines.
Molécule à reconnaître | R1 | X | DCI | Caractéristiques spécifiques |
|---|---|---|---|---|
CH₃ | / | Céfépime | Active sur Pseudomonas et Gram-. | |
SO₄²⁻ | H | Cefpirome | Arrêt de commercialisation. |
6.2.5. Céphalosporines de 5ème Génération (CS5G)
ATB de réserve pour germes multirésistants. Usage parentéral hospitalier. Très bonnes activités sur Gram+ (y compris S. aureus MétiR) et Gram-. Très résistantes aux -lactamases.
Ceftaroline fosamil : Très active sur Staphylococcus aureus.
Ceftobiprole medocaril : Antistaphylococcique.
Ceftolozane ( Tazobactam) : Infections intra-abdominales compliquées, pyélonéphrites, infections urinaires compliquées (actif sur P. aeruginosa et Entérobactéries, moins sur S. aureus).
6.3. Pharmacocinétique des Céphalosporines
Biodisponibilité orale : CS1G à chaîne -aminée (>60%) ; CS2G et 3G (40-50%).
Distribution : Bonne (ORL, pulmonaire, rénal, SNC pour CS3G).
LPP : Faible (20-30%), sauf Ceftriaxone (>90%).
: Courte (1-3h), sauf Ceftriaxone (8h).
Grossesse/Allaitement : CS3G utilisables pendant toute la grossesse. Allaitement possible (arrêt si effets nourrisson).
Métabolisation : Hépatique (10-40%). Chaînes latérales R--OAc plus métabolisées.
Élimination : Majoritairement rénale sous forme active (adaptation posologie si IR). Ceftriaxone et Céfixime : élimination mixte biliaire et rénale (utiles si IR ou infections biliaires).
6.4. Indications Thérapeutiques des Céphalosporines
CS1G et 2G orales : Premières intentions ou infections non sévères. Infections ORL (sinusite, otite), pulmonaires à Gram+, ostéo-articulaires, cutanées.
CS3G orales : Chez patients à risque/fragiles (personnes âgées, immunodéprimées, diabétiques). Infections ORL récidivantes, urinaires chez la femme enceinte.
CS3G et 4G injectables: Infections sévères, notamment nosocomiales, et méningites.
6.5. Effets Indésirables des Céphalosporines
Allergies : Moins fréquentes que pénicillines (urticaire, choc anaphylactique).
Troubles digestifs : Nausées, vomissements, diarrhées.
Troubles rénaux : Néphrotoxicité (surtout CS1G à fortes doses, majorée avec aminosides/diurétiques).
Troubles hématologiques : Éosinophilie, thrombopénie, leucopénie.
Hémorragies : Perturbation de l'INR si sous anticoagulants.
Intolérance locale : Douleur IM, phlébite IV.
6.6. Contre-indications et Interactions Médicamenteuses des Céphalosporines
Contre-indications : Allergie aux céphalosporines. Insuffisance rénale sévère (CI relative). Formes IM interdites chez les enfants < 30 mois.
Précautions : Allergie aux pénicillines (10% d'allergies croisées). Insuffisants rénaux (adaptation posologique). Apport sodé.
Interactions :
Alcool : effet antabuse (Céfamandole).
Aminosides, polymyxines, Furosémide : risque de néphrotoxicité.
Anticoagulants : potentialisation, risque hémorragique.
7. Les Carbapénèmes (Classe Peneme)
Les carbapénèmes, dont le segment clé est "PENEME", sont des -lactames administrables par voie parentérale (IV ou IM), réservées à l'usage hospitalier. Découverts à partir de Streptomyces cattleya (Thiénamycine), ils se caractérisent par un spectre large et une résistance aux -lactamases.
7.1. Structure Générale et Propriétés
Système bicyclique, le soufre du noyau péname est remplacé par un carbone carbapénème.
Structure hybride entre céphalosporines et pénicillines.
C3 : chaîne thiol substituée par un éthyl-ammonium, forte liaison aux PLP.
C6 : hydroxy-éthyle en arrière du plan, confère une stabilité vis-à-vis des -lactamases.
Imipénème : Souvent associé à la Cilastatine (inhibiteur de la DHP1 rénale) pour éviter sa dégradation.
Autres molécules (Méropénème, Ertapénème, Doripénème) sont plus stables face à la DHP1 grâce à une méthylation sur C4 ou une chaîne soufrée et pyrrolidine substituée en C3.
7.2. Molécules à Reconnaître parmi les Carbapénèmes
Molécule à reconnaître | DCI | Caractéristiques spécifiques |
|---|---|---|
Imipénème | Administré avec Cilastatine. | |
Méropénème | Stabilité améliorée vis-à-vis de la DHP1. | |
Ertapénème | Stabilité améliorée vis-à-vis de la DHP1. | |
Doripénème | Stabilité améliorée vis-à-vis de la DHP1. |
7.3. Spectres et Caractéristiques
Spectre exceptionnellement large : Cocci Gram+ (sauf S. aureus MétiR), Bacilles Gram- (y compris résistantes aux CS3G), Anaérobies Gram+ et Gram-.
Excellente pénétration par les porines.
Excellente stabilité vis-à-vis des -lactamases.
Affinité préférentielle pour les PLP2 activité bactéricide rapide et puissante.
Actifs sur bactéries en croissance et en phase quiescente.
Effet post-ATB prolongé.
7.4. Pharmacocinétique des Carbapénèmes
Administration : Parentérale (IV, et IM pour l'Imipénème).
LPP : Variable (20% pour Imipénème, 90% pour Ertapénème).
: Courte (1-4h).
Distribution : Bonne dans les tissus et liquides biologiques (peu dans LCR pour Imipénème).
Métabolisation : Rénale pour Imipénème par DHP1 (néphrotoxique si non associée à Cilastatine).
Élimination : Rénale sous forme inchangée (adaptation si IR).
Grossesse/Allaitement : À éviter pendant la grossesse, allaitement suspendu.
7.5. Indications Thérapeutiques des Carbapénèmes
ATB de réserve, prescription hospitalière, infections graves résistantes aux CS3G :
Épisodes fébriles chez neutropéniques.
Infections intra-abdominales, urinaires, pneumonies nosocomiales, infections cutanées, gynécologiques, pied diabétique.
7.6. Effets Indésirables des Carbapénèmes
Allergies : Urticaire, choc anaphylactique (allergie croisée possible avec autres -lactamines).
Troubles digestifs : Nausées, vomissements, diarrhées.
Réactions locales : Douleur, érythème, thrombophlébite au point d'injection.
Troubles neurologiques (Imipénème) : Convulsions, hallucinations.
8. Les Monobactames (Classe Monobactame)
Les monobactames, dont le segment clé est "NAM", se distinguent par l'absence d'un second cycle fusionné au noyau -lactame. L'Aztréonam est le seul représentant, administré par voie parentérale (IV, IM), à l'usage hospitalier.
8.1. Structure Générale et Caractéristiques
Noyau -lactame seul (pas de second cycle fusionné à droite) absence de fonction COOH.
Présence d'un acide sulfonique.
Méthyl en arrière du plan et éther d'oxime : confèrent une résistance aux -lactamases.
Amino-thiazole : une signature des CS3G.
Spectre limité aux Gram-, y compris Pseudomonas et Haemophilus.
Cible principalement les PLP3.
8.2. Molécule à Reconnaître parmi les Monobactames
Molécule à reconnaître | Type | DCI | Caractéristiques spécifiques |
|---|---|---|---|
Monobactame | Aztréonam | Un seul représentant. |
8.3. Pharmacocinétique de l'Aztréonam
Bonne diffusion tissulaire et dans les liquides biologiques, mais pas dans le LCR.
: 2h.
Biotransformation faible (13%).
Élimination rénale sous forme active et accessoirement biliaire.
8.4. Indications Thérapeutiques de l'Aztréonam
Identiques à celles des CS3G.
Infections sévères (sauf méningites) à Gram- aérobies.
Infections urinaires, prostatites, urétrites gonococciques, septicémies, infections bronchopulmonaires.
8.5. Effets Indésirables et Précautions d'Emploi de l'Aztréonam
Effets indésirables : Réactions allergiques, troubles digestifs, réactions locales (douleur à l'injection).
Précautions : Réduire la posologie chez l'insuffisant rénal. À éviter pendant la grossesse et l'allaitement.
9. Synthèse et Contrôles des Antibiotiques -Lactame
9.1. Procédés de Fabrication
Pénicillines du groupe 1 : Obtenues par biotechnologie (fermentation de Penicillium chrysogenum). Les milieux de culture peuvent être modifiés avec des précurseurs (ex: acide phénoxyacétique pour Pen V) pour favoriser la production d'une pénicilline spécifique.
Pénicillines des groupes 2 et 3 : Obtenues par hémisynthèse à partir du 6-APA.
Céphalosporines : Hémisynthétiques (à partir du 7-ACA, lui-même obtenu de la Céphalosporine C). Les étapes incluent la protection de fonctions réactives, la chloration, l'hydrolyse et la fonctionnalisation de R3.
9.2. Contrôles Qualité (Pharmacopée Européenne)
Identification : IR (spectre caractéristique du du cycle -lactame), CCM, réaction du sodium (pour les sels).
Essais : Aspect en solution aqueuse et pH, pouvoir rotatoire (dextrogyre), recherche de métaux lourds et d'endotoxines bactériennes (pour injectables).
Dosage : Substances apparentées par HPLC en phase inverse, recherche d'intermédiaires de synthèse (6-APA, 7-ACA), sous-produits (épimères), et produits de dégradation (acide pénilloïque, acide céphalosporique).
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