Anthropologie du Corps
21 kartExploration des représentations corporelles et de leurs significations culturelles, incluant le corps et la personne, l'image du corps, les dissociations et constitutions de la personne, les objets-frontières, les valeurs, les greffes, les modifications, le corps communicant, le corps sexué, le corps handicapé et le corps mort.
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ANTHROPOLOGIE DU CORPS - UE 1.1 S2, compétence6 (A. Dumond, Septembre 2025)
LES RAPPORTS ENTRE LE CORPS ET LA PERSONNE
La personne n'est pas uniquement identifiée àson corps.
Le corps représente une partie de la personne et s'incorpore à la société.
Les frontières dela personne dépassent celles du corps dans l'espace et le temps.
Parler du corps, c'est toujours parler de la personne.
L'IMAGE DU CORPS
La représentation que se fait le sujet de son propre corps, organisée autour de :
Forme: Limite précise dans l'espace.
Contenu: Un univers cohérent de sensations prévisibles.
Savoir: Connaissance de la vision sociétale du corps humain (biomédical).
Valeur: Jugement social sur les attributs physiques.
Ces composantes sont dépendentdu contexte social, culturel, relationnel et personnel.
LA REPRÉSENTATION DU CORPS COMME DISSOCIÉ DE LA PERSONNE
Le savoir biomédical développe l'anatomophysiologie : un corps humain purement biologique ("machine biochimique").
Le patient parle de "mon corps" (possession), dissociant son identité de l'organe malade.
Le vocabulaire anatomique strictement indépendant marque cette séparation.
La Leçon d'anatomie du professeur Tulp de Rembrandt illustre la vision du corps comme objet d'étude.
La médecine hospitalière a pu réduire le patient à son organe malade ("Le rein de la chambre 28").
Critique de la biomédecine qui "découpe" le corps en spécialités.
Le corps est une barrière qui délimite le sujet des autres.
Le corps est un objet à modeler (sport, esthétisme) pour révéler la personne.
LA REPRÉSENTATION DU CORPS COMME CONSTITUANT DE LA PERSONNE
Vision holistique, prenant en compte la personne dans sa globalité.
L'homme est un nœud de relations, non un individu isolé.
Pas de coupure entre intérieur/extérieur du corps.
"Je ne suis pas seul dans mon corps" : le corps noue unerelation avec "quelque chose qui n'est pas soi" (masculin/féminin, vivant/non-vivant, humain/non-humain...).
Le corps est objet de transcendance (dépassement).
Exemple de la Médecine Chinoise
Le "qi" (énergie vitale) maintient un équilibre tensif entre yang (chaud, masculin, mouvement) et yin (froid, féminin, passivité).
Le qi demande équilibre entre les passions et le détachement.
L'acupuncture utilise les points des méridiens pour rediriger le flux de qi et rétablir la santé.
Le lien du corps féminin etde l'environnement
Étude de Yvonne Verdier (1980) à Minot sur le comportement des femmes lors des règles.
Dans certaines cultures, le sang des règles peut entraver les processus de transformation.
Le tabou autour du sang des règles influence la prise en charge de maladies comme l'endométriose.
Nouvelles spiritualités et représentations du corps (New Age)
Pratiques telles que le yoga, l'acupuncture, le chamanisme, la sophrologie, la méditation, l'hypnose, la lithothérapie, l'ostéopathie crânienne, la naturopathie.
Ces pratiques instaurent de nouvelles relations au corps et modifient les représentations.
Quatre dimensions inter-reliées : spiritualité, développement personnel, santé naturelle et changement global.
Les représentations peuvent se juxtaposer (ex: barreurs de feu à l'hôpital).
LES OBJETS-FRONTIÈRES HUMAINS
Des matériaux transgressent les frontières du corps et remettent en question la catégorisation.
Exemples : ovules, sang, organes, greffons de peau, hormones, cellules, prothèses, stimulateurs cardiaques.
Ces objets fusionnent avec le corps pour suppléer des fonctions naturelles.
Les limites corporelles (ongles, cheveux) continuent à renfermer les principes vitaux de la personne (magie, sorcellerie).
Le cordon ombilical et le placenta ont une forte symbolique dans certaines cultures.
LES VALEURS DU CORPS
Un système de valeur divise les organes et fonctions selonles sociétés.
Les usages du corps sont pris dans des réseaux de significations symboliques.
La suprématie de la main droite
Robert Hertz (1909) : symbolique sociale attachée à la main droite (dextérité vs gaucherie).
Lien entre valeur symbolique et valeur morale.
Le visage et l'abdomen
Le visage a la valeur la plus élevée du corps humain (altération du visage = privation d'identité).
Au Japon, l'abdomen (hara) est le siège de la vie, du cœur et du cerveau.
LAGREFFE D'ORGANES
La médecine des greffes interroge le rapport de l'homme à son corps.
Le corps greffé est envisagé comme un objet ayant une valeur technique, voire marchande.
Types de greffes :
Autogreffe: Greffon issu du patient lui-même (peau, muscle, os).
Xénogreffe: Greffe d'organe animal sur l'homme.
Allogreffe: Greffe d'organe humain sur un autre humain.
La condition humaine est corporelle. Une blessure du corps est une blessure de l'image du corps.
La greffe des mains
Pose des problèmes spécifiques car visible, provient d'un cadavre et non fonctionnelle immédiatement.
"Cette greffe ne sauve pas la vie. Elle fait bien plus. Elle donne la vie." (patient)
Lapersonne greffée est un sujet hybride ("pas lui, pas l'autre").
La mémoire n'est pas seulement dans le cerveau, mais aussi dans le corps (question de la mémoire d'une main greffée).
MODIFICATIONS CORPORELLES
Actions individuelles sur le corps (épilation, maquillage, body-building).
Actions par un praticien non médical (piercing, tatouage, scarification).
Actions par un professionnel de la santé (chirurgie mammaire, gynoplastie).
Inclut aussi les démarches réparatrices (prothèse, greffe).
Les modifications corporelles créent des différences sociales sur les corps (cf. FAINZANG S.).
Agirsur la peau modifie la relation au monde et l'identité.
LE CORPS COMMUNICANT
Selon E. T. Hall, le corps intervient via :
Kinésique: Étude des gestes et mimiques.
Proxémie: Langage des relations spatiales.
Chronémique: Rythmes corporels et synchronie (ex: parents/enfants).
Le corps est l'espace apprécié par les autres, par lequel nous sommes nommés et identifiés socialement.
Le corps interprète une partition culturelle et sociétale.
Les modalités dynamiques du corps varient selon l'éducation (ex: position assise/accroupie).
Les capacités corporelles et sensorielles se développent dans des espaces culturels.
Les "enfants sauvages" peuvent prendre des caractéristiques animales (ex: Oxana Malaya).
LE CORPS SEXUÉ
La condition homme/femme est culturellement construite, non inscrite dans l'état corporel.
Nicole-Claude Mathieu (1989) : manières de penser les rapports sexe/genre.
Modes de perception sexe/genre :
Le sexe anatomique impose le genre: Cisgenre (identité de genre conforme au sexe assigné à la naissance).
Le genre primele sexe: (ex: Inuit) une personne déclarée femme jouera le rôle d'une femme, indépendamment de son anatomie.
Le sexe anatomique est non pertinent: Seul compte le genre, socialement construit et déconstructible (théories queer, transidentité). L'Allemagne reconnaît le "troisième sexe".
Autres concepts liés
La culture du viol : normalisation ou encouragement du viol (apprentissage du consentement).
La sexualité despersonnes âgées : persiste malgré les tabous.
L'intimité affective comble le besoin de lien et renforce le narcissisme (E. Erickson).
Le regard de l'autre est majeur pour le maintien del'identité (Erving Goffman).
LA REPRÉSENTATION DU HANDICAP
Le corps valide est silencieusement fonctionnel (Le Breton, 1984).
Le handicap modifie le rapport au corps et fait de l'environnement une série d'obstacles.
Robert Murphy : le handicap conditionne les termes de l'échange et révèle la fragilité humaine.
Le handicapé est un homme à statutintermédiaire, dans l'entre-deux (principe de liminalité).
Le handicapé doit se conformer aux attentes d'invalidité, sous peine de malaise chez autrui.
Murphy a développé un sentiment de culpabilité et de honte, uneénigme pour l'anthropologue.
Le handicap se construit par rapport à une norme.
Exemple de l'albinisme
Aux îles Fidji : les albinos sont desesprits protecteurs, vénérés.
En Tanzanie : les albinos vivent terrés par peur de leurs prétendus pouvoirs magiques (fétichisme) et de la perception de leur maladie comme transmissible.
UNE CULTURECOMME UNE AUTRE : LA CULTURE SOURDE
La culture Sourde est l'ensemble des représentations, savoirs, pratiques, règles sociales et valeurs des Sourds utilisant une langue des signes.
Revendique le statut de communauté culturelle minoritaire. La surdité est une caractéristique biologique qui a mené à une culture spécifique.
L'argument culturel : une langue corporelle, une façon de penser et d'être au monde.
L'argument naturel : la surdité est une caractéristique innée, au même titre que la couleur de peau, qu'il ne faut pas chercher à "transformer".
LE VALIDOCENTRISME
Attitudecollective, non consciente, qui privilégie la compréhension du monde basée sur l'humain valide comme référence.
Rejette toute autre norme issue de la diversité des corps.
Le validisme (Charlotte Puiseux, 2020): système d'oppression vécu par les personnes handicapées du fait de leur non-correspondance aux normes médicales.
Le validisme dévalorise les corps non conformes et les considère inférieurs.
Il se manifeste par la destruction des corpsdifférents (eugénisme), l'assimilation (rééducation forcée) ou la discrimination.
La pairémulation : transmission d'expérience par les personnes handicapées autonomes pour renforcer la conscience deleurs possibilités et droits.
Le pair-accompagnement comprend le conseil, le soutien, l'accompagnement, l'éducation, la thérapie et la persuasion.
Le corps blessé est souvent perçu comme un "moins" par rapport au corps valide, ignorant son potentiel.
Les techniques de rééducation sont validonormées, visant à se rapprocher au maximum du fonctionnement du corps valide.
Le milieu sanitaire ne permet pas toujours l'apprentissage des stratégiespour naviguer le monde avec un handicap (ex: se positionner en fauteuil roulant dans un bus).
MÉDECINE 3.0 : HOMME RÉPARÉ VERSUS HOMME AUGMENTÉ
Interrogation sur l'asymétrie entre sportifs valides et handicapés (Maxcel Amo Manu).
La supériorité sportive est un privilège de naissance partiellement héréditaire.
La médecine d'amélioration pose la question duposthumain et de l'homme augmenté.
Exemples de détournements :
Agents médicamenteux à des fins non thérapeutiques (Ritalin®, Provigil®).
Exosquelettes biomécaniques militaires.
Dopage sportif.
Pratiques projectives : sélection génétique, lutte contre le vieillissement, chirurgie esthétique non réparatrice.
La naissance du posthumain sera nécessairement biomédicale.
LE CORPS MORT
La mort est devenue un sujet d'actualité et un problème de société majeur.
Invisibilisation des corps morts en putréfaction, pris en chargepar un personnel spécialisé.
La toilette mortuaire est un rite de passage accessible aux profanes.
CONCLUSION
Le traitement du corps n'est jamais purement utilitaire ou décoratif,thérapeutique ou esthétique.
Il est lié à la manière dont les groupes construisent l'individu en lui assignant une place ou un statut.
La lecture des corps est une clé pour comprendre une culture et son ordre ou désordre.
Aucune société ne fait du corps une "chose privée".
Le corps est un produit semi-fini qui doit être achevé par un "travail" ou une "fabrication".
Les représentations du corps sont sociales et personnelles.
CONCEPTS CLÉS
Représentation du corps
Proxémie
Culture
Communication
Identité
Norme
Valeur
Représentation du handicap
Validocentrisme
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