Histoire et mémoires des conflits
30 tarjetasCe document explore les liens complexes entre l'histoire et la mémoire, en particulier dans le contexte des conflits. Il aborde les notions juridiques de crimes contre l'humanité et de génocide, ainsi que la naissance de la justice internationale post-Guerres Mondiales. Il analyse également comment les interprétations historiques évoluent, notamment pour la Première Guerre Mondiale et la Guerre d'Algérie, face aux enjeux politiques et mémoriels.
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Introduction : Histoire et Mémoires, Histoire et Justice
L'histoire et la mémoire représentent deux modalités distinctes de rapport au passé.Tandis que l'histoire est une science, la mémoire se définit comme le rapport des individus, des groupes ou des sociétés à leur passé. Elle se fonde sur des choix et des silences. L'historien a pour rôle de rendre compte de ces souvenirs et oublis pour en faire un objet de savoir et de connaissance objectif du passé.
L'histoire et la mémoire ont tendance à se confondre dans la société, surtout au 20ème siècle (le siècle des guerres, des génocides, des massacres de masse et De voisin note structurée et formatée en HTML sur le thème "Histoire et Mémoires", basée sur les sources fournies.
Introduction : Histoire et mémoires, Histoire et justice
L'Histoire et la Mémoire représentent deux modalités de rapport au passé, relevant de registres et de perceptions différents. Tandis que l'Histoire est une science, la Mémoire se définit comme le rapport des individus, des groupes ou des sociétés à leur passé. Elle se fonde sur des choix et des silences. L'historien est là pour rendre compte de ces souvenirs et oublis afin d'en faire un objet de savoir et de connaissance objectif du passé.
L'Histoire et la Mémoire tendent à se confondre dans la société, surtout au XXe siècle (siècle des guerres par leur fréquence, intensité et violence). C'est aussi le siècle des génocides, massacres de masse et crimes contre l'Humanité. Faceà ces victimes et coupables, il a fallu comprendre les mémoires et juger au nom d'un droit international émergent en 1945.
La connaissance historique et la justice aident les sociétés et les États à faire le deuil de ces conflits et à tirerdes enseignements. L'histoire invite à une relecture critique du passé, la justice punit les responsables de crimes contre l'Humanité, désormais inscrits dans le droit international.
I) Histoire et mémoire
A) Des liens complexes
Histoire et Mémoire seconfondent parfois dans les discours communs des hommes politiques et des médias, mais ce sont deux réalités distinctes.
Histoire :
C'est une science humaine, une discipline scientifique dédiée à la connaissance et au récit du passé.
Dès le Ve siècle av. J.-C., Hérodote parle de "procédure de vérité" (historia (grec) signifiant "enquête").
Rôle de l'historien :
Rechercher les traces du passé en étant le plus objectif possible.
S'appuyer sur des sources qu'il faut croiser, critiquer et replacer dans leur contexte.
Permettre d'expliquer le passé de façon neutre et dépassionnée.
Les historiens se placent sur le terrain de la connaissance et non de la morale ou de la justice.
Paul Veyne décrit le récit historique comme un "roman vrai".
Le récit historique peut évoluer au fil du temps en fonction de :
L'époque.
L'accès aux sources.
Les courants historiographiques (nouvelles thématiques comme l'histoire des femmes, des peuples colonisés).
L'historien n'est pas neutre ni dégagé des enjeux politiques de sontemps :
Il peut avoir des intérêts particuliers.
Son regard est orienté par ses convictions ou expériences personnelles.
Il s'inscrit dans une période, une société, un État, ce qui influence l'accès aux sources et le financement des recherches.
L'historien doit faire preuve de rigueur méthodologique :
Recherche des sources.
Critique des sources (croisement, confrontation).
Écriture de l'histoire parla mise en relation des faits.
Validation par les pairs.
Mémoire :
C'est un ensemble de souvenirs liés à un événement passé,vécu par un individu, un groupe ou une société.
Elle est liée affectivement au passé, donc subjective, chargée d'émotions et surtout partielle.
Elle inclut des déformations, des oublis (volontaires ou non) pourfavoriser le sentiment d'appartenance à un groupe.
D'abord individuelle, la mémoire se construit ensuite collectivement, souvent par l'intervention des pouvoirs politiques qui y voient un moyen de souder la communauté autour d'un récit commun, généralement valorisant.
La mémoire est dominée par une double exigence :
Justifier les comportements.
Juger les acteurs.
La mémoire est plurielle (il n'existe jamais de "mémoire officielle").
Exemple de la Seconde Guerre Mondiale : coexistence des mémoires des Résistants (communistes, FFL, gaullistes), Collaborateurs, soldats/prisonniers, STO, Juifs, etc. Ce qui peut provoquer des conflits mémoriels.
Si l'histoire peut se nourrir de la mémoire, cette dernière ne peut pas être considérée comme de l'histoire. La mémoire d'un événement constitue un objet d'histoire (un historien peut travailler sur l'évolution desmémoires) et peut être considérée comme une source. Inversement, le regard qu'un groupe porte sur son passé suscite un besoin d'histoire et peut évoluer grâce aux travaux des historiens et à l'enseignement de l'histoire (ex: reconnaissance de la torture pendant la guerre d'Algérie, étudedu génocide des Juifs en Allemagne).
B) L'historien fait évoluer les mémoires : l'exemple de la Seconde Guerre Mondiale
L'histoire et les mémoires des violences de masse au XXe siècle comportent des enjeux politiques et sociétaux. La Mémoire occupe une place importante dans l'espace public, s'exprimant par des mémoriaux, des cérémonies commémoratives, etc.
L'existence d'une mémoire officielle cache souvent la conflictualité entre différentes mémoires. L'historien accompagneles mémoires et les fait évoluer.
Mémoires de la Seconde Guerre Mondiale :
Jusqu'aux années 1970, les différentes mémoires sont étouffées par une "mémoire officielle" mise en scène par l'État. Dès 1945, sous l'impulsion de Charles de Gaulle, se construit le mythe d'une France entièrement résistante.
Cette politique mémorielle réduit la collaboration au profit du "résistancialisme" (concept d'Henry Rousso, 1987).
Le 11 novembre 1945, 15 dépouilles sont inhumées, renforçant la mémoire résistante, avec la panthéonisation de Jean Moulin.
D'autres mémoires sont volontairement effacées par l'État (ex: censure du film Nuit et Brouillard d'Alain Resnais en 1956).
Toutes ces mémoires se "réveillent" à partir des années 1970 :
En France, publication de La France de Vichy de Robert Paxton (1973), montrant que la collaboration fut une proposition volontaire de Pétain à Hitler et que l'antisémitisme de Vichy était assumé.
Les années 1970voient l'émergence de la mémoire de la Shoah.
Naissance du devoir de mémoire face aux thèses négationnistes. Il s'agit d'une obligation morale pour un groupe/société de se souvenir d'un événement traumatique pour éviter sa répétition.
L'aboutissement de ce devoir de mémoire est la reconnaissance par Jacques Chirac en 1995 de la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs.
Henry Rousso (dans son œuvre Le Syndrome de Vichy) décrit un "régime mémoriel", le "travail de mémoire" pour les événements traumatisants, qui suit plusieurs phases :
Occultation : Destinée à la restauration de la paix civile après lesconflits (phase d'oubli, construction d'une mémoire héroïque, travail de deuil).
Émergence : Les mémoires enfouies s'affirment ("retour du refoulé").
Réception : Par la société, parfoisavec des conflits, puis une acceptation générale.
C) Le rôle de l'historien face aux mémoires
Les gouvernements s'intéressent aux mémoires pour entretenir le souvenir des héros, des événements traumatiques/fondateurs, et veillent au "devoir de mémoire" tout en minimisant certains acteurs contraires à une mémoire officielle. C'est un enjeu politique : la reconnaissance des responsabilités du passé est un moyen d'apaiser le présent, comme une réparation symbolique (ex: reconnaissance par Chirac en 1995).
Cela se traduit par l'apparition, dans les années 1980, du devoir de mémoire (cf. définition), qui se manifeste par une politique mémorielle dotée d'infrastructures (musées), de rituels et de symboles forts.
En France, au nom de ce devoir de mémoire, l'État a promulgué un certain nombre de lois mémorielles : des lois par lesquelles l'État établit un point devue officiel sur certains événements historiques.
La première est la Loi Gayssot de 1990 : elle condamne le négationnisme de la Shoah et empêche ainsi toute manipulation de l'histoire par des groupes de mémoire.
D'autres lois mémorielles ont été rédigées pour répondre à une demande de reconnaissance de la part d'associations de victimes ou de leurs descendants (pour faire reconnaître une mémoire) :
Loi de 2001 : La France reconnaît publiquement le génocidearménien.
Loi Taubira de 2001 : Elle fait de la traite et de l'esclavage un crime contre l'humanité.
Loi de 2005 : Les programmes scolaires doivent reconnaîtrele rôle positif de la présence française outre-mer (donc pendant la colonisation) - cette loi de Sarkozy n'a pas été promulguée.
Néanmoins, les historiens sont majoritairement méfiants face aux usages politiques de l'histoire, et donc des politiques mémorielles qui cherchent à imposer une mémoire unique avec des lois mémorielles. Les historiens se mobilisent, estimant que la loi ne doit pas figer l'histoire.
Ils s'opposent au « devoir de mémoire » comme obligation morale de se souvenir des événements traumatisants. Les historiens y opposent un devoir d'histoire.
C'est ainsi que se créent des associations :
Liberté pour l'histoire : fondée par Pierre Nora en 2008.
CVUH (Comité de Vigilance face aux Usages publics de l'Histoire) : fondé par Gérard Noiriel et Nicolas Offenstadt.
Ces associations luttent contre le « présentisme », c'est-à-dire l'utilisation du passé à des fins politiques du présent.
II) Histoire et justice
A) Crimes de masse et prise de conscience internationale
La première moitiédu XXe siècle est marquée par des violences de masse contre les populations civiles. Si elles entraînent l'indignation de la communauté internationale, elles ne permettent pas toujours de lutter efficacement contre ces crimes.
Les preuves de la responsabilité allemande dans le massacre des Herero et Nama entre 1904 et 1908 sont présentées à la Conférence de Versailles (1919). Elles justifient la confiscation des colonies allemandes par les vainqueurs, mais n'entraînent ni condamnation des coupables ni reconnaissance des victimes.
En 1915, les Alliés dénoncent les massacres des Arméniens. Une commission des responsabilités auprès de la Conférence de la Paix préconise la création d'un tribunal international pour juger les criminels turcs. Ceux-ci sont arrêtés mais trèsvite libérés en 1923 (Traité de Lausanne) et participent à la construction de la Nouvelle République de Turquie aux côtés de Mustafa Kemal.
L'arrivée au pouvoir des nazis entraîne l'application d'une politique raciale visant à exterminer les Juifs européens (dès 1941). La nature de ces atrocités est détaillée par les rapports envoyés aux Alliés, qui prennent progressivement conscience de l'ampleur des crimes.
B) De nouvelles notions juridiques : crimes contre l'humanité et génocide
1941 : Les Alliés préviennent les nazis et les forces de l'Axe qu'ils seront jugés pour les crimes dissociables des combats commis sur les territoires non-alliés. Conscience des atrocités, donc ils seront jugés.
1945 : La découverte des atrocités impose le jugement des criminels.
Accords de Londres du 8 août 1945 créent le TMI de Nuremberg (Tribunal Militaire International).
Ce TMI juge 8 organisations nazies et 22 dignitaires, du 18 octobre 1945 au 1er octobre 1946.
Quatre chefs d'accusation sont retenus :
Crimes de guerre.
Conspiration contre la paix (planifier des actions contre la paix).
Crimes contre la paix.
Crimes contre l'humanité.
Le crime contre l'humanité est la seule catégorieimprescriptible dans les lois françaises.
Définition du crime contre l'humanité : crime commis en exécution d'un plan concerté englobant les catégories suivantes : génocide, déportation, esclavage, exécutions, enlèvements et tortures lorsqu'ilssont exécutés massivement et systématiquement.
À l'issue du procès, 12 sont condamnés à mort, 7 à des peines de prison, 3 acquittés et 2 condamnés mais absents. La notion de crime contre l'humanité était alors très peu utilisée.
La notion de génocide est établie par Raphael Lemkin (juriste polonais-américain et juif) en 1943. Dans son livre Le règne de l'Axe en Europeoccupé, il décrit l'extermination et compare le génocide des Juifs avec celui des Arméniens.
Définition du génocide : plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d'ungroupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire (le génocide fait partie du crime contre l'humanité).
En 1948 : la Convention de l'ONU est la première prise en compte du terme de génocide dans le droit international.
Le nombre de victimes ne compte pas, tout comme le mobile (conquérir/s'approprier un territoire). Il faut des éléments matériels pour justifier et affirmer qu'il s'agit d'un génocide.
Lorsque l'ONU adopte la qualification de génocide, elle reconnaîtque le génocide nie le droit à l'existence de groupes humains entiers.
À la mort de Lemkin, seules la France et l'URSS avaient ratifié la Résolution 96 (loi de l'ONU) concernant le génocide. Les États-Unis ne l'ont ratifié qu'en 1988. Aujourd'hui, 159 pays l'ont ratifié.
Régulièrement, des débats surgissent avec la concurrence des mémoires (ex : Herero et Nama comme premier génocide aujourd'hui reconnu).
Cinq génocides sont aujourd'hui reconnus par l'ONU :
Génocide arménien (1915).
Génocide des Juifs et Tziganes (1941-1945).
Génocide des Tutsis au Rwanda (1994).
Génocide de Srebrenica (contre les Musulmans bosniaques, 1995).
Génocide des Gazaouis (2025) - Ceci est une projection future et non un fait historique reconnu par l'ONU.
C) La naissance d'une justice internationale
Le procès de Nuremberg :
Première étape de la mise en place d'une justice internationale.
Aprèsla guerre, l'ONU souhaite universaliser le droit international.
1946 : définition du crime contre l'humanité.
1948 : Convention de l'ONU pour la prévention du crime de génocide. Le génocide est considéré comme uneaffaire d'intérêt international.
1968 : L'ONU reconnaît l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre.
La poursuite des crimes de génocide et des crimescontre l'humanité relève du droit international et affirme que les États ne sont plus les seuls à décider souverainement des poursuites pénales.
Comme les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles, ils peuvent être jugés longtemps après les faits. Des historiens sont souventappelés pour remettre les faits en contexte.
Exemples notables :
Procès de Maurice Papon (1998) :
Fonctionnaire de Vichy, responsable de déportations.
Des historiens sont appelés à témoigner (Henry Rousso a refusé pour ne pas "travestir l'histoire").
Dans les années 1990, la création des TPI (Tribunaux Pénaux Internationaux) permet deréactiver et de compléter les notions de crimes de guerre, de génocide et de crimes contre l'humanité.
TPIY (1993, pour la Yougoslavie) et TPIR (1994, pour le Rwanda) :
TPIY : pour les crimes de masse contre les Croates et Bosniaques par les Serbes.
TPIR : pour les massacres commis par les Hutus contre les Tutsis.
Ces nouveaux crimes ettous les autres crimes contre l'humanité ont généré le besoin de créer un tribunal permanent : la CPI (Cour Pénale Internationale), créée par le Statut de Rome en 1998, et entrée en vigueur en 2002. Elle élargit la définition du crime contrel'humanité pour mieux couvrir la multiplicité des crimes à juger : les crimes poursuivis ne renvoient pas tous à une discrimination, mais les termes "généralisé + systématiques" renvoient à des crimes planifiés et massifs.
Dans la deuxième moitié duXXe siècle, un nouveau type de justice voit le jour (signer = intention / ratifier = obligation). Ceux qui ne ratifient pas sont souvent complices ou acteurs de crimes contre l'humanité (ex: Chine).
Deux notions concurrentes mais aussi complémentaires, Histoire et Mémoire, élaboréesà partir de la Première Guerre Mondiale et cristallisées depuis la Seconde Guerre Mondiale. Ces notions de droit international sont aujourd'hui largement reprises par les opinions internationales pour alerter sur les massacres en cours (ex: Palestiniens à Gaza, Rohingyas en Birmanie, Ouïghours en Chine).
Il y a aujourd'hui une prise de conscience du sort réservé à des groupes humains déshumanisés/racialisé, mais le temps entre la prise de conscience et le jugement de ces crimes est long et ne permet pas aux victimes une reconnaissance rapide et nécessaire à leur reconstruction.
Axe 1 - Histoire et mémoire des conflits
"La guerre de 1914 n'appartient à personne, même pas aux historiens." - Antoine Prost et Jay Winter, Penser la Grande Guerre
S'il est undomaine où Histoire et Mémoire se complètent, s'opposent et s'enrichissent, c'est bien la guerre. Il est impossible pour un historien de travailler sur un conflit sans prendre en compte les paroles des différents acteurs. En effet, les conflits et leur histoire sont gravés dans les mémoires dessociétés et des individus. S'y mêlent le récit officiel, le contexte politique, parfois la volonté d'oubli, et souvent les conflits de mémoire. Face à ces enjeux mémoriels majeurs, l'Histoire s'est souvent retrouvée prisonnière des lectures politiques des guerres et de leursmémoires. Ainsi, le travail de l'historien est essentiel, mais il fait aussi l'objet de controverses. Le savoir n'est jamais figé, soit parce que de nouvelles sources apparaissent, soit parce que l'approche change. La Première Guerre Mondiale et la Guerre d'Algérie ont généré de nombreux travauxqui ont alimenté les débats, et dont les enjeux sont politiques et mémoriels.
Problématique : Comment les recherches historiques permettent-elles de renouveler et de compléter les mémoires des conflits ?
A) Une histoire soumise à des enjeux politiques (1919-1945)
1ère idée forte : L'engrenage des alliances et la Première Guerre Mondiale
La Première Guerre Mondiale débute par l'assassinat le 28 juin 1914 de l'archiduc François-Ferdinand et desa femme, héritier au trône de l'Autriche-Hongrie, par Gavrilo Princip (étudiant Serbe de Bosnie).
En réalité, il existe des causes plus profondes :
Le système d'alliances :
Triplice : Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie (1882).
Triple Entente : France, Royaume-Uni, Russie (1907).
De nombreuses crises avant 1914 :
Crises Marocaines (1905 et 1911).
Annexion par l'Autriche-Hongrie de la Bosnie-Herzégovine (1908).
Guerres balkaniques (1912-1913) : Monténégro, Grèce, Serbie contre l'Empire Ottoman.
En 1914, la "poudrière balkanique" (zone de tensions) s'embrase :
28 juin : Assassinat.
28 juillet : Déclaration de guerre de l'Autriche à la Serbie.
30 juillet : Mobilisation de la Russie (alliée de la Serbie) puis de l'Autriche-Hongrie.
1er août : L'Allemagne déclare la guerre à la Russie.
2 août : La France mobilise (alliée des Russes).
3 août : L'Allemagne déclare la guerre à la France.
4 août : Le Royaume-Uni déclare la guerre à l'Allemagne.
2ème idée forte : La question des responsabilités
Dès le début du conflit, la question des responsabilités est rapidement posée. Les traités de paix (Versailles, Trianon, Sèvres) mettent fin à la guerre mais entérinent aussi la justice des vainqueurs et affirment la responsabilité des pays vaincus.
En 1919, l'Article 231 du Traité de Versailles contraint l'Allemagne à reconnaîtreson entière responsabilité dans les causes des dommages et doit payer des réparations.
Auteur | Responsable désigné | Lacunes ou partis pris |
Pierre Renouvin | Allemagne, Autriche-Hongrie | Gros parti pris, ignore les provocations alliées |
En France, la Première Guerre Mondiale devient très vite un objet historique.
Pierre Renouvin, historien français et ancien combattant, publie Les origines immédiates de la guerre (1925). Il conclut à des causes multiples mais insiste sur la responsabilité de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie, avec un grand parti pris.
En Allemagne, l'ensemble des partis politiques dénoncent l'injustice du Traité de Versailles, qu'ils qualifient de "Diktat". Les Nazis instrumentalisent l'Article 231, y voyant un complot des pays de l'Entente et des Juifs, et popularisent la théorie du "coup de poignard dans le dos" (selon laquelle la jeune République de Weimar aurait trahi l'Allemagne).
Cependant, il y a aussi l'émergence rapide de thèses avançant des responsabilités partagées. La mobilisation russe est ainsi pointée comme un point de départ. En France, Jules Isaac (pacifiste) insiste sur les responsabilités partagées entre les grandes puissances (1933).
Pour cette première génération (acteurs, témoins, historiens), les questions centrales sont tournées vers les États, les armées, et les responsabilités du déclenchement de la guerre.
B) Des interprétations historiques qui évoluent
L'Allemagne, meurtrie par la Seconde Guerre Mondiale et le nazisme, est occupée puis divisée en RFA (Ouest/Occidentale) et RDA (Est/Soviétique). La compréhension de la barbarie nazie entraîne le rejet de l'impérialisme allemand, notamment en RDA.
Les années 1960 sont marquées par de grands mouvements de contestation (hippies, mai 1968...).
En 1961, l'historien allemand Fritz Fischer replace la Grande Guerre au cœur des débats. Selon lui,l'Allemagne est la principale responsable de la guerre, cherchant à affaiblir la France, à mettre à distance la Russie et à dominer l'Europe centrale. Sa thèse fait l'effet d'une bombe mais s'impose progressivement dans le débat public, s'inscrivant dans un contexte de réconciliation franco-allemande.
1963 : Traité de l'Élysée entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, renforçant la coopération internationale, la défense et l'éducation entre les deux pays.
1984 : Cérémonie à Verdun entre Helmut Kohl et François Mitterrand, symbolisant la réconciliation.
Le débat sur les responsabilités étant clos, les historiens s'intéressent alors à d'autres aspects : le quotidien des soldats, la vie à l'arrière, l'expérience combattante, la guerre totale, le poids des empires coloniaux, avec d'autres controverses comme la théorie de la brutalisation des sociétés.
2012 : La Mission du Centenaire relance les recherches historiques. La collaboration internationale d'historiens vise un objectif d'histoire et de mémoire. La "Grande Collecte" de souvenirs souligne l'importance de la question de la Mémoire.
2012 : Christopher Clark publie un ouvrage qui fait "l'effet d'une bombe". Il insiste sur la responsabilité particulière du jeune État serbe et donc de la Triple Entente dans sa globalité. Cette thèse fait débat car elle minimise la responsabilité allemande, mais elle rencontre un grand écho en Allemagne.
Gerd Krumeich s'oppose à Clark et met également en avant une responsabilité allemande.
Même si la question des origines de la Première Guerre Mondiale a pu être controversée, elle est maintenant tranchée : les responsabilités sont partagées. La lecture politique des responsabilités, comme de sa mémoire, subsiste et provoque des tensions :
Pour les Français, la Première Guerre Mondiale reste un événement majeur, mais elle est quasiment absente des mémoires en Allemagne.
En Europe centrale, les discours nationalistes sont très vifs, comme en Serbie, où la Première Guerre Mondiale est un enjeu politique toujours d'actualité, bien plus qu'un simple enjeu de mémoire.
II) Mémoire et histoire d'un conflit : la guerre d'Algérie
Problématique : Comment le contexte de la guerre d'Algérie a-t-il influé sur la construction des mémoires de cet événement ? Comment l'historien peut-il écrire une histoire du conflit dans un contexte de mémoires concurrentes ?
Contexte : L'Algérie (1954-1962)
L'Algérie est la seule colonie qui aun statut spécial, celui de "département" français. C'est un territoire à part pour la France. Si l'Algérie est la France, alors les combattants du FLN sont des rebelles (et non légitimes).
A) La mémoire de la guerre d'Algérie au lendemain du conflit
1ère idée forte : Une "guerre sans nom"
Le même raisonnement est appliqué pour qualifier ce qui s'est passé en Algérie entre 1954 et 1962. Jusqu'aux années 1990,on ne parle pas de guerre mais :
"Événements d'Algérie".
"Problème algérien".
"Opérations de pacification".
"Opérations de maintien de l'ordre".
Certains milieux intellectuels parlent de "sale guerre" dès 1955, mais c'est le discours officiel qui prévaut : le terme de guerre n'est pas employé pour montrer que ce n'est pas officiel et qu'il s'agit d'une petite rébellion.
2ème idée : Une guerre "effacée" des mémoires des deux côtés de la Méditerranée
Un oubli du conflit en France :
La France tourne la page et oublie, le conflit passe sous silence.
Benjamin Stora parle de "guerre ensevelie".
En 1968, l'oubli est organisé par l'État français avec les lois d'amnistie (pardonnant tous les auteurs/militaires français qui auraient commis des actes de torture enAlgérie).
Aucune mention dans les livres scolaires.
Pas d'accès aux sources pour les historiens.
La population oublie ce conflit.
C'est un moyen d'évacuer les traumatismes des groupes (militaires,pieds-noirs, Algériens présents en France).
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