Comprendre les Candidoses : Causes et Manifestations
No cardsInfections causées par des levures du genre Candida, souvent opportunistes et affectant diverses parties du corps. Les formes cliniques varient de superficielles à profondes, avec Candida albicans comme espèce la plus pathogène. Le diagnostic biologique est essentiel.
Les Candidoses : Guide Essentiel
Les candidoses sont des pathologies causées par des levures du genre Candida, le plus souvent C. albicans (90% des cas). Ce sont des maladies souvent opportunistes, touchant fréquemment les individus immunodéprimés (ex: SIDA) et constituent une pathologie nosocomiale significative. Candida auris est une espèce multirésistante et menaçante pour la santé mondiale.
Classification et Caractéristiques du Candida
Phylum : Deuteromycotina
Classe : Blastomycètes
Ordre : Cryptococales
Genre : Candida
Espèces pathogènes : C. albicans (très pathogène), C. krusei, C. tropicalis, C. glabrata, C. africana, etc.
Morphologie et Culture
Formes : Levures, pseudomycélium, mycélium vrai.
Apparence macroscopique sur milieux solides : Colonies blanches, humides, luisantes, d'aspect crémeux et bombées.
Pathogénicité : Le Candida est une levure commensale. Il devient pathogène dans des conditions favorables, entraînant des candidoses d'origine endogène. Sauf C. glabrata, les espèces prennent une forme pseudo-filamenteuse lors d'une infection.
Sources de Colonisation et de Contamination
Le C. albicans colonise le tube digestif dès la naissance (par le lait maternel ou les aliments).
Facteurs Favorisants
Ils entraînent une prolifération anormale de la flore levuriforme commensale.
Facteurs intrinsèques (liés à l'hôte) :
Physiologiques :
Âges extrêmes (personnes âgées: sécheresse des muqueuses, diabète, déficit immunitaire).
Grossesse (modifications hormonales).
Locaux : Humidité, macération (plis cutanés chez les obèses).
Pathologies sous-jacentes : Immunodépression (diabète, hémopathie, VIH).
Facteurs extrinsèques :
Médicaments : Antibiotiques, corticoïdes, immunosuppresseurs.
Chirurgie : Lésions digestives favorisant le passage au parasitisme.
Procédures invasives : Cathéters, toxicomanie (risque nosocomial important).
Sources de Contamination
Exogènes : Fruits, sols (salles de bain, piscines), objets souillés, urines, selles de sujets infectés, matériel médico-chirurgical (cathéters, dialyse).
Endogènes : Muqueuses (digestive, vaginale).
Répartition Commensale du Candida
Bouche : 50%
Selles : 15-50%
Muqueuses bronchiques : 16%
Vagin : 15% (femmes non enceintes), 30% (femmes enceintes).
Peau, urine, sang.
On le retrouve aussi sur les fruits, légumes (C. tropicalis, C. krusei) et produits laitiers.
Manifestations Cliniques - Candidoses
Les candidoses sont cosmopolites et se manifestent sous diverses formes.
A. Candidoses Superficielles
Oropharyngées et Œsophagiennes :
Muguet (enduit blanc crémeux sur joues et langue).
Sensation de brûlure, dysphagie (difficulté à avaler).
Fréquent chez les patients atteints du SIDA.
Périlaires : Perlèche (lésions des commissures labiales), souvent associée au muguet, favorisée par la sécheresse salivaire ou le port de dentier chez les personnes âgées.
Intestinales : Favorisées par les antibiotiques oraux, entraînent diarrhée et déshydratation.
Cutanées (Intertrigos) :
Atteinte des plis (interfessier, génitocruraux, sous-mammaire).
Érythème suintant, crevassé-fissuré, enduit blanchâtre, prurit.
Expansion centrifuge.
Génitales (Vaginales et Balanites) :
Chez la femme : Enduit blanchâtre, leucorrhées abondantes, prurit vaginal. Fréquentes et récidivantes, traitement difficile.
Chez l'homme (Balanite aiguë) : Atteinte du prépuce puis du gland, enduit blanc, prurit évoluant vers une sensation de cuisson. Récidivante chez les diabétiques et les personnes âgées.
Unguéales :
Onyxis (débutant au bord proximal des ongles, souvent lié à la macération et aux détergents).
Périonyxis (inflammation de la base de l'ongle).
B. Candidoses Profondes
1. Septicémies à Candida (Levurémie) :
Symptomatologie peu spécifique : fièvre résistante aux antipyrétiques.
Chez les patients à risque (immunodéprimés, neutropéniques, porteurs de voies veineuses).
Agents responsables : C. albicans (50%), C. glabrata (15-20%), C. tropicalis (15%), C. parapsilosis (15%).
Mortalité élevée (40%).
2. Localisations Secondaires (après levurémie) :
Œil (choriorétinite).
Appareil urinaire (hématurie, cystite, abcès rénaux).
Cœur (endocardite).
Os, articulations, foie, rate, poumons.
3. Localisations Profondes d'Origine Non-Systémique :
Par acte chirurgical : péritonite (après intervention sur le tube digestif), cholécystite.
C. Autres Formes Cliniques
Candidose congénitale néonatale : Résulte d'une candidose vaginale maternelle. Lésions cutanées extensives généralement sans invasion profonde.
Candidoses des héroïnomanes : Injections souillées conduisant à des lésions nodulaires du cuir chevelu.
Allergie à Candida : Manifestations variées, les lésions ne sont pas dues directement à la localisation du parasite.
Diagnostic Biologique
Le diagnostic de certitude repose sur des analyses biologiques.
1. Prélèvements
Doivent être effectués en dehors de tout traitement antifongique.
Utiliser du matériel stérile.
Prélever des produits pathologiques parasités par des champignons vivants.
2. Examen Direct
Pus d'abcès et/ou sérosités : État frais ou colorations (MGG, Gomori-Grocott, noir chlorazol, calcofluor).
Tissus pathologiques : Broyer, étaler, fixer et colorer (MGG, Gomori-Grocott).
Exsudats et liquides pathologiques : À partir du culot, réaliser des colorations.
Selles : Examen direct.
3. Cultures
Milieux d'isolement :
Sabouraud (glucose + peptone + gélose).
Sabouraud + 0,5‰ Chloramphénicol ou Gentamycine.
Sabouraud + 0,5‰ Actidione® (= Cycloheximide).
Milieux chromogéniques (pour prélèvements ciblés).
Examen macroscopique des colonies : crémeuses, lisses, blanchâtres.
4. Détermination de la Sensibilité aux Antifongiques
N'est pas systématique, mais indiquée si :
Levure isolée d'un prélèvement profond.
Récidive ou échec thérapeutique d'une infection superficielle.
Patients immunodéprimés ou soumis à une forte pression de sélection par des antifongiques (risque de résistance secondaire).
5. Diagnostic Immunologique
a. Recherche d'anticorps : Techniques de dépistage (IFI, HAI, ELISA). ELISA pour anticorps anti-mannanes pariétaux.
b. Recherche d'antigènes candidosiques :
Couplée à la recherche d'anticorps, elle est évocatrice de candidose invasive.
ELISA (Platelia® Candida Ag, BioRad®) : Mannanes (se 50%, spe 95%), énolase (se 73%, spe 95%), métabolites.
β-D-glucan, composant majeur de la paroi de Candida.
Agglutination sur latex : met en évidence les mannanes.
6. Biologie Moléculaire (PCR)
Étude de l'ADN par PCR (Réaction de Polymérisation en Chaîne).
Permet le diagnostic d'espèce et un gain de temps, mais est onéreux.
7. Diagnostic Histologique
Visualisation et caractérisation des micro-organismes.
Confirmation du caractère invasif.
Colorations : PAS (Acide Périodique de Schiff), Gomori-Grocott, HES (Hématéine-Éosine-Safran) pour la réaction tissulaire de l'hôte.
Immunohistochimie avec anticorps mono ou polyclonaux.
Traitement
L'objectif est de traiter les symptômes et d'éviter les complications.
Antifongiques de Contact (Usage externe)
Nystatine (Mycostatine®) : Pour candidoses de la peau et des muqueuses. Posologie : 1 million d'unités/jour (enfant), 2 à 3 millions d'unités/jour (adulte) pendant 3 semaines.
Dérivés imidazolés : Éconazole (Pévaryl®), Fenticonazole (Lomexin®), Isoconazole (Fazole®), Oxiconazole (Fonx®), Sulconazole (Myk®), Tioconazole (Trosyd®), Miconazole (Daktarin®).
Autres : Terbinafine (Lamisil®), Amorolfine (Loceryl®), Ciclopirox (Mycoster®).
Antifongiques Systémiques
Amphotéricine B (Fungizone®) : Pour candidoses systémiques. Posologie : 1 à 1,65 mg/kg/jour (orale ou systémique). Attention aux effets secondaires (fièvre, frissons, céphalées, insuffisance hépatique ou rénale).
Dérivés imidazolés et autres azolés : Flucytosine (Ancotil®), Fluconazole (Triflucan®, Diflucan®), Itraconazole (Sporanox®), Posaconazole (Noxafil®), Terbinafine (Lamisil®), Voriconazole.
Stratégies Thérapeutiques
Candidoses superficielles : Antifongiques à usage externe.
Candidoses des muqueuses : Antifongiques à usage externe et/ou systémiques. Pour les candidoses génitales féminines, comprimés gynécologiques.
Candidoses viscérales : Antifongiques systémiques.
Prévention
Respecter les règles d'hygiène de base.
Éviter l'automédication et l'abus d'antibiotiques.
En milieu hospitalier :
Isoler les patients atteints de muguet buccal, appliquer des mesures d'hygiène strictes.
Traiter la candidose vaginale de la mère (Nystatine) au dernier trimestre de grossesse pour prévenir le muguet néonatal.
Pose des cathéters veineux dans des conditions d'asepsie strictes et retrait avec mise en culture systématique.
Surveiller le personnel médical et paramédical.
Points Clés
Affection cosmopolite très courante en médecine humaine.
C. albicans est l'espèce la plus pathogène.
Son développement est souvent favorisé par l'immunodépression.
Les formes cliniques sont variées (atteintes cutanées, cutanéo-muqueuses et profondes).
Le diagnostic biologique reste incontournable pour la certitude.
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