Conquête spatiale et maritime chinoise

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Analyse des stratégies chinoises pour dominer l'espace et les océans, enjeux géopolitiques et économiques.

HGGSP1 : Nouveaux Espaces de Conquête

Introduction générale : Océan et Espace, Quelles Spécificités ?

L'affirmation d'une grande puissance repose sur la capacité à dominer et maîtriser des territoires, qu'ils soient terrestres, maritimes ou même extra-atmosphériques. Historiquement, les puissances ont partagé mers, océans et colonies. Cependant, le XXe siècle a marqué un tournant, déplaçant les enjeux de pouvoir vers les fonds sous-marins et l'espace. Ces environnements, explorés et cartographiés, sont aujourd'hui l'objet de convoitises intenses, considérés comme les dernières frontières à conquérir.

Problématique

Comment les océans et l'espace sont-ils devenus les dernières frontières ?

I. L'océan, un Milieu Liquide Contraignant et Méconnu

A. L'océan, un milieu omniprésent et difficile à explorer

  • Les surfaces marines représentent 70,8 % du globe, soit 361 millions de km², près de 2,5 fois la surface des continents.

  • L'océan mondial forme un volume continu d'eau salée, à l'exception des mers intracontinentales. On dénombre cinq océans, distincts des mers qui sont des espaces plus ou moins fermés.

  • C'est un milieu très contraignant (pression) et difficile d'accès pour les ondes électromagnétiques (lumière, radio).

  • La surface est bien observée et cartographiée par satellites, mais les profondeurs (colonne d'eau, fonds, sous-sols) restent largement inexplorées, et leur biodiversité est majoritairement inconnue.

B. L'exploration historique des océans

  • L'exploration de la surface marine a débuté avec les civilisations antiques (Athènes, Phéniciens, Romains) et médiévales (Vikings, Arabes).

  • Elle s'est accélérée au XVIe siècle avec les Grandes Découvertes, notamment la circumnavigation de Magellan (1519-1522).

  • À l'Époque Moderne, les grandes puissances étaient des puissances maritimes (Portugal, Espagne, Provinces-Unies, puis Angleterre).

  • Le XIXe siècle fut caractérisé par la course aux colonies et la cartographie des terres et des littoraux.

C. Innovations au service de l'exploration sous-marine

  • Le premier sous-marin a été développé en 1800.

  • L'invention du sonar durant la Première Guerre mondiale a permis, après 1945, de cartographier les reliefs sous-marins en utilisant la propagation du son.

  • Le scaphandre autonome du Commandant Cousteau a révolutionné la plongée.

  • Depuis les années 1990, les sous-marins autonomes explorent les abysses (au-delà de 4000 m).

  • Malgré ces avancées, moins de cinq hommes ont atteint la Fosse des Mariannes (-10 900 mètres), et l'ONU estime que moins de 20 % des fonds sous-marins ont été cartographiés en haute résolution.

II. L'Espace, de l'Observation à l'Exploration

A. Spécificités de l'espace extra-atmosphérique

  • L'espace correspond au vide spatial au-delà de l'atmosphère terrestre. La ligne de Karman (100 km d'altitude) sépare l'espace aérien de l'extra-atmosphérique.

  • Contraintes spécifiques à l'exploration spatiale :

    • Absence de gravité

    • Températures extrêmes

    • Absence d'air et d'oxygène

  • L'espace est immense et potentiellement infini ; l'année-lumière ( km) est l'unité de mesure. Les limites actuelles sont celles de nos outils d'observation.

B. L'espace, le temps de l'observation

  • Dès la Préhistoire, des sites comme Stonehenge attestent de connaissances astronomiques avancées.

  • Les astronomes de l'Antiquité possédaient une connaissance fine des étoiles.

  • À l'Époque Moderne, Copernic établit l'héliocentrisme, et Newton améliore l'observation avec le télescope.

C. Aller dans l'espace, du rêve à la réalité

  • Le rêve spatial (ex : film de Méliès en 1902) est devenu réalité après la Seconde Guerre mondiale avec le développement du moteur des missiles V2.

  • La Guerre Froide a fait de l'espace un enjeu majeur :

    • Premières victoires de l'URSS : Spoutnik (1957), Youri Gagarine (1961).

    • Triomphe des États-Unis : alunissage en 1969.

  • Aujourd'hui, l'exploration spatiale se poursuit via des sondes, et la conquête de Mars relance une nouvelle course aux étoiles.

III. Les Dernières Frontières à Explorer et à Exploiter ?

A. Des ressources potentielles considérables

  • Océans :

    • L'observation extra-atmosphérique par satellites permet de guider les bateaux, repérer les ressources halieutiques, les courants marins et prévoir la météo.

    • Les océans sont un réservoir potentiel pour nourrir la population mondiale (économie bleue).

    • Les fonds sous-marins recèlent des ressources essentielles : sable, terres rares, minerais.

  • Espace :

    • Réserves de gaz (hélium), de minerais (platine), et ressources énergétiques (soleil, qui alimente l'ISS).

    • Des défis technologiques subsistent pour l'exploitation.

B. Conquérir ces espaces pour exprimer sa puissance

  • Les fonds sous-marins et l'espace sont au cœur des enjeux de puissance.

  • Dans l'espace :

    • Dominance des États-Unis, avec l'expertise russe et européenne.

    • Émergence de nouvelles puissances (Chine, Inde), qui relancent la course vers Mars.

  • Sur les océans :

    • Dominance des États-Unis, présence européenne, émergence de la Chine.

    • La revendication du plateau continental (Russie, Chine) conteste la délimitation des zones économiques exclusives.

C. De nouveaux acteurs pour leur exploitation

  • Les firmes transnationales (FTN) investissent massivement :

    • Exemple : SpaceX d'Elon Musk, qui remplace progressivement la NASA et vise le tourisme extra-atmosphérique.

    • Dans les océans : développement de l'éolien, exploitation des minerais marins par les FTN.

    • Les FTN du numérique installent et exploitent les câbles sous-marins, renforçant l'intérêt stratégique des espaces maritimes.

  • Les ONG (Greenpeace, Tara Océan) dénoncent l'exploitation et la destruction des milieux marins.

Conclusion générale

Les progrès scientifiques et technologiques ont permis une meilleure connaissance des milieux maritimes et extra-atmosphériques. Considérés comme les derniers fronts pionniers, ces espaces ont été des théâtres de rivalités (Guerre Froide, Chine/États-Unis) et d'exploitation économique. Cependant, ces milieux sont hostiles à l'homme et nécessitent des protections et aménagements hors du commun, prouvant que, bien que vivable ponctuellement (comme l'ISS), la conquête humaine y est limitée (seuls 12 hommes sur la Lune).

AXE I : Conquêtes, Affirmations de Puissance et Rivalités

Introduction

Youri Gagarine, le pionnier de l'espace.

Cette affiche soviétique de 1961 illustre l'enjeu de l'espace comme moyen d'expression de la rivalité technologique et idéologique de la Guerre Froide, à l'instar de la domination militaire des océans. Océans et espace demeurent des enjeux géopolitiques, économiques, technologiques et idéologiques majeurs pour l'affirmation de la puissance des États.

Problématique

Comment la puissance s'affirme-t-elle dans les nouveaux espaces de conquête ?

I. Les Enjeux Géopolitiques d'une Conquête : la Course à l'Espace depuis les Années 1950

A. Un lieu d'affrontements technologique et idéologique entre les deux Grands

Le temps des succès soviétiques

  • Après la Seconde Guerre mondiale, une course scientifique s'engage pour récupérer les ingénieurs nazis du V2 et développer des missiles intercontinentaux.

  • L'URSS est la première à placer un satellite en orbite, Spoutnik, en 1957.

  • Avance soviétique : la chienne Laïka en orbite, premier survol lunaire.

  • En 1961, Youri Gagarine est le premier homme dans l'espace, suivi par Valentina Terechkova en 1963.

Apollo et la victoire américaine

  • En 1961, Kennedy fixe l'objectif d'aller sur la Lune et lance le programme Apollo.

  • Alunissage en 1969 par Neil Armstrong et Buzz Aldrin, médiatisé mondialement.

  • Cette réussite technologique porte un coup au programme spatial russe.

  • Dès 1976, les États-Unis lancent des sondes vers Mars et mettent en place la navette spatiale.

Une détente spatiale relative

  • En 1967, États-Unis et URSS signent un accord sur l'exploration et l'exploitation de l'espace à des fins pacifiques.

  • Développement de stations spatiales (Mir, Skylab) pour une présence humaine prolongée.

  • La rencontre Soyouz-Apollo en 1975 symbolise la détente.

  • Cependant, le programme de défense américain IDS (Initiative de Défense Stratégique, ou "guerre des étoiles") relance les tensions, contribuant à l'effondrement économique de l'URSS.

B. L'émergence de nouvelles puissances spatiales

L'aventure spatiale française puis européenne

  • En 1958, le Général de Gaulle lance un programme spatial français (avec la bombe atomique).

  • Création du CNES en 1961, lancement d'Astérix en 1965 (France : 3e pays à envoyer un satellite).

  • Dans les années 1970, création de l'Agence Spatiale Européenne (ESA).

  • La fusée lanceur européenne Ariane décolle en 1979 ; l'ESA développe le Spacelab avec les États-Unis.

Les puissances spatiales se multiplient

  • Après la Guerre Froide, de nombreux pays rejoignent la course spatiale.

  • Inde : lanceur de satellites dès les années 1970 avec l'aide de l'URSS ; sonde vers Mars en 2013 ; succès de Chandrayaan-3 sur le pôle Sud de la Lune en 2023.

  • Chine : envoie un homme dans l'espace en 2003 ; ambitionne d'atterrir sur la Lune et Mars (mission Tianwen-I).

  • Au-delà des acteurs majeurs, Japon, Corée du Nord, Corée du Sud, Israël, et Émirats Arabes Unis s'affirment, attestant de l'intérêt géopolitique et militaire de l'espace.

C. Le rôle croissant des entreprises privées

Le New Space

  • Après la Guerre Froide, la baisse des budgets de la NASA ouvre la voie aux acteurs privés (New Space).

  • SpaceX (Elon Musk) est la FTN leader : fusée réutilisable, Crew Dragon pour l'ISS, constellations de satellites.

  • SpaceX est choisie par l'État américain pour la préparation d'un alunissage et une future mission martienne.

  • Virgin, Amazon, Boeing investissent dans le tourisme spatial, les constellations et les fusées.

  • En Europe, ArianeGroup (Airbus, Safran) assure les lancements de satellites.

L'État reste décisionnaire

  • Malgré les acteurs privés, le rôle des États reste central.

  • Les gouvernements (États-Unis, UE) sont les décideurs et les entreprises dépendent des commandes publiques.

  • SpaceX a largement bénéficié des commandes et des transferts de compétences de la NASA.

  • Cependant, la privatisation pose des problèmes juridiques : le Space Act américain de 2015 autorise l'exploitation commerciale de l'espace, contredisant le droit international qui le considère comme un "bien commun" depuis 1967.

II. Affirmer sa Puissance à Partir des Mers et des Océans : Dissuasion Nucléaire et Forces de Projection Maritimes

A. Une prise de conscience ancienne du rôle stratégique des mers et océans

Un espace d'expression de la puissance

  • « Dominer les mers, c'est dominer le monde » : principe de la domination européenne moderne.

  • Portugal, Espagne, Provinces-Unies, puis Angleterre, ont acquis une avance économique majeure grâce à la navigation hauturière (première mondialisation).

  • La thalassocratie britannique au XIXe siècle s'est construite sur les empires coloniaux et le contrôle des routes maritimes (ex : Compagnie anglaise des Indes orientales).

  • La France a développé la deuxième force navale mondiale au début du XXe siècle pour concurrencer la Grande-Bretagne.

  • Pendant la Seconde Guerre mondiale, la puissance navale britannique et américaine a été déterminante pour la victoire.

Les mers et océans, lieu de projection de la puissance

  • La Seconde Guerre mondiale marque un changement des fonctions des marines nationales.

  • Apparition et multiplication des porte-avions, symboles de la projection de la puissance militaire.

  • Pendant la Guerre Froide, le contrôle des océans était fondamental, d'où la course aux armements navals et le développement des sous-marins lanceurs d'engins nucléaires (SNLE).

  • La première guerre du Golfe a démontré les capacités d'intervention et de projection de l'US Navy (bombardements préalables).

B. Les mers et océans, espaces majeurs de la dissuasion nucléaire

Qu'est-ce que la dissuasion nucléaire océanique ?

  • C'est la capacité d'envoyer un missile nucléaire depuis un sous-marin, n'importe où sur la planète.

  • Elle repose sur les SNLE, qui profitent de l'immensité, de l'effet de surprise et de la discrétion des océans.

  • Les SNLE sont les outils de dissuasion nucléaire les moins vulnérables.

  • Seuls 6 pays possèdent des SNLE : États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Inde.

  • La France possède 4 SNLE en patrouille.

Les Porte-avions, atouts majeurs de la projection

  • Les porte-avions, entourés d'un groupe aéronaval complet (frégates, sous-marins, ravitailleurs), sont essentiels pour projeter la force militaire mondiale.

  • Seules 6 puissances possèdent des porte-avions : États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine et Inde.

  • Ils servent d'appui aux interventions terrestres (Syrie), de pression diplomatique (Iran), de renseignement et de transport de troupes.

La protection des espaces maritimes

  • Les marines jouent un rôle clé dans la protection des espaces maritimes nationaux et internationaux.

  • Missions : surveillance des ZEE, lutte contre le trafic de drogue et l'immigration clandestine.

  • Protection des points de passage stratégiques (détroits, canaux), par exemple au large de Bab El Mandeb (mission européenne).

  • La guerre Israël-Hamas et les attaques des Houthis en mer Rouge ont renforcé la présence militaire internationale.

C. La militarisation croissante des espaces maritimes

La puissance navale des États-Unis

  • L'US Navy est la première puissance navale mondiale (plus de 280 navires, présence globale).

  • Force de projection inégalée : 11 porte-avions, 14 SNLE, 58 sous-marins nucléaires d'attaque.

  • Technologie de pointe (drones, armements avancés, guerre cybernétique).

  • Le Pacifique est le principal théâtre d'opérations face à la Chine.

  • Renforcement en Méditerranée (conflits russo-ukrainien et israélo-palestinien), dans le cadre de l'OTAN.

Des puissances européennes en repli

  • Les puissances navales européennes sont en retrait face à l'US Navy.

  • Le Royaume-Uni a abandonné sa volonté hégémonique, mais ses deux porte-avions restent un atout.

  • La France s'appuie sur sa flotte de sous-marins et ses bases à l'étranger (Abou Dhabi, Djibouti, Dakar). La construction d'un second porte-avions est un impératif.

  • La marine russe connaît une renaissance sous Poutine, renforçant sa présence dans l'Arctique.

Les puissances navales émergentes

  • La militarisation s'accroît : environ 42 pays possèdent des sous-marins.

  • De nombreuses puissances régionales développent des marines nationales pour défendre leurs ZEE.

  • Exemples : Brésil (sous-marin nucléaire d'attaque avec l'aide française), Inde (marine à vocation régionale contre l'influence chinoise).

  • La Chine : développement rapide d'une flotte de guerre et commerciale ; construction de trois porte-avions depuis 2012.

  • L'ambition chinoise est de dépasser l'US Navy (militarisation croissante des mers).

Conclusion de l'Axe I

L'espace, comme les mers et les océans, est un moyen d'expression de la puissance étatique. Ces deux espaces ont connu des dynamiques similaires : affrontement entre superpuissances, victoire américaine, et affirmation de nouvelles puissances émergentes. La Chine, notamment sous l'impulsion de Xi Jinping, s'affirme comme le principal opposant aux États-Unis, faisant de la course vers Mars un symbole majeur de cette rivalité.

AXE II : Enjeux Diplomatiques et Coopérations

Introduction

La phrase de Neil Armstrong en 1969, "un petit pas pour l'homme, un bond de géant pour l'humanité", rappelle la dimension universelle de la conquête spatiale. Bien que l'appropriation des océans et de l'espace réponde à des logiques de puissance, elle ne peut se limiter aux rivalités. Face aux contraintes de ces milieux, la nécessité de partager les savoirs et les expériences s'est rapidement imposée. Il s'agit aussi de protéger des milieux fragiles. Coopération, gouvernance et protection sont donc des enjeux géopolitiques majeurs.

Problématique

Comment développer la coopération face aux enjeux géopolitiques liés à la découverte et à l'exploitation de l'espace, des mers et des océans ?

I. Coopérer pour Développer la Recherche : la Station Spatiale Internationale (ISS)

A. Un projet international spatial sans précédent

La coopération internationale spatiale

  • Dès les années 1960, malgré la Guerre Froide, les coopérations spatiales internationales se multiplient.

  • En 1967, le Traité international de l'espace est signé, établissant les principes du droit spatial et de la coopération.

  • L'URSS et la France signent un accord de coopération scientifique et technique dans l'espace en 1966.

  • La NASA collabore avec des pays européens pour approfondir les connaissances atmosphériques.

La naissance de l'ISS

  • L'idée d'une station spatiale permanente a émergé dans les agences soviétiques et américaines.

  • La réduction des budgets (NASA) et les difficultés financières (URSS) ont mené à un rapprochement, annoncé par Ronald Reagan en 1984.

  • Le projet rassemble les cinq grandes agences spatiales : USA, Russie, UE, Canada et Japon, qui signent l'accord intergouvernemental en 1998.

  • L'ISS est un assemblage de modules, le premier étant le russe Zarya. Elle est pleinement opérationnelle en 2010.

L'entente américano-russe au cœur de l'ISS

  • En 1995, la Russie renonce à sa propre station spatiale et rejoint le programme ISS.

  • Les rapprochements entre véhicules américains et russes se multiplient. Zarya est élaboré par les Russes mais financé par les États-Unis.

  • Après l'accident de Columbia (2005), le vaisseau russe Soyouz devient le véhicule officiel pour l'approvisionnement de l'ISS.

  • Cette entente reflète le multilatéralisme des années Clinton.

  • L'arrivée de SpaceX en 2021 redonne aux États-Unis le leadership stratégique pour les liaisons Terre-ISS, marquant une volonté américaine de reprendre le leadership scientifique.

B. Un outil de développement de la coopération internationale

L'ISS en quelques chiffres

  • Longue de 110 mètres, en orbite basse (400 km) à 28 000 km/h (16 révolutions par jour).

  • Habitée en permanence depuis 2000 (3 à 10 astronautes selon les missions).

  • Coût de construction et d'exploitation : plus de 160 milliards de dollars (majoritairement financés par les États-Unis).

  • Plus de 260 astronautes de 20 nationalités y ont séjourné (158 Américains, 54 Russes, 11 Français).

Un outil de recherche scientifique

  • Laboratoire américain en microgravité pour les expériences préparant la mission Mars (radiations, production d'oxygène, énergie, combinaisons).

  • Module européen Columbus (recherches en Science et Vie de la Terre, physique, alimentation - programme Energy).

  • Module japonais Kibo (le plus grand laboratoire de la station), recherches en mécanique des fluides, cardiologie, neurosciences.

  • Modules d'habitation (ex : Tranquillity avec quartiers, salle de sport, surveillance).

Un exemple de coopération géopolitique

  • L'expérience soviétique/russe est primordiale pour le succès de l'ISS (station Saliout en 1971).

  • Les modules de vie et le véhicule Soyouz sont de conception russe.

  • Le fonctionnement de l'ISS n'a jamais été remis en question malgré des tensions russo-américaines (annexion de la Crimée en 2014, exclusion du G8).

  • L'invasion de l'Ukraine en 2022 a créé des tensions. La Russie a annoncé son retrait après 2024 pour construire sa propre station (vers 2027-2028), mais les opérations continues de l'ISS démontrent une résilience dans la coopération.

C. Enjeux et défis de l'ISS

Un bilan contrasté

  • Des détracteurs dénoncent un bilan scientifique "pauvre" en regard du coût élevé.

  • Le projet initial de la NASA envisageait l'ISS comme un relais pour la Lune et Mars.

  • Bien que l'ISS ait permis des avancées scientifiques, son avenir est incertain.

  • Donald Trump avait annoncé la fin du financement américain en 2024. La durée de vie de l'ISS a été prolongée jusqu'en 2030.

  • Des stations spatiales privées sont envisagées pour prendre le relais.

La Chine, adversaire de l'ISS

  • En 2011, la Chine a été écartée du projet ISS par une loi américaine (amendement Wolf).

  • La Chine a développé son propre projet : la station Tiangong (Palais Céleste), pleinement opérationnelle depuis 2021.

  • Ce projet est ouvert aux collaborations internationales, visant à développer le soft power chinois.

  • La compétition spatiale entre la Chine et les États-Unis (et la Russie) reste forte.

II. Rivalités et Coopérations dans le Partage, l'Exploitation et la Préservation des Ressources des Mers et des Océans

A. La mise en place d'une gouvernance mondiale

Vers l'affirmation d'une souveraineté sur les mers

  • En 1609, le traité *Mare liberum* d'Hugo Grotius établit le principe de la libre circulation en mer.

  • Début XXe siècle : distinction entre haute mer et mer territoriale (initialement 3 miles). Absence de règles juridiques internationales claires.

  • Après 1945, les nouveaux États décolonisés réclament des règles internationales.

  • En 1958, une première convention de l'ONU établit le droit de la mer, distinguant mer territoriale, plateau continental (ressources) et haute mer.

  • Les progrès technologiques des années 1960 (exploitation offshore) intensifient les rivalités pour les hydrocarbures et les ressources halieutiques.

Créer des règles par la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM)

  • La CNUDM (Montego Bay, 1982) vise à affirmer la souveraineté des États et à protéger les espaces maritimes.

  • Elle introduit :

    • La zone de souveraineté pleine (eaux intérieures) jusqu'à 12 milles marins.

    • La Zone Économique Exclusive (ZEE) de 200 milles marins, donnant à l'État côtier le monopole des ressources.

    • La haute mer, espace de libre accès et circulation (navires, câbles, conduites).

  • Plus de 150 États ont ratifié la CNUDM, entrée en vigueur en 1994, devenant la "constitution des mers et des océans".

  • L'espace maritime mondial est fragmenté : souveraineté étatique et liberté de la haute mer.

B. Des rivalités dans le partage des ressources

Litiges frontaliers sur les océans

  • Entre 70 et 80 litiges frontaliers maritimes recensés, souvent liés aux îles et archipels, qui donnent accès à d'immenses ZEE.

  • La France, grâce aux DROM, possède une ZEE de plus de 10 millions de km².

  • Exemple : La mer de Chine (îles Senkaku/Diaoyu, Spratley, Paracel), où de nombreux archipels sont revendiqués.

  • L'Arctique : la fonte de la banquise génère des litiges et revendications entre Russie, Canada, États-Unis, Norvège, Islande.

Litiges sur les ressources

  • De nombreux conflits concernent les ressources, notamment les ressources halieutiques.

  • La question des ressources halieutiques a été un enjeu majeur du Brexit.

  • Au Sénégal, les accords avec l'UE sont accusés de favoriser la disparition des poissons et l'émigration.

  • Les terres rares (nécessaires à l'électronique) sont aussi au cœur des recherches sous-marines : le Pacifique en détiendrait 1000 fois plus que la terre ferme.

Régler les litiges par le TIDM

  • Une Commission des limites du plateau continental (1997) examine les demandes d'extension au-delà de 200 milles marins.

  • Le Tribunal International du Droit de la Mer (TIDM) a été créé en 1996 pour trancher les litiges (29 affaires jugées).

  • La Cour Internationale de Justice peut aussi intervenir.

  • Cependant, les interprétations du droit peuvent différer : la Chine construit des îles artificielles pour contourner la règle que les rochers sans vie économique ne peuvent générer de ZEE.

  • La Russie a planté un drapeau au fond de l'Océan Arctique en 2007, revendiquant une partie significative.

C. L'enjeu de la protection et de la préservation des milieux

L'Autorité Internationale des Fonds Marins (AIFM)

  • Les eaux territorialisées ne représentent que 3-4%. Les 2/3 des mers et océans sont considérés comme "Patrimoine commun de l'Humanité".

  • L'AIFM, créée par la CNUDM, exerce la souveraineté de la communauté internationale sur ces espaces et leurs ressources minérales.

  • Sa mission est de réguler les activités dans les fonds marins internationaux, sans les empêcher.

  • L'AIFM a déjà autorisé la prospection pour l'exploitation de certains espaces (Clipperton, dorsale de l'Océan Indien).

La BBNJ (Biodiversité au-delà des Juridictions Nationales)

  • La haute mer abrite une biodiversité marine méconnue et mal protégée.

  • Les négociations de la Conférence BBNJ (depuis 2018) visent un accord sur la gestion durable et la protection des écosystèmes menacés.

  • En mars 2023, un accord historique a été signé pour la préservation et la gestion durable des ressources marines internationales.

  • Objectifs ambitieux : création d'aires marines protégées (30% des océans d'ici 2030), partage des ressources de la haute mer.

  • Initiatives renforcées : limitation de la surpêche, réduction des plastiques, régulation des activités extractives.

Des milieux fragiles et en danger

  • Les espaces marins sont menacés par le changement climatique (acidification des océans).

  • La surpêche et la pollution plastique (microplastiques) ont des effets dévastateurs sur la biodiversité.

  • La haute mer (43% de la surface planétaire) est l'espace le moins protégé (seulement 1,1% protégé).

Conclusion de l'Axe II

L'espace, les mers et les océans sont des milieux qui ont développé diverses formes de coopération. La communauté internationale a défini un droit et des règles communes, les considérant comme "patrimoine commun de l'Humanité". Si les difficultés d'exploration et d'exploitation ont encouragé la coopération, la tendance à l'exploitation et à la privatisation (déchets spatiaux, continents de plastique en haute mer) soulève des questions cruciales sur la durabilité de la gestion de ces environnements.

Objet d'étude conclusif (OTC) : La Chine à la Conquête de l'Espace, des Mers et des Océans

Introduction

En 1973, Alain Peyrefitte écrivait "Quand la Chine s'éveillera... Le monde tremblera". 50 ans plus tard, la Chine est une puissance "capable d'imposer et de ne pas se laisser imposer" (Raymond Aron), au cœur des enjeux économiques et géopolitiques mondiaux. Son leader, Xi Jinping, ambitionne de faire de la Chine la première puissance mondiale d'ici 2049. L'espace, les mers et les océans sont des théâtres majeurs de cette affirmation de puissance.

Problématique

Comment la Chine affirme-t-elle sa puissance par la conquête spatiale et maritime ?

I. Une Volonté Politique d'Affirmation : Discours, Investissements, Appropriations

A. 1956-1986 : Affirmer sa souveraineté

1956 : le début du programme spatial chinois

  • Après la proclamation de la République Populaire de Chine en 1949, le pays cherche à s'affranchir de la domination européenne ("siècle de la honte").

  • La Conférence de Bandung (1955) affirme la Chine comme leader des pays décolonisés.

  • Le programme spatial chinois est lancé en 1956 (création de la Cinquième Académie de la Défense nationale), avec l'aide soviétique.

  • En 1970, le premier satellite chinois, Dong Fang Hong ("l'Orient est rouge"), est lancé, faisant de la Chine une puissance spatiale.

  • La propagande utilise cette conquête spatiale pour glorifier Mao Zedong et développer le sentiment patriotique.

Les débuts de l'appropriation de la Mer de Chine

  • Malgré la gloire de la dynastie Ming (XVe siècle, explorateur Zheng He), la marine chinoise a été négligée au XXe siècle.

  • Mao Zedong ambitionne de la moderniser, mais elle reste le parent pauvre de l'Armée Populaire de Libération.

  • L'aide soviétique permet un début de marine, mais la Chine se concentre sur le continent face à la puissance américaine dans le Pacifique.

  • Néanmoins, la Chine s'empare des îles Paracel en 1974.

  • Deng Xiaoping (dès 1978) augmente le budget de la Marine dans le cadre des "Quatre modernisations" pour protéger les mers proches et ouvrir la Chine à la mondialisation. La stratégie navale reste initialement axée sur la défense côtière.

B. 1986-2016 : Des vecteurs d'affirmation de puissance

Le programme 86S

  • Avec l'effondrement de l'URSS et la forte croissance économique chinoise, le programme 86S (mars 1986) fixe les objectifs de vols habités et de construction d'une station spatiale.

  • La Chine bénéficie d'accords avec l'URSS puis la Russie pour l'accès aux technologies spatiales et la formation des taïkonautes.

  • Le véhicule spatial chinois Shenzhou est très similaire au Soyouz russe.

  • La propagande utilise la conquête spatiale pour montrer la supériorité du modèle chinois (ex: Shenzhou I en 1999 pour le 50e anniversaire de la RPC).

  • En 2003, avec Shenzhou V, la Chine est la 3e nation à envoyer un homme dans l'espace.

  • En 2011, un équipage prend possession de la première station spatiale chinoise, Tiangong I.

L'affirmation de la puissance navale chinoise

  • En 1986, la stratégie de défense côtière est remplacée par une défense navale au large, impliquant le développement d'une marine de haute mer puissante.

  • Croissance rapide du tonnage de la marine chinoise : 100 000 tonnes en 1986, 847 000 tonnes en 2008 (3e puissance navale), 1 200 000 tonnes en 2016 (2e puissance navale).

  • Dans les années 1980, la marine chinoise s'approprie progressivement les îles Spratleys et leurs ressources en hydrocarbures.

  • Le conflit de 1988 avec le Vietnam sur l'installation d'une station météorologique montre la stratégie régionale chinoise : assurer la présence chinoise dans l'espace fermé de la Mer Jaune à la Mer de Chine Méridionale et Orientale.

  • La Chine renforce son étau autour de Taïwan, que la RPC ambitionne de reconquérir.

C. Depuis 2016, affirmer sa puissance à l'échelle mondiale

La course à la Lune et à Mars

  • En 2016, la Chine publie un livre blanc sur ses ambitions spatiales vers la Lune et Mars :

    • Lune : exploration de la face cachée (2019, "lapin de jade"), base lunaire automatisée d'ici 2030, base habitée entre 2036-2045.

    • Mars : rover sur Mars en mai 2021 (mission Tianwen-I), devenant la deuxième nation. Ambition d'envoyer un équipage entre 2045-2049.

Une stratégie navale mondiale

  • En 2015, Xi Jinping lance un vaste programme pour faire de la Marine de l'APL une marine de niveau mondial.

  • Construction de nouveaux porte-avions (le Shandong déjà livré, un nouveau en construction).

  • Multiplication des constructions en mer de Chine : polders, installations militaires, ports (stratégie de "barriérisation").

  • La marine chinoise a considérablement augmenté : 355 navires en 2021 (plus que l'US Navy en nombre, mais moins en tonnage), objectif de 400 navires d'ici 2025.

  • L'ambition est de prendre le leadership mondial à l'US Navy, marquant une militarisation croissante des espaces maritimes.

II. Des Enjeux Économiques et Géopolitiques Considérables

A. La Chine à l'assaut de l'espace

Un marché économique majeur

  • Au-delà des objectifs géopolitiques et militaires, l'espace représente un marché économique important pour la Chine, notamment le marché de lancement de satellites.

  • La Chine veut contrôler ses propres satellites et dominer ce marché.

  • Grâce à son lanceur "Longue Marche", plus fiable et moins cher, la Chine est devenue un acteur majeur.

  • En 2023, la Chine a réalisé 67 lancements spatiaux, se plaçant en première position mondiale.

  • Des startups chinoises (Galactic Energy, iSpace) reprennent le modèle de SpaceX.

  • Cette course économique s'inscrit dans le projet "Made in China 2025" pour la transition industrielle vers les technologies de pointe.

Une rupture des équilibres géopolitiques

  • L'affirmation de la puissance spatiale chinoise bouleverse les équilibres post-Guerre Froide (hyperpuissance américaine, savoir-faire russe, compétences européennes et japonaises).

  • Les forces spatiales chinoises sont intégrées à la Force de soutien stratégique de l'APL (opérations spatiales, cyber, guerre électronique).

  • Cette organisation militaire vise à infliger des dommages majeurs en cas de conflit global, mais aussi à développer des retombées économiques.

  • L'ouverture de la station spatiale chinoise aux scientifiques mondiaux vise à développer le soft power chinois.

B. Les conquêtes maritimes, vecteurs de puissance

La stratégie du collier de perles

  • En 2003, Hu Jintao lance une stratégie de sécurisation des approvisionnements pétroliers chinois (80% du pétrole transite par le détroit de Malacca).

  • Objectif : créer des routes alternatives et des points d'appui pour éviter le blocage par une puissance ennemie.

  • Installation de ports commerciaux (Gwadar au Pakistan, Colombo au Sri Lanka, Sittwe en Birmanie) et de bases militaires (Djibouti) le long des routes stratégiques.

  • Cette politique permet à la Chine de s'implanter durablement dans l'océan Indien et d'encercler la puissance régionale concurrente, l'Inde.

Les nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative - BRI)

  • Lancée par Xi Jinping en septembre 2013, la BRI vise à élargir les marchés de consommation de la Chine, principalement vers l'Europe et l'Afrique.

  • Bien que comprenant six routes terrestres, la dimension maritime est essentielle.

  • La Chine développe un réseau portuaire (Colombo, Lamu, Le Pirée) par des investissements massifs.

  • Objectifs géopolitiques : placer l'Asie et la Chine au centre de l'économie globale, contrôler les infrastructures de transport, renforcer les liens avec l'Afrique (matières premières, délocalisations, marchés).

Un levier du hard power

  • La BRI a financé de nombreux projets dans plus de 140 pays (environ 1000 milliards de dollars d'investissements cumulés).

  • Accent mis sur les infrastructures énergétiques, les transports et la technologie (ex: LGV Jakarta-Bandung, investissements en Hongrie et au Pérou).

C. Les défis de la puissance chinoise

L'expansion chinoise, facteur de tensions

  • La stratégie aggressive de conquête, d'annexion et de poldérisation des archipels et îlots en mers de Chine suscite des critiques.

  • La "ligne à neuf traits" sur les cartes chinoises exprime la volonté de faire des Mers de Chine des "mers intérieures".

  • Les puissances régionales (Japon, Corée du Sud, Australie) augmentent leurs dispositifs militaires.

  • Les États-Unis, principal défenseur de Taïwan et du Japon, multiplient les exercices navals.

  • En 2016, la Cour permanente d'arbitrage de La Haye a rejeté les revendications chinoises sur les droits historiques dans la "ligne à neuf traits".

Une puissance incomplète

  • La Chine possède les attributs d'une puissance mondiale (économie, politique, militaire, scientifique, technologique). En termes de hard power, elle est une grande puissance.

  • Cependant, des limites subsistent :

    • Les tensions avec Taïwan (leader mondial des semi-conducteurs).

    • La politique d'investissement de la BRI est perçue comme impérialiste.

    • La nature du régime chinois (militaire et dictatorial) freine le développement du soft power.

    • Le vieillissement de la population et le ralentissement économique depuis 2010 pourraient réduire sa capacité d'investissement et menacer ses projets spatiaux et maritimes.

Conclusion de l'OTC

Les conquêtes des océans et de l'espace, initiées dès le début de la République Populaire de Chine, ont pris un véritable essor après le décollage économique des années 1980. D'abord puissance spatiale et maritime régionale, la Chine, sous l'impulsion de Xi Jinping depuis 2016, ambitionne ouvertement de devenir la première puissance mondiale. Pour ce faire, la maîtrise des océans et la domination de l'espace sont indispensables. Cette ambition place la Chine en concurrence directe avec les États-Unis, ouvrant un cycle de confrontations géopolitiques dans un système mondialisé et interdépendant.

Voici un résumé des points clés concernant les nouveaux espaces de conquête, l'océan et l'espace, rédigé sous forme de *cheatsheet* en français.

HGGSP1 : De Nouveaux Espaces de Conquête – Cheatsheet

L'océan et l'espace sont les dernières frontières explorées et convoitées, révélateurs de puissance.

I. L'Océan : Milieu Contraignant et Historique de Conquêtes

  • 70,8 % de la surface du globe (361 millions de km²).
  • Milieu liquide très contraignant (pression, diffusion limitée des ondes).
  • Exploration ancienne (Antiquité, Moyen Âge) mais accélérée au XVIe siècle (Grandes Découvertes, Magellan).
  • Puissances maritimes historiques : Portugal, Espagne, Provinces-Unies, Angleterre.
  • Innovations clés pour l'exploration sous-marine :
    • Sous-marin (1800)
    • Sonar (WW1, cartographie après 1945)
    • Scaphandre autonome (Cousteau)
    • Sous-marins autonomes (Années 90, abysses)
  • Seulement moins de 20 % des fonds sous-marins cartographiés en haute résolution (ONU).

II. L'Espace : De l'Observation à la Conquête

  • Espace extra-atmosphérique : vide au-delà de l'atmosphère terrestre.
    • Ligne de Karman (100 km) : limite conventionnelle.
    • Contraintes : absence de gravité, températures extrêmes, absence d'air.
  • Immense et infini : mesuré en années-lumière (9,4 milliards de km).
  • Observation ancienne :
    • Préhistoire (Stonehenge).
    • Antiquité (astronomes).
    • Époque Moderne : Héliocentrisme (Copernic), télescope (Newton).
  • Conquête moderne :
    • Après WW2 : développement des missiles (V2).
    • Guerre Froide : Enjeu majeur de rivalité.
      • URSS : Spoutnik (1957), Gagarine (1961).
      • USA : Alunissage (1969).
    • Aujourd'hui : Sondes, course à Mars.

III. Océans et Espace : Dernières Frontières à Explorer et Exploiter

  • Ressources potentielles :
    • Océans : réservoir de ressources (pêche, minerais, terres rares, sable).
      • Économie bleue (ONU) pour nourrir la population mondiale.
    • Espace : gaz (Hélium), minerais (platine), énergie solaire (ISS).
  • Affirmation de puissance :
    • Espace : USA dominants, émergence Chine/Inde.
    • Océans : Domination USA, émergence Chine.
    • Fonds sous-marins : litiges pour le plateau continental (Russie, Chine).
  • Nouveaux acteurs économiques :
    • FTN : SpaceX (Elon Musk) pour tourisme spatial, éolien maritime, exploitation minière.
    • Câbles sous-marins : intérêt stratégique des espaces maritimes.
    • ONG (Greenpeace, Tara Océan) dénoncent la destruction.

AXE I : Conquêtes, Affirmations de Puissance et Rivalités

Les océans et l'espace sont des vecteurs majeurs de l'affirmation de la puissance étatique.

I. Enjeux Géopolitiques de la Course à l'Espace (depuis les années 50)

A. Affrontements technologiques et idéologiques (Guerre Froide)

  • Course aux ingénieurs nazis et développement de missiles intercontinentaux.
  • Succès soviétiques :
    • Spoutnik (1957) : premier satellite.
    • Laïka : premier être vivant.
    • Youri Gagarine (1961) : premier homme.
  • Victoire américaine :
    • Programme Apollo.
    • Alunissage (1969) : N. Armstrong et B. Aldrin.
  • Détente spatiale relative :
    • Traité de 1967 : exploration pacifique de l'espace.
    • Stations spatiales (Mir, Skylab), rencontre Soyouz-Apollo (1975).
    • Réactivation des tensions : IDS ("guerre des étoiles") relance des dépenses.

B. Émergence de nouvelles puissances spatiales

  • France puis Europe :
    • Programme spatial français (1958, De Gaulle), CNES (1961), Astérix (1965).
    • Agence Spatiale Européenne, fusée Ariane (1979).
  • Multiplication des acteurs :
    • Inde : lanceur satellites (70s), sonde Mars (2013), Chandrayaan-3 (2023) sur pôle Sud de la Lune.
    • Chine : homme dans l'espace (2003), Tianwen-I sur Mars.
    • Japon, Corée du Sud, Israël, EAU.

C. Rôle croissant des entreprises privées (New Space)

  • Réponse à la baisse des budgets de la NASA.
  • SpaceX (Elon Musk) : fusée réutilisable, Crew Dragon, constellations satellites, tourisme.
  • Virgin, Amazon, Boeing.
  • ArianeGroup (Airbus, Safran) en Europe.
  • L'État reste décisionnaire : commandes publiques, transferts de compétences.
  • Space Act (USA, 2015) : exploitation commerciale de l'espace, pose des problèmes juridiques avec le droit international.

II. Affirmer sa Puissance à Partir des Mers et des Océans

A. Rôle stratégique des mers et océans

  • Dominer les mers = dominer le monde : principe des puissances européennes.
  • Thalassocratie britannique (Compagnie des Indes orientales).
  • WW2 : puissance navale alliée décisive.
  • Projection de puissance :
    • Porte-avions : capacité d'intervention militaire.
    • Guerre Froide : sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE).
    • Guerre du Golfe : démonstration de l'US Navy.

B. Espaces majeurs de la dissuasion nucléaire

  • Dissuasion nucléaire océanique : capacité d'envoyer un missile nucléaire depuis un sous-marin.
    • Outils : SNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs d'Engins).
    • Avantages : immensité, surprise, discrétion (moins vulnérables).
    • 6 pays possèdent des SNLE : USA, Russie, RU, France, Chine, Inde.
  • Porte-avions : atouts majeurs de la projection.
    • Entourés d'un groupe aéronaval.
    • 6 puissances : USA, RU, France, Russie, Chine, Inde.
    • Rôle : appui terrestre, pression diplomatique, renseignement, transport.
  • Protection des espaces maritimes :
    • Surveillance ZEE, lutte contre trafics (drogue, immigration).
    • Protection des points de passage stratégiques (détroits, canaux) : ex. Bab El Mandeb, Mer Rouge.

C. Militarisation croissante des espaces maritimes

  • US Navy : principale puissance navale mondiale (>280 navires, 11 porte-avions, 14 SNLE).
    • Présence mondiale, pointe technologique (drones, cyber).
    • Théâtre principal : Pacifique (face à la Chine), Méditerranée (conflits).
  • Puissances européennes en repli :
    • Royaume-Uni (2 porte-avions).
    • France (flotte sous-marins, bases à l'étranger).
  • Russie : renaissance navale sous Poutine, renforcement en Arctique.
  • Puissances navales émergentes :
    • Brésil (sous-marin nucléaire, aide française).
    • Inde (marine à vocation régionale).
    • Chine : croissance rapide (3 porte-avions depuis 2012), ambitionne le leadership mondial.

AXE II : Enjeux Diplomatiques et Coopérations

Coopération, gouvernance et protection sont essentielles pour l'espace et les océans, patrimoine commun de l'Humanité.

I. Coopérer pour Développer la Recherche : la Station Spatiale Internationale (ISS)

A. Projet international spatial sans précédent

  • Coopérations internationales dès les années 60 : l'espace est un bien commun.
  • Traité international de l'espace (1967) : principes du droit spatial.
  • Naissance de l'ISS :
    • Idée de station permanente (USA, URSS).
    • Rapprochement USA-URSS (1984), puis 5 agences (USA, Russie, UE, Canada, Japon).
    • Accord intergouvernemental (1998), ISS opérationnelle en 2010.
  • Entente américano-russe au cœur de l'ISS :
    • Russie rejoint le projet en 1995.
    • Module russe Zarya financé par USA.
    • Vaisseau Soyouz devient le véhicule officiel après accident Columbia (2005).
    • Maintien de la coopération malgré les tensions géopolitiques (Crimée, Ukraine), mais la Russie prévoit de se retirer en 2027-2028.

B. Outil de développement de la coopération internationale

  • Quelques chiffres de l'ISS :
    • 110 mètres de long, 400 km d'altitude, 16 révolutions/jour.
    • Habitée en permanence depuis 2000 (3 à 10 astronautes).
    • Coût > 160 milliards $.
    • > 260 astronautes de 20 nationalités.
  • Outil de recherche scientifique :
    • Laboratoire américain (microgravité, radiations, oxygène, etc. pour Mars).
    • Module Columbus (ESA) : sciences de la vie/terre, physique (programme Energy).
    • Module Kibo (Japon) : mécanique des fluides, cardiologie, neurosciences.
  • Exemple de coopération géopolitique :
    • Savoir-faire russe primordial (Saliout en 1971).
    • Fonctionnement stable malgré les tensions entre Russie et USA.

C. Enjeux et défis de l'ISS

  • Bilan contrasté :
    • Coût élevé, critique d'un bilan scientifique "pauvre".
    • Objectif initial : hub pour la Lune.
    • Prolongation jusqu'en 2030 malgré l'incertitude russe.
    • Stations spatiales privées envisagées.
  • Chine, adversaire de l'ISS :
    • Exclue par amendement Wolf (2011).
    • Développe sa propre station : Tiangong (palais céleste) opérationnelle depuis 2021.
    • Ouverte à la collaboration internationale pour le soft power.

II. Rivalités et Coopérations dans le Partage, l'Exploitation et la Préservation des Ressources des Mers et des Océans

A. Mise en place d'une gouvernance mondiale

  • Souveraineté sur les mers :
    • Mare liberum (Hugo Grotius, 1609) : liberté de circulation.
    • Après 1945 : nécessité de règles internationales.
    • Convention des Nations Unies (1958) : mer territoriale, plateau continental, haute mer.
    • Années 60 : progrès technologiques, exploitation offshore, intensification des rivalités (hydrocarbures, halieutiques).
  • CNUDM (Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer, Montego Bay, 1982) : "Constitution des mers et des océans".
    • Zone de souveraineté pleine : jusqu'à 12 milles marins (eaux intérieures).
    • Zone Économique Exclusive (ZEE) : 200 milles marins, monopole des ressources.
    • Haute mer : accès libre (circulation, câbles).
    • Plus de 150 États ratifient, entrée en vigueur en 1994.
    • Espace maritime mondial fragmenté.

B. Rivalités dans le partage des ressources

  • Litiges frontaliers :
    • 70 à 80 litiges dans le monde (îles, archipels, ZEE).
    • Ex : Mer de Chine (Senkaku/Diaoyu, Spratleys, Paracel), Océan Arctique (fonte banquise).
  • Litiges sur les ressources :
    • Ressources halieutiques (Brexit, Sénégal).
    • Terres rares dans les fonds sous-marins (Pacifique).
  • Régler les litiges :
    • Commission des limites du plateau continental (1997).
    • Tribunal International du Droit de la Mer (TIDM, 1996).
    • Cour Internationale de Justice.
    • Chine (îles artificielles) et Russie (drapeau en Arctique) contournent parfois le droit international.

C. Enjeu de la protection et de la préservation des milieux

  • Autorité Internationale des Fonds Marins (AIFM) :
    • 2/3 des mers = "Patrimoine commun de l'Humanité".
    • Régule les activités minières dans les fonds marins internationaux.
  • BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction) :
    • Négociations depuis 2018 pour la biodiversité marine en haute mer.
    • Accord historique (mars 2023) : protection, gestion durable, 30 % des océans en aires protégées d'ici 2030.
    • Limitation surpêche, réduction plastiques, régulation extraction.
  • Milieux fragiles et en danger :
    • Changement climatique (acidification).
    • Surpêche, pollution (plastiques, microplastiques).
    • Haute mer (43 % de la planète, 1,1 % protégé).

OTC : La Chine à la Conquête de l'Espace, des Mers et des Océans

La Chine affirme sa puissance via l'espace et les mers, visant le leadership mondial d'ici 2049.

I. Volonté Politique d'Affirmation : Discours, Investissements, Appropriations

A. 1956-1986 : Affirmer sa souveraineté

  • 1956 : Début programme spatial chinois (après Guerre froide et aide soviétique).
    • Cinquième Académie de la Défense nationale.
    • Dang Fang Hong (1970) : premier satellite chinois.
    • Propagande autour de Mao.
  • Début appropriation Mer de Chine :
    • Marine délaissée au XXe s., aide soviétique puis dévelopment sous Deng Xiaoping.
    • Prise des îles Paracel (1974).
    • Augmentation budget Marine dans les "Quatre modernisations" (Deng Xiaoping).
    • Stratégie de défense côtière.

B. 1986-2016 : Vecteurs d'affirmation de puissance

  • Programme 86S (1986) : vols habités, station spatiale.
    • Accords avec URSS/Russie (technologies, taïkonautes).
    • Shenzou (similaire à Soyouz).
    • Propagande : Shenzou I (1999) pour 50e anniversaire RPC.
    • Shenzou 5 (2003) : 3e nation à envoyer un homme.
    • Tiangong I (2011) : première station spatiale chinoise.
  • Affirmation puissance navale :
    • Abandon défense côtière pour marine de haute mer.
    • Croissance rapide : 100 000 tonnes (1986) à 1,2 million tonnes (2016) (2e puissance navale).
    • Prise des îles Spratleys (ressources hydrocarbures), conflit Vietnam (1988).
    • Stratégie régionale : "mers intérieures" (Mer Jaune à Mer de Chine méridionale).
    • Pression sur Taïwan.

C. Depuis 2016 : Affirmation à l'échelle mondiale

  • Course à la Lune et à Mars :
    • Livre blanc sur les activités spatiales chinoises (2016).
    • Lune : exploration face cachée (2019, "lapin de jade"), base lunaire automatisée (2030), habitée (2036-2045).
    • Mars : poser un rover (mai 2021, Tianwen-I), objectif équipage (2045-2049).
  • Stratégie navale mondiale :
    • Programme de Xi Jinping (2015) pour marine de "niveau mondial".
    • Construction de porte-avions (Shandong livré).
    • Multiplication des constructions en Mer de Chine (polders, installations militaires, ports).
    • Marine de l'APL : 355 navires (2021), visant 400 d'ici 2025.

II. Enjeux Économiques et Géopolitiques Considérables

A. La Chine à l'assaut de l'espace

  • Marché économique majeur :
    • Marché de lancement de satellites (souveraineté, économie).
    • "Longue Marche" : lanceur moins cher et fiable.
    • 67 lancements spatiaux en 2023 (1re mondiale).
    • Start-ups (Galactic Energy, iSpace) suivent modèle SpaceX.
    • S'inscrit dans "Made in China 2025".
  • Rupture des équilibres géopolitiques :
    • Challenge l'hégémonie post-Guerre Froide (USA, Russie, UE, Japon).
    • Forces spatiales chinoises intégrées à la Force de soutien stratégique de l'APL (espace, cyber, guerre électronique).
    • Objectif : infliger des dommages majeurs, retombées économiques.
    • Ouverture de la station spatiale chinoise pour développer le soft power.

B. Les conquêtes maritimes, vecteurs de puissance

  • Stratégie du collier de perles (Hu Jintao, 2003) :
    • Sécurisation des approvisionnements (pétrole, marchandises via Détroit de Malacca).
    • Installation de ports commerciaux (Gwadar, Colombo, Sittwe) et bases militaires (Djibouti).
    • Encerclement régional de l'Inde.
  • Nouvelles routes de la soie (Xi Jinping, 2013) :
    • Belt and Road Initiative (BRI) : routes terrestres et maritimes.
    • Réseau portuaire (Colombo, Lamu, Le Pirée) avec investissements massifs.
    • Objectif géopolitique : placer l'Asie/Chine au centre de l'économie globale, contrôler les infrastructures de transport.
    • Développement des liens avec l'Afrique (matières premières, marchés).
  • Levier du hard power :
    • Financement de projets d'infrastructure (> 1000 milliards $ dans >140 pays).
    • Ex : LGV Indonésie-Jakarta, investissements en Hongrie, Pérou.

C. Les défis de la puissance chinoise

  • Expansion chinoise, facteur de tensions :
    • Stratégie agressive (annexions, poldérisations) en mer de Chine.
    • Ligne à neuf traits : volonté de faire des mers de Chine des "mers intérieures".
    • Réaction des puissances régionales (Japon, Corée du Sud, Australie) et des USA.
    • Cour permanente d'arbitrage de La Haye (2016) : rejette les revendications chinoises.
  • Une puissance incomplète :
    • Hard power fort (économie, militaire, scientifique).
    • Limites :
      • Tensions avec Taïwan (leader semi-conducteurs).
      • Accusations d'impérialisme des Nouvelles Routes de la Soie.
      • Nature du régime (militaire, dictatorial) = frein au soft power.
      • Vieillissement population, ralentissement économique = risque pour financer ses projets.

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