S-M 5 : Gestion sociale des stigmates et identité
60 tarjetasAnalyse sociologique des stigmates, leur gestion sociale et leur impact sur les individus.
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SOCIOLOGIE DE LA MÉDECINE, DE LA SANTÉ ET DE LA MALADIE
Thème 5 : La gestion sociale des stigmates
Introduction
Erving Goffman (1922-1982) est un sociologue canadien, fondateur de la sociologie interactionniste. Ses travaux, traduits en français notamment grâce à Bourdieu, explorent la représentation sociale et l'interaction humaine. Formé à l'université de Chicago, il a soutenu sa thèse en 1953 et a été influencé par l'anthropologie, notamment par Margaret Mead.
Définition historique du stigmate :
En Grèce antique : marques corporelles infâmes (ex: pour les meurtriers), forme d'exclusion.
À Rome : flétrissure au fer chaud sur les esclaves, retirée lors de l'affranchissement.
Évolution avec le christianisme :
Goffman parle de « renversement du stigmate ».
Pour les chrétiens, les stigmates du Christ sont un signe positif de sa divinité, une marque de grâce divine.
Appropriation par le corps médical :
Un stigmate se rapporte aux signes corporels d'un désordre physique.
Sens profane actuel :
Le terme est employé dans un sens négatif, proche de son origine grecque et latine.
Goffman le définit comme une caractéristique qui jette un discrédit profond sur celui qui la porte.
Distinction cruciale :
Ce n'est pas la caractéristique en elle-même qui discrédite, mais le contexte et la relation avec les autres.
Exemple : Le tatouage peut être positif dans certaines sociétés, négatif dans d'autres.
Caractéristiques discréditables vs. discréditées :
Caractéristiques discréditables : Non immédiatement visibles ou connues de l'entourage. Exemples : diabète, épilepsie.
Caractéristiques discréditées : Immédiatement visibles ou connues. Exemples : jambe amputée, calvitie.
Stigmates universels ou quasi-universels dans les sociétés occidentales :
Handicap, toxicomanie, antécédents judiciaires, pratiques sexuelles marginalisantes.
Ces stigmates entraînent une dévalorisation sociale et une diminution des droits. Exemple : Parler à une personne handicapée comme à un enfant.
Stigmates liés au genre et à la couleur de peau :
Sexe : Être une femme entraîne souvent une dévalorisation par rapport à être un homme dans toutes les sociétés.
Couleur de peau : Un stigmate universel ; plus la couleur est foncée, plus la personne est stigmatisée. Exemple : Stigmatisation des personnes du sud du Maroc au nord.
Intériorisation du stigmate :
La personne porteuse du stigmate intériorise la perte de valorisation.
Exemple : Une femme souhaitant devenir pompier peut intérioriser les stéréotypes sociaux limitant ce choix.
Ce sentiment d'avilissement peut être profond. Exemple : Être épileptique est perçu négativement.
I- La relation stigmatisé/non stigmatisé
La rencontre entre une personne stigmatisée et une personne non stigmatisée est souvent source de malaise et d'interactions complexes.
Premier cas de figure : Évitement
Les personnes stigmatisées et non stigmatisées tendent à s'éviter.
La société organise cet évitement. Exemple : Création d'instituts spécialisés pour les personnes aveugles.
Dans la rue, les non-stigmatisés peuvent changer de trottoir ou éviter le regard.
Les enfants, n'ayant pas encore appris ces codes, peuvent verbaliser la différence.
Conséquence pour le stigmatisé : Privation d'informations quotidiennes essentielles à la vie sociale, renforçant l'isolement.
Deuxième cas de figure : La rencontre a lieu
Le stigmatisé appréhende l'accueil, malgré une longue expérience de son stigmate.
Il s'inquiète de la manière dont il sera identifié et des droits qui lui seront accordés.
Mise en œuvre d'une protection : Les stigmatisés sont constamment en représentation, ce qui demande une grande énergie.
Ils savent qu'ils sont souvent définis par leur stigmate. Exemple : Le handicap définit l'identité.
Ignorance persistante : Le stigmatisé ignore ce que les autres pensent réellement de lui, ce qui le pousse à une surveillance constante de son image.
Provocation : Certains optent pour la provocation, mais cela se retourne souvent contre eux, révélant une faiblesse. Exemple : Une personne en fauteuil roulant bloquant le passage dans un bus.
Exposition de la vie privée : La vie privée des personnes stigmatisées est souvent exposée. Exemple : Des inconnus qui veulent aider une personne en fauteuil roulant sans demander.
Violation du territoire : La sollicitude peut être perçue comme une violation. Les stigmatisés apprennent à l'accepter, mais certains, notamment les handicapés mentaux, n'y parviennent jamais. Exemple : Refus de contact physique pour certains handicaps (AVC, autisme).
Réactions des non-stigmatisés : Blessure, insulte, ou évitement, souvent par incompréhension du handicap (surtout les handicaps invisibles). Le stigmatisé subit ces situations au quotidien.
Stratégies d'adaptation des stigmatisés
Stratégie de l'évitement :
S'enfermer chez soi, vivre en institution, ou se faire discret.
Exemple : Un homme timide luttant contre ce stigmate, se plaçant au fond de la classe.
Stratégie de la provocation :
Être agressif, ce qui attire des ennuis.
Exemple : Agressivité des personnes en rééducation après un accident.
Stratégie mixte : Basculer entre provocation et retrait.
Conséquences des interactions difficiles
Les interactions sont essentielles pour l'évolution et la reconnaissance de soi, mais elles sont compliquées pour les stigmatisés.
Sentiment de malaise : Des deux côtés, se manifestant par des signes de gêne (trop parler, être trop poli, éviter certaines questions).
Tabous : Certaines discussions deviennent taboues.
Souffrance du stigmatisé : Il rencontre ces situations constamment, ce qui est plus lourd à vivre.
Moments de refuge : Nécessité de se reposer de ces interactions difficiles.
Recherche de semblables : Les associations de personnes ayant le même handicap offrent un refuge et un soutien.
Soutien des « initiés » : Personnes non porteuses du stigmate (professionnels, proches) qui acceptent de partager le rejet.
Les stigmatisés peuvent être eux-mêmes avec les initiés, sans avoir besoin d'être en représentation.
Exemples : Personnel hospitalier, rééducateurs, amis, conjoints, enfants.
Les initiés peuvent être traités comme les stigmatisés. Exemple : La personne accompagnant un aveugle peut partager son humiliation.
Souvent, une seule personne dans la famille partage le stigmate, les autres restant à l'écart (secrets de famille).
II- La socialisation du stigmatisé
La socialisation du stigmatisé est le processus par lequel il apprend à vivre avec son stigmate et à interagir avec le monde social.
Quatre modalités principales de socialisation :
Au sein d'une institution : La personne internalise son handicap et sa différence.
Au sein de la famille : Protection initiale, mais confrontation difficile lors de la scolarisation. L'enfant comprend que son stigmate le distingue négativement. Plus le handicap est lourd, plus les parents tendent à envoyer l'enfant en institution.
À l'âge adulte (stigmate récent) : La nouvelle identité se forge souvent dans le monde médical, car la socialisation antérieure n'a pas préparé à l'handicap.
Au sein d'une communauté isolée : Exemple : Sectes (plus présentes aux États-Unis qu'en France).
Moment crucial : L'apprentissage du stigmate
La personne est projetée dans une nouvelle relation avec les autres, y compris ceux qui partagent le même stigmate.
Elle est contrainte d'adopter une identité qu'elle ne souhaite pas, car elle est dévalorisante.
Sentiment ambivalent : Ne pas s'aimer vraiment, se discréditer soi-même.
Cette étape peut être longue et difficile, pouvant mener à la mort (Exemple : suicides en prison).
Plus on est âgé, plus il est difficile de réadapter son identité sociale.
Stratégies de reconstruction :
Hiérarchisation : Le stigmatisé se positionne dans une hiérarchie, cherchant à ne pas être au plus bas.
Il hiérarchise ceux qui ont le même stigmate. Exemple : « Ça aurait pu être pire, lui a perdu tous ses membres. »
Il hiérarchise les individus en fonction de l'impression qu'ils donnent. Exemple : Respecter une personne âgée, dominer un étudiant de première année.
Alliances :
Avec des personnes non stigmatisées pour une mobilité sociale ascendante. Exemple : Associations d'anciens élèves.
Ces alliances masquent le stigmate et confèrent une valeur sociale.
Exemple : L'handisport, ou la pratique d'un sport avec des personnes valides.
Choix du conjoint : S'allier avec des personnes non handicapées peut masquer le handicap, surtout pour les stigmates discréditables.
Exemple : L'homosexualité, où le mariage hétérosexuel a longtemps été un moyen de cacher le stigmate.
Gestion du stigmate : Les stigmatisés développent des pratiques pour se placer au mieux. Exemple : Les épileptiques peuvent cacher leur maladie longtemps.
III- Normes sociales et stigmate
Les personnes fortement stigmatisées sont prises entre l'appartenance à leur groupe et l'impossibilité de s'en séparer totalement, ce qui les pousse à un auto-contrôle rigoureux.
Auto-contrôle : Les stigmatisés s'auto-contrôlent et sont plus respectueux des normes que les non-stigmatisés.
Ils reprochent à ceux qui partagent leur stigmate de ne pas respecter ces normes.
Rôle des professionnels (médecins, psychologues) : Soutenir les stigmatisés dans le respect des normes, notamment morales.
La norme morale générale est d'accepter son stigmate et de jouer le jeu avec les autres.
Exemple : Les malades mentaux sont encadrés pour rester dans la norme, parfois par la contrainte (médicaments, contention).
Comportements récurrents acceptés par la société :
Ne pas cacher son stigmate : Exemple : Chercher à se soigner de la toxicomanie plutôt que de la cacher.
Ne pas reprendre à son compte les attitudes dépréciatives : Ne pas se plaindre, ne pas se suicider.
Ne pas exhiber ou tourner en dérision son handicap : Éviter la provocation.
Mépriser ceux qui partagent le même handicap mais ne respectent pas ces normes.
Conséquences de ces normes :
Ces normes morales régulent le comportement de tous.
Le stigmatisé devient un observateur critique de la scène sociale pour anticiper les interactions.
Exemple : Les femmes sont souvent plus observatrices pour éviter que leur stigmate ne se retourne contre elles.
Les stigmatisés qui s'adaptent aux normes morales ont une meilleure capacité à interagir avec les autres.
La fréquence des expériences difficiles est plus élevée pour les stigmatisés.
IV- Contrôle de l'information et individu discréditable/discrédité
Définitions :
Socialisation : Processus d'apprentissage des rapports sociaux, des normes, valeurs et croyances d'un groupe.
Normes : Règles et usages socialement prescrits.
Valeurs : Ce qui est estimable et désirable (politesse, justice).
Croyances : Tenir quelque chose pour vrai sans preuve.
Identité sociale : Ensemble des critères d'appartenance sociale (origine, diplôme). Assure la continuité de l'individu. Une rupture de continuité (Exemple : trou sur le CV) peut être stigmatisante.
Chez Goffman :
Identité réelle : Ce qui peut être prouvé (passeport, diplôme).
Identité virtuelle : Ce que les autres projettent sur nous.
Une distance peut exister entre les deux, notamment pour les stigmates invisibles.
Contrôle de l'information :
Crucial pour les stigmates invisibles (discréditants).
Le stigmatisé doit savoir manipuler l'information pour éviter de se dévoiler.
Il apprend ce qu'il faut dire ou non, et dans quels contextes. Exemple : Éviter certains sujets (politique) dans des contextes spécifiques.
Exemple : Un handicapé mental peut éviter les lieux où il risque d'être reconnu par des professionnels de la santé.
Un ancien malade mental craint d'être traité de fou.
Le « faux-semblant » :
Le maniement des informations place l'individu dans un statut de « faux-semblant ».
Premier risque : Être dénoncé par soi-même (par un comportement involontaire, Exemple : crise d'épilepsie en public). Cela dévalorise et rend vulnérable.
Deuxième risque : Être dévoilé par des personnes ayant connu la même trajectoire. Cela peut mener au chantage et mettre en péril l'identité sociale.
Gestion des relations et des lieux :
Les personnes cachant un stigmate apprennent à gérer leurs relations. Certains deviennent experts.
Exemple : La double vie pour cacher l'homosexualité ou la toxicomanie.
Lieux d'apprentissage du faux-semblant : Les grandes villes offrent plus de protection que la campagne.
Trois types de lieux :
Lieux interdits/à éviter : Risque élevé de se dévoiler (Exemple : près d'une prison pour un ancien détenu).
Lieux policés : Le passé ou les pratiques ne sont pas déterminants, même s'ils peuvent être connus.
Lieux retirés : Où l'on peut exposer son stigmate sans risque.
Comportement contrôlé : Dans les lieux interdits et policés, le stigmatisé doit être en représentation.
Intériorisation du mensonge : À force de dissimuler, on peut finir par croire ses propres mensonges. Exemple : Une personne malentendante pensant que les autres ne parlent pas assez fort.
Dévalorisation d'autrui : On peut entendre des propos négatifs sur des personnes ayant le même stigmate et les intérioriser. Exemple : Un ami qui dit ne jamais fréquenter un ancien détenu.
Points clés à retenir pour l'évaluation :
Cohérence des arguments : Assurer une logique claire dans le développement.
Rigueur de l'expression : Utiliser un langage précis et académique.
Précision des notions : Définir clairement les concepts sociologiques utilisés.
Connaissances mobilisées : Intégrer les éléments du cours et les références théoriques.
Structure : Présence d'une introduction et d'une conclusion bien construites.
SOCIOLOGIE : La Gestion Sociale des Stigmates (CM N°11 & 12)
Ce cours aborde la manière dont les individus gèrent les stigmates sociaux, en s'appuyant principalement sur les travaux d'Erving Goffman. Il explore la relation entre stigmatisés et non-stigmatisés, la socialisation des personnes stigmatisées, l'interaction entre normes sociales et stigmates, et le contrôle de l'information.
PLAN D'ENSEIGNEMENT (Rappel Thématique)
- Maladie et santé comme fait social.
- Approches sociologiques et historiques des pratiques médicales.
- La relation Soignants / Soignés.
- Santé et inégalités sociales en France.
- La gestion sociale des stigmates (Thème central) : Approches sociologiques des usages sociaux des handicaps.
- La structure sociale des spécialités médicales en France.
ÉVALUATION
- Devoir sur table : Argumentation sociologique construite sur un extrait de texte.
FICHE MÉTHODE : Argumentation (dissertation) sociologique
AU BROUILLON :
- PHASE DE LECTURE DU SUJET (10mn) :
- Lire et souligner les concepts/notions clés et les auteurs.
- Trouver le thème principal et les questions posées.
- PHASE DE RECHERCHE D'ARGUMENTS (10mn) :
- Parcourir mentalement les cours et noter les éléments pertinents.
- Faire de même avec les documents personnels.
- PHASE DE PROBLÉMATISATION - CONSTITUTION DU PLAN (20mn) :
- Construire une problématique synthétisant l'enjeu.
- Élaborer un plan (2-3 parties, 2 sous-parties) répondant à la problématique.
- Titres de partie : phrases complètes, pas juste des mots.
- Structure des sous-parties : Un Argument / une Référence théorique / un Exemple.
- Références théoriques : Nom de l'auteur, ouvrage, date.
- CONSTRUCTION INTRODUCTION ET CONCLUSION (5mn) :
- Introduction : Accroche, Thème/Auteur, Problématique, Annonce du plan.
- Conclusion : Réponse à la problématique, Ouverture.
AU PROPRE (45mn) :
- Rédiger en suivant le brouillon.
- Faire des transitions entre sous-parties et parties.
- Se relire après chaque sous-partie pour corriger fautes et expressions familières.
Erving Goffman (Les rites d'interaction) : L'agilité mentale, comme l'agilité physique, s'entretient par l'entraînement. Les épreuves scolaires sont une occasion d'apprendre à gérer des tâches difficiles sous contrainte de temps.
THÈME 5 : La Gestion Sociale des Stigmates
Référence principale : Erving Goffman (1922-1982)
- Sociologue canadien, fondateur de la sociologie interactionniste.
- Travaux traduits en français sous l'impulsion de Bourdieu.
Introduction : Définition du Stigmate selon Goffman
- Initialement, le stigmate désignait des marques corporelles infâmes (Grèce antique, Rome).
- Renversement du stigmate avec le christianisme (signe positif, grâce divine).
- Utilisation médicale : stigmate = signes corporels d'un désordre physique.
- Aujourd'hui, sens profane et négatif : caractéristique qui jette un discrédit profond sur celui qui la porte.
- Le discrédit ne vient pas de l'attribut lui-même, mais du contexte et de la relation aux autres. (Ex : tatouage).
Distinction : Caractéristiques Discréditables vs Discréditées
- Caractéristiques discréditables : Non immédiatement visibles (ex : diabète, épilepsie).
- Caractéristiques discréditées : Immédiatement visibles ou connues (ex : amputation, calvitie).
- Certaines caractéristiques entraînent presque automatiquement un discrédit dans les sociétés occidentales (ex : handicap, toxicomanie, pratiques sexuelles marginales).
- Perte de valeur sociale et droits réduits pour la personne stigmatisée.
- Stigmates universels : Appartenance au sexe (femme), couleur de peau (plus foncée).
- La personne stigmatisée intériorise la dévalorisation. (Ex : se sentir moins apte à certains métiers).
I- La Relation Stigmatisé/Non-Stigmatisé
1. Premier cas de figure : Évitement
- Rencontre personne stigmatisée visiblement / autres.
- Tendance à l'évitement mutuel (la société arrange cet évitement, ex : instituts spécialisés).
- Le non-stigmatisé change de comportement (ex : changer de trottoir, éviter le regard).
- Impact sur le stigmatisé : privé d'informations sociales quotidiennes vitales.
2. Deuxième cas de figure : La rencontre a lieu
- Le stigmatisé appréhende chaque nouvelle rencontre, s'inquiète de la considération et des droits accordés.
- Développement d'une protection ou "représentation" constante, très énergivore.
- Conscience que l'identité est souvent définie par le stigmate (ex : "son handicap définit son identité").
- Sentiment d'ignorance continue de ce que pensent les autres (comparable à l'adolescence).
- Surveillance permanente pour éviter de donner une perception négative.
- La provocation est rare et se retourne souvent contre le stigmatisé (montre une faiblesse).
- Exposition de la vie privée : Intervention des inconnus ("aider" une personne en fauteuil roulant).
- La sollicitude peut être perçue comme une violation du territoire.
- Les aidants peuvent se sentir blessés si leur aide est refusée (notamment pour les handicaps invisibles).
- Le stigmatisé subit cumulativement ces situations.
Stratégies du Stigmatisé pour Affronter les Interactions
- 1. Évitement : S'isoler, se faire petit (ex : timidité, se mettre au fond de la classe).
- 2. Provocation : Être agressif (souvent contre-productif, ex : rééducation post-accident).
- 3. Alternance : Basculer entre évitement et provocation légère.
- Malaise mutuel : entre stigmatisés et non-stigmatisés, se traduisant par des signes de gêne (trop parler, être trop poli).
- Les moments de refuge sont essentiels pour le stigmatisé (repos de la représentation constante).
- Lieux de refuge : Chercher des pairs avec le même handicap (associations).
- Les associations en France défendent, protègent et porte-parole des stigmatisés.
- Les "Initié-s" : Personnes non-stigmatisées (professionnels, proches) prêtes à partager le rejet.
- Permettent au stigmatisé de ne pas être en représentation, d'être perçu "normalement".
- Ex : personnel hospitalier, rééducateurs, amis, conjoints.
- Risque : Les initiés peuvent être eux-mêmes traités comme des stigmatisés.
- Dans les familles, souvent une seule personne partage le stigmate, les autres s'isolent (secrets de famille).
II- La Socialisation du Stigmatisé
4 Modalités Principales :
- Institutionnalisée : Apprentissage de son handicap et de sa "différence" en institution.
- Familiale : Protection initiale, mais confrontation au monde extérieur (ex : scolarisation) souvent brutale.
- Plus le handicap est lourd, plus les parents tendent vers l'institution.
- Adulte (récent) : Le monde médical devient le cadre de la nouvelle identité (si le handicap se déclare tard).
- Communauté isolée : Sectes (rare en France, plus aux USA).
- Moment crucial : apprendre qu'on est porteur d'un stigmate (projection dans de nouvelles relations).
- Sentiment ambivalent : n'accepter pas son identité forcée, se sentir déprécié par soi-même.
- Cette phase est vécue plus ou moins longtemps, avec un risque de destruction personnelle (ex : suicides en prison).
- Plus on est âgé, plus la réadaptation de l'identité sociale est difficile.
- Pour se reconstruire : Utiliser la hiérarchisation sociale.
- Se comparer à d'autres stigmatisés : "ça aurait pu être pire".
- Faire des alliances avec des non-stigmatisés pour masquer son stigmate ou gagner une valeur sociale (ex : associations d'anciens élèves).
- Ex : Handisports, choix du conjoint.
- Masquer le stigmate fonctionne bien pour les handicaps discréditables.
- Ex : homosexualité (double vie, mariage avec une personne du sexe opposé).
- Ex : épilepsie (l'entourage peut ignorer la maladie).
- Développement de pratiques d'adaptation pour gérer au mieux le stigmate.
III- Normes Sociales et Stigmate
- Le stigmatisé ne peut ni s'intégrer totalement ni se séparer complètement du groupe auquel il appartient.
- Entraîne un auto-contrôle accru : respect plus strict des normes sociales.
- Les stigmatisés peuvent reprocher aux pairs qui ne respectent pas ces normes.
- Les professionnels (médecins, psychologues) soutiennent cette conformité aux normes morales (ex : accepter son stigmate).
- Les malades mentaux sont particulièrement encadrés (contraintes physiques, médication).
Comportements Récurrents Acceptés par la Société pour les Stigmatisés :
- Ne pas tenter de cacher son stigmate (ex : chercher à se soigner pour la toxicomanie).
- Ne pas endosser les attitudes dépréciatives (ne pas se plaindre, ne pas se suicider).
- Ne pas exhiber ou tourner son handicap en dérision.
- Mépriser les autres stigmatisés qui ne respectent pas ces normes.
- Ces normes régulent le comportement de tous.
- Le stigmatisé devient un observateur critique de la scène sociale pour anticiper.
- (Ex : les femmes, plus observatrices pour éviter que leur stigmate ne se retourne contre elles).
- Ceux qui parviennent à respecter ces normes ont une meilleure capacité d'interaction, malgré la fréquence élevée des difficultés.
CRITÈRES D'ÉVALUATION POUR LE PARTIEL
- Cohérence des arguments.
- Rigueur de l'expression.
- Précision des notions (définir les concepts utilisés).
- Connaissances mobilisées.
- Présence d'une introduction et d'une conclusion complètes.
IV- Contrôle de l'Information et Individu Discréditable/Discrédité
Définitions :
- Socialisation : Ensemble des processus d'apprentissage des rapports sociaux, normes, valeurs, croyances.
- Normes : Règles et usages socialement prescrits.
- Valeurs : Choses considérées comme estimables et désirables (ex : politesse, justice).
- Croyances : Tenir quelque chose pour vrai sans preuves.
- Identité sociale : Critères d'appartenance (origine, diplôme) assurant continuité. Une rupture ou "trou" est stigmatisant.
Chez Goffman :
- Identité réelle : Prouvable (passeport, diplôme).
- Identité virtuelle : Projection des autres sur nous.
- Une distance entre les deux existe pour les stigmatisés (surtout invisibles).
Contrôle de l'information (crucial pour les stigmates invisibles) :
- Nécessité de manipuler l'information pour éviter de se dévoiler soi-même.
- Apprentissage des contextes où parler ou non de son stigmate.
- Ex : ancien malade mental craignant d'être traité de "fou".
- Mène à un statut de "faux semblant".
- Risque 1 : Être dévoilé par soi-même (ex : crise d'épilepsie en public). Rend vulnérable.
- Risque 2 : Être dévoilé par autrui (personnes ayant connu la même trajectoire). Souvent mène au chantage.
- Le chantage met en péril l'identité sociale.
- Apprentissage de la gestion des relations : certains deviennent experts, mais ne maîtrisent pas toujours les traces matérielles du passé.
- Ex : la double vie (homosexualité, addiction).
- Lieux d'apprentissage du faux semblant (ex : grandes villes pour les homosexuels).
Division des Lieux selon Goffman :
- Lieux interdits/à éviter : Risque élevé de se dévoiler (ex : un ancien détenu près d'une prison).
- Lieux policés : Le passé peut être connu mais n'est pas déterminant pour les interactions.
- Lieux retirés : Où on peut exposer son stigmate sans crainte.
- Comportement très contrôlé et en représentation dans les lieux interdits et policés.
- À force de dissimuler, on peut croire les mensonges que l'on dit, voire s'auto-trahir.
- Ex : une personne malentendante pensant que les autres ne parlent pas assez fort.
- La dissimulation mène à dire ou entendre des choses négatives sur son propre stigmate.
Sociologie de la Médecine, de la Santé et de la Maladie : Gestion Sociale des Stigmates
Ceci est une synthèse des concepts clés en sociologie du stigmate, principalement inspirée des travaux d'Erving Goffman.
Introduction : Définition et Évolution du Stigmate
- Erving Goffman (1922-1982) : Sociologue canadien, fondateur de la sociologie interactionniste.
- Origine du terme « Stigmate » :
- Grèce antique : Marques corporelles infâmantes (ex: meurtriers) pour exclusion.
- Romains : Flétrissure au fer chaud sur les esclaves, retirée lors de l'affranchissement.
- Le « Renversement du Stigmate » (Goffman) :
- Christianisme : Signe positif (plaies du Christ), marque de grâce divine.
- Corps médical : Lié aux signes corporels d'un désordre physique.
- Sens profane actuel (négatif) : Caractéristique négative portée par l'individu.
- Définition de Goffman : Caractéristique qui jette un discrédit profond sur celui qui la porte. Ce n'est pas l'attribut lui-même, mais le contexte et la relation aux autres qui créent le discrédit.
- Exemple : Tatouage – positif dans certaines sociétés, négatif dans d'autres.
Distinction Clé : Discréditable vs. Discrédité
- Caractéristiques discréditables : Non immédiatement visibles (ex: diabète, épilepsie, homosexualité cachée). Exigent un contrôle de l'information.
- Caractéristiques discréditées : Immédiatement visibles ou connues (ex: amputation, calvitie, couleur de peau foncée, handicap visible).
Dans les sociétés occidentales, certaines caractéristiques entraînent un discrédit presque automatique : handicap, toxicomanie, passé carcéral, pratiques sexuelles marginales (historiquement), genre féminin, couleur de peau foncée.
- La personne stigmatisée intériorise cette perte de valorisation sociale et peut se dévaloriser elle-même.
I- La relation Stigmatisé / Non Stigmatisé
Premier Cas de Figure : Évitement ou Distanciation
- Tendance à l'évitement mutuel, la société organise cet évitement (institutions spécialisées).
- Réactions des non-stigmatisés : changer de trottoir, éviter le regard.
- Impact sur le stigmatisé : privé d'informations sociales utiles, sentiment d'être traité différemment (ex: comme un enfant).
Deuxième Cas de Figure : La Rencontre
- Le stigmatisé appréhende chaque nouvelle rencontre : anxiété sur l'accueil, l'identité, les droits attribués.
- Mise en œuvre d'une « représentation » permanente : effort intense pour donner une image positive, épuisant.
- Définition par le stigmate : L'identité est souvent réduite au handicap ("c'est son handicap qui le définit").
- Ignorance sur ce que pensent réellement les autres : comparable à la crise d'adolescence mais permanente.
- Surveillance constante de soi : éviter de donner des perceptions négatives, souvent au détriment de l'expression authentique.
- Provocation : rarement efficace, peut se retourner contre le stigmatisé en montrant une faiblesse.
- Vie privée exposée : gestes d'aide non sollicités (ex: pousser un fauteuil) considérés comme une violation du territoire.
- Conflits potentiels : Le refus d'aide peut blesser le secouriste et entraîner des réactions agressives de sa part (ex: certains handicaps mentaux peu visibles). Le stigmatisé subit le poids de ces situations au quotidien.
Stratégies d'Affrontement du Stigmate
- Évitement : S'isoler, se faire discret (ex: timidité).
- Provocation / Agressivité : Attire des ennuis, souvent observée après des accidents (conduit à l'isolement ou l'épuisement).
- Alternance : Basculer entre provocation et retrait, épuisant.
- Ces interactions sont difficiles car l'homme est un animal social : besoin d'interaction pour l'évolution et la reconnaissance de soi.
- Sentiment de malaise réciproque (stigmatisé et non-stigmatisé) : gestes ou paroles gênées, tabous.
- Le stigmatisé a besoin de « moments de refuge » pour échapper à la représentation constante.
Soutiens aux Stigmatisés
- Associations : Lieux de refuge, défendent les droits, agissent comme porte-parole.
- « Initiés » : Personnes non-porteuses du stigmate (professionnels, proches) prêtes à partager le rejet.
- Permettent au stigmatisé de ne pas être en représentation, de se sentir "normal".
- Ex: Personnel hospitalier, rééducateurs, famille proche.
- Risque pour les initiés : peuvent eux-mêmes être stigmatisés par association.
II- La Socialisation du Stigmatisé
Quatre principales modalités de socialisation du stigmatisé :
- Au sein d'une institution : Internalisation du handicap et de la différence.
- Au sein de la famille : Protection initiale, mais confrontation difficile lors de la scolarisation si pas préparé. Plus le handicap est lourd, plus les parents tendent à institucionaliser.
- À l'âge adulte (handicap récent) : Nouvelle identité construite principalement dans le monde médical. Plus complexe avec l'âge.
- Au sein d'une communauté isolée (ex: sectes, rare en France).
- Moment crucial : Découverte du stigmate et projection dans une nouvelle identité (souvent non désirée car dévalorisante).
- Sentiment d'ambivalence vis-à-vis de soi-même : ne pas s'aimer vraiment, s'auto-discréditer.
- Conséquence extrême: peut mener au suicide.
- Pour surmonter : utilisation des mécanismes sociaux appris.
- Hiérarchisation : Se comparer à d'autres stigmatisés (en "mieux") pour se rassurer ("ça aurait pu être pire").
- Alliances sociales : S'associer à des non-stigmatisés pour améliorer sa position sociale (ex: conjoint non-handicapé, associations d'anciens élèves). Cela peut masquer le stigmate ou lui conférer une valeur sociale.
- Inclusion par le sport : Handisport ou sport avec valides pour échapper à la hiérarchie des handicapés.
- Alliances avec non-handicapés : Peut signifier un déni du handicap, surtout pour les stigmates visibles.
- Exemple : Homosexualité – le mariage et les enfants étaient un moyen de cacher le stigmate.
- On apprend à gérer les pratiques pour s'adapter au stigmate (ex: épileptiques).
III- Normes Sociales et Stigmate
- Le stigmatisé ne peut ni intégrer entièrement le groupe dominant (à cause du stigmate), ni s'en séparer complètement (pression sociale).
- Conséquence : Auto-contrôle accru, respect scrupuleux des normes, critique envers les autres stigmatisés qui ne respectent pas ces normes.
- Rôle des professionnels (médecins, psychologues) : soutenir le respect des normes (morales et sociales) pour éviter l'exclusion (ex: encadrement strict des malades mentaux).
Comportements acceptés par la société pour les stigmatisés :
- Ne pas tenter de cacher son stigmate si visible (ex: toxicomanie).
- Ne pas se plaindre, ne pas retourner les attitudes dépréciatives des autres contre soi-même.
- Ne pas exhiber ou tourner en dérision son handicap (pas de provocation).
- Mépriser ceux qui ont le même handicap mais ne respectent pas ces normes.
- Ces normes morales régulent tous les comportements.
- Le stigmatisé devient un observateur aiguisé de la scène sociale pour anticiper et bien se comporter.
- L'adaptation aux normes permet une meilleure capacité à interagir en société, malgré des expériences de rencontre plus fréquentes et potentiellement difficiles.
IV- Contrôle de l'information et Individu Discréditable / Discrédité
Définitions Clés :
- Socialisation : Apprentissage des rapports sociaux, assimilation des normes, valeurs, croyances.
- Normes : Règles et usages socialement prescrits.
- Valeurs : Ce qui est estimable et désirable (politesse, justice).
- Croyances : Tenir quelque chose pour vrai sans preuve.
- Identité Sociale : Critères d'appartenance sociale (origine, diplôme). Assure la continuité de soi. Une rupture de continuité est stigmatisante (ex: "trou" dans un CV).
Chez Goffman :
- Identité réelle : Ce qui est prouvable (passeport, diplôme).
- Identité virtuelle : Ce que les autres projettent sur nous.
- Distance entre les deux pour les stigmatisés (surtout avec stigmates invisibles).
Contrôle de l'information (crucial pour stigmates discréditables) :
- Gestion proactive de l'information : savoir quoi dire et à qui. Risque de se dévoiler soi-même.
- Statut de « faux-semblant » (Goffman) :
- Risque d'être dénoncé par soi-même (ex: crise d'épilepsie en public). Rends vulnérable.
- Risque d'être dévoilé par d'autres (ex: quelqu'un du passé). Peut mener au chantage, menaçant l'identité sociale.
- Apprentissage de la gestion des relations et des lieux pour cacher le stigmate (ex: double vie pour homosexualité, usage de drogues).
- Division des lieux (Goffman) :
- Lieux interdits/à éviter : Haut risque de dévoilement (ex: près d'une prison).
- Lieux policés : Passé peut être connu mais non déterminant.
- Lieux retirés : Où le stigmate peut être exposé sans danger.
- Comportement très contrôlé et en représentation dans les lieux interdits et policés.
- Tendance à croire ses propres mensonges ou à nier la réalité du stigmate (ex: malent
SOCIOLOGIE DE LA MÉDECINE, DE LA SANTÉ ET DE LA MALADIE : Synthèse des CM N°11 et 12
Ce cours aborde la gestion sociale des stigmates, un concept essentiel pour comprendre les interactions entre individus et la construction de l'identité en lien avec des caractéristiques perçues comme dévalorisantes.
Introduction : La Notion de Stigmate selon Erving Goffman
- Erving Goffman (1922-1982) : Sociologue canadien, fondateur de la sociologie interactionniste. Ses travaux majeurs ont été traduits en français, notamment sous l'impulsion de Bourdieu.
- Études : Débute au Canada, poursuit à l'Université de Chicago. Sa thèse soutenue en 1953.
- Influences : S'est interrogé sur la représentation sociale à travers l'image (films de propagande, anthropologie).
- Définition Originelle du Stigmate :
- En Grèce Antique : Marques corporelles infâmes pour identifier et exclure les criminels.
- Chez les Romains : Flétrissure au fer chaud sur les esclaves (retirée à l'affranchissement).
- Le "Renversement du Stigmate" (Christianisme) : Marque positive, signe d'une relation divine (ex: stigmates du Christ).
- Corps Médical : Le stigmate devient un signe corporel d'un désordre physique.
- Sens Profane Actuel : Caractéristique négative qui jette un discrédit profond sur l'individu.
- Distinction Cruciale : Ce n'est pas l'attribut en soi qui discrédite, mais le contexte social et les relations.
- Exemple : Un tatouage peut être positif ou négatif selon la culture.
- Types de Caractéristiques :
- Caractéristiques discréditables : Non immédiatement visibles (ex: diabète, épilepsie, homosexualité cachée).
- Caractéristiques discréditées : Immédiatement visibles ou connues (ex: amputation, calvitie, couleur de peau).
- Conséquences du Stigmate :
- Diminution de la valeur sociale et des droits (ex: tutoyer une personne handicapée, prendre le bras d'un aveugle sans demander).
- L'individu stigmatisé intériorise la dévalorisation.
- Exemples de stigmates universels :
- Le sexe féminin dans de nombreuses sociétés.
- La couleur de peau foncée.
I- La Relation Stigmatisé/Non-stigmatisé
Premier Cas de Figure : Visibilité du Stigmate
- Évitement Social : La société organise des dispositifs d'évitement (institutions spécialisées pour aveugles).
- Réactions des Non-stigmatisés : Changement de trottoir, évitement du regard. Les enfants verbalisent la différence.
- Impact sur le Stigmatisé : Privé d'informations sociales quotidiennes, besoin de se protéger.
- Crainte Continue : Le stigmatisé appréhende chaque nouvelle rencontre, s'inquiétant de la manière dont il sera perçu et des droits qui lui seront accordés.
Deuxième Cas de Figure : La Rencontre et la Représentation
- Mise en Représentation Permanente : Les personnes stigmatisées fournissent un effort constant pour donner une image positive, ce qui est épuisant.
- Définition par le Stigmate : Malgré leurs efforts, elles sont souvent réduites à leur stigmate (ex: "c'est son handicap qui le définit").
- Ignorance Réciproque : Incertitude sur les pensées réelles des autres, comme les adolescents en quête d'identité.
- Surveillance de Soi : Les stigmatisés se surveillent constamment pour ne pas donner une perception négative.
- Provocation : Rarement efficace, souvent contre-productive et perçue comme une faiblesse.
- Vie Privée Exposée : Parfois, la vie privée du stigmatisé est plus facilement envahie par autrui.
- Exemple : Étrangers qui "aident" sans demander, empiétant sur l'espace personnel.
- Violation du Territoire : La sollicitude "maladroite" peut être perçue comme une agression (ex: toucher sans permission certains autistes).
- Effet sur les Aidants : Les aidants peuvent se sentir blessés, mal compris, et réagir agressivement. C'est toujours le stigmatisé qui en souffre le plus.
Stratégies face aux Interactions Difficiles
- 1. Évitement : S'enfermer, s'isoler, se faire discret (ex: timidité).
- 2. Provocation : Agressivité, souvent contre-productive et auto-destructrice.
- 3. Alternance : Basculer entre provocation et retrait.
- Malaise Réciproque : Les interactions stigmatisé/non-stigmatisé génèrent un sentiment de gêne et de déplaisir.
- Tabous : Certaines questions ou sujets deviennent tabous (ex: "comment vas-tu?").
- Moments de Refuge : Les stigmatisés cherchent des espaces pour se reposer de la "représentation" constante.
- Semblables : Associations de personnes partageant le même handicap (plus développées aux USA).
- Initiés : Personnes non porteuses du stigmate (proches, professionnels) qui acceptent les rejets et avec qui le stigmatisé peut être "normal".
- Exemples : Personnel hospitalier, famille, amis, conjoints.
- Attention : Les initiés peuvent aussi subir la stigmatisation.
II- La Socialisation du Stigmatisé
Il existe quatre modalités principales de socialisation pour les personnes fortement stigmatisées :
- En Institution : La personne intériorise sa différence et son handicap.
- En Famille : Protection initiale, mais confrontation inévitable et difficile lors de la scolarisation. Les parents d'enfants plus lourdement handicapés tendent à les orienter vers les institutions.
- À l'Âge Adulte (suite à un stigmate récent) : La nouvelle identité se construit souvent dans le monde médical. Plus l'âge est avancé, plus l'adaptation est difficile.
- Communauté Isolé : Sectes (rare en France, plus aux USA).
- Moment Crucial : L'apprentissage qu'on est porteur d'un stigmate. On est contraint d'adopter une identité dévalorisante.
- Sentiment Ambivalent : La personne stigmatisée ne s'aime pas toujours, se déprécie elle-même. Peut mener à des tragédies (suicides en prison, brutalité de l'école).
- Reconstruction Identitaire : Processus long et difficile.
- Stratégies de Surmonter :
- Hiérarchisation : Se comparer à d'autres ayant le même stigmate pour se positionner favorablement ("ça aurait pu être pire").
- Alliances Sociales : Chercher des relations avec des personnes non stigmatisées pour améliorer sa position sociale (ex: associations d'anciens élèves, choix du conjoint).
- Dissimulation du Stigmate : (pour les stigmates discréditables) S'associer à des non-stigmatisés peut masquer le stigmate.
- Exemple : Homosexualité cachée par le mariage hétérosexuel.
- Handisport : S'engager dans le sport, parfois avec des personnes valides, pour sortir de la hiérarchie du handicap.
III- Normes Sociales et Stigmate
- Anomie du Stigmatisé : Incapacité à s'intégrer pleinement à un groupe sans pouvoir s'en séparer totalement.
- Auto-contrôle Accru : Le stigmatisé s'impose des règles de conduite plus strictes, adhère davantage aux normes sociales.
- Critique des Pairs : Les stigmatisés peuvent critiquer ceux qui ne respectent pas ces normes au sein de leur propre groupe.
- Rôle des Professionnels : Médecins, psychologues aident à faire respecter les normes morales.
- Exemple : Les malades mentaux sont contraints à la norme par les soignants.
- Comportements Acceptés par la Société pour les Stigmatisés :
- Ne pas tenter de cacher son stigmate (ex: chercher à se soigner pour la toxicomanie).
- Ne pas adopter les attitudes dépréciatives des autres (ne pas se plaindre, ne pas afficher la victimisation).
- Ne pas exhiber ni tourner en dérision son handicap (pas de provocation).
- Mépriser ceux ayant le même handicap qui ne respectent pas ces normes.
- Observateur Aiguisé : La personne stigmatisée devient un fin observateur de la scène sociale pour anticiper et bien interagir.
- Exemple : Les femmes sont souvent plus observatrices pour éviter que leur stigmate ne se retourne contre elles.
- Capacité d'Interaction : Ceux qui s'adaptent aux normes réussissent mieux leurs interactions, même si elles restent plus fréquentes et pénibles que pour les non-stigmatisés.
IV- Contrôle de l'Information et Individu Discréditable/Discrédité
Définitions Clés :
- Socialisation : Apprentissage des rapports sociaux, normes, valeurs, croyances.
- Normes : Règles et usages prescrits.
- Valeurs : Qualités estimables et désirables.
- Croyances : Tenir pour vrai sans preuve.
- Identité Sociale : Critères d'appartenance (origine, diplôme) assurant continuité. Une rupture (ex: trou sur un CV) est stigmatisante.
Goffman sur l'Identité :
- Identité Réelle : Prouvable (passeport, diplôme).
- Identité Virtuelle : Ce que les autres projettent sur nous.
- Distance entre les deux : Source de stigmatisation pour les stigmates invisibles.
Le Contrôle de l'Information :
- Crucial pour les caractéristiques discréditables : Savoir manipuler l'information pour éviter l'exposition.
- Risque d'Auto-dévoilement : Être trahi par son propre comportement (ex: crise d'épilepsie en public).
- Risque de Révélation par Autrui : Personnes ayant connu la même trajectoire peuvent dévoiler le stigmate (parfois par chantage).
- Le "Faux Semblant" : Vivre une double vie, simuler.
- Exemple : Homosexuels en zone rurale avant le mariage pour tous.
- Apprentissage du faux semblant dans des lieux spécifiques (grandes villes pour les homosexuels).
- Peut mener à croire ses propres mensonges.
Division des Lieux selon le Risque de Dévoilement :
- Lieux Interdits ou à Éviter : Risque élevé de se dévoiler (ex: ancien détenu près d'une prison).
- Lieux Polycés : Le passé peut être connu mais n'est pas déterminant pour les interactions.
- Lieux Retirés : On peut exposer le stigmate en toute sécurité.
SOCIOLOGIE DE LA MÉDECINE, DE LA SANTÉ ET DE LA MALADIE : Gestion Sociale des Stigmates
Ce cours aborde la sociologie de la médecine en explorant les faits sociaux liés à la maladie, à la santé et à la mort, les pratiques médicales, la relation soignants/soignés, les inégalités sociales en santé, la gestion sociale des stigmates et la structure sociale des spécialités médicales en France.
Le thème « La gestion sociale des stigmates » est central et s'appuie sur les travaux d'Erving Goffman.
I. Introduction aux Stigmates selon Erving Goffman
Définition et Évolution du Terme
Erving Goffman (1922-1982) : Sociologue canadien, fondateur de la sociologie interactionniste.
Origine du terme « stigmate » :
Grèce antique : Marques corporelles infâmes sur les criminels pour les exclure.
Rome antique : Marquage au fer rouge des esclaves.
Christianisme : Renversement du stigmate en signe positif (ex: plaies du Christ, signe de grâce divine).
Corps médical : Signes corporels d'un désordre physique.
Sens profane moderne (négatif) : Caractéristique négative portée par un individu, jetant un discrédit profond.
L'attribut est discréditant par le contexte et la relation, non par lui-même (ex: tatouage).
Distinction Clé : Discréditable vs Discrédité
Caractéristique discréditable : Non visible immédiatement (ex: diabète, épilepsie, homosexualité cachée). L'individu gère la révélation de l'information.
Caractéristique discréditée : Immédiatement visible ou connue (ex: jambe amputée, calvitie totale). L'individu gère la tension créée par le stigmate déjà apparent.
Exemples de Stigmates Universels
Handicaps, toxicomanie, passé carcéral, pratiques sexuelles marginales.
Sexe : Être une femme est souvent un stigmate entraînant une dévalorisation sociale.
Couleur de peau : La couleur foncée est universellement un stigmate plus fort.
Conséquences du Stigmate
Diminution de la valeur sociale et des droits de l'individu (ex: infantilisation d'une personne handicapée).
Intériorisation du stigmate par l'individu (se percevoir comme "avilissant").
II. La Relation Stigmatisé/Non-Stigmatisé
Deux Cas de Figure de Rencontre
Évitement :
La société organise l'évitement (ex: instituts spécialisés pour aveugles).
Les non-stigmatisés changent de comportement inconsciemment (ex: changer de trottoir, éviter le regard).
Conséquence : Le stigmatisé est privé d'informations sociales essentielles.
Rencontre effective :
Le stigmatisé appréhende constamment la manière dont il sera perçu ("comment serai-je identifié, quels droits m'accorderont-ils ?").
Mise en œuvre d'une "représentation" constante pour "faire bonne figure", nécessitant une grande énergie.
Sentiment persistant d'ignorance de ce que pensent réellement les autres (similaire à l'adolescence mais permanent).
Surveillance de soi permanente pour ne pas donner une image négative.
La vie privée du stigmatisé est exposée (ex: sollicitude intrusive des inconnus).
Le rejet d'aide (ex: refus de contact physique) peut être mal interprété et générer des conflits.
Stratégies du Stigmatisé
Évitement : S'isoler, se faire discret (ex: timidité).
Provocation / Agressivité : Souvent contre-productive car elle met en évidence une faiblesse et renforce le stigmate.
Alternance évitent/provocation : Basculement entre les deux stratégies.
Le Malaise dans les Interactions
Les interactions avec les autres sont difficiles pour les stigmatisés, malgré la nécessité sociale.
Le malaise est réciproque : signes de gêne, déplaisir (trop de politesse, évitement de certaines questions).
Refuge : Les stigmatisés cherchent des moments et des lieux de repos où ils ne sont pas en représentation.
Groupes de pairs : Associations regroupant des personnes ayant le même handicap.
Initiés : Personnes non porteuses du stigmate mais prêtes à partager le rejet social (professionnels, proches). Devant eux, le stigmatisé peut être "normal". Attention : Les initiés peuvent eux-mêmes être stigmatisés par association.
III. La Socialisation du Stigmatisé
Quatre Modalités Principales
Institutionnalisée : Apprentissage du stigmate au sein d'une institution (le stigmatisé intériorise sa différence).
Familiale : La famille protège initialement, mais la confrontation au monde social (scolarisation) est cruciale et parfois brutale.
Médicale (pour l'adulte) : Si le stigmate apparaît tardivement (ex: accident), le monde médical façonne la nouvelle identité.
Communauté isolée : Groupes fermés (ex: sectes, rares en France).
Construction de l'Identité Stigmatisée
Le moment de la découverte du stigmate est un point de bascule.
Obligation d'adopter une identité non désirée et dévalorisante.
Sentiment d'ambivalence envers soi-même : on ne s'aime pas vraiment, peut mener à la destruction de soi.
Plus on est âgé, plus la réadaptation de l'identité sociale est difficile.
Stratégies de reconstruction :
Hiérarchisation : Se comparer à d'autres stigmatisés "moins bien lotis" pour se rassurer ("ça aurait pu être pire").
Alliances : S'associer à des personnes non stigmatisées pour masquer son propre stigmate ou bénéficier de leur protection. Ex: Handisport, mariage avec une personne valide.
Dissimulation : Cacher un stigmate discréditable (ex: épilepsie, homosexualité).
IV. Normes Sociales et Stigmate
Pression à la Conformité
Le stigmatisé ne peut pas complètement s'intégrer à tous les groupes ni s'en séparer totalement.
Il est contraint par les autres de faire partie d'un groupe qu'il ne choisit pas.
Autocontrôle : Les stigmatisés sont souvent plus respectueux des normes que les non-stigmatisés.
Ils sont également critiques envers les autres stigmatisés qui ne respectent pas ces normes.
Les professionnels (médecins, psychologues) renforcent ces normes, parfois par la contrainte (ex: malades mentaux).
Comportements "Acceptables" pour Gérer le Stigmate
Ne pas tenter de cacher un stigmate visible.
Ne pas se lamenter ni s'autodéprécier.
Ne pas exhiber ni tourner en dérision son handicap (pas de provocation).
Mépriser les stigmatisés qui ne respectent pas ces normes.
Stigmatisé comme Observateur Social
Le stigmatisé développe une capacité critique d'observation de la scène sociale pour anticiper les interactions.
Exemple: Les femmes sont éduquées à être plus observatrices de la scène sociale pour gérer leur propre stigmate.
Cette adaptation permet une meilleure qualité d'interaction malgré la fréquence élevée des situations difficiles.
V. Contrôle de l'Information et Individu Discréditable/Discrédité
Concepts Clés
Socialisation : Apprentissage des normes, valeurs et croyances via les interactions sociales.
Normes : Règles socialement prescrites.
Valeurs : Qualités estimables (politesse, justice).
Croyances : Tenir quelque chose pour vrai sans preuve.
Identité sociale : Critères d'appartenance sociale (origine, diplôme) assurant continuité.
Identité réelle : Identité prouvée (passeport).
Identité virtuelle : Projection des autres.
La distance entre les deux est source de stigmatisation pour les stigmates invisibles.
La Gestion de l'Information pour les Stigmates Discréditables
Le contrôle de l'information est crucial : savoir quoi dire et quand le dire.
Risque 1 : Se trahir soi-même (faux-semblant, crise d'épilepsie en public).
Risque 2 : Être dénoncé par d'anciens complices ou personnes ayant connu la même trajectoire (chantage).
Les stigmatisés développent des compétences en gestion des relations.
Apprentissage du "faux-semblant" : Diviser les lieux (ex: grandes villes plus protectrices pour les homosexuels).
Classification des Lieux
Lieux interdits/à éviter : où le risque de révélation est élevé (ex: près d'une prison pour un ancien détenu).
Lieux policés : Le passé peut être connu mais n'est pas déterminant pour les interactions.
Lieux retirés : Où le stigmate peut être ouvertement exposé.
Conséquences Psychologiques
Contrôle du comportement très strict dans les lieux "interdits" et "policés" (être constamment en représentation).
Intériorisation du mensonge : À force de dissimuler, le stigmatisé peut finir par croire qu'il n'est pas atteint.
Cela peut conduire à des réactions négatives envers ceux qui ont le même stigmate lorsqu'ils sont critiqués par les non-stigmatisés.
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