Sociologie du corps et de l'espace
20 tarjetasContrôle de sociologie axé sur le corps social (genre, classe) et la division sociale de l'espace, avec références clés et méthodes d'enquête.
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Le Corps Social : Genre, Classe et Espace
La sociologie étudie comment le corps est façonné par les dynamiques sociales. Plus qu'un simple attribut biologique, il devient un marqueur de genre et de classe, et son expression est profondément ancrée dans l'espace social. Beverly Skeggs le décrit comme «un signe omniprésent de la classe».
I. Le Corps Genré
Le corps est un vecteur central de la construction du genre, de la socialisation aux attentes sociales.
A. La Socialisation de Genre
La socialisation est le processus par lequel les individus intériorisent les pratiques, normes et catégories de perception de leur milieu social, genre et profession. Ceprocessus conduit au développement de l'habitus théorisé par Pierre Bourdieu. L'habitus est un «ensemble de dispositions durables, acquises qui consistent en des catégories d'appréciation et de jugement et engendre des pratiques sociales ajustées aux positions sociales». Il est incorporé de manière non consciente,ou "par corps", et façonne notre manière de présenter notre corps, de l'habiller, de le coiffer. L'hexis corporelle, ou hexis, fait référence aux manières de corps et aux usages du corps qui incarnent notre position sociale.
Le genre, en sociologie, est l'ensemble des propriétés intériorisées par les hommes et les femmes et leurs identifications aux catégories de perception qui s'y attachent. Il est construit socialement, contrairement au sexe qui est un attribut biologique. Le genre n'est pas figé et varie selon les époques et les milieux sociaux (entre classes bourgeoises et populaires, par exemple). Le terme est apparu dans les mouvements féministes américains des années 1960 pour contester l'assignation des femmes à l'espace domestique. Judith Butler, avec Troubles dans le genre, a souligné la performativité et la construction sociale du genre, suscitant des débats, notamment de la part de milieux conservateurs.
Comment se déroule la socialisation de genre ?
Elle s'opère dès l'enfance à travers des pratiques concrètes:
- Le choix des vêtements : pour les filles, des tenues délicates nécessitant soin et calme, peu adaptées à l'activité physique ; pour les garçons, des vêtements robustes valorisant le mouvement (ex: le jogging).
- Le marquage corporel : le perçage desoreilles des bébés filles est un exemple d'identification genrée précoce.
- Les jouets : les rayons "filles" proposent des jeux liés aux tâches ménagères et à la minutie, tandis que les rayons "garçons" offrent des jeux d'aventure et d'extérieur.
Cette distinction traditionnelle entre le "dedans" (féminin, domestique) et le "dehors" (masculin, public) reste puissante, comme en témoignent les publicités (ex: publicité Persil dans les années 60).
B. Des Enquêtes et des Résultats
1. Julie Thomas, Faire le genre (TD)
Cette œuvre, étudiée en travaux dirigés, explore la production du genre.
2. Elsa Favier, « Se forger un corps « désirable » dans le pouvoir. L'apprentissage d'une féminité dirigeante à l'ENA » (Revue Genèse, 2021)
L'enquête d'Elsa Favier porte sur les femmes énarques à l'ENA (désormais INSP) et comment l'institution façonne leur corps de haut-fonctionnaire à travers la socialisation professionnelle et genrée. L'ENA, école de hauts fonctionnaires, traditionnellement masculine, a vu les femmes y entrer tardivement (première femme en 1974).
Méthodologie:
- Enquête ethnographique : entretiens, observations participantes (stage en préfecture).
- Analyse statistique : fiches administratives de l'ENA (1999-2020).
Le processus de domestication des corps féminins àl'ENA se déroule notamment lors des stages, perçus comme des «socialisations par l'épreuve». Ces épreuves, classantes, portent sur la capacité à maîtriser les codes de la classe dominante, dans des lieux "masculins" où le pouvoir est historiquement détenu par deshommes âgés, souvent issus de la bourgeoisie.
Cas de Lila, énarque d'origine bourgeoise et normalienne:
- Elle se voit reprocher un «manque de maturité» lors d'un stage, qu'elle associe à sonphysique (cheveux frisés, poids).
- Des remarques sur ses cheveux (liées à ses origines syriennes) et son poids la poussent à interroger son entourage.
- Les codes des classes supérieures valorisent le contrôle de soi, la maîtrise (poids, cheveux, vestimentaire).
- Lila adapte son apparence (lissage des cheveux, perte de poids) et en tire des rétributions professionnelles et sociales.
Ce processus de domestication du corps à l'ENA révèle une triple hiérarchie :
- De classe : corps des femmes des classes supérieures (minces, cheveux lisses).
- Sociale : femmes blanches.
- Genrée : corps séduisant et docile, voix douce, dans un univers dominé par le masculin.
II.Le Corps, Signe Omniprésent de la Classe
Le corps exprime non seulement le genre mais aussi l'appartenance de classe, à travers des pratiques et des perceptions intériorisées.
A. La Socialisation de Classe
L'appartenance de classe génère des socialisations distinctes. Dans La Distinction (1979), Pierre Bourdieu démontre que la socialisation de classe produit des pratiques et des jugements différents, structurant les goûts et les dégoûts. Les normes des classes supérieures sont souvent perçues comme les meilleures, et toute pratique différente peut être dévalorisée. Ce classement débute dès l'enfance, notamment à travers la famille et le jeu.
Jean-Claude Chamboredon et Jean Prévot, Le métier d'enfant (1973) :
- Les familles des classes supérieures privilégient les jeux éducatifs, qui allient amusement et apprentissage, intégrant ainsi l'école à la maison. Ces jeux favorisent des comportements valorisés par l'école (calme, écoute, concentration) et contribuent à la réussite scolaire.
- Les familles populaires choisissent des jeux axés sur le divertissement, éloignés des compétences scolaires, et donc dévalorisés à l'école.
Les conditions d'existence (espace de vie, etc.) ont un effet socialisateur. Un vaste espace devie favorise l'aisance corporelle, tandis qu'un espace contraint façonne différemment le rapport au monde.
B. Les Enquêtes
1. Dieter Vandebroeck, « Distinctions charnelles. Obésité, corps de classe et violencesymbolique » (ARSS, 2015)
Cette enquête explore les corrélations entre corpulence, milieu social et genre en France.
- Augmentation de la corpulence : L'IMC (Indice de Masse Corporelle) montre une augmentation de la corpulence, touchant plus les agriculteurs et ouvriers, moins les cadres.
- Différences genrées : Les femmes les plus touchées par le surpoids se trouvent parmi les plus pauvres. À corpulence égale, les femmes déclarent davantagede régimes amincissants que les hommes, y compris celles qui ne sont pas les plus corpulentes. Le corps non corpulent est une nécessité plus forte pour les femmes.
- Perception de la silhouette idéale : Une quasi-unanimité désigne une silhouette mince et associée aux classes supérieures comme idéale.Les classes populaires se sentent plus éloignées de cette norme et associent les silhouettes les plus corpulentes aux statuts de chômeurs.
- Influence du genre sur la valeur sociale du corps : Le lien entre valeur sociale et physique est plus marqué pour les femmes. La minceur est fortementassociée aux positions valorisées chez les femmes, tandis que les hommes peuvent s'éloigner de la silhouette idéale tout en conservant leur valeur sociale.
Vandebroeck explique ces observations par le concept de corps de classe. Le corps porte en lui nosorigines sociales, exprimant la manière dont nous l'alimentons, le soignons, l'activons ou non. Il est la «matérialisation» de notre position sociale (Bourdieu), porteur de stigmates sociaux, et classifiant (il signale aux autres notre milieu social). Lescorps sont également «classifiés», répondant à une hiérarchie sociale.
Pourquoi des corpulences différentes entre classes sociales ?
- Classes supérieures : Rapport esthétique au corps. Corps non mis à l'épreuve par le travail, valorisationdu contrôle de soi (alimentation réglementée, activité physique pour un corps mince), de la maîtrise et de la retenue.
- Classes populaires : Face à des contraintes économiques (privations de loisirs, achats coûteux), l'alimentation reste un des rares domaines de plaisir et de satisfaction immédiate. La norme de minceur existe mais n'est pas toujours assez forte pour dépasser ce plaisir dans un univers contraint.
Les femmes subissent une contrainte encore plus forte, une double domination (sociale et genrée), car la valeur du corps féminin est liée à l'ordre hétérosexuel et à la norme de la classe supérieure.
2. Beverly Skeggs, Des femmes respectables. Classe et genre en milieu populaire (2014)
Cette étude, menée en Angleterre dans les années 1980 auprès de femmes desmilieux populaires en formation continue, explore leur quête de respectabilité.
La respectabilité, pour ces femmes, passe par un corps qui se rapproche des codes des femmes des classes supérieures : minceur, vêtements incarnant la maîtrise de soi et la retenue, absence de débordement. Elles cherchent à effacer deux stigmates associés aux milieux populaires:
- Le laisser-aller : Avoir un corps non contrôlé dans ses formes ou sa présentation (ex: kilos en trop, cheveux gras, tenues décontractées comme le jogging ou le pyjama poursortir). Pour gagner en respectabilité, elles s'efforcent d'avoir un corps mince, des cheveux propres et bien coiffés, et des tenues soignées pour l'extérieur.
- Le «look vulgaire» : Une manière d'habiller le corps qui souligne ostensiblement une érotisation selon une norme hétérosexuée dominante (mini-jupes, décolletés, talons). Elles privilégient des vêtements couvrants et modifient leur rapport à la sexualité.
Ces femmes reproduisent le modèle dominant, mais imparfaitement. Le corps étant «la seule chose qu'on a et qui est vraiment à nous», il devient le principal champ d'action pour les classes populaires. Cependant, le milieu social marque durablement et l'habitus de classe est difficile à éliminer. Mary, une enquêtée, réaliseque ses efforts ne lui apportent pas les rétributions attendues.
Annie Ernaux (prix Nobel de littérature 2022), romancière issue d'un milieu populaire et ayant connu une mobilité ascendante, témoigne de cette difficulté. Malgré son succès, elle ressent encore une dissonance etune «honte sociale» dans les milieux éditoriaux parisiens, où elle a l'impression de «pénétrer par effraction». Son corps, ses cheveux, ses codes trahiraient son origine, même après une longue trajectoire. C'est l'hystérésis de l'habitus : l'habitus produit des effets de classe même lorsque l'individu ne se trouve plus dans son milieu d'origine.
III. La Division Sociale de l'Espace
L'espace n'est pas neutre ; il est le support et lereflet des hiérarchies sociales. Il existe une homologie entre l'espace social et l'espace physique, c'est-à-dire que l'ordre social prend forme et s'inscrit dans les lieux.
A. Espace Privé, Enjeux Sociaux
Pierre Gilbert, Enquête à Vénissieux (1981)
Enquête menée dans le quartier des Minguettes à Vénissieux (banlieue lyonnaise), peuplé par des classes populaires et des populations issues de l'immigration nord-africaine et subsaharienne. Le projet municipal de rénovation proposait de supprimer la cloison entre le salon et la cuisine dans les appartements HLM.
Méthodologie:
- Entretiens avec habitants et représentants institutionnels.
- Observations.
- Analyses statistiques des mobilités résidentielles.
L'objet de l'enquête était de comprendre la répartition genrée de l'espace domestique au sein des classes populaires. Gilbert a observé comment le projet de rénovation perturbait cette partition genrée, modifiant le pouvoir entre hommeset femmes au sein du foyer et impactant les pratiques sociales (alimentation, sociabilité).
La cuisine ouverte, présentée comme un signe de modernité par l'agence d'urbanisme, est en réalité le reflet d'un ethnocentrisme de classe. Ellecorrespond au mode de vie des classes supérieures (femmes qui travaillent à l'extérieur, moins d'enfants, sociabilité mixte), et non aux pratiques des classes populaires, souvent issues de l'immigration, avec des familles nombreuses et des habitudes culinaires différentes.
Trois types de réactions des habitants:
- Acculturation : Processus par lequel des familles acceptent la rénovation et modifient progressivement leurs pratiques (alimentaires, de rangement) pour s'adapter au nouvel espace. Cela s'opère de manière non consciente, souvent sous l'influencedes normes dominantes.
- Appropriation : Adoption volontaire du nouveau mode de vie par les habitants, souvent ceux situés dans le «haut» des classes populaires, y voyant une matérialisation d'une trajectoire sociale ascendante.
- Résistance : Refus massifde la rénovation de la part de la majorité des ménages, en particulier les plus populaires.
Raisons de la résistance:
- Fonction sociale de la cloison : Supprimer la cloison modifie la division de l'espace etla répartition genrée du pouvoir domestique.
- Espaces extérieurs restreints : Dans ces quartiers, les espaces de sociabilité extérieurs sont rares pour les femmes. La cuisine devient un lieu central de sociabilité féminine (visites impromptues, discussions).
- Division symbolique : La cuisine (espace sale, de préparation) est séparée du salon (espace de réception, honorable). Une cuisine fermée permet de préserver l'intimité, de cacher les préparatifs et de garantir un intérieur respectable pour des visites imprévues.
- Maintien de l'entre-soi féminin : Supprimer la cloison prive les femmes de cet espace de sociabilité et les expose davantage à la domination masculine. C'est le seul lieu où elles peuvent accueillir librement les voisines et discuter, sans que l'espace du couple (la chambre) ne soit perturbé.
- Surcharge domestique : Une cuisine ouverte exige un rangement permanent pour éviter la honte en cas de visite.
En somme, le projet de rénovation, hétéronome et méprisant les réalités locales, a eu pour effet de renforcer la domination masculineet d'alourdir les tâches féminines, soulignant la confrontation entre deux modèles de classe.
B. Espaces Privés, Espaces de Domination
Jean-Claude Chamboredon et Madeleine Lemaire, « Proximités sociales et distances sociales. Les grands ensembles et leurs peuplements »(1970)
Les auteurs montrent l'importance des trajectoires résidentielles au-delà des positions statiques. À l'époque, les grands ensembles étaient censés créer une société sans classes. Cependant, un espace de vie commun ne produit pas un mode de vie communsi les trajectoires sont différentes.
Ils mettent en évidence:
- La diversité des accès aux logements HLM (organismes sociaux, voie professionnelle, parcours migratoires).
- L'influence de la structure familiale et des carrières professionnelles sur lerapport à l'habitat.
Le rapport critique au quartier est observé aux deux extrémités des classes populaires :
- Ceux du «bas» perçoivent l'habitat comme un symbole d'immobilité sociale.
- Ceux du «haut» (mieux dotés) craignent un déclassement et ont une perspective de sortie incertaine.
Ceci génère des conflits, notamment avec la jeunesse, qui incarne à la fois l'espoir d'ascension sociale par l'éducation et le risque d'échec,cristallisant les inquiétudes des habitants.
Ces travaux soulignent que même dans des habitats uniformes, les réalités et les perceptions sont très diverses, et que les projets d'urbanisme peuvent avoir des effets sociaux imprévus, voire néfastes.
IV. Espace Public, Ordre Social
La modification de l'espace physique peut profondément altérer les rapports sociaux.
Les Gilets Jaunes (2018-2020)
Exemple de mobilisation populaire, initiée par l'augmentation duprix du carburant, singulière par son mode d'action (réseaux sociaux) et son lieu (périurbain). Les Gilet Jaunes ont occupé les ronds-points, aménageant ces espaces quotidiens en lieux de vie et de contestation.
L. Bonnin et P. Liochon, La fin des cabanes, Ethnographies de l'espace militant de Camon (2020), ont étudié ces occupations.
- «Démonétisation temporaire des capitaux antérieurs» : Les ronds-points modifientla valeur des capitaux des individus. La légitimité provient alors du capital militant (capacité à organiser des manifestations, communiquer, trouver du matériel). Cette démonétisation est temporaire et liée à l'espace physique du rond-point. Les retraités ou chômeurs acquièrent parfoisun capital militant supérieur aux salariés, car ils disposent de plus de temps sur les lieux de mobilisation.
- Reconfiguration des rapports de force : L'étude révèle des distinctions sociales entre les ronds-points. Le "rond-point sud" regroupait des Gilet Jaunes plus diplômés, des classes moyennes, avec une meilleure mixité de genre, tandis que le "rond-point nord" était fréquenté par des précaires, chômeurs, mères célibataires, plus proches des classes populaires et votant RN. La destruction d'un rond-point (ex: RPN) entraîne une redistribution des individus et une reconfiguration des rapports de force au profit des plus dotés.
Il existe un lien clair entre un trouble de l'espace physique et un trouble de l'ordre social. Modifier l'espace redessine les pouvoirs et les représentations del'espace social.
V. Effets de Lieux, Frontières Spatiales, Frontières Sociales
Les lieux ne sont pas de simples décors ; ils ont un pouvoir social structurant.
A. Les Effets de Lieux : Structures de l'EspacePhysique et Social
Dans La Misère du monde (1993), Pierre Bourdieu analyse les rapports entre la structure de l'espace social et physique. Un lieu est à la fois une localisation et un rayon d'action. La position d'un individuest définie non seulement par ses coordonnées objectives, mais aussi par ses relations avec les autres positions dans l'espace (conception relativiste de Bourdieu).
Il existe une superposition des espaces sociaux sur l'espace physique:
- Lieux légitimes : Concentration des espaces sociaux légitimes (habitat valorisé, commerces de qualité, institutions, bâtiments historiques) dans les mêmes lieux physiques. La présence d'une architecture patrimoniale valorise encore davantage les lieux.
- Lieux disqualifiés : A l'inverse, leslieux disqualifiés concentrent des individus peu dotés, un habitat dégradé, peu de patrimoine reconnu, un commerce rare et des écoles peu valorisées.
Cette superposition produit de la violence symbolique. Bourdieu la décrit comme une violence «douce, invisible,et elle est choisie autant que subie». Sa puissance réside dans le fait que les dominés l'acceptent en reconnaissant la légitimité dominante. Cette violence est également engendrée par les lieux, par leur «majesté» et les injonctions qu'ils exercent sur ceux qui lesfréquentent. Ces espaces créent des barrières invisibles (coût, codes culturels) qui tiennent à distance ceux qui ne se sentent pas légitimes à y pénétrer, même si ces lieux sont gratuits et libres d'accès. C'est une forme d'auto-exclusion.
Expérience de N. Jounin, Voyage de classe (2014) : Des étudiants de sociologie de Saint-Denis visitant des quartiers bourgeois de Paris se sentent observés, déplacés, éprouvent une "honte sociale", etont du mal à communiquer ou à se comporter dans des lieux comme un salon de thé. Ils découvrent des barrières économiques et culturelles inattendues, se sentent "perdus" et "pas à leur place".
B. Des Frontières Sociales, Des Frontières Spatiales
G. Mauger, Effets de lieux (2016)
G. Mauger analyse les travaux d'Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022. Ernaux, issue d'un milieu populaire normand, a connu une fortemobilité ascendante, devenant agrégée de français et auteure reconnue. Elle fréquente désormais le monde de l'édition parisien.
Elle décrit ses incursions dans ces milieux comme des «effractions», ne se sentant pas autorisée ou outillée pour y être. Elle éprouve dans son corps une difficulté à adopter les codes dominants (coiffure, manières), ayant la certitude d'être trahie par son origine. Mauger explique ce sentiment de «honte sociale» par l'hystérésis de l'habitus : l'habitus de classe, acquis sur le long terme, continue d'exercer ses effets même lorsque l'individu évolue dans un milieu social différent. La force et la durabilité de cet habitus rendent son effacement difficile, même après une longue mobilité ascendante.
Conclusion
Le corps etl'espace sont des constructions sociales fondamentales qui révèlent et pérennisent les inégalités de genre et de classe. La socialisation, qu'elle soit de genre ou de classe, façonne nos corps, nos pratiques et nos perceptions du monde, créant des distinctions et des hiérarchies. L'espace physique, loin d'être neutre, renforce ces distinctions, notamment à travers la violence symbolique et les frontières invisibles qui régissent nos interactions et nos trajectoires. L'étude de ces phénomènes, comme l'ont montré Bourdieu, Favier, Vandebroeck, Skeggs, Gilbert, Chamboredon, Lemaire, Bonnin, Liochon et Mauger, est essentielle pour comprendre la complexité du «corps social».
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