Chapitre 9 

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Analyse critique des valeurs culturelles et individuelles, incluant les théories de Hofstede, Triandis et Schwartz. Les dimensions culturelles, leur opérationnalisation et les interactions individu-contexte sont explorées.

Les valeurs sont des préceptes généraux qui guident les comportements au sein d'une société, constituant des références morales et éthiques. Elles sont étroitement liées aux croyances, aux attitudes et aux comportements individuels et servent à opérationnaliser des concepts latents comme la culture en les rendant mesurables.

Psychologie transculturelle et valeurs

En psychologie, les valeurs définissent les objectifs (motivations) et les comportements jugés appropriés pour les atteindre. Leur transgression peut susciter une réponse émotionnelle, soulignant leur importance émotionnelle et la nécessité d'un examen critique.

Opérationnalisation des valeurs

L'opérationnalisation des valeurs signifie les rendre mesurables, souvent via des questionnaires, pour caractériser la culture. Cette approche permet de transformer un construit latent (la culture) en données quantifiables.

« la programmation collective de l'esprit »

— Licata & Heine (2022) sur les valeurs

Cette perspective, bien qu'offrant une base empirique, soulève des critiques quant aux risques de simplifications et de stéréotypes culturels, et à la notion de déterminisme culturel, qui réduit l'individu à un produit de son contexte.

  • Déterminisme culturel : L'esprit humain serait programmé par la culture, à l'instar d'une machine.

  • Critique : Chaque individu est unique, capable de réflexion et de créativité. Les humains sont des « culturally shaped shapers », façonnés par leur contexte mais contribuant également à le modeler dynamiquement.

Théories des dimensions culturelles

Les théories majeures sur les valeurs sont basées sur les travaux de Hofstede, Triandis et Schwartz, chacun offrant des perspectives différentes sur la distinction entre valeurs individuelles et culturelles.

Théorie d'Hofstede : Les dimensions culturelles

Geert Hofstede a été un précurseur dans l'étude des dimensions culturelles à travers de vastes enquêtes, notamment auprès des employés d'IBM. Ses dimensions sont encore utilisées, bien que critiquées.

Voici les dimensions initiales de Hofstede :

  • Distance hiérarchique (forte vs. faible) : Tendance à accepter ou non les différences sociales en termes de pouvoir et de richesse. Les sociétés avec une forte distance hiérarchique acceptent les inégalités de privilèges et de pouvoir (par exemple, le système de castes en Inde).

  • Individualisme vs. collectivisme :

    • Individualisme : Autonomie, décisions individuelles, responsabilité personnelle.

    • Collectivisme : Intégration dans des réseaux dès la naissance, protection en échange de loyauté, responsabilité mutuelle.

  • Masculinité vs. féminité (terme historique, renommé « Motivation Towards Achievement and Success ») :

    • Masculinité : Compétition, succès matériel.

    • Féminité : Modestie, coopération, qualité de vie, attention aux personnes les plus faibles.

  • Contrôle de l'incertitude (fort vs. faible) :

    • Fort : Mise en place de règlements, lois et interdits pour réduire l'incertitude.

    • Faible : Tolérance face à l'impossibilité de tout contrôler.

Les dimensions ajoutées ultérieurement sont :

  • Orientation à court vs. long terme :

    • Court terme : Respect des traditions, importance du présent et du passé, recherche de résultats rapides.

    • Long terme : Persévérance, épargne, adaptation pragmatique, importance de l'avenir.

  • Indulgence vs. retenue :

    • Indulgence : Gratification libre des désirs (jouissance de la vie, loisirs).

    • Retenue : Normes sociales strictes pour contrôler la satisfaction des besoins et désirs.

Critiques de la théorie d'Hofstede :

  • Les enquêtes menées auprès des employés d'IBM ne sont pas nécessairement généralisables à l'ensemble des populations nationales, car ces employés partagent déjà un certain statut et une culture d'entreprise.

  • Le risque de simplifications et de stéréotypes culturels est élevé, car les nations ne sont pas une unité idéale pour mesurer la culture en raison de la diversité interne.

Théorie de Triandis : Affinement de l'individualisme et du collectivisme

Harry C. Triandis a affiné les concepts d'individualisme et de collectivisme, suggérant qu'ils ne sont pas opposés sur une seule dimension, mais qu'ils représentent deux dimensions distinctes, auxquelles s'ajoute la dimension égalité vs. hiérarchie. Il en résulte un schéma à quatre catégories :

Individualisme

Collectivisme

Horizontal

Personnes uniques et distinctes, pas de différenciation de statut

Individus perçus comme égaux, buts communs, peu de différenciation de statut

Vertical

Personnes uniques et distinctes, acceptation des différences de statut et de hiérarchie

L'individu se définit comme membre d’un groupe, acceptation des différences de statut et de hiérarchie

Triandis distingue également les niveaux culturel et individuel :

  • Niveau culturel : Individualisme / Collectivisme

  • Niveau individuel :

    • Idiocentrisme : L'individu se centre sur lui-même.

    • Allocentrisme : L'individu se centre sur les autres.

Théorie de Schwartz : Valeurs personnelles et culturelles

Shalom Schwartz a approfondi l'opérationnalisation des valeurs, distinguant clairement les valeurs personnelles et culturelles.

Valeurs personnelles

Ce sont des motivations trans-situationnelles qui guident notre comportement et nos jugements, influençant attitudes, comportements et bien-être. Schwartz a identifié dix valeurs de base, souvent représentées dans une structure circulaire, illustrant les relations dynamiques et parfois conflictuelles entre elles (par exemple, stimulation vs. sécurité).

Exemples de valeurs personnelles :

  • Universalisme : Protection de la nature.

  • Bienveillance : Prendre soin des proches.

  • Sécurité : Éviter les risques.

  • Stimulation : Rendre la vie passionnante.

  • Hédonisme : Plaisir, bonne vie.

  • Réussite : Ambition.

  • Pouvoir.

Valeurs culturelles

Ces valeurs sont partagées par un groupe culturel au niveau macro. Elles sont calculées par la moyenne des valeurs personnelles des individus d'un pays ou d'un groupe. Schwartz a cartographié les regroupements de pays selon ces valeurs (par exemple, pays européens pour l'égalitarisme, France pour l'autonomie intellectuelle, Chine pour la hiérarchie).

Problématiques et critiques de la recherche sur les valeurs

  • La diversité est souvent plus forte à l'intérieur des pays qu'entre eux.

  • Les nations ne sont pas toujours l'unité de mesure la plus pertinente pour la culture (présence de sous-groupes ethniques, religieux, linguistiques).

  • L'interaction entre l'individu et son contexte culturel est complexe et dynamique, non statique. La modélisation de cette interaction reste une question ouverte.

  • La vision de Schwartz, bien que très documentée empiriquement, est parfois jugée trop simplifiée face à la variabilité des parcours individuels.

Interaction entre la culture et l'individu : l'adéquation culturelle

L'adéquation culturelle est une manière de conceptualiser l'interaction entre les valeurs individuelles et culturelles. Une personne individualiste dans une société individualiste peut ainsi exprimer un plus grand bien-être ou une meilleure estime de soi.

Cette interaction peut être :

  • Directe : Une combinaison spécifique des valeurs individuelles et culturelles produit un effet immédiat.

  • Circulaire : L'individu et son environnement s'influencent mutuellement, créant un renforcement (par exemple, l'individualisme mène à plus d'espace de logement, ce qui renforce l'individualisme).

Points clés des théories des valeurs

  • Les valeurs sont un outil essentiel pour opérationnaliser la culture, mais elles nécessitent une approche critique.

  • Hofstede : pionnier des dimensions culturelles (distance hiérarchique, individualisme, masculinité, contrôle de l'incertitude).

  • Triandis : a affiné les notions d'individualisme et de collectivisme en distinguant les dimensions horizontale/verticale et idiocentrisme/allocentrisme.

  • Schwartz : a proposé une structure circulaire des valeurs et a distingué les niveaux d'analyse individuel et culturel.

  • Les interactions entre l'individu et le contexte culturel sont dynamiques et peuvent se renforcer mutuellement, soulignant la complexité de cette relation.

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