Révolution et Empire, 1789-1815
Keine KartenCette note couvre une période cruciale de l'histoire française, de la Révolution et ses expérimentations politiques diverses (Première République, monarchie constitutionnelle) à l'avènement et l'œuvre du Consulat et de l'Empire napoléonien. Elle explore les causes profondes de la Révolution, ses différentes phases, les bouleversements sociaux et politiques qu'elle a entraînés, ainsi que l'émergence d'un régime autoritaire sous Napoléon Bonaparte, son œuvre réformatrice et sa politique impérialiste en Europe.
La Révolution française, qui a eu lieu entre 1789 et 1799, a marqué une période de changements fondamentaux en France. Cette transformationa créé une coupure dans la période historique, situant la fin des temps modernes en 1789 et en faisant une époque charnière. L'historiographie meten évidence son lien avec les Révolutions Atlantiques (1760-1830), bien que les événements en France aient eu une portée considérable.
La Révolution a engendré deux héritiers majeurs : l'Empire Napoléonien et la Contre-Révolution.
I/ La Révolution française, une période d'expérimentationspolitiques
A. La réforme de l'État dans la longue durée
La fin de l'Ancien Régime en 1789 s'inscrit dans une longue histoire menant à la naissance de l'État moderne, caractérisée par la citation de Weber (qui sous-entend "monopole de la violence légitime"). L'État moderne, nécessitant des fonds pour la guerre et une bureaucratie naissante, s'est construit en percevant des impôts de manière permanente et efficace. Autourdu siècle, l'État ne se considérait plus comme un patrimoine royal, mais comme une construction pour le bien commun, assumant de plus en plus de responsabilités pour le bien public. Il s'est spécialisé dans l'affirmation de sa propre puissance, qui est devenue lapuissance du pays. Cette quête de puissance a conduit les États à s'exporter, notamment à travers le commerce atlantique, alimenté par le travail inhumain et gratuit des esclaves. Ce travail enrichissait tous les participants, sauf les esclaves eux-mêmes.
Le commerce atlantique etles prémices de la Révolution industrielle
Le commerce atlantique fut une source de richesse pour les marchands, les sociétés et les États participants (Portugal, Pays-Bas, Grande-Bretagne et France). Vers 1760, l'Europe connut une augmentation du niveau devie, prélude à la Révolution industrielle. L'augmentation démographique accrut la demande de produits comme le sucre et le thé. Dans cette économie préindustrielle, la production d'objets augmenta. Les États, désireux d'accroître leurs ressources, commencèrent à organiser cette nouvelle vieéconomique en promulguant des lois sur les mines, les ports et les compagnies maritimes. Ils devinrent des acteurs économiques, adoptant une conception mercantiliste, cherchant à accumuler plus de richesses que leurs concurrents européens.
Réactions coloniales et principe du peuple en armes
Dansles années 1760, l'Espagne et la Grande-Bretagne renforcèrent leur contrôle sur les colonies américaines, tentant de centraliser le gouvernement. Cela déclencha une période de questionnements et de réactions coloniales, menant à la Guerre d'indépendance américaine (1775-1783). L'apparition des milices patriotiques armées marqua un tournant démocratique, instaurant le principe du "peuple en armes". Entre le et le siècle, cela augmenta la capacité de destruction des États.En 1783, la défaite britannique culmina avec la création de la fédération des États-Unis, première république du continent américain, marquant la fin de la colonisation de l'époque moderne.
B. 1789-1792, la monarchie en révolution
Crise sociale et blocage politique
La noblesse, pratiquant l'endogamie, se ferma, ce qui suscita le mécontentement de la bourgeoisie. Malgré la proto-industrialisation qui améliorait les conditions de vie de certains paysans, une série decrises frumentaires (mauvaises récoltes de blé) engendra la misère dans les campagnes, révélant la faiblesse de l'organisation de l'État. Ces crises répétées augmentèrent le nombre de pauvres et de vagabonds, prêts à tout par désespoir.Les voies de mobilité sociale étaient limitées. Tandis que ces nouvelles données sociales militaient pour la libéralisation des échanges et l'unification du pays (réussie en Autriche), la France était paralysée par un Louis XVI sans vision politique claire.
Les tentatives de réformes (provinces, privilèges fiscaux, impôts insuffisants pour financer les guerres) se heurtèrent à l'opposition des parlements. Ces derniers, en dépeignant leur mécontentement face aux réformes royales comme un sentiment national, révélèrent une vivacité du débat maisune absence de structuration du climat intellectuel. Une opinion publique émergea dans la seconde moitié du siècle, influencée par des idées libérales circulant depuis la Belgique, la Rhénanie et la Hollande via des lieux comme les cafés.
Fermentation intellectuelle et urgence des réformes
La révolte des colonies anglaises alimenta la réflexion. De jeunes lettrés, en quête de reconnaissance sociale, débattaient de la constitution américaine dans les cafés. La France, avec ses débats d'idées ouverts et ses contradictions vives,était le pays où l'urgence des réformes était la plus ressentie en raison de la profondeur de sa crise étatique. Les échecs diplomatiques, les caisses vides et les réformes inefficaces aggravèrent cette situation instable.
Fin de l'Ancien Régime et naissance de la citoyenneté
L'année 1789 marqua la fin de l'Ancien Régime, symbolisée par la Nuit du 4 août où les députés abolirent les privilèges, donnant naissance à la citoyenneté française. Celle-ci fut définie par les Droits de l'Homme, considérés comme des droits naturels, inaliénables dès la naissance. Le processus s'orienta ensuite vers une monarchie constitutionnelle. La vie politique devint publique, avec la publicité des élections et des débats. Le corps politique devait être représentatif, avec une séparation des pouvoirs et une gestion décentralisée. La tradition, perçue comme un ordre cosmique et divin, était encore très présente, bien que les Français fussent considérés comme moinscroyants à l'époque.
La Nation, les citoyens et la réorganisation du territoire
La nation fut définie comme l'ensemble des citoyens d'un territoire dotés de droits politiques. Les Français devinrent citoyens actifs ou passifs.Les citoyens actifs (exclusivement des hommes) avaient le droit de voter et d'être élus, participant ainsi aux affaires publiques. Les citoyens passifs bénéficiaient de la protection des lois, mais n'avaient que des droits civils. Les femmes furent progressivement exclues dela vie politique. Le territoire fut réorganisé en départements, conçus pour faciliter l'accès au chef-lieu (à une journée de cheval maximum), ignorant les frontières naturelles et favorisant l'unification. Toutes les assemblées devinrent électorales et dirigeaient lepays.
Le clergé face à la Révolution
Cette réorganisation affecta également le clergé. En 1789, il abandonna ses propriétés à l'État. En 1790, la Constitution civile du clergé transforma lesmembres du clergé en acteurs de la vie publique française, avec des droits et des devoirs envers la nation. Ils durent prêter serment à la nation. Cependant, en mars 1791, le pape désapprouva cette constitution, aggravant les tensions.
Radicalisation destensions et la guerre
Les tensions internes montèrent, les radicaux estimant que la révolution sociale n'avait pas eu lieu et réclamaient un nouveau contrat social, basé sur l'idée que l'homme est naturellement bon et doit revenir à la raison. L'égoïsme desÉtats prévalait sur la scène internationale, où la France, la Grande-Bretagne, l'Autriche, la Prusse et la Russie étaient les grandes puissances. L'absence de consensus entre les partisans du retour à la monarchie et ceux des avancées sociales conduisit à une radicalisation des affrontements. La France révolutionnaire, pour échapper à ces tensions, déclara la guerre à ses voisins inquiets. L'Autriche, en particulier, défendait la sœur du roi. Robespierre s'opposa à la guerre, avertissant que "personne n'aime lesmissionnaires bottés", critiquant l'idée d'exporter les idées révolutionnaires par la force. La Fête de la Révolution préfigura la fête nationale.
Fuite du roi et chute de la monarchie
En 1791, lafuite du roi à Varennes, déguisé, le désacralisa et le présenta comme un traître. À l'été 1792, une nouvelle insurrection à Paris, portée par les sans-culottes et certains hommes politiques (s'appuyant sur la rue), assiégea les Tuileries. Le roi fut emprisonné avec sa famille, et la République fut proclamée.
C. La Première République
Proclamation et régénération
La proclamation de la République marqua un changement de régime, devenant la première République moderne du continent. L'objectif était de la rendre plus démocratique et de "régénérer" les Français. La République se construisit sur la victoire militaire de Valmy, où les troupes aguerries et les officiers restés patriotiques formèrent une armée nationale. C'est le début de l'expansion, la France rompant l'équilibre des puissances en s'étendant en Belgique et sur la rive gauche du Rhin. Cette armée, utilisant une tactique de masse combinant le nombre et l'usage de la baïonnette, devint de plus en plus professionnelle. Le gouvernement à Paris exerçaitun contrôle constant, repoussant progressivement les armées étrangères, sauf en Corse (occupée par les Anglais).
Mesures révolutionnaires de la Convention Nationale
La nouvelle assemblée, la Convention Nationale, proclama un prix maximum (entemps de guerre) et un salaire maximum pour contrôler l'inflation. Elle décréta la première abolition de l'esclavage à Saint-Domingue, manifestant une volonté d'émancipation de sa principale colonie.
LaRévolution de Saint-Domingue et l'abolition de l'esclavage
La Révolution de Saint-Domingue fut un phénomène parallèle et connecté à la métropole. Cette partie de l'île d'Haïti, co-partagée avec l'Espagne, étaitle principal lieu de production de sucre. Depuis le début de la Révolution française, les concurrents œuvraient pour s'emparer de Saint-Domingue, affrontant les troupes françaises. Les colons français et les affranchis s'insurgèrent pour obtenir plus de droits, comme les métropolitains.En août 1791, une nouvelle dynamique s'enclencha avec la révolte de plusieurs milliers d'esclaves, qui se coordonnèrent, prirent le contrôle de l'île et forgèrent une culture émancipatrice, s'appuyant sur les traditions des peuples Congoet Vaudou, mobilisant ainsi la majorité des esclaves. Saint-Domingue réclama l'abolition de l'esclavage pendant plusieurs années. En métropole, des abolitionnistes militèrent. L'esclavage fut aboli sur l'île en 1793, puisvalidé en février 1794, près de quatre ans après l'adoption des Droits de l'Homme.
Tensions politiques au sein de la Convention
Le gouvernement s'efforça d'être démocratique. Au sein de la nouvelle assemblée, lesGirondins étaient modérés, tandis que les Montagnards, positionnés à gauche du président (d'où l'origine des termes « droite » et « gauche » politiques), s'appuyaient sur les sans-culottes. Les tensions se focalisèrent sur le sort duroi, que tous considéraient comme un traître. Les Montagnards, comme Saint-Just et Robespierre, donnèrent une tournure particulière au procès, jugeant non l'homme, mais une personne étrangère au corps de la nation qui n'avait pas rempli ses devoirs. Le roi fut condamné à mort comme symbole et monta sur l'échafaud le 21 janvier. La mort du roi fut un événement psychologique majeur, le transformant en martyr. Le discours révolutionnaire devint de plus en plus radical et fut suivi d'actions. Les Montagnards l'emportèrent, essayant de mener une politique démocratique avec la nouvelle Constitution du 24 juin 1793. Elle accorda un pouvoir considérable aux assemblées d'électeurs et instaura le suffrage universel masculin. Cependant, en raison de la guerre, saproclamation fut reportée à la paix, mais les Montagnards perdirent le pouvoir et elle ne fut jamais appliquée.
Révoltes et dictature de salut public
La révolte en Vendée s'intensifia contre la Convention, les oppositions locales se multipliant enraison de nombreux mécontentements. Le décret de la levée en masse du 23 août 1793 accrut le mécontentement dans les provinces. Le gouvernement, dans une situation désespérée, instaura une dictature de salut public.Cette période jeta les bases du nationalisme républicain pour plus d'un siècle. Les Français prirent conscience d'inventer une nouvelle société, ce qui s'inscrivit dans la culture politique française. Une culture morale égalitaire émergea, acceptant la violencecomme inhérente aux changements, exercée contre les adversaires politiques pour "régénérer" la société. Cela déboucha sur la Terreur, avec de nombreuses exécutions prononcées par le Tribunal révolutionnaire, dont les juges étaient nommés selondes critères politiques. Lorsque la Terreur se relâcha, une Contre-Terreur s'ensuivit. À la mi-été 1794, une coalition de Thermidoriens, souhaitant revenir aux principes de 1789,arrêta Robespierre et Saint-Just et leurs partisans, qui furent exécutés dans un effort de rassembler l'opinion.
Épilogue : le Directoire et le Consulat
L'épilogue de la Révolution, entre 1794 et 1799, fut le Directoire, ainsi nommé en raison de ses cinq directeurs, visant à éviter la dictature et la monarchie. Il naquit dans une situation de crise, marquée par un hiver rigoureux et la fin de toute intervention économique, ce qui provoqua des révoltes,notamment celle des Frères Babeuf. Les oppositions venaient également de la droite, avec le retour des émigrés monarchistes. Le Directoire fit face à de nombreuses conjurations. La France évolua vers un nouveau régime, le Consulat, qui mit finà la Révolution. L'assemblée des 500 confia le pouvoir à trois consuls.
Bilan en matière de culture politique
La Révolution légua une période fondatrice pour la construction de la nation et l'identificationentre nation et République :
Abolition de la monarchie.
Invention de nouveaux rapports sociaux.
Création d'un langage politique inédit (droite, gauche).
Les hommes des ports des colonies devinrent citoyens français. Entre 1793 et 1794, 30 000 à 40 000 Alsaciens fuirent en Allemagne. Les assassinats furent justifiés. La Terreur blanche ne fut pas moins arbitraire. Cette culture politique perdura jusqu'à aujourd'hui avec des symboles comme la prise de la Bastille et un hymne national qui est un appel au combat défensif, bien que la France ait déclaré la guerre. L'opinion publique fut transformée,la France devenant la nation de la liberté, un rôle de libérateur favorisant l'essor du sentiment national. Les souvenirs de cette période furent sélectifs, ne retenant que les fondements de la culture républicaine et occultant les aspects négatifs.
II/ Du Consulat à l'Empire
A. Le Consulat et l'établissement d'un régime autoritaire
Les transformations de l'État avaient déjà achevé de nombreux chantiers révolutionnaires. Le Coup d'État du 18 Brumaire marqua le début dela carrière de Napoléon Bonaparte. Il instaura un exécutif fort, détenu par le Premier Consul, qui devint plus tard Empereur. Toutes les institutions furent mises à son service. Le régime cherchait le soutien de la nation, adaptant sa politique en conséquence. Le suffragefut rendu universel, mais les électeurs n'avaient aucun pouvoir. À partir de 1803, Napoléon s'appuya sur Fouché, chef de la police, qui devint légendaire. La censure était sévère et la police omniprésente.Les espaces publics où l'opinion pouvait se former disparurent. Les fonctionnaires, autrefois élus, furent nommés et surveillés par l'exécutif. Les Français acceptèrent cet autoritarisme, la lassitude servant le pouvoir, ce qui définit le bonapartisme.
B.L'œuvre réformatrice du Consulat
Paix et ambitions coloniales
1802 fut une année charnière. Napoléon comprit que la légitimité du conquérant passait par la paix, qui permettait également le pillage des territoires occupés. Il se présenta comme l'homme de la paix et signa la paix avec les puissances étrangères. Cependant, à Saint-Domingue, la reconquête échoua. Malgré les moyens mis en œuvre, le corps expéditionnaire ne parvint pas à reprendre le contrôle de l'île. Saint-Domingue proclama son indépendance en 1804 sous le nom d'Haïti, un événement retentissant pour l'espoir des peuples colonisés.
Culte de Bonaparte et avènement de l'Empire
L'œuvre du Consulat separtagea entre la France (intérieure) et l'extérieur. À partir de 1802, le culte de Bonaparte s'instaura, il fut désormais appelé Napoléon Bonaparte. Ses apparitions publiques furent entourées d'un faste croissant. Fouché organisa des programmesde propagande. Le Sénat demanda à Napoléon de stabiliser son pouvoir et de fonder un Empire en mai 1804. La presse était contrôlée. Plusieurs complots déjoués en 1803 (souvent financés par l'Angleterre) servirent les intérêts de Napoléon. Pouranticiper ces complots, la police napoléonienne s'infiltra dans les territoires limitrophes et enleva le Duc d'Enghien, dernier descendant des Bourbons et possible prétendant au trône. Il fut jugé par un tribunal militaire secret (procès truqué) et exécuté à Vincennes, ce qui élimina toute alternative monarchique. La majorité des Français adhéra au Consulat.
Réformes institutionnelles et sociales
Le Consulat entreprit une œuvre réformatrice, achevant de nombreux chantiers du Directoire. Bonapartesut s'entourer de personnels compétents de divers horizons politiques, à condition qu'ils reconnaissent son pouvoir. De nombreuses institutions furent créées :
Les préfets, dirigeants des départements.
La Banque de France.
Le Code Civil.
Les principaux secteurs réorganisés furent les finances, l'administration locale, la justice et l'instruction publique.
Réorganisation des finances
Les finances, en déficit permanent depuis la monarchie, furent réorganisées par une meilleure perception de l'impôt, désormais basé sur la propriété foncière. Un retour à l'impôt indirect (sel, produits de luxe, timbres, droits de succession) fut instauré, rendant les riches redevables autant que les pauvres. L'octroisur les marchandises fut également mis en place. L'État continuait de vivre à crédit (un quart du budget provenant des pays occupés), mais un effort de rationalisation de l'impôt fut entrepris. En 1803, une nouvelle monnaie, le Franc Germinal, adossée à l'or et à l'argent, fut créée et resta stable jusqu'en 1914.
Administration locale et justice
En 1800, la France comptait 103 départements, incluant des annexions comme Genève. La France était très centralisée. Les maires (sans pouvoir) et les juges devinrent des magistrats nommés. Les préfets devaient transmettre les ordres du pouvoir aux maires avec "la rapidité du fluide électrique". En 1804, le droit fut unifié et rationalisé par plusieurscodes, notamment le Code Civil, promulgué après de longues négociations. Pour la première fois, le droit fut unifié sur tout le territoire français. La sécularisation de l'état civil et l'entérinement du divorce furent des avancées majeures. En matière familiale,le Code Civil instaura une hiérarchie nette : l'homme marié, chef de famille et propriétaire, était le centre de la société. Les épouses et les femmes furent subordonnées à leur mari pour plus d'un siècle. Les enfants naturels perdirent leurs droits. Le Code Criminel multiplia les peines capitales.
Instruction publique
L'enseignement de masse était principalement assuré par l'Église catholique, car les Français étaient peu lettrés. Pour ceux qui pouvaient payer, l'État créa les lycées (en référence à la philosophie dePlaton). Le lycée français de l'époque était très militaire, avec une discipline stricte. La formation des enseignants fut assurée par des écoles normales et l'agrégation. Les lycées payants accueillirent 6 400 élèves. L'université fut également réorganisée, et des écoles professionnelles (condition de la richesse de la France) furent développées, comme Polytechnique, qui formait des ingénieurs également militaires. Cette élite française avait donc une double formation.
Rapprochement avec l'Église et autres cultes
Ces réformes plurent aux propriétaires. En 1801, un accord, le Concordat, fut signé avec la papauté (le Saint-Siège), organisant l'Église en France. Les prêtres devinrent fonctionnaires, les évêques prêtèrent serment à la République, et les fidèles devaient prier pour le régimeen place. En échange, le pape Pie VII renonça à la restitution des biens du clergé et investit les nouveaux évêques. L'Église se montra loyal. En 1802, les autres principales religions (protestantisme et judaïsme)furent également organisées par l'État, et leurs ministres du culte devinrent fonctionnaires.
Politique extérieure et étrangère du Consulat
La rivalité franco-anglaise resta intense, la Grande-Bretagne étant l'ennemi numéro un.La France se rapprocha des États-Unis et s'appuya sur la République Batave et la Suisse. En 1800, la victoire de Marengo força l'Autriche à se retirer de la guerre, et la France reconfigura l'espace germanique. L'Autriche dutrenoncer à son rôle de puissance, et le Saint-Empire Romain Germanique disparut. La Bavière et la Prusse s'agrandirent, et les villes impériales disparurent. L'Italie du Nord et du Centre passa sous contrôle français (annexion du Piémont). En 1801, leRoyaume-Uni, rassuré par le retrait français d'Égypte, signa la Paix d'Amiens en 1802. La période 1802-1803 fut la seule année de paix entre 1792 et 1815.Napoléon gagna en prestige grâce à son image d'homme de paix. Il envisagea le retour de la France comme puissance coloniale, se heurtant à Haïti et Saint-Domingue libérés. Cependant, il adopta une politique réactionnaire, rétablissant l'esclavage en 1802, imposant des lois raciales et envoyant 20 000 hommes à Haïti pour supprimer la constitution de Toussaint Louverture. Le 19 novembre 1803, la France capitula à Haïti, et la seconde République d'Haïti fut formée.
DE L'EMPIRE AUX ANNÉES 1830
En quatre ans et demi, Bonaparte avait accompli un travail considérable, ramenant la paix civile et internationale. 1804 marqua le début d'une nouvelle ère, qui s'acheva dix ans plus tard avec l'invasion du territoire français. L'Empire était l'œuvre de l'Empereur. Les tableaux de l'époque servaient de propagande. Napoléon, homme nouveau parti de rien, bénéficia d'une bourse royale à l'école militaire de Paris. Néen Corse, il arriva à Paris sans relations, mais avec une conscience aiguë de ses capacités à résoudre les problèmes les plus difficiles. Il possédait une force de travail remarquable et une excellente mémoire. Rationnel, passionné et convaincu, il était maître de lui-même et défendait le maintien de l'ordre public. Sa carrière militaire commença en 1795 sous le Directoire, face aux complots royalistes. Il devint commandant de l'armée de l'intérieure, puis conquit l'Italie en 1796 avant de poursuivre vers l'Égypte, s'affirmant comme un jeunechef de guerre. Durant les dernières années de la Révolution, ses frères firent fortune. Le romantisme, mouvement accompagnant le développement de l'Europe, influença cette période. Napoléon sut s'entourer d'anciens nobles ayant survécu à la Révolution, cadres de l'Ancien Régime.
Le Sacre de Napoléon et la nouvelle noblesse
En mai 1804, le Sénat lui demanda de stabiliser sa domination. Il organisa une cérémonie grandiose, invitant le pape. Les anciennes et nouvelles élites étaient présentes. Le sacre futune mise en scène mêlant nouveauté et tradition, un rite où Dieu choisissait son élu. Napoléon se couronna lui-même, ne se laissant pas couronner par un représentant du culte. Joséphine représentait l'espoir de la continuité dynastique. Ce pouvoirpersonnel et dynastique marqua le retour à une société inégalitaire. En 1808, l'Empire créa sa propre noblesse, accordée pour services rendus à la nation (notamment militaires), avec des rentes. L'objectif était de reconstituer une élite pour encadrer et disciplinerla société. La durée de cette élite était essentielle, sa légitimité dépendait de sa collaboration avec le pouvoir pour maintenir l'ordre social, s'appuyant sur la fortune et la culture. Les plus riches, grands contribuables, élisaient les assemblées locales et se voyaient proposer despostes de maire. La Légion d'honneur fut créée. Les "notables", respectables et propriétaires terriens, furent les piliers du régime, constituant moins d'un million d'habitants sur trente millions.
Contrôle social et politique
Le contrôle social s'intensifia, touchant la presse, l'imprimerie et le théâtre. Chaque matin, l'Empereur était informé de l'opinion grâce aux préfets, qui produisaient des milliers de statistiques et des dizaines de rapports. La police acquit une puissance et une efficacité inédites sous la direction de Fouché, qui dirigeait une police secrète et fichait les individus suspects. Un "cabinet Noir" surveillait la correspondance, notamment à Paris. L'Empire s'appuya également sur des conquêtes de plus en plus vastes,représentant un quart du budget de la nation.
Conflits maritimes et blocus continental
En 1803, l'Angleterre s'inquiéta des ambitions françaises en Amérique et en mer du Nord (prise d'Anvers), ainsi qu'en Méditerranée. Faisant une guerre préventive, la flotte britannique écrasa les flottes française et espagnole à la bataille de Trafalgar le 21 octobre 1805. La France répliqua en affaiblissant économiquement la Grande-Bretagne parun blocus continental, fermant les marchés européens aux produits anglais et imposant des droits de douane. Pour assurer l'efficacité du blocus, il fallut envahir toute l'Europe, ce qui fut l'une des principales raisons de l'extension de l'Empire. La Francemena une politique hégémonique en Europe contre la Grande-Bretagne. En 1805, le retour d'un conflit généralisé avec la Troisième Coalition marqua une série de victoires françaises sur le continent. L'armée française, plus nombreuse que cellesde l'Ancien Régime, se distinguait par sa préparation d'artillerie, ses assauts en première ligne et sa destruction des réserves. Les troupes étaient entraînées, les généraux disciplinés et capables de s'adapter rapidement. L'Empereur manœuvrait rapidement ses corps d'armée. Ce système fonctionna tant que les effectifs ne dépassaient pas 200 000 hommes.
Campagnes militaires et déclin
En 1806, le blocus s'intensifia. L'invasion de la péninsule ibérique et du Portugal visait à contrer la contrebande avec la Grande-Bretagne. L'Espagne fut incapable de ravitailler l'armée française, qui se démoralisa, subissant une obligation de résultat sans moyens, devenant une armée "à trait génocidaire". En 1808, l'Espagne se souleva contre la France. Le front s'étendit, et Napoléon ne parvint plus à commander efficacement ses troupes. Pour compenser, l'armée puisa dans les ressources locales, engageant de plus en plus de soldats, y compris étrangers. Les batailles furent meurtrières, les blessésne pouvant être soignés. Les familles françaises étaient réticentes à envoyer leurs fils au combat. En 1812, 90 000 étrangers servaient dans l'armée française, et en dix ans, deux millions de conscrits français avaient été mobilisés (moins de 3 % de lapopulation). La Grande-Bretagne, bien qu'en difficulté économique, ne fut pas anéantie, le marché européen ne représentant qu'une partie de ses débouchés. Les annexions continuèrent jusqu'en 1812, année du mariage de Napoléon avec Marie-Louise (nièce de Marie-Antoinette) et de la naissance d'un fils, assurant la dynastie.
La Campagne de Russie et la Bérézina
En 1812, Napoléon, cherchant à stabiliser son Empire pour son fils, déclara laguerre à la Russie, qu'il considérait comme son dernier ennemi continental. Les Français s'approchèrent de Moscou, tandis que les Russes pratiquaient la terre brûlée, privant l'armée française de ravitaillement. À l'arrivée à Moscou, legouverneur incendia la ville. L'échec dans l'immensité russe donna naissance au terme "guérilla" (guerre irrégulière). En 1813, la Prusse et l'Autriche déclarèrent la guerre à la France. En octobre 1813, la Bataille des Nations à Leipzig, impliquant toutes les puissances européennes, fut une défaite décisive. Napoléon retourna à Paris. Les coalisés entrèrent en France, et Paris capitula le 30 mars. Le 2 avril, la déchéance deNapoléon fut prononcée. Le 6 avril, Louis XVIII fut appelé au trône français. Le 20 avril, Napoléon s'embarqua pour l'île d'Elbe, marquant la fin de l'Empire au printemps 1814. Le pouvoir,devenu de plus en plus personnel en raison de la guerre, reposait sur des victoires indispensables pour renforcer une légitimité fragile. Ce projet eut un coût politique, un retour à une hiérarchie sociale marquée et un coût humain élevé.
Héritage de la Révolution et de l'Empire
Malgré la Restauration, l'égalité juridique fut maintenue en France et dans une partie de l'Europe après 1815. L'abolition des droits seigneuriaux, la séparation des pouvoirs et le principe national représenté par un corps législatif furent conservés. La vente des biens nationaux,l'administration et le système de formation des élites furent également maintenus en France. Le Code Civil, le Code du Commerce et le système métrique furent diffusés dans plusieurs pays européens, stimulant une intense réflexion constitutionnelle et sur l'originalité nationale.
II / Le Congrès de Vienne, laremise en ordre de l'Europe
Le Congrès de Vienne, qui se tint de septembre 1814 à juin 1815, fut un événement majeur réunissant plus de 200 négociateurs et toutes les têtes couronnées d'Europe. Il fut marqué par des festivités ("le congrès danse mais n'avance pas"). Parmi les négociateurs, on comptait Castlereagh pour le Royaume-Uni, Metternich pour l'Autriche, et Talleyrand pourla France.
Un système international stable
Le congrès visait à jeter les bases d'un système international stable, dans la continuité de la paix de Westphalie, et ce, à travers plusieurs mécanismes :
Des conférences régulières entre chefs d'états et ministres.
Une coopération internationale renonçant aux principes dynastiques au profit de la raison d'État, considérant les États comme acteurs des relations internationales, plutôt que les dynasties.
Les décisions furent prises par les quatre grandes puissances (Autriche, Russie, Prusse, Royaume-Uni), et l'acte final fut signé le 9 juin 1815 pour rétablir l'équilibre européen et le droit européen. L'Autriche était la première puissance. Les puissances européennes se réunirent en congrès jusqu'en 1825 pour contenir la France et combattre la Révolution partout en Europe. La Révolution fut l'une des portes d'entrée de la modernité occidentale, l'autre étant la Révolution économique. Les années 1840 sont importantes pour la compréhensionde ces transformations.
I / L'Europe à l'époque romantique
A. Le Romantisme et ses influences
Le romantisme, grand courant artistique, imprégna l'atmosphère de la période. Né en Europe du Nord (notamment en Allemagne), il secaractérisa d'abord dans l'art, la littérature et la musique par la valorisation de la beauté sauvage, de l'émotion et du rêve. L'individu romantique, empli d'inquiétude et d'angoisse face aux bouleversements de l'époque, cherchait à s'échapperdans des pays lointains comme l'Orient. Ces idées étaient portées par une élite cultivée, capable de voyager (les Anglais pour se cultiver, des exilés avec leur capital culturel donnant naissance à des traducteurs). La rapidité de partage des œuvres littéraires permit de créer des styles et thèmes nationaux, s'appuyant sur des motifs locaux, notamment en musique, avec l'intégration d'instruments à percussion, conférant une dimension populaire et pittoresque.
Expressions artistiques du Romantisme
Musique : Beethoven(né en 1770) marqua la transition du classique au romantique. L'opéra allemand naquit à Berlin en 1821 avec le Freischütz, rompant avec le style italien. Le chant (Lied) et le piano se développèrent, chaquebourgeois souhaitant en posséder un au siècle. Le genre symphonique prit de l'ampleur. Les premiers opéras de Wagner, tel le Vaisseau Fantôme, apparurent dès 1823. En France, la « fantaisie »domina en 1830, avec des compositeurs comme Liszt et Chopin. La musique fut liée à l'essor démocratique.
Peinture : Le romantisme y perdura plus longtemps, avec un apogée dansles années 1820-1840, et une période post-romantique se prolongeant jusqu'aux années 1870-1880.
Littérature : Elle connut son apogée dans les années 1820-1830. En France, Chateaubriand, Vigny et Balzac, conservateurs, imprégnèrent un style qui réfléchissait sur la Révolution après la Restauration. D'autres, comme Victor Hugo (préface de Cromwell, 1827), Stendhal, Alexandre Dumas et George Sand, adoptèrent une orientation libérale. Ce romantisme libéral acquit rapidement une dimension sociale, faisantécho à des historiens comme Michelet. La critique littéraire fut également très active. Des auteurs étrangers marquèrent aussi cette période : Mickiewicz en Pologne, Pouchkine, Lermontov etGogol en Russie, les contes d'Andersen, Lar(r)a en Espagne, et Manzoni en Italie.
B. Révolution industrielle et culture des groupes sociaux
Toute cette production s'appuya sur la Révolution industrielle, qui modifia profondément la structure des groupes sociaux. La Révolution industrielle fut un ensemble de changements économiques et techniques majeurs, se développant en Europe sur le long terme. Elle fut qualifiée de "Révolution" car tout grand changement à l'époque était ainsi nommé, bien qu'elle ait duré des décennies (certains historiens estiment que nous sommes toujours dans la ou phase). Autour des années 1780, une transformation qualitative puis quantitative de la production s'opéra.
L'âge de la vapeur et du coton
Une nouvelle source d'énergie, la vapeur, chauffée au charbon, fut développée. D'immenses chaudières alimentaient des tuyaux qui faisaient mouvoir des roues, lesquelles entraînaient des marteaux et des machines textiles. Le premier produit de la Révolution industrielle fut le coton. Le perfectionnement des instruments permit de créer des machines pour tisser le fil en tissu. Ce fut le début d'une croissance constante et de la modernité technique (années 1780). Les chefs d'ateliers, les marchands et les techniciens s'enrichirent considérablement en quelques années. Pour la première fois dans l'histoire, il fut possible de s'enrichir sans crime ni trésor. Les pouvoirs publics acceptèrent cet enrichissement. Cettepremière phase fut portée par le coton. Les métiers, d'abord en bois, nécessitaient de plus en plus de fer. Les premières tentatives de chemins de fer apparurent en 1814, ainsi que le bateau à vapeur. Le chemin de fer devint une industrie, se développant d'abord commeun jeu pour adultes, puis pour le transport.
Le chemin de fer et l'usine
Vers 1830, le chemin de fer commença à circuler (ex: Paris-Saint-Germain), devenant un moyen de transport général à partir de 1850, marquant la seconde phase de la Révolution industrielle. Les machines devinrent plus puissantes et solides. La production se faisait encore en partie dans des ateliers ou à domicile. Puis de grands ateliers puis des bâtiments furent construits, appelés usines, où des ouvriers pouvaient travailler de jour comme de nuit. Celapermit de réduire les coûts de production. L'usine s'imposa réellement à la fin du siècle.
Baisse des prix et croissance démographique
Le prix des objets baissa considérablement, créant de nouveaux marchés (mouchoirs, bougies, parapluies, chaînes de montre). La production et le nombre d'ouvriers accrurent. Cette croissance fut portée par une explosion démographique en Europe au siècle. Le Royaume-Uni, par exemple, passa de 10 millions à40 millions d'habitants en un siècle. Les familles comptaient entre 5 et 12 enfants. Cette croissance démographique sans précédent accompagna une révolution industrielle tout aussi inédite. Les villes se développèrent, devenant des centres de production. L'Allemagne et la France connurent une fortecroissance urbaine. La Révolution industrielle fut inégale, se développant d'abord en Grande-Bretagne, puis dans des régions ponctuelles de l'Est de l'Europe (Belgique), puis autour des capitales ou des gisements de charbon et de fer.
Modification dela culture populaire et circulation de l'information
La Révolution industrielle modifia la culture populaire. La majorité de la population, pauvre voire misérable, souffrait de la faim. L'espérance de vie était de 35 à 45 ans. La culture populaire, d'abord orale (veillées, cabarets), était un brassage des couches sociales (peuple, petite bourgeoisie), suscitant un intérêt pour la représentation du peuple dans la peinture. L'information circula par les soldats, les compagnons de métiers (menuisiers, charpentiers, tailleurs depierres) et les colporteurs (images, imprimés, chansons). En 1814, la première presse à vapeur (Times) imprima 1600 pages/heure, marquant l'entrée de la presse écrite dans la culture de masse entre 1814 et 1848. Le télégraphe électrique apparut dès 1823, reliant ensuite les Amériques. Les premières agences de presse furent créées vers 1828. Le journal, encore cher, devint abordable avec le "Sun" (vers1830) et "Le Siècle" en France. Le roman-feuilleton, par épisodes (Charles Dickens, Alexandre Dumas), permit à de nombreux auteurs de vivre.
Culture de l'élite et rationalisme
La culturede l'élite passait par l'enseignement payant, fondé sur les humanités (Bible, histoire chrétienne). Elle reposait sur la maîtrise du langage. Les académies, gardiennes du beau, promouvaient un idéal classique et moral, visant à "améliorer" l'individu. Le canon était dicté par les académies, qui "poliçaient le beau" à travers des salons où seuls "les beaux" étaient acceptés. La pensée rationaliste se développa au sein de la bourgeoisie.
II / Le Progrès des sciences
Le progrès scientifiqueapporta un bien-être considérable, même si l'environnement subissait pollutions (fumées, ruisseaux). Il permit la sortie de la pauvreté. Les États-Unis, en pleine industrialisation, se considéraient comme la réalisation d'un paradis terrestre. Cette modernisation de l'Europe,s'appuyant sur le développement technologique, prolongeait des tendances déjà présentes depuis le siècle. Les Européens étaient convaincus que le raisonnement pouvait percer les secrets de l'univers. La vérité scientifique s'imposa comme supérieure aux autres vérités. Cette pensée de l'objectivité se transforma en une philosophie accessible, proposant une conduite de vie basée sur les lois scientifiques. Les scientifiques, héritiers de Newton, percevaient le monde comme un mécanisme. La science se dota d'une nouvelleorganisation et d'un raisonnement rigoureux, avec de grandes écoles et universités (réforme de l'université allemande à Berlin). Les musées ouvrirent et subventionnèrent des laboratoires, des bibliothèques. L'élaboration de méthodes scientifiques rigoureuses, fondées sur l'expérience enlaboratoire et la critique des sources, permit à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens. Le style Biedermeier reflétait une tendance à se replier sur l'intérieur dans une période de récessionet de Restauration.
C) La poussée du mouvement libéral
Le libéralisme, mouvement le plus important de l'époque, promeut les libertés, notamment celle d'entreprendre. C'est une culture politique attachée aux libertés individuelles, à l'État de droit et à l'égalité civile. Son régime politique idéal est le régime constitutionnel, revendiquant un parlementarisme modéré où les ministres sont responsables devant une assemblée élue. La vie politique est marquée par l'opposition entre les principes del'Ancien Régime et ceux issus de la Révolution. Les idées et œuvres libérales circulent, les personnalités se connaissent. Ce mouvement libéral est également insurrectionnel, prônant la révolte au sein de sociétés secrètes, la plus célèbre étant celle des Carbonari italiens. Des soulèvements eurent lieu dans des zones de restauration particulièrement impopulaire, mais furent réprimés par la Quadruple Alliance. Le Royaume-Uni, opposé à cette politique répressive, refusa d'y prendre part et setourna de plus en plus vers l'Outre-Mer pour écouler ses produits, fournissant chemins de fer et fonctionnaires dédiés aux douanes. Le dernier congrès se tint en 1825. La révolte russe de 1825 fut réprimée par le tsar.Dans l'Empire ottoman, la lutte pour l'indépendance de la Grèce (1821-1830) suscita l'intérêt des puissances. La Grèce, berceau de la culture de l'élite européenne, fut hésitante à être aidée, par crainte de l'intervention russe. Un compromis fut trouvé, partageant les zones d'influence en Méditerranée par le traité de 1829. La Grèce, en obtenant son indépendance, devint un symbole du mouvement libéral des nationalités, cherchant à avoir son propre État-nation. Le Concert des Puissances et la culture de l'époque favorisèrent son indépendance.
II / Les gouvernements libéraux
A / Les révolutions de 1830, révolutions transnationales
Une crise s'étudie toujours dansdes contextes multiples. Celle de 1830 se produisit dans l'est industrialisé. La France et la Belgique jouèrent un rôle important dans ces changements. En France, la crise prit la forme d'une révolution en juillet 1830. Charles X, dernier frère de LouisXVIII, avait glissé vers l'ultra-royalisme. En 1830, une crise économique et le chômage alimentèrent le mécontentement de la rue parisienne. Charles X refusa de reconnaître les droits du parlement et tenta de détourner l'attention par l'acquisition de l'Algérie,ce qui amena à une dissolution de la Chambre le 25 juillet 1830. Du 27 au 29 juillet, environ 50 000 ouvriers manifestèrent à Paris derrière le drapeau tricolore, rejoints par des membres de la Charbonnerie française. Ilsappelèrent à la déchéance du roi, avec une participation décisive du peuple. La peinture de la Liberté guidant le peuple, composée rapidement après les événements, représente une femme allégorie, incarnant la liberté et la République française (surnommée Marianne), coiffée du bonnet phrygien et tenant un fusil, expliquant sa nudité par son statut de divinité. Elle incarne donc la France.
B. La Monarchie de Juillet
La Monarchie de Juillet (1830-1848), instauréeaprès les «Trois Glorieuses», est un régime monarchique constitutionnel qui cherche à concilier héritage révolutionnaire et tradition monarchique. Louis-Philippe Ier, dit le «roi citoyen», monte sur le trône en se présentant comme un souverain moins sacralisé que ses prédécesseurs, issu de la bourgeoisie d'affaires et de la propriété. Le régime repose sur une Charte révisée qui renforce les pouvoirs du Parlement, mais le suffrage reste censitaire et très restreint, favorisant la haute bourgeoisie. C'est un régime libéral, attaché aux libertés publiques (presse, associations) mais répressif dès que l'ordre est menacé. Politiquement, il s'appuie sur une alliance entre bourgeoisie d'affaires, notables et élites libérales, tout en s'opposant aux légitimistes (partisans de l'Ancien Régime) et aux républicains. Sa politique extérieure est prudente, cherchant à maintenir l'équilibre européen sans aventures militaires. Cependant, le régime souffre d'un déficit de légitimité populaire et d'une fermeture sociale, ce qui entraîne une montée des oppositions républicaines, socialistes et ouvrières, menant finalementà sa chute en 1848.
C. Le modèle parlementaire britannique
Le modèle britannique fut un modèle essentiel au siècle. Il reposait sur le Parlement, épicentre de la vie politique, où les ministres étaient responsables devant lui et répondaient quotidiennement aux interpellations des députés. Il ne se fondait pas sur une seule constitution, mais sur plusieurs textes historiques, dont la Grande Charte de 1688, qui garantissait la liberté des élections et l'autorisation du Parlement de contrôler l'action du souverain. D'autres lois s'ajoutèrent jusqu'en 1911. Le Roi ou la Reine, premiers serviteurs du pays, avaient le droit de mettre en garde, d'être consultés, et incarnaient la nation. LeParlement était composé de deux assemblées : la Chambre des Lords (pairs du royaume, aristocrates) et la Chambre des Communes (600 sièges au siècle), qui votait les lois et lebudget. Les conservateurs étaient principalement de grands propriétaires fonciers et la bourgeoisie du commerce et de la finance. L'opposition, aussi bien organisée que le gouvernement, était appelée le cabinet de l'ombre, son chef recevant un titre officiel et unepension. Chaque fois que le gouvernement prenait une mesure, il consultait l'opposition. L'alternance était un fondement essentiel de la vie politique démocratique. Ce système s'ouvrit progressivement : en 1832, le suffrage s'étendit à la grande bourgeoisie.Une avancée importante fut l'accès aux grandes fonctions publiques et aux assemblées. La Grande-Bretagne évita la révolution. De 1790 à 1832, des agitations demandant la démocratie, menées par les libéraux et les libre-échangistes (voulant la fin des droits de douane), culminèrent en 1830 et 1832. La classe moyenne ne chercha pas la révolution. Les Chartistes furent envoyés outre-mer. La religion joua un rôle, promouvant le travail individuel et un réseaud'organisations caritatives.
D. La progression de l'idée démocratique outre-mer
L'évolution des droits au Canada à partir de 1867 est marquée par l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, qui fonde la Confédération et reconnaît aux provinces une autonomie interne tout en maintenant le lien avec l'Empire britannique. Si le texte garantit certains droits (libertés politiques, protection de la minorité francophone au Québec), il exclut encore les peuples autochtones et les femmes. En Nouvelle-Zélande, le traité de Waitangi (1840), signé entre la Couronne britannique et des chefs maoris, devait garantir la protection des terres et l'égalité des droits, mais son interprétation divergente (en anglais et en maori) a favorisé la colonisation et la dépossession des Maoris. Lacolonisation néo-zélandaise s'accompagne d'une marginalisation progressive des populations autochtones, bien que le pays devienne pionnier en matière de droits civiques avec l'instauration du suffrage féminin en 1893, une première mondiale. Ainsi, dansles deux cas, on observe une tension entre l'affirmation de nouveaux droits politiques dans le cadre colonial britannique et la persistance d'inégalités envers les populations autochtones.
III / Vers la Révolution de 1848
A. Les idées sociales et socialistes
Les idées sociales et socialistes augmentent en raison de l'ancienneté de la Révolution, et du fait que la Restauration et la Révolution industrielle ne remplissent pas leurs objectifs sociaux, entraînant même une augmentation de la misère. Ces mouvements s'élèvent donc contre le libéralisme individuel, plaidant pour une refonte de la société et une approche sociale. Les Chrétiens furent les premiers à s'y intéresser, une grande partie de l'Église s'alliant à ces causes. En France, le catholicisme libéral se développa avec desfigures comme Lamennais, devenu journaliste, qui prôna la liberté dans tous les domaines et la séparation de l'Église et de l'État, en faveur du droit d'association (supprimé sous la Révolution), aux côtés de Lacordaire etOzanam.
Diversité des pensées socialistes
Les pensées socialistes au XIXe siècle sont multiples et reflètent différentes visions de la société future. On distingue d'abord le socialisme utopique (Saint-Simon, Fourier, Owen), qui imagine des communautés idéales fondées sur l'harmonie et la coopération, sans véritable plan politique concret. Le socialisme réformiste cherche, quant à lui, à améliorer la condition ouvrière pardes réformes sociales et politiques progressives, en s'appuyant sur les institutions existantes. Le socialisme révolutionnaire, inspiré notamment par Marx et Engels, prône la lutte des classes et l'abolition de la propriétéprivée des moyens de production pour instaurer une société sans classes. Enfin, certaines tendances plus anarchistes (Proudhon, Bakounine) rejettent non seulement le capitalisme mais aussi l'État, perçu comme oppressif, au profit d'une organisation libre et fédérative de la société. Cette diversité témoigne de la richesse des réflexions socialistes, allant de la réforme progressive à la révolution radicale.
I. Les révolutions de 1848 en Europe
Les révolutions de 1848 furent le résultat d'une culture politique européenne forgée depuis la Révolution française, réactivée par la vague de 1830. Cette montée de contestations, émanant de diverses couches sociales, s'appuyait sur la circulation rapide de l'information (chemin de fer, presse populaire, soldats, artisans) et sur une période prérévolutionnaire. Tout cela fut déclenché par une dépression économique débutant en 1845, marquée par la décennie affamée des années 1840 (maladie de la pomme de terre, 1 million d'émigrés vers les USA) et une série de mauvaises récoltes. Il s'agissait d'une crise frumentaire de l'Ancien Régime, aggravée par un hiver particulièrement rigoureux (gel des châtaigniers). Les moyens pécuniaires de l'État étant faibles, son intervention fut minime. Les organisations caritatives, non coordonnées, puisèrent dans les caisses publiques. Les paysans cessèrent d'acheter des produits industriels, et la crise se propagea aux patrons, qui licencient leurs employés. La crise se généralisa : les entreprises ne pouvaient plus emprunter auprès des banques.
Cette cascade de mauvaises nouvelles forma une crise profonde, ravivant les antagonismes sociaux. Le mécontentement contre les autorités, jugées responsables de la crise, déboucha sur les Révolutions de 1848. Ces mouvements insurrectionnels d'inspiration libérale ou démocratique tentèrent de mettre fin aux régimes absolutistes en Europe, notamment pour satisfaire des revendications nationales, l'idée étant qu'une nation avec son propre État résoudrait tous les problèmes.
La Révolution de 1848 fut soudaine, mais ces révolutions étaient philanthropiques, marquées par une fraternité visant à mettre le progrès au service de tous, d'où leur qualification de "Printemps des Peuples".
A) Le « printemps des peuples»
L'image du "printemps des peuples" évoque une république universelle, démocratique et sociale, avec un cortège de peuples arborant des drapeaux où l'allégorie de la République les précède. Tous les humains sont liés par l'idée qu'ils possèdent quelque chose de divin, et l'humanité confère des droits naturels. La femme symbolise la liberté et la République.
Origines et propagation des insurrections
Le Printemps des Peuples commença par une série d'insurrections. En Suisse, uneguerre civile (Sonderbund, 1847-1848) opposa les cantons libéraux et restaurateurs. Les radicaux, partisans de la démocratie pour tous, écrasèrent le Sonderbund (alliance des conservateurs et religieux). En janvier 1848, une insurrection éclata à Palerme, la Sicile réclamant le retour de la constitution de 1812. Le mouvement atteignit la France en février, puis l'Autriche, la Prusse et le reste de l'Italie. Même les régions frontalières de l'Empire ottoman sesoulevèrent, comme la noblesse hongroise, pour l'indépendance. Entre la Révolution française et la Révolution russe, ce fut le plus grand mouvement révolutionnaire d'Europe.
Internationalisme révolutionnaire et revendications sociales
Cet élan fut rendupossible par un internationalisme révolutionnaire. Depuis les années 1830 (au Royaume-Uni), l'individu et sa protection par la loi (habeas corpus) faisaient l'objet de vifs débats. L'expérience américaine fut largement discutée ; Tocqueville, libéral, l'étudia dans "De la démocratie en Amérique", y voyant une menace de démocratie démagogique, mais admirant la force des États-Unis sans leur autoritarisme. Certains libéraux justifiaient le projet colonial. En 1848, une floraison d'associations ouvrières apparut, réclamant des réformes sociales (protection, garantie salariale, fin de la précarité). Des légions de volontaires, comme Józef Bern et Karl Marx, se formèrent pour aider les révolutionnaires. Les mouvements de protestation touchèrent toutes les couches de la population. Les rassemblements ouvriers de 1830 furent encadrés par des étudiants. Dans les campagnes, le mécontentement était lié aux changements de propriété depuis 1800 (renforcement de la propriété agricole des grands forestiers), limitant l'accès aux biens communs (prés communaux). L'économie forestière s'intensifia, augmentant la pression sur les ressources naturelles et engendrant des incidents graves avec les gardes forestiers. Les paysans soutinrent donc le mouvement.
Effondrement des régimes absolutistes
Le régime absolutiste des royaumes d'Italie s'effondra, parfois avec le soutien d'élites conservatrices mais engagées dans le capitalisme agraire, opposées à la politique douanière autrichienne. L'Autriche se révolta, et Metternich s'échappa. En Hongrie, un gouvernement national se forma, la tradition libérale s'exprimant au sein de la noblesse. Ces libéraux, qui s'opposaient au conservatisme autrichien, étaientJózsef Eötvös, Ferenc Deák et Kossuth Lajos (journaliste radical). La Diète de Pest proclama l'abolition du servage. Les États allemands (notamment rhénans) connurent une révolution, mais refusèrent leur intégration à la Prusse. En 1848, un enthousiasme des bourgeois libéraux demanda une réforme de l'entité allemande (Confédération Germanique créée en 1815). Ces réformes furent discutées au siège de la Confédération, puis à l'Église Saint-Paul de Francfort. Le drapeau allemand, aux couleurs noires, rouges et or, symbolisait une Allemagne libérale et démocratique. Les libertés fondamentales furent votées par le Parlementde Francfort-sur-le-Main.
Réaction et échec des Révolutions
La réaction fut d'abord en Italie. Le roi de Piémont-Sardaigne tenta de vaincre l'Autriche mais fut battu à Novare en juillet 1849 et abdiqua en faveur de Victor Emmanuel. La France et la Grande-Bretagne firent pression pour que le royaume conserve son autonomie et sa monarchie. En Autriche, le bloc révolutionnaire disparut rapidement, les modérés étant effrayés. La révolution fut réprimée enAutriche. L'empereur Ferdinand Ier, faible d'esprit, promit une constitution, mais les premiers travaux de l'assemblée abolirent le servage. L'empereur abdiqua ensuite au profit de son neveu, François-Joseph. Le nouveau régime établi fut néo-absolutiste, mais conserva les acquis de 1848 (abolition du servage) tout en menant une politique de centralisation. François-Joseph fit appel à l'armée russe pour réprimer les Hongrois.
En Allemagne,le parlement ne parvint pas à un accord, les "grands Allemands" souhaitant une Allemagne incluant l'Autriche et les Slaves, contrairement aux "petits Allemands". Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume IV, refusa la couronne du parlementet la rupture avec l'Autriche. Le parlement disparut en juin 1849, marquant la fin des révolutions en Europe. En avril 1849, les députés de Francfort auraient dû, comme le tiers état, rédiger la constitution, mais ils ne le firentpas. Contrairement à la France, les riches reculèrent devant le bouleversement des structures politiques, ayant l'expérience des guerres napoléoniennes. Les élites allemandes formées à l'université, influencées par Kant et Hegel, avaientune conception de l'État lui conférant un rôle primordial pour catalyser les énergies et fusionner les forces spirituelles dans un particularisme national. La timidité des révolutionnaires s'explique par la prédominance des études juridiques au sein de l'élite allemande et l'existence de voies nationales vers la modernité.
B. En France, la Seconde République
Le coq devint un symbole révolutionnaire, annonçant les "chants nouveaux". La France proclama la République, instaurant le suffrage universel pour tous les hommes de plus de 18 anset sains d'esprit. La question sociale était fondamentale dans les débats de l'époque. L'insurrection débuta à Lyon, puis à Paris, du 22 au 24 février, après les Trois Glorieuses qui aboutirent à l'abdication deLouis-Philippe. Les Républicains proclamèrent la République, formant un gouvernement provisoire de 11 membres, incluant des penseurs sociaux. Rapidement, le suffrage universel permit l'abolition de l'esclavage et l'ouverture des ateliers nationaux (ouvriers recevant une allocation pour subsister). Une partie du spectre politique milita pour des droits sociaux. Les premières élections, suivies par l'Europe entière, eurent lieu en avril : 84 % des électeurs votèrent publiquement au chef-lieu. L'Assembléesupprima les ateliers nationaux, ce qui provoqua des contestations et des fraudes électorales. Des manifestants envahirent l'Assemblée à Paris après des émeutes. L'Assemblée octroya les pleins pouvoirs à Cavaignac, qui réprima les manifestants, tuantdes civils et déportant des hommes en Algérie. La lutte des classes devint une réalité politique en France, mais cette scission sociale menaça le projet républicain. Certains furent horrifiés par la répression. Les Français commencèrent à s'intéresser àla politique, et de nombreuses femmes furent politisées. L'épilogue de juin fut marqué par la répression, la République bascula à droite, et les ouvriers se retirèrent de la scène politique. Le candidat le plus connu, Louis Napoléon, gagna les élections de décembre 1848avec 75 % des suffrages, formant un gouvernement avec d'anciens monarchistes. En 1851, avec la complicité de chefs militaires, il prit le pouvoir et proclama le Second Empire. Les paysans furent les grands gagnants de la Révolution sur le plan social avec lafin du statut servile et l'émancipation partout en Europe. Ils se désintéressèrent de la politique. Les perdants furent les prolétaires, dont les conditions ne s'améliorèrent pas. En France, la bourgeoisie resta la classe montante, et les États lui octroyèrent de plus en plus detemps. L'Europe devint un espace de communication. Cet événement ne fut pas global, ne créant pas de nouveaux principes révolutionnaires. Les contacts entre l'Europe et le reste du monde étaient rares, hormis les migrations transatlantiques. En France, la Révolution fut le moins grand des échecs, leSecond Empire étant une synthèse des évolutions depuis 1794. Le régime de Napoléon s'inscrit dans un cadre libéral. Les évolutions de 1848 accélérèrent la formation de groupes sociaux et marquèrent la transition entre les formes collectives anciennes et le jeu organisé des intérêts par le débat parlementaire.
II. Le retour de pouvoirs forts, mais des avancées nationales
A. En France, le Second Empire
Le suffrage universel masculin fut maintenu et élut le corps législatif, qui votait les lois et lebudget. En 1869, ce corps obtint de nouveaux droits (droit de réponse aux questions de l'Empereur par plébiscite). L'Empereur, chef de l'exécutif, était à l'origine des lois. Il nommait les membres inamovibles du Sénat et les membres du Conseil d'État. Les fonctionnaires devaient lui prêter serment. La justice était rendue au nom de l'Empereur, non de la nation. Les candidatures aux élections étaient contrôlées publiquement par les préfets et la police.Le système de candidatures officielles favorisait les affiches noires et blanches des candidats du régime, interdisant aux autres ce privilège. Le Second Empire était une dictature aux apparences démocratiques, une "démocratie illibérale". Les Français commencèrent à voter. Le chemin de fer se développa et le rapprochement avec le Royaume-Uni s'opéra. Louis Napoléon n'hésita pas à ouvrir la France au libre-échange. Il accepta de coopérer avec le monde ouvrier, autorisantles coalitions (associations), les syndicats et le droit de grève. Le régime se libéralisa dans les années 1860, en partie parce que l'opposition monarchiste réussit à augmenter sa partdans les assemblées. Cela démontrait qu'un régime illibéral pouvait se libéraliser.
Politique étrangère et mondiale
Extérieurement, l'Empire chercha à mener une politique mondiale, profitant du vide laissé par certaines puissances. Pendant la Guerrede Sécession américaine, la France conçut l'idée d'un Empire en Amérique centrale pour le coton, proposant à un Habsbourg de le gérer, mais cette tentative échoua avec l'exécution du Duc d'Autriche. La France se rapprocha du Royaume-Uni, se posant en championne des libertés etdu droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. L'Autriche et la Russie devinrent des ennemis. La Russie tenta d'étendre son influence vers les mers chaudes en profitant des difficultés de l'Empire Ottoman. En 1853, l'Empire Russe envahit la Moldavie et la Valachie. Le Royaume-Uni, par principe de zone tampon, défendit l'Empire Ottoman jusqu'à la Première Guerre Mondiale. La France, en désaccord avec la Russie, se rapprocha du Liban pour soutenir les minorités chrétiennes. Finalement, l'Autriche resta neutre.Durant la guerre entre la Russie et l'Empire Ottoman, ce dernier, soutenu par la France et le Royaume-Uni, gagna la guerre. L'Autriche neutre refusa le passage de troupes russes vers les possessions européennes, ce qui provoqua une mésentente entre l'Autriche et la Russie. La Russie abolit le servage plusieurs années après la Guerre de Crimée. Ce rapport de forces prit toute son importance avec l'unification italienne.
L'unification italienne
Napoléon fut favorable à l'unification italienne, et la France soutint le Piémont-Sardaigne. Victor-Emmanuel prépara la guerre, et l'Autriche lui déclara la guerre préventivement. La guerre entre l'Autriche et le Piémont éclata en 1859. La France n'intervint pas immédiatement, et la Prusse resta neutre, étant concurrente de l'Autriche. L'Autriche perdit la guerre. La France et l'Autriche conclurent rapidement un armistice, marquant le début de l'unification italienne. Le premier parlement se tint en 1861. En 1866, l'Autriche perdit la Vénétie. En 1870, l'Italie envahit l'État pontifical, et le pape se retira. Garibaldi, un des principaux promoteurs de l'unification, manipula lesfoules pour créer un mouvement populaire éphémère. Les Italiens se percevaient d'abord comme les enfants de leurs provinces. Le gouvernement italien, dirigé par des élites méfiantes envers les masses, étendit les lois du Piémont-Sardaigne. Le processus d'unificationitalienne fut moins bien préparé.
C. L'unification allemande
Une deuxième forme d'unification allemande s'amorça en 1834 avec le Zollverein (union douanière), regroupant plusieurs États allemands et favorisant lecommerce. La Prusse devint la principale puissance industrielle. Le Zollverein joua un rôle unificateur en abaissant les barrières douanières, harmonisant les poids, mesures et monnaies. La Prusse jouissait d'une image positive, ses rois étant libéraux et le pays moderne. Bismarck, homme intelligent et énergique, ambassadeur à la Diète de Francfort, fut appelé Premier Ministre de Prusse (Chancelier) en 1862. Il décida qu'il n'y aurait qu'une seule puissance dominante dans la Confédération Germanique (composée de l'Autriche au sud et de la Prusse au nord). Bismarck saisit toutes les opportunités. Un prétexte fut la question des duchés du Schleswig-Holstein, dont le Danemark fut accusé de ne pas respecter les droits des populations germanophones. La Prusse et l'Autriche s'entendirent pour administrer chacune un duché. La Prusse commença à former une alliance militaire contre l'Autriche au sein de la Confédération. Deux ans plus tard, la Prusse entra en guerre contre l'Autriche, la France restant neutre (envers une concurrente).L'Autriche perdit rapidement la guerre. La France et l'Autriche signèrent un armistice. Saint-Joseph abdiqua, et l'Autriche conclut un compromis avec la Hongrie en 1867, formant l'Empire d'Autriche-Hongrie, où la Hongries'administrait elle-même, reconnaissant l'Empereur d'Autriche comme souverain et roi de Hongrie. La France ne saisit pas l'opportunité d'une alliance avec l'Autriche-Hongrie. Elle resta isolée. La Prusse et la France se disputèrent le royaume d'Espagne. Bismarck, maître de la manipulation médiatique, résuma une lettre du roi de Prusse en coupant des passages pour en changer le ton, ce que les Français trouvèrent offensant. Les agences de presse diffusèrent largement cette lettre. Napoléon III déclara la guerre à la Prusse. LaTroisième République fut proclamée le 4 septembre 1870, mais ne fut réellement établie qu'en 1871, avec les amendements Wallon en 1879 et Jules Grévy.
Impérialisme, démocratie, alliances : Années 1880-1914
I. Les tendances du temps long
A. La finitude du monde
Le siècle fut une phase d'expansion européenne, accompagnée de l'industrialisation, conférant temporairement aux Européens la suprématie mondiale. Cette période marqua la fin des terres inconnues : avant la Première Guerre Mondiale, l'ensemble des terres du globe était découvert. Les moyens de communication et de déplacement, moins chers (bateau,télégraphe), permirent une communication mondiale. La circulation des produits (céramiques, textiles) favorisa la naissance d'unions internationales, comme l'Union Générale des Postes en 1874, permettant l'envoi de télégrammes partout et la fixation du temps. Les Conférences de La Haye tentèrent d'encadrer les guerres, marquant le début du droit de la guerre. Cette "finitude du monde", liée à la mondialisation croissante, accrut l'importance des ressources naturelles.
Ressources naturelleset exploitation
La découverte de l'huile industrielle (issue de graines de coton) et sa vente plus chère à l'Europe par les États-Unis et la Russie, entraîna l'exploitation de l'Afrique et de l'Asie. La société moderne demanda de plus en plus de ressources. L'industrie était perçue comme un moyen de sortir de la misère. L'absence de terres cultivables facilement accessibles provoqua des migrations (chinoises, et surtout européennes : Italiens, Slaves). Tout cela fut porté par un dynamisme visant à "mettre en valeur" et à "faireprogresser". Le colon et le migrant pouvaient s'installer sur une terre, à condition de la développer. Les Européens se considérèrent comme les plus compétents, légitimant leur expansion et l'appropriation des terres. Cette finitude du monde, la pression sur les matières premières et la sortie de la pauvretéentraînèrent deux compétitions :
Sur les matières premières entre États.
Le développement du capital humain à l'intérieur d'un pays : les industriels voulaient être riches, avoir de nombreux enfants, ce qui se traduisitdans les sociétés industrielles comme la Grande-Bretagne.
Développement social et culturel
Un développement du sport moderne, un mouvement hygiéniste, le développement de la planification familiale etun essor culturel (théâtres, chorales) marquèrent également la période. Le temps de travail commença à diminuer (5 ou 6 jours par semaine), favorisant de nouveaux loisirs, notamment pour les hommes. Le développement des syndicats ouvriers accompagna ceschangements.
Inégalités de développement et leadership britannique
Des inégalités de développement persistaient, comme en témoignent les chiffres sur la richesse nationale, la mortalité infantile et l'alphabétisation. Le Royaume-Uni était le pays leader. Certaines femmes commencèrent à revendiquer l'égalité salariale. La Grande-Bretagne, très avancée, entra dans la société de consommation, où la misère extrême avait disparu. Plus à l'Est, le développement reposait sur l'importation de biens et de techniciens (la Russie fitvenir des techniciens et ingénieurs). L'idée que les empires attiraient la main-d'œuvre était répandue.
Crise économique et réorientation idéologique
Le krach boursier de 1873 àVienne marqua la première grande dépression, provoquée par des investissements excessifs dans des entreprises incapables de rembourser leurs crédits. La plupart des pays mirent fin au libre-échange, ce repli s'expliquant par le développement de leur industrialisation. Le mouvement d'idées fut marqué par unrejet du libéralisme et du capitalisme, la crise ayant jeté de nombreux ouvriers dans la rue. Cette remise en question de l'industrie alimentée un mouvement de protection de la nature. Après les années 1870, une distance s'instaura vis-à-vis de l'industrie. Unmouvement lycéen allemand prôna les randonnées et le camping ("coucher à la belle étoile"). Les Jeux Olympiques furent créés.
Inquiétudes sociales et antisémitisme
La crise fit monter l'inquiétude quantà la répartition du revenu national. Le développement de l'antisémitisme fut une manifestation de ces tensions. Dans les pays baltes, des minorités musulmanes coexistaient avec la plus ancienne minorité juive d'Europe (et la minorité tsigane, groupe social et culturel mais non religieux). La minorité juive, identifiée religieusement, était associée par l'Église catholique à la fin du monde. Les restrictions religieuses conduisirent certains à s'investir dans la finance. En France, les Italiens du Nord et les Suisses étaient mis àl'écart. L'antisémitisme devint moderne, laïque et se manifesta par l'association des juifs au capitalisme et au libéralisme. Cet antisémitisme, trait culturel profond, fut facile à transformer. Quoique minoritaires, les antisémites ne furent pas inquiétés, leur préjugé étant toléré par la majorité. Les progrès de l'instruction et divers courants de pensée scientifiques contribuèrent à l'établissement d'une morale civique. Le nationalisme, diffusé partout en Europe, s'exprima culturellement par l'écriture del'histoire nationale (ex: Norvégiens) et par les œuvres artistiques.
B. Empires et États nationaux
Les anciens empires européens
Les empires coloniaux
Les empires restaient la forme dominante d'organisation politique : de vastes entités territoriales abritant des populations diverses aux appartenances collectives plurielles, avec des frontières souvent floues. L'État-nation, à l'opposé, était un ensemble plus homogène fondé sur la souveraineténationale. Les deux formes s'hybridèrent à partir des années 1870, cherchant à assurer leurs frontières et leur développement, investissant massivement dans les chemins de fer.
Les anciens empires : Russie, Ottoman, Autriche-Hongrie
Ces empires connurent des périodes de réforme. En Russie, celles d'Alexandre II. Dans l'Empire ottoman, les Tanzimat firent naître une bureaucratie (fonctionnaires compétents), une "démocratie wébérienne". Perçus àtort comme sous-développés, ces empires générèrent des revendications violentes. Alexandre II fut assassiné, son successeur mit fin aux réformes et revint à l'autocratie, poursuivant le développement économique de manière autoritaire. La fin des Tanzimat en 1876 nemarqua pas la fin d'une pensée musulmane moderne, avec des groupes actifs de discussion d'Alexandrie à Damas et un développement d'une pensée d'ingénieur. En Autriche, la bourgeoisie était forte. Après la défaite contre la Prusse, l'Empire dut se réformer, conservant l'Ancien Régime et se divisant en deux parties (royaume de Hongrie et partie autrichienne). L'Empereur devint roi d'Autriche et empereur de Hongrie. Le Royaume de Hongrie, géré par la noblesse hongroise, forma un État-nation hongrois. Les sujets furent considérés comme citoyens, menant au suffrage universel masculin en 1907. Tout le monde s'enrichit, les Tchèques étant les plus riches. Au Parlement et dans la presse, les affrontements furent vifs, donnant une image distordue d'une Autriche "à feu et à sang", alors qu'elle était stable. L'élite parvint à s'imposer, menant à la Première Guerre Mondiale.
Les empires coloniaux
Les empires coloniaux furent gouvernés différemment, avec une dominationplus rigide du centre sur les périphéries. Les ouvriers du port de Dakar gagnaient le même salaire que les Français. Cependant, le code de l'indigénat exigeait des colonisés qu'ils renoncent à certains aspects de leur culture pour être considérés comme Français. Le judaïsme était mieux perçu que l'islam, la nationalité étant rapidement accordée aux juifs nord-africains, mais pas aux musulmans (qui devaient renoncer à l'islam pour devenir citoyens français). Des lois discriminatoires furent mises en place. Les colonies françaises devaient s'auto-financer. La métropole exploita au maximum, et les compagnies coloniales pratiquèrent l'économie de traite, prenant tout et laissant une terre surexploitée, en particulier en Afrique subsaharienne.
La République imaginée
La France,avec son évolution politique particulière, eut un écho mondial. Pays universaliste, elle définit les principes de l'être humain. La République, proclamée en 1870, s'appuya sur la pensée libérale, le respect des libertés, l'idéalisme philosophique et les droitsde l'homme. Ce qui définit les êtres humains est la faculté de penser, sentir, agir par soi-même. Les droits sont liés aux devoirs. La Troisième République mit en place les lois scolaires de 1881-1882 (portées par Jules Ferry), permettant à la population de progresser pour exercer ses droits. La richesse nationale fut consacrée à l'instruction de tous les enfants et citoyens. La République fut parlementaire, le Parlement pouvant faire et défaire l'exécutif. Le contre-pouvoir principal était celui des citoyens, titulaires de la souveraineté et politiquement autonomes. L'intime reflétait souvent le politique. La presse républicaine était extrêmement libre, l'idée étant que les citoyens étaient "plus raisonnables". L'esprit critique s'appuyait sur laraison et le savoir. La République se définit rapidement par la lutte contre le cléricalisme et contre l'ignorance.
A) L'affaire Boulanger (1886-1891)
Boulanger, général républicain populaire, adopta un ton revanchard contre l'Allemagne, soutenu par la presse de droite. Sa particularité fut d'être appuyé par les monarchistes, bonapartistes et des secteurs de la gauche. Il mena une propagande incessante contre la République parlementaire, qu'il jugeait corrompue.Le milieu parlementaire était mal réputé. La République devait se réformer. La propagande boulangiste incita la France à entrer en guerre avec l'Allemagne. Pour le faire taire, il fut mis à la retraite. Il fut élu député (notamment à Paris). Son retour fit craindreune dictature, réveillant les républicains. Le président du Conseil fit front et le Président de la République, Sadi Carnot, utilisa tout son poids pour préserver la République. Finalement, le gouvernement menaça Boulanger d'attentat à la sûreté de l'État. Il refusa le coup d'État et s'enfuit à Bruxelles. Le boulangisme fut un "mixte idéologique, qui combine la démocratie et l'autorité, les droits de l'homme et la nation". Il défendait la réforme de l'État, laliberté religieuse et le renforcement de l'autorité nécessaire à la démocratie. La République, en réaction, se raidit et ne mena pas ces réformes. Léon XIII, pragmatique et diplomate, fut invité par la marine française à Alger en 1890. Dans les années 1890, les partis socialistes revendiquèrent la journée de 8 heures, défilant chaque 1er mai. En 1891, la fusillade de Fourmies éclata. La synthèse entresocialisme et République fut incarnée par Jean Jaurès.
B/ L'Affaire Dreyfus (1894-1906) : une étape dans la construction de la démocratie
L'enquête, bâclée, désigna Dreyfus, un Mulhousien issu de l'élite industrielle, comme l'auteur des documents envoyés. Il fut condamné à huis clos par le conseil de guerre, alors que son dossier était faux, le ministre de la Guerre ayant couvert la fabrication de faux. Condamné et dégradépubliquement, Dreyfus fut victime d'un préjugé antisémite. Sa famille fut accusée de tentative de corruption. En 1896, le colonel Picquart découvrit le vrai traître, le commandant Esterhazy, issu del'élite hongroise. Révéler la vérité signifiait reconnaître que l'armée avait menti. Esterhazy fut acquitté en janvier 1898. Émile Zola écrivit son célèbre "J'accuse" au président, dénonçant l'armée. Condamné à son tour, son procès mobilisa l'opinion. Les juristes français, inquiets du mépris du droit par le conseil de guerre, cassèrent le jugement contre Zola. De nombreux professeurs examinèrent les pièces et conclurent à la falsification du dossier.
Nationalisme et violence politique
Charles Maurras, chantre du nationalisme intégral, affirmait que la nation était le seul groupe capable d'agir, le seul but de la politique, au détriment des universalismes (Église, science, industrie). Ilprit la tête du débat nationaliste, s'opposant à la révision du procès Dreyfus, qu'il justifiait comme un "mensonge d'État". Le commandant Henry, auteur du faux, avoua en septembre 1898 et se suicida enprison, débloquant la situation. Étrangement, alors que l'affaire touchait à sa fin, l'agitation nationaliste se multiplia. Certains historiens y voient l'origine de la violence fasciste en Europe, une "révolution à droite" contre le conservatisme au nom du nationalisme. Cettenouvelle extrême droite du siècle s'opposait à la justice, à la science et aux arts indépendants, subordonnant tout à l'idéal national, et utilisant la violence de rue organisée pour humilier et éliminer les opposants. En réaction, la Ligue des Droits de l'Homme fut créée. En 1899, un gouvernement de gauche, resté au pouvoir jusqu'en 1906, lança des réformes sociales et fit prévaloir la démocratie sur la raison d'État. Le ministrede la Guerre, le général André, accepta la révision du procès et reconnut l'erreur de l'armée.
C / 1900, le moment démocratique
Rôle de l'affaire dans le processus d'acculturation démocratique du pays.
La moins sanglante des révolutions : la révolution dreyfusienne.
CM 6 : « La Première Guerre mondiale : une «plus grande guerre»
La Grande Guerre mit fin à la Belle Époque, une période de prospérité après une grande dépression. Cette guerre, totale et moderne, dura quatre ans, mobilisa 60 millions de soldats, fit près de 20 millions de morts et impliqua une soixantaine de belligérants. Elle occupa une place importante dans l'historiographie pour la construction de l'identité nationale. Dans les années 2000, le débat historiographique opposa les partisans de la "contrainte" (soldats allant à reculons) àceux du "consentement" (culture de guerre). Aujourd'hui, ce débat est dépassé, et le poids de la guerre est considéré comme un équilibre entre contrainte et consentement. L'historiographie récente s'est modernisée, avec de nombreux travaux sur les commémorations et les traumatismes, ainsi que des perspectives extra-européennes. Cette guerre s'étendit des guerres balkaniques de 1912 au traité de Lausanne en 1923, constituant une histoire complexe, dense et variée.
I. La guerre mondiale en gestation (1860-1914)
1. Modernisation et industrialisation de la guerre
Au milieu du siècle, une transformation des conflits armés, liée à la Révolution industrielle, s'opéra avec des innovations techniques modifiant l'armement etles stratégies. Une série de conflits du siècle préfigurent ces mutations :
La Guerre de Crimée (1853-1856) : conflit entre la Russie et une coalition ottomane,marquant l'utilisation du chemin de fer, du télégraphe électrique, du navire à vapeur, des premiers obus explosifs, soulignant l'importance de la logistique et de la technique.
La Guerre de Sécession (Confédérés contre l'Union) :guerre industrialisée avec le chemin de fer, première guerre de position (tranchées), nouvelles armes (mitrailleuses), premiers essais de guerre sous-marine.
D'autres conflits importants furent la guerre franco-prussienne et la guerre desBoers. L'industrialisation augmenta la puissance de feu (mitrailleuses, artillerie, grenades, canons) et entraîna l'apparition des premiers fusils sans fumée. La conséquence fut l'adoption des tranchées (suitesde positions) pour protéger les soldats. La guerre fut également marquée par l'accroissement de la mobilité (chemins de fer, aviation) et une révolution navale à partir du siècle.
Nouvelles doctrines stratégiques
De nouvelles manières de penser l'art de la guerre émergèrent. L'évolution de la pensée stratégique, avec Clausewitz théorisant la guerre comme la continuation de la politique par d'autres moyens, prit en compte de nouvelles variables. Des penseurs comme Von Moltke et Von Schlieffen, chefs d'état-major prussiens, conçurent une guerre d'anéantissement. Côté français, l'influence de Clausewitz mena à la doctrine de l'offensive à outrance (Colonel Gramat), défendant une absence de risque au combat et une avancée constante. Cette théorie, datant de 1911, visait à former les soldats pour 1914 et fut un pilier des élites françaises durant la guerre.
2. Un monde detension
Une vague nationaliste resurgit. La question de la revanche suite à la guerre franco-prussienne créa un traumatisme en France. Longtemps, les historiens crurent à une idée de revanche immédiate. Cependant, Joly a montré que, sila revanche était présente dix ans après la guerre, elle disparut ensuite. Néanmoins, un renouveau nationaliste imprégna la France, avec un fort patriotisme, la France devant s'affirmer comme une puissance majeure sur le continent. En face, l'Allemagne, dont le nationalisme avait permis l'unification en1871, connut, à partir de 1890, un essor du pangermanisme, revendiquant des colonies. Le développement de la marine, lié à cet impérialisme, visait à affirmer la puissance allemande face à ses concurrents. Le nationalisme ne futpas toujours un facteur d'unification, comme le montrent les mouvements nationaux en Autriche-Hongrie, qui ne se soudèrent pas autour d'une idée commune, mais se fragmentèrent en raison des diversités ethniques et religieuses, menaçant la stabilité du pays.
Tensionscoloniales
Les tensions culminèrent autour des colonies. La France consolida son empire colonial en Afrique et en Asie. L'Allemagne s'implanta à Tsingtao (Chine), aux Samoa et en Nouvelle-Guinée. Des intérêts divergents émergèrent entre la France et l'Allemagne dans les colonies. La Crise de Tanger en 1905 éclata lorsque Guillaume II soutint le souverain marocain alors que la France, qui avait un protectorat, avait des ambitions coloniales. La France le prit mal. En 1911, la Crise d'Agadir se produisit lorsque les Allemands envoyèrent une canonnière, la France revendiquant sa zone d'influence. La France obtint le protectorat du Maroc en 1911, mais dut céder des parties du Congo. La guerre italo-turque éclata lorsque l'Italie envahit la Libye, possession ottomane. Les tensions entre les acteurs de la Grande Guerre émergèrent dans ce contexte colonial.
3. Les Balkans, poudrière de l'Europe
Dansce monde de tensions croissantes, les Balkans devinrent une zone d'instabilité, assimilée à une "poudrière de l'Europe". À la fin du siècle, ce territoire était partagé entre la domination ottomane et austro-hongroise.Le panslavisme, mouvement soutenant l'union des peuples slaves, progressa, soutenu par la Russie qui cherchait à accroître son influence et à concurrencer l'Autriche et l'Empire ottoman. La guerre russo-turque de1877-1878 fut suivie par le Traité de Berlin, qui attribua une partie des Balkans à certaines puissances, bien qu'une partie restât sous domination ottomane. En 1908, un tournant s'opéra avecla Révolution Jeune-Turque, créant des troubles dans l'Empire. La même année, la Bulgarie devint indépendante, et l'Autriche-Hongrie annexa la Bosnie, au grand désarroi de la Serbie, qui aspirait à sontour à s'agrandir. Cette fragmentation en plusieurs États fut appelée la "balkanisation". La perte de puissance ottomane suscita l'intérêt d'autres grandes puissances. Cette situation provoqua deux guerres balkaniques (1912-1913), perçues comme des "répétitions générales". Elles éclatèrent après la formation d'une ligue balkanique contre l'Empire ottoman pour reconquérir des territoires. Cependant, la Bulgarie, estimant qu'elle avait été lésée dans le partage, se retourna contre les Serbes et les Grecs. Les Roumains aidèrent la Serbie, et la Bulgarie fut vaincue. L'influence dans les Balkans continua.
Attentat de Sarajevo et jeu des alliances
L'attentat de Sarajevo en 1914, oùl'archiduc autrichien fut assassiné par un nationaliste bosniaque, fut l'étincelle de la Grande Guerre. Les Autrichiens, voulant soumettre la Bosnie, fixèrent des conditions inacceptables à la Serbie. Les grandes puissances étaient structurées en deux alliances: la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie) et la Triple Entente (France, Royaume-Uni, Russie). Tous se préparaient à la guerre. En 1913, le service militaire fut porté de deuxà trois ans. Le plan Schlieffen allemand visait à encercler l'armée française, tandis que la France élaborait le plan XVII. Le 1er août 1914, la mobilisation de l'armée française fut décrétée.
II. L'enlisement d'une guerre mondialisée (1914-1917)
1. L'illusion d'une guerre rapide
Jaurès, socialiste et opposant à la guerre, futassassiné en 1914. En conséquence, les socialistes rallièrent la guerre, l'Union Sacrée proclamant l'unité de tous les partis pour l'effort de guerre. Le sentiment dominant était moins l'expansionnisme que la défense du territoire national. Le1er août, une mobilisation générale fut décrétée en France et en Allemagne. Les Français ne partirent pas la "fleur au fusil", mais la société croyait que la guerre serait courte. Les empires coloniaux furent mobilisés : 600 000 soldats d'Afrique, 1,3 millions de colons indiens pour les Britanniques, et 100 000 travailleurs indochinois pour la France. Dès 1914, la guerre fut mondiale.
Guerre de mouvement et enlisement
La guerre commença par une guerre de mouvement. L'attaque française en Alsace-Lorraine échoua. Les Allemands appliquèrent le plan Schlieffen, passant par la Belgique et s'approchant de Paris. À la bataille de la Marne, les troupes françaises furent acheminées au front en taxi. L'armée française stoppa l'avancée allemande. Progressivement, la course à la mer s'engagea, le front se déplaçant vers la mer du Nord et se figeant en novembre 1914 sur 700 km. À l'Est, la situation se figea également rapidement avec la bataille de Tannenberg, où les Allemands stoppèrent les Russes. Dans les Balkans, la situation fut indécise avec une guerre austro-serbe. Dans le Caucase, Russes et Ottomans ne parvinrent pas à prendre l'initiative. Dès l'automne 1914 en Europe, la situation s'enlisa. Les premières batailles à l'échelle mondiale mirent à mal l'Allemagne, avec la bataille de Tsingtao (Chine), où Japonais et Britanniques chassèrent les Allemands, et la bataille du Togo en Afrique en août 1914.
2. Vers une guerre d'usure mondiale
Face à l'incapacité des armées à progresser, la priorité devint de conserver les positions. Le front occidental se transforma en une vaste étendue de tranchées, marquant l'avènement de la guerre de position. Les conditions de vie y étaient exécrables : les soldats restaient en premièreligne 8 à 10 jours, puis en deuxième ligne, avant de prendre du repos dans un village. Les tranchées étaient moins un lieu de combat que d'attente, où l'ennui côtoyait la terreur des bombardements. Le temps s'étirait, entre l'évacuation des morts etles aménagements défensifs (barbelés). Les soldats souffraient du climat (pluie, froid, chaleur), et les tranchées, exposées au bombardement d'artillerie, étaient insalubres. Le manque d'hygiène (absence d'eau potable, cadavres) favorisait la propagation des maladies. Les nouvelles armes apparurent : le lance-flammes (utilisé par les Allemands en 1915 pour "nettoyer" les tranchées), et les gaz de combat (chlorure,puis gaz moutarde) également utilisés par les Allemands en 1915. Les soldats s'équipèrent progressivement (lunettes, cagoules, masques à gaz). Les uniformes évoluèrent (bleu horizon français, casque), les Allemands conservant globalement le même. Lors de cette guerre de tranchées, chaque assaut entraînait des hécatombes en raison de l'efficacité défensive des tranchées. Les attaques (préparation d'artillerie, puis assaut pour cisailler les barbelés et atteindre la tranchée ennemie) échouèrent, comme à la bataille de la Somme (1916) ou à Verdun (1916). La "brutalisation" (Mosse) des hommes, qui s'adaptèrent à l'inacceptable, facilita la violence politique etl'émergence du fascisme. Le conflit, stagnant, s'élargit avec l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés de l'Entente en 1915, qui avait des intérêts territoriaux face à l'Autriche (qui eut un nouvel adversaire). Lefront des Balkans s'agrandit avec l'entrée en guerre de la Bulgarie et l'attaque autrichienne sur la Serbie-Monténégro. L'Allemagne progressa en Pologne. L'Entente (France et Royaume-Uni) fut mise en difficulté lors de la campagne des Dardanelles (1915), visant à prendre Constantinople, qui fut un échec. Cet élargissement se traduisit par la guerre navale (blocus britannique sur l'Allemagne). Des sociétés entières furent prises dans cette guerre d'usure, impliquant de plus en plus les civils. Les femmes furent mobilisées pour remplacer les hommes ("munitionnettes" : 420 000 en France, 1 million au Royaume-Uni), produisant 300 millions d'obus et 6 milliards de cartouches. Cela contribua à la démocratisation du travail féminin et à leur politisation (revendication du droit de vote). Les enfants furent également mobilisés (collecte d'argent, de vêtements, aide aux champs). L'école développa un discours pro-guerre. Dans la vie quotidienne, les conséquences furentpalpables : rationnement (Allemagne dès 1915, France en 1916), tickets, troc, marché noir, braconnage. La gauche pacifiste se restructura (socialistes contre l'Union Sacrée). Les premières contestations sociales (grèves ouvrières à Puteaux, des"midinettes") se firent jour. Les violences débordèrent sur les civils des territoires occupés, subissant réquisitions, limitations de déplacement, sous-alimentation et travail forcé. La guerre moderne accrut la violence contre les civils, perçus comme des "ennemis intérieurs" (génocidearménien de 1915, massacres dans un contexte de nationalisme turc exacerbé et de revers militaires).
3. 1917 : l'année de rupture ?
1917 fut l'année de l'entrée en guerre des États-Unis et de la Révolution russe. Ce fut une année de désillusions. Début 1917, la situation était enlisée mais pouvait encore évoluer. Les nouvelles tactiques de combat apparurent : les Sturmtruppen allemandes, équipées de petites mitraillettes, devaient s'infiltrer dans les positions ennemies. Le plan Nivelle, méthode testée à Verdun, consistait en un puissant tir d'artillerie, puis un assaut. Appliquée au Chemin des Dames, elle dut promettre une percée décisive, mais fit160 000 pertes, entraînant une vague de mutineries parmi les poilus. Nivelle fut remplacé par Philippe Pétain. En juillet et novembre 1917, la batailles de Passchendaele,où le Royaume-Uni et la Belgique attaquèrent les ports belges, fut marquée par l'utilisation de gaz moutarde par les Allemands, attaquant les muqueuses et traversant vêtements et masques. Les Britanniques subirent 200 000 pertes, lesAllemands 250 000. Des évolutions eurent lieu sur les fronts périphériques, notamment en Palestine et au Sinaï, sécurisant l'Égypte face aux Ottomans. La déclaration Balfour promit un foyer national juif en Palestine. La guerresous-marine à outrance s'intensifia, menant à la bataille de l'Atlantique. Conscients que les États-Unis entreraient en guerre, les Allemands la déclenchèrent, pensant que c'était le seul moyen de gagner. Les États-Unis entrèrenten guerre en 1917, arrivant en Europe en 1918. Une lassitude gagna les sociétés en 1917. En Russie, l'armée était en difficulté (1,7 million de morts), des mutineries augmentaient, et la famine sévissait chez les civils. Cettesituation fut ignorée par le tsar. Un hiver terrible aggrava la crise. Dans ce contexte, la Révolution russe éclata. Après la Révolution de Février dans la capitale, le tsar abdiqua, et deux pouvoirs s'établirent : un gouvernement bourgeois et une assemblée populaire. Legouvernement devint impopulaire, et le peuple se tourna vers les bolcheviks. En octobre 1917, un coup d'État porta les bolcheviks au pouvoir, instaurant la collectivisation des terres et le parti unique communiste. En France, la lassitude se manifesta parune vague de mutineries collectives chez les soldats, avec des slogans internationalistes et un soutien à la Révolution russe. L'institution militaire réprima ces mutineries. Dans les pays de l'alliance, "l'hiver des rutabagas" aggrava la disette due au blocus.
III. Sortie de guerre et héritages (1918-1923)
1. L'effondrement militaire des empires centraux
En 1918, les Empires Centraux subirent un effondrement militaire avec le retour de la guerre de mouvement à l'Ouest, marquant la fin de l'équilibre tactique. L'Allemagne, pensant avoir plus de moyens, tenta de renouer avec sa doctrine. La Kaiserschlacht (printemps 1918) visait à battre l'Entente avant l'arrivée des USA. Les Allemands progressèrent de 60 km en quelques dizaines de jours, mais la logistique manqua, les empêchant de percer le front. Les armées de l'Entente se restructurèrent. L'armée allemande, affaiblie par cette offensive (1 million de désertionsen août 1918), fut soumise à l'offensive des 100 jours, où les armées de l'Entente, profitant de l'arrivée des USA, contre-attaquèrent. En une centaine de jours, les troupes reprirent les territoires, progressant en utilisant de manière nouvelle l'artillerie, l'aviation et la cavalerie. L'armée allemande ne put se reposer. L'état-major allemand décida que la guerre ne pouvait plus être poursuivie. Simultanément, la situation stratégique en Europe centrale se dégrada :en 1918, l'alliance se dissocia. La Bulgarie fit défection après une offensive franco-serbe. L'Empire ottoman fut écrasé par l'armée britannique en octobre 1918 et demanda l'armistice le 30 octobre. L'Autriche-Hongrieperdit du terrain face aux Italiens, se fragmenta et demanda l'armistice le 3 novembre. L'Allemagne demanda l'armistice le 11 novembre, et le Kaiser abdiqua.
2. Une très lente sortie de guerre
Plusieurs traités de paix furent signés entre 1919 et 1923. La Conférence de Paris (1919) fut un moment européen, où Wilson, chef d'État américain, eut un aura extraordinaire. Le monde entier adressa des « cahiers dedoléances » à Wilson, souhaitant une paix juste et démocratique. Des délégations extra-européennes (Indiens, Arméniens, Libanais) réclamèrent le principe d'autodétermination. Le premier congrès panafricain se tint à Paris en février 1919. Les traités furent : Versailles (28 juin 1919) pour l'Allemagne, Saint-Germain (septembre 1919) pour l'Autriche, Neuilly (novembre 1919) pour la Bulgarie, Trianon (juin 1920) pour la Hongrie, et Sèvres (août 1920) puis Lausanne (1923) pour l'Empire ottoman. Ces traités furent appelés les "traités de la banlieue parisienne". Wilson voulait-il un compromis ou une paix de vainqueurs (demandes d'augmentations territoriales de la France et de l'Italie) ? Le Royaume-Uni visait la conservation de son empire colonial, se méfiant de l'autodétermination. Son empire augmenta après la Première Guerre Mondiale, les colonies allemandes étant partagées entre la France et le Royaume-Uni. Les colonies de peuplement britannique (Afrique du Sud, Australie) se taillèrent leur propre empire colonial etvoulaient s'installer en Irak.
Le Diktat de Versailles et ses conséquences
Les vaincus furent particulièrement affectés par le Traité de Versailles, qualifié de "Diktat" en Allemagne. L'Allemagne et l'Autriche-Hongrie subirent une crise civile plus intense que les pays de l'Entente : dès l'automne 1914, le blocus des côtes et le manque de matières premières provoquèrent de graves pénuries et une sous-alimentation. De plus, l'Allemagne risquait une révolution marxiste, le prolétariat étant puissant et organisé. En 1912, le parti ouvrier remporta les élections. En janvier 1919, l'aile gauche du parti socialiste (spartakistes) tenta de prendre le pouvoir. La Révolution allemande distribua des denrées alimentaires. L'aile gauche essaya de s'emparer du pouvoir dans plusieurs États allemands, menée par des intellectuels comme Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, qui aspiraient à un régime plus juste et égalitaire. Le Kaiser avait abdiqué, mais la société restait celle de l'Ancien Régime, avec d'importants écarts sociaux. Cette révolution fut brutalement réprimée. Ebert et le gouvernement s'appuyèrent sur l'extrémisme de droite, faisant appel aux corps francs (unités paramilitaires)qui menèrent une guerre civile contre l'extrême gauche jusqu'en 1921. Le gouvernement fédéral s'appuya sur eux pour réprimer les soulèvements communistes en 1921. Ces unités ne furent jamais inquiétées par la justice (amnistie des crimes).Le gouvernement ne purifia pas les élites, qui conservaient la nostalgie de l'Empire et s'opposaient à la République.
L'Allemagne et l'Autriche-Hongrie après-guerre
L'Allemagne fut moins désavantagée quel'Autriche-Hongrie, perdant seulement 1/7 de son territoire, alors que l'Autriche-Hongrie perdit tout. L'Allemagne perdit l'Alsace et des régions à l'Est, mais conserva une grande partie d'une population homogène et l'essentiel deson potentiel productif. Les États-Unis, retirés des affaires européennes et mondiales (le Sénat n'ayant pas ratifié le traité de paix, adoptant une attitude protectionniste et isolationniste), investirent en Allemagne. Ils participèrent activement à la reconstruction de l'Europe dans le domaine caritatif, réalisant des rapports utiles pour comprendre les conflits mondiaux. L'Europe profita du développement des cartels, fixant les prix d'achat et de vente. Les cartels américains s'ouvrirent aux entreprises européennes, favorisant la modernisation industrielle de l'Europe. L'analysedu travail et des gestes professionnels se développa. Des investissements importants furent faits en Europe centrale, accompagnant le développement de la société de consommation.
Recomposition de l'Europe centrale
L'Europe centrale fut la région où les territoires furent les plus recomposés. LaPologne fut reconstituée avec des morceaux de 3 empires et fut en guerre avec la Russie jusqu'en 1921. L'Autriche, fortement endettée (70-80% de la richesse nationale en 1918), fut incapable de rembourser ses dettes.Les élites autrichiennes, avec une culture impériale, tentèrent de rétablir la monarchie sur le plan bancaire, ce qui créa des aventures monétaires. L'Autriche, déçue par la démocratisation, tenta de négocier avec l'Entente. La Hongrie, pays inégalitaire avec une petite élite, peu de bourgeoisie et une masse paysanne, connut une prise de pouvoir de l'extrême gauche, qui défendait un État démocratique, Aboutissant à une République des Conseils (ouvriers, soldats, paysans)et au communisme de guerre, sans soutien populaire. Les vainqueurs, inquiets, envoyèrent des officiers et les nouveaux États yougoslaves des troupes pour aider à la répression. La République des Conseils fut écrasée. Le régime mis en place fut une semi-restauration, un"royaume" en attente d'un prétendant légitime au trône (la restauration étant interdite par les vainqueurs).
Nouvel ordre européen et montées des totalitarismes
La Yougoslavie, la Tchécoslovaquie,la Roumanie et la Pologne devinrent des pays de taille moyenne, économiquement viables. L'Europe passa à une organisation sans empire dominant. Après la Première Guerre Mondiale, l'idée d'une Europe démocratique émergea, où la voix des citoyens comptait plutôt que celle des puissancesd'antan. Les États moyens purent exister, mais durent faire face aux difficultés de l'Europe périphérique : sous-développement économique, fin de la grande vague d'immigration, et compromis entre anciennes et nouvelles élites pour stabiliser les régimes. Ces difficultés se retrouvèrent en Italie,dirigée par une élite libérale désireuse de conserver le pouvoir.
La démocratie fut difficile à instaurer, nécessitant de synthétiser des aspirations divergentes dans un contexte de tensions sociales (cherté de la vie). Ces tensions firent craindre une révolution et entraînèrent une alliance entre les anciennes élites et les nouvelles, moins scrupuleuses. Benito Mussolini, représentant de ce courant, fonda des faisceaux de combat (organisation paramilitaire) pour garantir l'ordre et empêcher le désordre, craignant que l'Italie ne soit marginalisée. Ces faisceaux, avec la complicité du pouvoir et des élites, prirent le contrôle de la rue jusqu'à la prise de pouvoir de Mussolini par la Marche sur Rome. Il modifia les institutions, mais conserva une façade d'étatde droit et un lien avec les anciennes élites. La Russie fut absente des relations internationales pendant plusieurs années. Elle se concentra sur son territoire et gagna en influence diplomatique en créant la IIIe Internationale des partis ouvriers en 1919. Les partis ouvriers européensse scindèrent en deux (modérés et extrême gauche) sous l'influence de la IIIe Internationale, ceux qui la suivaient devant obéir à Moscou. Les dirigeants de l'URSS (Lénine, Trotsky) défendaient une révolution mondiale, maisen n'avaient pas les moyens. Après quelques années de pause et d'ouverture aux techniciens étrangers, les années 1920 furent des années d'investissement économique. La Société des Nations (SDN), créée après le Traité de Versailles, visait à gérer les problèmes internationaux sansguerre. Les États-Unis n'y participèrent pas, et les vaincus ne furent pas admis. Néanmoins, 42 pays du monde entier y adhérèrent, et la SDN eut trois présidents latino-américains dans les années 1920. La SDN, refusant des colonies supplémentaires, exigea l'amélioration des colonies existantes. La France et la Grande-Bretagne se partagèrent une partie de l'Empire ottoman (monde arabe), la SDN insistant sur des mandats (non des colonies) pour développer ces territoires et les mener à l'indépendance. Le roi Fayçal, qui mena une révolte arabe après la guerre, fut désigné comme compensé et placé sur le trône d'Irak (semi-indépendance en 1930). L'Égypte obtint également une semi-indépendance en 1922. Les Britanniques firent des concessions. L'empire colonial anglais s'orienta rapidement vers la démocratie en Inde avec Gandhi.
B) Roaring twenties ou années folles?
La SDN, faisant partie des nouvelles organisations intergouvernementales, fut la première forme de multilatéralisme. Son siège était à Genève, et la Cour permanente de justice internationale à La Haye. Ses moyens d'action reposaient sur le droit commercial et l'arbitrage pour résoudre les litiges. La règle de l'unanimité, bien que démocratique, ralentissait le processus. L'Organisation internationale du Travail (OIT) fut également créée. La situation internationale s'améliora avec le retour de la croissance économique, facilité par les accords de Gênes (système monétaire international). Le dollar et la livre sterling devinrent les monnaies de référence, la France rétablissant ensuite sa stabilité monétaire face à l'or. La diplomatie du dollar des Américains réorganisa la question des réparations allemandes, échelonnant celles dues par l'Europe centrale. LaFrance, elle, se reconstruisit grâce aux réparations. Le multilatéralisme fut renforcé par de nouveaux acteurs : Aristide Briand et Gustav Stresemann réussirent à apaiser les relations internationales, Stresemann unissant des groupes sociaux divers en Allemagne. Denombreux accords furent signés, dont le pacte de Locarno en 1925, où l'Allemagne reconnut ses frontières occidentales. L'Allemagne avait un accord secret pour entraîner ses officiers en URSS. La coopération secrète militait pour la puissance.Ce traité permit une détente, et l'Allemagne entra à la SDN l'année suivante. Le multilatéralisme atteignit son apogée en 1928 avec le pacte Briand-Kellogg, où 63 pays rejetèrent la guerre comme instrument politique. La France resta inquiète du retrait américain. La Conférence de Washington en 1922 apaisa les puissances navales en délimitant leurs quotas. Le désarmement fut mitigé par la modernisation. La Suède, dès 1932,élabora la première politique sociale de l'État-Providence. La sociologie se développa avec des études sur l'Algérie française (Uways, réformiste social égyptien), espérant le développement d'un État moderne. Les sociétés européennes étaient marquées par de fortes inégalités et uneprécarité du travail. Les États intervenaient davantage. La conquête majeure des salariés fut la journée de 8 heures. Ces évolutions auraient pu mener à plus de justice sociale sans la crise des années 1930.
II. Les années 1930
Les années 1930, débutent par une crise économique, issue des États-Unis, caractérisée par une surproduction et l'éclatement de la bourse en 1929 ou la bourse de New York ou les actions n'ont pas trouvé preneur. Tous les investisseurs américains rapatrièrent leurs capitaux d'Europe. En mai 1931, la faillite de la Kreditanstalt, banque viennoise, affecta toute l'Europe du Sud-Est. L'investissement cessa, les échanges secontractèrent, les monnaies furent dévaluées. Les États, pour ne pas perdre leur or, cessèrent l'échange de monnaies, recourant au troc. La crise persista en raison du besoin de commerce international, provoquant de fortes tensions sociales : 25 % des actifs américainsen 1933 et 25 % des actifs allemands étaient au chômage. Ailleurs, les pays se replièrent sur des politiques de déflation (diminution des salaires des fonctionnaires), entraînant des conséquences sociales. Les solutions furent d'abord la tentative d'Anschluss (union Allemagne-Autriche), interdite par le Traité de Versailles. Le New Deal américain fut plus efficace, programme d'investissement national dans les grands travaux et la modernisation, embauchant de nombreux chômeurs. L'autarcie en Italie et en Allemagne chercha à vivre sur ses propres ressources, manipulant la population en imputant les difficultés économiques aux puissances "égoïstes". Cela engendra une crise politique là où le régime manquait de légitimité. Les partis critiques envers la démocratie et l'ordre de 1919 (partis communistes et extrêmes droites) connaissent un essor électoral. En 1932, les extrêmes représentaient 60 % de l'Assemblée allemande. Le rôle d'arbitre des présidents fut fondamental.
b) La radicalisation du champ politique européen
La plupart des pays périphériques devinrent autoritaires au cours des années 1930, imputant les difficultés aux défauts de la démocratie. Les régimes totalitaires, bien qu'autoritaires, se distinguèrent par leur aventurisme diplomatique, scellant le sort de l'Europe à la fin des années 1930 face au multilatéralisme de l'entente. Les dictatures totalitaires supprimaient toutes les limites au pouvoir, que ce soit par la tradition ou la culture. Elles encadraient la société par la fascination, les intérêts matériels et la terreur. Staline industrialisa rapidement le pays, développant un pays sous-développé au prix des campagnes (5 millions de morts en Ukraine), changeant la mentalité des Soviétiques. Les dictatures fascistes conservèrent une façade d'état de droit, maisaltérèrent la nature du régime, rendant impossible toute critique raisonnable. Entre 1922 et 1929, l'Italie connut un grand progrès économique, permettant à Mussolini de se débarrasser des élites locales dans les années 1930. Jusqu'en 1936, Mussolini jouissait d'une grande popularité, étant perçu comme un garant de la stabilité. Des avancées sociales (allocations familiales, sécurité sociale) furent mises en place. Les travailleurs bénéficièrent d'aménagements du temps libre,et les paysans furent sensibles aux valeurs rurales. Pour les catholiques, la signature des Accords de Latran en 1929, rétablissant les relations entre l'État italien et le Vatican, fut un succès. Hitler parvint à être considéré comme stableaprès août 1934, comme un homme capable de faire le lien entre l'ancienne élite et le peuple. En éliminant ses anciens compagnons d'armes, il sembla contrôler l'aile révolutionnaire de son parti. Les élites conservatrices allemandes, ainsi que l'Église protestante, lui accordèrent leur confiance. Il lança, avec l'appui de l'industrie allemande, une politique de grands travaux visant à rétablir des liens étroits avec l'Europe centrale et orientale pour écouler les produits allemands. Une spécificité de l'Allemagne fut l'ajout d'une caractéristique propre à l'Europe centrale : l'antisémitisme, gérant les groupes ethnoculturels d'Europe centrale.
C) Est-ce que les régimes démocratiques étaient dépassés ?
(Fiche France sur Moodle)
D) La guerre
Après 1935, les dynamiques devinrent de plus en plus belligènes, porteuses de guerres. La guerre était indispensable à la rhétorique fasciste et nazie. Aucune démocratie nefut en mesure de s'interposer, aucune ne comprit l'aventurisme diplomatique de ces puissances. À partir de 1935, l'Axe se rapprocha pour satisfaire les ambitions coloniales de l'Italie (invasion de l'Éthiopie et de l'Albanie).L'Allemagne voulut réviser le Traité de Versailles, ouvert à la révision. Suivant ces ouvertures, l'Allemagne réarma la Rhénanie en 1936 et commença à réclamer la réunion des Allemands au nom du vieux droit des nationalités. En1937, l'Allemagne nazie rétablit ses buts de guerre. Ces coups de force ne trouvèrent aucune réponse. La France était consciente de ses fragilités internes. La Grande-Bretagne voyait l'Allemagne comme un rempart face à l'URSS.La France et le Royaume-Uni acceptèrent l'invasion de l'Éthiopie. Tout dépendait de l'URSS, reconnue et entrée à la SDN en 1934. Après 1933, les partis communistes formèrent des Fronts Populaires. Mais l'URSS chercha à signer des pactes militaires avec la Tchécoslovaquie, même si une partie de l'opinion était contre. En 1939, le pacte franco-russe n'était pas signé. Il fut signé le 23 août avec l'Allemagne (Pacte germano-soviétique).
CM 8 : La Seconde Guerre mondiale : une « guerre-monde » (1937-1947)
La Seconde Guerre Mondiale est une thématique sur laquelle on trouve des publications très diverses, l'histoire académique cohabitant avec d'autres types de récits. Les historiens l'ont longtemps abordée dans le cadre national, et ce n'est qu'à partir des années 1980 qu'une approche plus objective s'est développée. Le grand tournant intervient dans les années 1990 avec une histoire "par le bas", s'intéressant à la manière dont les acteurs de l'époque ont vécu cette guerre, avec des travaux sur les crimes de guerre. Depuis les années 2000, l'historiographie tend à voir un continuum entre laGrande Guerre et les conflits post-Seconde Guerre Mondiale.
I. Au temps de la domination de l'Axe (1937-1941)
1. Aux origines du conflit
Cette période est celle de l'expansion rapide despuissances de l'Axe. À ce moment, le conflit est encore régional. L'Allemagne nazie, relativement faible, attaque d'abord la Pologne, puis les Alliés. La maîtrise de la dimension aérienne sera cruciale.
Échec du système international del'entre-deux-guerres : La SDN, créée en 1919 avec l'idée de sécurité collective et de désarmement, échoue en raison du multilatéralisme (non-participation des USA) et de la crise économique mondiale. Les actions de la SDN sont symboliques. Les relations internationales sont marquées par les seuls intérêts nationaux. La crise économique mondiale fragilise les démocraties et favorise le protectionnisme. Les États refusent d'adopter des postures pacifistes. L'Allemagne quitte la SDN en 1933, les conférences de désarmement sont inefficaces.
Ressentiments et émergence de l'Axe : De nombreux ressentiments, notamment allemands, conduisent à la création de l'Axe Berlin-Rome en 1936, face aux alliés occidentaux. Cet échec du système international est confirmé par les ambitions impérialistes et fascistes.
Expansion impériale du Japon : La Grande Guerre laisse un ressentiment envers les puissances occidentales, les Japonais ne se sentant pas reconnus. Ils se détachent alors et s'étendent en Asie. En 1921, le Japon s'empare de la Mandchourie, puis la guerre sino-japonaise éclate en 1937.
Rêve de l'Empire romain en Italie : En Méditerranée, l'Italie fasciste rêve de restaurer l'Empire romain. Elle se sent victime d'une "victoire mutilée", peu de gains territoriaux ayant été obtenus. La conquête de l'Éthiopie (1935-1936) entraîne son exclusion de la SDN et son rapprochement avec l'Allemagne.
Ambitions nazies et préparation à la guerre : Les ambitions nazies reposent sur l'idée que la race allemande est persécutée par les Juifs, et qu'il faut en sortir par une guerre terrible mais définitive. La guerre est perçue comme un outil racial pour restructurer l'Europe et se venger des démocraties libérales. La politique allemande vise à préparer cette guerre, avec la création de la Wehrmacht en 1935 et le réarmement de la Rhénanie en 1936. La première phase d'expansion est marquée par l'Anschluss (annexion de l'Autriche) en 1938, puis l'annexion des Sudètes. Face à cette montée des tensions, la France laisse la Tchécoslovaquie seule avec les accords de Munich.
La Guerre d'Espagne comme répétition générale : Avant la Seconde Guerre Mondiale, la guerre d'Espagne (nationalistes contre républicains, après la victoire républicaine en 1936) est une répétition générale. L'Allemagne nazie soutient les nationalistes, l'URSS soutient les républicains (en envoyant des volontaires), tandis que les démocraties occidentales restent en retrait. Cette guerre aboutit à la victoire des nationalistes et à l'arrivée au pouvoir de Franco.
2. L'expansion rapide de l'Axe
Cette expansion se poursuit jusqu'en 1941, avec l'invasion de la Pologne en 1939 par les nazis. Le 23 août 1939, le pacte de non-agression germano-soviétique est signé, prévoyant le partage de la Pologne. En cinq jours, l'Allemagne conquiert la Pologne, infligeant une violence inouïe aux civils. Le 18 septembre, l'URSS prend sa part du territoire. Tout incident suscite des massacres immédiats, comme celui de Torzeniec (37 exécutés, village incendié). S'ensuit la Drôle de Guerre à l'Ouest, les Français et les Britanniques tenant leurs positions sans attaquer directement. Ce n'est qu'après la victoire en Pologne que l'Allemagne attaque les pays scandinaves (invasion du Danemark en avril 1940). En mai 1940, le Plan Jaune est lancé pour attaquer les Pays-Bas, la France, la Belgique et le Luxembourg (Blitzkrieg, guerre éclair). La ligne de front est rompue, 400 000 soldats sont encerclés à Dunkerque. L'Opération Dynamo évacue ces hommes vers la Grande-Bretagne. Un exode de 8 à 10 millions de civils se produit en 1940, fuyant l'avancée allemande. Le 17 juin, lemaréchal Pétain annonce la fin des combats. De Gaulle appelle à poursuivre la lutte le 19 juin, mais la France signe l'armistice le 22 juin. La Grande-Bretagne se retrouve seule, accueillant tous les gouvernements enexil. Les Allemands hésitent à envahir la Grande-Bretagne, mais doivent d'abord détruire son aviation. La bataille d'Angleterre montre l'incapacité des Allemands à dominer les airs. Les villes anglaises sont alors bombardées. L'Axe se structure en Europe avec un projet européen, le gouvernement général de Pologne (dirigé par un nazi) devenant une colonie où les Slaves sont considérés comme des esclaves. Ce territoire est un laboratoire racial de la politique nazie, avecl'ouverture de ghettos. Le régime de Vichy également, la France étant divisée entre une zone administrée par les Allemands et une autre sous Vichy. L'Alsace et la Moselle sont annexées par les Allemands. Ce régime, appelé"État français", est anti-parlementaire, antisémite, autoritaire et quasi-fasciste. La collaboration d'État se met en place avec Pierre Laval, qui anticipe les désirs allemands. Sa politique économique viseà signer des contrats avec l'Allemagne et les entreprises françaises. Le Service du Travail Obligatoire (STO) envoie de nombreux Français travailler en Allemagne. Les Groupes Mobiles de Réserve (GMR) et la Milice (paramilitaire, créée en 1943) luttent contre la Résistance. La collaboration de politique raciale se manifeste par une politique antisémite (exclusion des Juifs dès 1940, rafle du Vél d'Hiv en juillet 1942 surdirective française). La Division Charlemagne (Français combattant dans les rangs allemands dès 1943) est un exemple extrême.
3. 1941 : vers une guerre globale
Les Allemands et les Italiens partagent des volontés communes. Les Italiens tentent d'envahir la Grèce en 1941, et l'Allemagne les aide en envahissant la Yougoslavie, la Grèce et la Crète. En Afrique du Nord, les Italiens sont en difficulté en Libye faceaux Britanniques. L'armée allemande envoie l'Africa Korps, mais les Allemands sont bloqués. L'Italie est dépassée et devient un État satellite de l'Allemagne nazie. L'expansion du conflit touche également l'Est avec l'Opération Barbarossa, dont l'objectif est d'envahir l'URSS, l'ennemi mortel idéologique. Il s'agit d'éradiquer le judéo-bolchévisme incarné par l'URSS. L'opération est lancée le 22 juin 1941,le plan étant d'écraser l'Armée rouge avant l'hiver. Les Allemands progressent de 500 km en deux mois, mais en septembre 1941, à 30 km de Moscou, l'armée allemande est bloquée. Cette opération a une dimension raciale cruciale, les Allemands devant tuer immédiatement les commissaires politiques et éliminer les prisonniers de guerre (plus de la moitié meurent de faim). L'année 1941 est également celle de l'entrée en guerre des États-Unis. Ils sont alors dans une phase isolationniste, mais vendent des armes à la Grande-Bretagne selon le principe du "cash and carry". En 1941, la loi Prêts-Bail permet la vente d'armes à crédit. L'opinion publique reste contre l'entrée en guerre, mais Roosevelt lesouhaite. Une montée des tensions avec le Japon dans le Pacifique se produit. Les États-Unis soutiennent la Chine, et le Japon se sent étouffé. Le 7 décembre 1941, les Japonais attaquent la base de Pearl Harbor. Le pays se rallie derrière Roosevelt, et le Congrès américain vote l'entrée en guerre le 8 décembre 1941. Les États-Unis entrent également en guerre contre l'Allemagne et l'Italie suite au pacte avec les Japonais, et veulent anéantir les nazis à partir de ce moment-là.
II. Tournant et radicalisation dans la guerre (1942-1943)
1. Revers militaires pour l'Axe, structuration de l'Alliance
D'abord, une série de revers pour l'Axe, notamment sur le front de l'Est après l'échec de Moscou. L'Allemagne relance l'offensive à l'Est en 1942, visant à prendre Stalingrad. Cette bataille donne lieu à des combats urbains acharnés, les Allemands prenant le dessus, mais étant encerclés par le général soviétique. 300 000 Allemands sont encerclés, créant un trauma dans la société allemande. Une autre offensive est lancée à l'Est vers Koursk, avec environ 2 000 blindés et 780 000 hommes, la plus grande bataille de blindés de l'histoire. Cependant, cette offensive est anticipée, l'effet de surprise échoue. Elle est ensuite arrêtée, car les Alliés progressent également en Méditerranée et dans le Donbass. L'Allemagne nazie compte déjà 2 millions de pertes. Elle nelancera plus de grosses offensives. Les Occidentaux progressent en Afrique avec la bataille d'El Alamein contre l'Africa Korps. Les Allemands se replient en mai 1943 d'Afrique du Nord. Hitler fait envahir la zone sud de la France. Cette progression alliée en Afrique permet un débarquement en Italie. En juillet 1943, un débarquement a lieu en Sicile. Au même moment, Mussolini est arrêté, et l'Italie se rend auxAlliés (proclamation de Badoglio). Les Allemands libèrent Mussolini et créent la République de Salò, sous son commandement, face à la République Sociale d'Italie. Dans le Pacifique, l'Axe recule également avecla bataille de Midway en 1942, une base stratégique japonaise. Quatre porte-avions japonais sont coulés par les Américains. Cette période marque la montée en puissance des Alliés. Forts de leurs succès, ils prennent des initiatives, avec unecoopération mondiale entre Churchill, Roosevelt et Staline (les "Trois Grands") pour ajuster les buts de guerre. La Conférence de Casablanca en 1943 décide de se battre jusqu'à la reddition inconditionnelle de l'Allemagne nazie. La Conférence de Téhéran prévoit le partage de l'Europe en zones d'influence et prépare le débarquement de Normandie.
2. Une mobilisation totale des sociétés dans la guerre
Il y a d'abord des mobilisations économiques. Les USA (Victory Program) veulent être l'arsenal des Alliés. Bénéficiant d'un isolement géographique, ils deviennent une puissance industrielle majeure, produisant un Liberty Ship en 12 jours, 235 avions par jour et 50 000 chars. L'URSS mène une guerre de marché forcée, avec une politique de terre brûlée (création d'usines identiques plusloin). Le nombre de modèles (ex: char T34) est réduit pour augmenter la production. Cette industrialisation à marche forcée implique des conditions de vie terribles (absence = désertion). Entre 1940 et 1944, la création d'armes explose. À la fin dela guerre, l'URSS produit plus d'armes que l'Allemagne, mais cette industrialisation est fragile (60% du PNB en production militaire).
L'économie de guerre allemande et la Polycratie nazie
L'économie allemande est très fragile, fondée sur le pillage des territoires occupés. Elle est rapidement confrontée à un problème de main-d'œuvre, trop d'hommes étant au combat. Elle fait appel à des populations contraintes (prisonniers de guerre, déportés). Elle triple sa production entre 1942 et 1944 grâce à Speer. L'armée allemande utilise des armes prises un peu partout, une unité pouvant avoir des canons de dix nationalités différentes, entraînant un manque de munitions. Une radicalisation politique et militaire s'opère. Le régime allemand est polycrate : le système,non centralisé, est marqué par une concurrence entre les individus pour obtenir la confiance d'Hitler. Des batailles internes se forment. L'État central (ministères, nazis en tête) et le parti (NSDAP, rôle administratif, dir. Bormann, avec despréfets puissants et quasi indépendants). La SS, un État dans l'État, gère de nombreux domaines : branche civile (police, gardes de camps, missions scientifiques) et branche militaire (unités divisionnaires non-armées, élite militaire et politique, typelégions étrangères). Ce système complexe favorise la surenchère entre les acteurs pour plaire au Führer. Le pouvoir repose sur un puissant appareil policier dirigé par Himmler (chef de la police, de la SS, de la Gestapo, Kriminalpolizei, Sipo-SD), qui traque les ennemis intérieurs. Le système concentrationnaire (camps pour déportés politiques et ennemis intérieurs) est en place. La propagande, mise en œuvre par Goebbels, promeut l'idéal racial et la guerre totale. La société allemande est encadrée(Hitlerjugend, encadrement des jeunes filles, voyages). Des formes de dissidences existent (mouvements de jeunesse, réseaux communistes).
La Résistance
La Résistance se développe à partir de cette période, devenant unphénomène européen dans tous les pays sous domination nazie. Une dynamique générale s'installe : d'abord de petits groupes, puis une structuration à partir de 1942. Les formes de résistance varient selon le type de domination (États détruits ou non). Elle est spontanée pour certains. En France ouau Danemark, résister signifie rompre avec l'État. La résistance n'est pas toujours armée. On distingue les mouvements (petites organisations clandestines, presse, écoles) des réseaux (militaires, sabotages).Une résistance politique (communistes) et une résistance militaire (espionnage, renseignements, via l'OSS) coexistent. La lutte armée apparaît très tôt en Europe centrale (armée clandestine), en Grèce, et avec Tito en Yougoslavie, qui parviennent à contrôler des régions entières. À l'Ouest, les maquisards sont dans les montagnes. Le tournant pour la résistance est 1943, avec la préparation d'une guérilla en vue d'un débarquement. Les Alliés parachutent des instructeurs. En 1943, le Conseil National de la Résistance est créé.
3. Une violence généralisée
Les pratiques guerrières témoignent d'une violence accrue. L'armée allemande s'en prend aux "terroristes" et aux civils (viols, mutilations, exactions). Le phénomène des villages brûlés (Oradour-sur-Glane en France : 600 personnes massacrées par une division SS) est européen et s'inscrit dans la lutte contre les partisans, les soldats allemands reproduisant ce qu'ils ont appris dans cette guerre raciale. Cette guerre fait plusieurs millions de victimes, surtout des civils. Cette violence inclut le génocide des Juifs et des Tsiganes, avec la volonté d'anéantir ces populations. D'abord par des ghettos, autoadministrés par des conseils juifs, avec des conditions de vie terribles, servant de réservoirs. Ensuite par des massacres de fusillade (Einsatzgruppen), unités mobiles suivant les combattants pour massacrer les populations indésirables au bord de fosses (Babi Yar : 34 000 morts en 24h). Cela crée des traumatismes pour les bourreaux. La solution finale est décidée fin 1941, confirmée à la Conférence de Wannsee, avec la mise en place de centres de mise à mort. Les victimes sont déportées par voie ferrée, transitent par des camps (Auschwitz), sont sélectionnées (aptitude au travail), leurs biens sont confisqués, et elles sont conduites vers les chambres à gaz. Six centres majeurs existent (Treblinka, Sobibor, Bełżec, Auschwitz...). Les Alliés mènent des opérations de bombardement massives sur l'Allemagne, faisant des milliers de morts. Sur le front Pacifique, ce phénomène existe aussi (utilisation du napalm après 1944). Les USA bombardent Tokyo (100 000 victimes).
III. Sortir de la plus grande des guerres
1. La difficile victoire des alliés
En 1944, l'incertitude règne. En six mois, l'armée allemande perd un tiers de son espace stratégique. Le débarquement de Normandie le 6 juin 1944, suivi par celui de Provence, permet aux Alliés d'être aux portes de l'Allemagne (vers Aix-la-Chapelle) en septembre 1944. L'Allemagne subit d'importants revers. Les Japonais également aux Philippines, ce qui entraîne l'écrasement de leur puissance aéronavale. Après la prise de Saïpan, le Japon est à portée des USA. Alors que l'Axe recule, un sursaut se produit, lié à plusieurs facteurs :
Radicalisation des Japonais et des Allemands : L'attentat manqué contre Hitler le 20 juillet 1944 fait basculer l'Allemagne nazie dans la "guerre populaire", sans distinction entre civils et combattants. Une milice est créée, regroupant tous les Allemands de 16 à 60 ans. Les Allemands croient aux armes miracles (fusées V2). L'idée est de "tenir jusqu'au bout", la moitié des soldats allemands morts pendant la guerre l'étant après juillet 1944. Les Américains, arrivés à Aix en septembre 1944, mettent 22 jours pour prendre la ville.
Fanatisme japonais : Les Japonais sombrent dans le fanatisme, les soldats se battant jusqu'à la mort, avec l'apparition des kamikazes et des banzaï (attaques suicidaires). À Saipan, les soldats préfèrent se suicider plutôt que de se rendre.
Les Alliés progressent durant l'hiver 1944. L'Axe tente une dernière grande attaque, sans succès. En janvier 1945, Hitler met fin à l'opération des Ardennes. Les Allemands sont écrasés à l'Est. En mars 1945, le Rhin est dépassé. Le 30 avril, Hitler se suicide, et le 8 mai, l'Allemagne capitule. Dans le Pacifique, la guerre s'éternise dans les îles. Des batailles meurtrières, comme celles d'Iwo Jima et d'Okinawa, ont lieu. Les USA, ne voulant pas envahir le Japon, testent une nouvelle arme avec les bombardements d'Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945. Le Japon, qui négociait depuis plusieurs mois avec les USA, reçoit un ultimatum : destituer l'Empereur, ce que le Japon juge inacceptable. La fin de la Seconde Guerre Mondiale est le 2 septembre.
2. L'Europe est plongée dans le chaos
L'URSS perd 25 millions d'hommes, l'Allemagne 8 millions, la Pologne 5,5 millions. Le viol est utilisé comme arme de guerre. Les femmes sont tuées et violées par l'Armée rouge. Un déséquilibre des sexes et un creux dans les classes d'âges se produisent, avec une diminution de l'espérance de vie de 8 ans en France. Des déplacements massifs de population (30 millions pendant le conflit : 3 millions de Polonais expulsés par les Allemands, 6 millions de déportés politiques par les Allemands) ont lieu. Ces transits sont très longs. Le bilan matériel est contrasté, avec des destructions d'infrastructures. Certaines capitales sont rasées. En France, 300 villes sont détruites. Les conséquences financières sont importantes (1100 milliards de coût à la guerre, 2000 milliards de destructions). Les prix augmentent, les États sont endettés. La situation économique d'après-guerre est terrible (679 milliards de roubles de pertes pour l'URSS). Cette situation crée de nouvelles compositions sociales. En Allemagne, la monnaie perd sa valeur (nouvelle monnaie introduite en 1948). L'élite politique du Reich disparaît. L'ordre social s'effondre, les cartes sont redistribuées. C'est le mythe du grand recommencement. Les conséquences politiques sont le discrédit de l'Europe, l'émergence des USA et de l'URSS comme puissances, et la Chine comme acteur potentiel.
3. L'immédiat après-guerre : défi de la reconstruction
En France, le pouvoir met en place un État-providence (Sécurité sociale, nationalisations) sous l'influence du CNR. Au Royaume-Uni, le Welfare State se développe. L'idée est que l'État accompagne le redressement économique. L'URSS crée le Comecon en 1949. Un tournant intervient en 1947 avec le Plan Marshall, plan de financement américain pour contrer la propagation du communisme. Il fournit de l'argent à la France, mais exige en retour une libéralisation économique (échanges entre États, capitalisme). Berlin et l'Allemagne sont divisées en quatre zones d'influence. L'Allemagne perd des territoires (Pologne, Autriche). L'Europe est recomposée, avec la volonté de régénérer les pouvoirs. Les Conférences de Yalta et Potsdam se déroulent. En France, 25 000 fonctionnaires sont sanctionnés. En Allemagne, la dénazification s'amorce, mais les épurations ont lieu dans un contexte de Guerre Froide. Cette sortie de guerre annonce la fin des empires coloniaux. Les pays ayant mobilisé leurs colonies pour la guerre, un sentiment anti-colonialiste se développe (USA, URSS). Des mouvements d'indépendance aboutissent à des décolonisations (Indonésie en 1945, Madagascar en 1948).
Justice internationale et nouvel ordre mondial
La justice est rendue au nom de l'humanité, avec le jugement des crimes contre l'humanité. Le procès de Nuremberg (1946-1948) juge les dignitaires nazis, aboutissant à 12 condamnations à mort. Le procès de Tokyo (1946-1948) juge les politiques japonais, mais pas l'Empereur. Ce nouvel ordre mondial est marqué par la création de l'ONU (maintien de la paix) et la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DUDH) en 1948. Cette restructuration et reconstruction prend du temps. Comment vivre avec le traumatisme ? Les soldats souffrent du syndrome de stress post-traumatique. Comment vivre sans nouvelles d'un proche, ou accepter d'être au banc de la société après de lourds crimes ? Après la guerre vient le travail de mémoire.
L'Europe pendant la guerre froide : divisée pour toujours ?
Cette période est marquée par le rapprochement et l'éloignement des sociétés d'Europe de l'Est et de l'Ouest, avec des coups de projecteur diplomatiques et militaires.
I) La fin de l'histoire mondiale européenne
L'Europe, en 1945, est un champ de ruines, tant physiquement que moralement (Auschwitz est un traumatisme). Ce tournant se traduit aussi par le partage de l'Europe, qui s'opère progressivement au cours des années 1950. Des intentions sérieuses de surmonter la division du monde se manifestent, comme en témoignent la Convention internationale contre le génocide (9 décembre 1948) et la Charte des Droits de l'Homme (10 décembre 1948), dirigée par Eleanor Roosevelt. Ces initiatives jettent les bases des politiques jusqu'à l'ère Trump.
A) Les tendances de fond européennes à l'époque de la reconstruction
Une diminution drastique des inégalités de fortune s'opère (patrimoine des riches détruit, pauvres bénéficiant des réformes d'après-guerre). La destruction du patrimoine s'accompagne d'un remplacement partiel des élites. La génération de l'entre-deux-guerres, ayant vécu longtemps, voit certains jeunes écartés du nazisme rappelés pour des affaires (fin des nazis dans les années 1980). Tous les pays et tout le spectre politique virent vers la gauche (la droite étant compromise avec la dictature, les partis communistes étant puissants en Italie et en France). L'intervention accrue de l'État au nom du bien commun se manifeste par l'assurance sociale pour la majorité de la population et la fondation de systèmes de santé (ex: National Health Service au Royaume-Uni). L'Europe devient la seule partie du monde où 20 à 30 % de la richesse nationale est consacrée au social. L'Est achève son développement industriel, avec une accélération socialiste, l'industrialisation de l'Europe étant complète en 1975. L'augmentation du niveau de vie, des loisirs et le rapprochement de la structure de la population active (augmentation des ouvriers à l'Est, du secteur tertiaire) contribuent à l'unification européenne. L'abaissement des barrières entre groupes sociaux s'opère, avec la généralisation de l'enseignement secondaire et l'ouverture progressive de l'enseignement supérieur. L'intégration de l'Europe de l'Est dans la zone soviétique se fait (États baltes, Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie se considérant comme Europe occidentale). La RDA se développe comme indépendante et antifasciste. L'antifascisme est le ciment idéologique, justifiant l'agressivité envers l'Ouest et étant synonyme d'anticapitalisme. Le national-communisme est encouragé via l'antifascisme. La Yougoslavie, libérée par son mouvement communiste, se tourne vers l'Occident. L'Europe de l'Ouest est intégrée dans la zone d'influence américaine. La volonté est de tirer des leçons pour ne pas répéter les erreurs du début du siècle. Les USA stationnent des troupes en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Les États européens décident de réduire le nationalisme et de se rapprocher.
Cas ouest-allemand :
L'Allemagne de l'Ouest connaît une critique du nationalisme allemand par ses élites, malgré une dénazification modérée et incomplète. Les élites, conscientes de leurs responsabilités, s'engagent à établir une démocratie fonctionnelle et représentative. La circulation de la parole grâce aux syndicats et à l'Église contribue à une opinion publique robuste et une presse de qualité. La recherche de la stabilité économique et politique est primordiale (ex: motion de censure constructive en Allemagne). L'intégration européenne se fait également par l'alliance militaire, vers l'OTAN.
Intégration européenne faite par l'alliance militaire : vers l'OTAN
Pour éviter une résurgence de l'impérialisme allemand, le Traité de Bruxelles (17 mars 1948) est signé, contre l'Allemagne (assistance mutuelle), puis le Pacte Atlantique (4 avril 1949). Les USA coordonnent les pays et forment une défense européenne. Le réarmement de l'Allemagne, souhaité par les USA, est refusé par la France (échec de la Communauté Européenne de Défense - CED - en 1954). Cependant, avec la Guerre de Corée, l'Europe voit qu'une armée nationale est constituée à l'Est, conduisant au réarmement. Pendant longtemps, les aspects sociaux et politiques européens prennent une voie politique non militaire, devenant de plus en plus dépendants de la garantie américaine, avec peu de financement. La défense repose sur l'arme nucléaire, sur la base d'une guerre impossible (stratégie). L'unification militaire de l'Europe est en marche. Paris et Londres, attachés à leurs colonies, tentent longtemps de les conserver (jusqu'en 1966 en Indochine). Les habitants d'Algérie reçoivent la citoyenneté française, mais les Algériens n'ont pas droit aux allocations. Des programmes nucléaires sont développés (Royaume-Uni, puis France). Le Royaume-Uni développe la bombe A en 1952 en Australie. La France développe la sienne (commission atomique), Décide de se doter de l'arme nucléaire, intégrée dans l'OTAN après le réarmement de l'Allemagne. La France développe l'arme nucléaire en 1966. L'OTAN ne s'étend pas au reste du monde. L'idée d'intégration politique est abandonnée au profit d'une alliance purement militaire.
B) La fin de l'histoire mondiale européenne : l'affaire de Suez, 1956
1956 est une année de recomposition des puissances. Les années 1950 marquent la mort de Staline en 1953, ouvrant une période de dégel, amplifiée par le XXe Congrès du Parti Communiste en 1956, où Khrouchtchev dénonce les crimes de Staline, bien que les crimes contre les lois soviétiques soient imputés à Staline, et les camps du Goulag ne soient pas évoqués. La déstalinisation reste superficielle. Khrouchtchev formule la doctrine de la coexistence pacifique, menant le monde au bord du gouffre nucléaire (Crise de Cuba). Côté occidental, les USA voient le retour des Républicains après les Démocrates, avec un programme hypernationaliste. Les Démocrates, ayant amélioré le mode de vie et géré la Seconde Guerre Mondiale, voient leur popularité brisée par les nationalistes, notamment Joseph McCarthy, qui accuse de trahison nationale. McCarthy est mis à la retraite, et la doctrine des représailles massives et du refoulement est adoptée. L'Affaire de Suez éclate en 1956. Nasser nationalise le canal de Suez pour que les revenus ne leur échappent pas, marquant le début de la décolonisation (Tunisie et Maroc s'affranchissent des Français). La Grande-Bretagne et la France agissent au nom d'intérêts privés et nationaux, avec l'aide d'Israël, qui intervient dans le Sinaï égyptien. L'URSS pose un ultimatum à Paris et Londres. En janvier 1957, Israël quitte le Sinaï. Ces événements montrent que le temps des conquêtes extérieures et des colonies est révolu. L'URSS est occupée à réprimer la révolte de Budapest en 1956, qui est écrasée. L'Affaire de Suez détourne l'attention de la réaffirmation de l'URSS. Les deux Grands s'accommodent de la scission du monde. Les pays européens accueillent des immigrés hongrois.
C) Les débuts de la construction européenne
Durant la Seconde Guerre Mondiale, les gouvernements en exil à Londres discutèrent de l'avenir de l'Europe, marqués par le nationalisme allemand et italien, et la Résistance antifasciste. L'Ouest mit l'accent sur la liberté, l'Est sur l'antifascisme. Le Conseil de l'Europe fut fondé, d'inspiration chrétienne-démocrate. Dans les années 1950, les socialistes étaient nationalistes, tandis que les chrétiens-démocrates voulaient reconstruire l'Europe sur un christianisme ouvert, les droits de l'homme et la démocratie. En 1951, la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier) fut créée, l'idée étant de mettre en commun ces ressources stratégiques pour éviter la guerre. En 1957, le Traité de Rome donna naissance à la CEE (Communauté Économique Européenne) et à Euratom. La CEE visait l'autosuffisance alimentaire de l'Europe et la stabilité, conduisant à la PAC (Politique Agricole Commune). La construction européenne se fit par des "petits pas". L'axe franco-allemand fut central. La décolonisation française et la fin de l'hypothèse algérienne par la guerre civile conduisirent à une nouvelle République avec une nouvelle constitution (De Gaulle), et l'Algérie devint indépendante en 1962. En 1963, le Traité de l'Élysée scella l'entente entre De Gaulle et Adenauer, engageant la France et l'Allemagne de l'Ouest dans l'Histoire.
II) Les années 1960, une histoire européenne transnationale ?
A) Les transformations économiques et sociales à l'époque de la croissance
La croissance se fonde sur l'automobile, l'électronique, le tourisme et l'énergie atomique. En 1964, la production industrielle était deux fois et demie celle de 1938. La société de masse se généralisa, avec l'automobile, de nouvelles formes d'achat (supermarchés). Les ménages pouvaient consommer des biens superflus, augmentant l'espérance de vie. La société de masse était imprégnée par la culture américaine (cinéma, radio, comics). Après 1945, la culture de masse s'étendit au marché européen (ex: accords Blum-Byrnes de 1946 ouvrant le cinéma et la musique au marché européen). Le thème central de ces médias était la jeunesse, fruit du baby-boom. Les jeunes se retrouvaient dans la culture américaine, acceptant l'anglais américain. Les Européens se reconnaissaient dans les valeurs américaines (liberté, progrès technologique, information véridique). En Europe de l'Est, la société de consommation offrait moins de biens, mais des pratiques similaires (vacances, attention à l'alimentation). Une communication transnationale se développa, avec une conscience transnationale plus forte, malgré les réticences de l'URSS au contact avec les autres pays.
B) L'année 1968, expression des changements socio-culturels des années 1960
1968 fut une résistance culturelle associée à une lutte contre le capitalisme, une émancipation individuelle et collective des contraintes de la société industrielle. L'utopie de la transformation porta des valeurs post-matérialistes. Godard parla des "enfants de Marx et du Coca-Cola". L'histoire des idées dans les années 1950 (littérature: Kerouac, cinéma: James Dean, Marlon Brando) montra une culture ouvrière hédoniste (blue-jeans). La musique pop, issue du country et de la musique populaire américaine (ouvriers, esclaves), le rock furent les premières révoltes transnationales. L'idée de décolonialisme (Frantz Fanon) circula chez les Américains et les anticapitalistes. Le modèle de désobéissance civile s'internationalisa. Dans les années 1960, 7% des jeunes fréquentaient les universités en Europe de l'Est, deux fois plus en 1970. Le mécontentement étudiant venait de la culture enseignée. Adorno et Horkheimer critiquèrent le développement technologique sans âme. Ces tendances convergèrent dans une nouvelle gauche qui accepta ces changements mais lutta contre la guerre du Vietnam, symbole de l'oppression impérialiste.
1968 : contestations étudiantes mondiales
Les contestations étudiantes de 1968 furent mondiales :
Pologne : Contestation d'écrivains et d'étudiants pour la fin de la censure et l'information libre. La répression eut un tour antisémite, le gouvernement accusant les Juifs de la révolte.
Belgrade : La jeunesse se révolte contre les révolutionnaires embourgeoisés.
Tchécoslovaquie : Le pays industriel le plus important de l'Est, connaît un retard technologique dans les années 1960 et des demandes d'émancipation après la mort de Staline. Le chef du parti est remplacé par Dubček, un Slovaque, qui mène 8 mois de réformes intenses (démocratie au sein du parti, séparation des pouvoirs, justice, libertés individuelles). Considérée comme une menace, l'URSS et ses alliés interviennent en Tchécoslovaquie (21 août 1968). La résistance pacifique de la population dénonce l'impérialisme soviétique.
Mai 68 en France :
La contestation étudiante fut générale (Italie, Allemagne : rébellion contre le passé fasciste et nazi). En France, elle débuta par des revendications pour plus de démocratie à l'université, puis s'intensifia. Les travailleurs rejoignirent les étudiants (7 à 9 millions d'ouvriers occupant les usines). Le gouvernement Pompidou et la CGT négocièrent les accords de Grenelle (27 mai 1968) : les salaires et les droits syndicaux augmentèrent. De Gaulle revint pour résoudre la crise, organisant un référendum et dissolvant la Chambre. Le parti gaulliste remporta les élections de juin. Le mouvement de 1968 s'éteignit à la fin de l'année. Toute l'Europe vécut ce mouvement culturel, partageant musique, mode et émotions. À l'Est, la répression fut forte. À l'Ouest, l'émancipation féminine et des minorités (régionales, sexuelles, raciales) progressa.
III) Une Europe divisée pour des siècles ?
A) Vers des relations internationales européennes sorties du schéma de la Guerre Froide ?
Dans les années 1960, l'URSS et les USA conservent le statu quo. La guerre du Vietnam remet en question la rationalité des USA. L'Europeest moins importante dans la Guerre Froide. La CSCE (Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, devenue OSCE en 1994) est créée pour favoriser un dialogue Est-Ouest et une coopération non dépendante des USA ni menaçante pour l'URSS. La CSCE se concentre sur le domaine culturel et le rapprochement économique. Les pays d'Europe de l'Est (RDA, Tchécoslovaquie, Autriche) cherchant à rattraper leur retard technologique, s'approchent des firmes occidentales. Les Accords d'Helsinki de 1975 affirment les relations européennes avec l'importance des droits de l'homme, donnant naissance aux dissidences en Europe de l'Est. Cela conduit à la constitution d'une opposition faible, soutenue par les Églises. Le multilatéralisme européen sedéveloppe. L'équilibre nucléaire s'aggrave dans les années 1980, de nouveaux missiles menaçant l'Allemagne de l'Ouest (RFA). Les Européens développent un mouvement pacifiste et demandent une intervention américaine. En 1972,les accords de limitation des armes nucléaires sont signés entre l'URSS et les USA.
CM 10 : Le Prix de la liberté (suite CM 9)
Histoire de l'Europe aujourd'hui. Comment parler de l'Europe depuis lesannées 1980 ?
III. Une Europe divisée pour des siècles ?
A. Vers des relations internationales européennes sorties du schéma de la Guerre Froide
La guerre du Vietnam, où les USA incarnaient la liberté et l'égalité (fairness), est mise en question. L'idée de décolonisation est remise en cause, car les colonies ne sont plus un moyen équitable de poursuivre les relations internationales. L'intervention au Vietnam mine la légitimité américaine, provoquant une incompréhension de la guerre, une remise en question de larationalité des USA (imprévisibility). La crainte d'une Europe de l'Ouest marginalisée conduit à la création de la CSCE (Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, devenue OSCE en 1994). Ce forum paneuropéen vise àfavoriser le dialogue Est-Ouest et une coopération indépendante des USA et acceptable par l'URSS. L'activité de la CSCE se concentre sur le domaine culturel et le rapprochement économique. Les pays de l'Europe de l'Est (RDA, Tchécoslovaquie, Autriche),conscients de leur retard technologique, cherchent des techniques occidentales et se rapprochent des firmes. Les Accords d'Helsinki en 1975 affirment les relations européennes sur l'importance des droits de l'homme, donnant naissance à une société civile renaissante à l'Est (les polices des blocs de l'Est laissent des respirations aux Églises). La Pologne, sans collectivisation agricole (abandonnée en 1956 sous la pression), a vu la demande de réformes s'orienter vers le multipartisme. Le gouvernement polonais réprime Solidarność pour éviter une invasion soviétique. Les missiles stationnés par l'URSS à 500 km du rideau de fer engendrent un fort mouvement pacifiste en Allemagne (nouvelles préoccupations écologiques) et une demande de protection américaine (USA installent des missiles vial'OTAN en Europe occidentale en 1983, voté en 1979). Le processus de libéralisation des années 1960, puis la crise de 1973, remodèlent l'économie. Les économies ouest-européennes sont jugées obsolètes. Le niveau de vie et l'espérance de vie augmentent. Le progrès du siècle (viande pour tous) a des conséquences. L'enjeu du poisson prolonge la vie. L'économie,obsolète face au désir de loisirs et d'une alimentation moins grasse, conduit à la recherche de productivité via l'ordinateur. Les investisseurs se tournent vers l'informatique. L'économie ouest-européenne se restructure de façon néolibérale.La plupart des usines sont fermées (sauf la Ruhr). La croissance, nulle entre 1974 et 1976, est affectée par l'augmentation du prix du pétrole par l'URSS (prix négocié par les USA en 1945). La croissance européenne ralentit vers 1985, avec l'inflation et le chômage (stagflation). La concurrence asiatique (Japon, Taïwan, Corée) et américaine se renforce. Le tournant vers l'économie dehaut niveau s'approfondit avec la dérégulation (suppression des règles, droits aux travailleurs). Un tournant conservateur (recherche de l'ordre social, prudence économique) s'opère. Le néolibéralisme combine thèmes conservateurs et actuels (dérégulation, négligence des garanties de santé et d'éducation pour tous), touchant également le centre-gauche (Tony Blair). La dérégulation entraîne la baisse des tarifs douaniers, l'intégration de la Chine dans le commerce mondial, des progrès technologiques et une augmentation du niveau de vie.
2. Le bloc de l'Est : une fin imminente
3. L'année 1989
L'URSS, après son apogée, est confrontée à degraves difficultés dans les années 1980. La crise est générale, mais l'économie seule n'explique pas les changements de 1989. Début 1989, personne ne prévoit la fin imminente du bloc de l'Est. La clé du changement est la foule quidescend dans la rue fin 1989. Les citoyens mettent fin à la Guerre Froide. Les causes du changement continental sont la stagnation économique, l'audace du syndicat Solidarność en Hongrie. Les Hongrois commencent à critiquer le système dès la fin des années 1970.Le gouvernement hongrois, garantissant des réformes et une économie privée à Moscou, ouvre sa frontière commune avec l'Autriche le 10 septembre. L'Autriche refuse de respecter la règle avec la RDA (empêcher les Allemands de l'Est de passer la frontière). La Hongrie accepte l'entrée des citoyens est-allemands. La politique est-allemande garantit un accueil et un droit à la retraite. Les Allemands de l'Est migrent, leur vie étant assurée. Pour commémorer les mouvements antifascistes, les Allemands allument des bougies aux fenêtres, puis ce geste devient un appel à la révolution. Le 9 novembre, un rassemblement à Berlin demande l'ouverture du mur. Le parti socialiste décide de ne pas intervenir, et le mur est ouvert. Le 17 novembre 1939, protecteur de Bohême-Moravie, ferme les enseignements supérieurs tchèques pour les mettre au service du Reich. Les étudiants avaient protesté et été déportés. Cette date devient une fête de la jeunesse en Tchécoslovaquie. Le 17 novembre 1989, les étudiants descendent dans la rue, réclamantla démocratie et le pacifisme. La manifestation est réprimée. La population déclenche la Révolution de Velours, transition pacifique avec peu de victimes. Le 22 décembre, le régime national-communiste roumain de Ceaușescu prendfin. Dans la plupart des pays de l'Est, des forums démocratiques prennent le pouvoir et organisent des élections libres, étonnant pour des pays avec peu de traditions démocratiques.
C. Des transitions moins réussies
La mort de Tito en 1980 déstabilise la Yougoslavie, construite après-guerre sur un socialisme d'autogestion mais dictatorial. Après sa mort, Slobodan Milošević cherche à dominer les autres républiques. En1989, il menace les Républiques de sécession pour assurer son emprise. En juin 1991, la Croatie déclare son indépendance, entraînant une guerre civile avec la Serbie. Les gens ne voulant pas la guerre, un fossé de sang se creuse. L'Allemagne reconnaît rapidement la Croatie, qui est indépendante en 1992. La guerre de Bosnie dure plus longtemps. L'Europe et l'ONU sont impuissantes à empêcher le massacre de Srebrenica. Les accords de Dayton gèlent la situation et mettent fin à la guerre. La Bosnie entame ensuite une épuration ethnique. La guerre continue avec la sécession du Kosovo et les bombardements de Belgrade par l'OTAN pendant 78 jours au printemps 1999. Les Serbes n'oublient pas. La Serbie dépose son dictateur en 2000, et le Kosovo devient indépendant. Ces guerres de Yougoslavie, auxquelles la Russie n'est pas invitée, marquent une césure pour l'histoireeuropéenne, signifiant la fin de l'après-guerre en Europe.
La transition de l'URSS à la CIS
L'URSS accepte l'indépendance des pays baltes. En août 1991, un putsch contre Gorbatchev échoue. Une partie de l'ancienne élite cherche à prendre le pouvoir. Gorbatchev lance des réformes économiques, de transparence et de libéralisation culturelle et politique. Il refuse d'intervenir militairement lorsque les réformes échappent au contrôle du gouvernement. Ironiquement, le communisme est renforcé par les révolutions, les tentatives de réforme mettant fin à l'URSS. Le coup d'État échoue grâce à Boris Eltsine, président de la République de Russie. Le 8 décembre 1991, la Communauté des États Indépendants (CEI) remplace l'URSS, et les pays d'Asie centrale deviennent indépendants. Eltsine gère cette communauté. Contrairement aux accords, les pays frontaliers de la Russie intègrent rapidement l'OTAN, supprimant la zone tampon. En 1998, la crise financière russe éclate. Vladimir Poutine devient président.
IV. L'Europe d'Aujourd'hui
Longtemps, deux récits du passé coexistaient : celui des guerres qui faillirent raser l'Europe, et celui de la reconstruction réussie.
A. Quelle périodisation de l'Histoire de l'Europe depuis 1945 ?
Une tendance extrême des idéologies, une guerre idéologique,marquent la période. L'Allemagne nazie, fondée sur des idéologies racistes, affronte une coalition de libéraux et de communistes, faisant de la guerre une lutte idéologique millénariste à l'échelle locale et intrafamiliale. En 1942, une partie de la population européenne perçoit l'Europe nazie comme inévitable. La violence et la guerre civile persistent (Grèce, intervention américaine). La guerre larvée continue (Guerre Froide, israélo-arabe). L'épisode de la dictature des colonels en Grèce (déchirée dans les années 1930) et la question chypriote (partie grecque et turque) illustrent ces tensions. La décolonisation choque la conscience de supériorité européenne, confrontant le monde à de nouveaux défis (relations économiques néo-coloniales, migration massiveextra-européenne vers l'Europe). Les Européens ont du mal à s'adapter. La Guerre Froide se joue en Europe.
Reconstruction interne et évolutions sociales
Sur le plan intérieur, l'Europe se reconstruit sur l'idée de stabilitéet de "retour à la normale". Cependant, ces notions sont mises à l'épreuve par les changements socio-économiques. Un changement fondamental est la maîtrise de la fécondité par les femmes, peu après l'obtention du droit de vote. Les minorités nationales et sexuelles commencent à être prises en compte en Europe occidentale à partir des années 1970. L'augmentation du niveau de vie et la sortie de la pauvreté de la majorité des Européens apparaissent. À partir des années 1950, les Européens atteignent un niveau de vie suffisant pour se sentir en sécurité. Cette caractéristique majeure ne pacifia pas l'Europe (terrorisme, racisme persistants, mouvements terroristes en Irlande - IRA - et en Espagne - ETA). Le retour des élites et des inégalités sociales se manifeste dans les années 1960. En Europe de l'Est, les États policiers imposent un nivellement des conditions de vie et de travail, et l'intrusion de l'idéologie dans la sphère privée.
B) Quelles grandes lignes d'évolution pour la période d'après 1989 ?
On se demande toujours pourquoi les choses se sont ainsi déroulées. Les notions reines comme le progrès ne sont plus centrales. La recherche de la stabilité prédomine. Comment ordonner l'activité humaine des 30 dernières années avec un objectif politique ?Comment maintenir la modernité européenne tardive, fondée sur la stabilité et la prospérité en réponse à l'après-Seconde Guerre Mondiale ? Quelles promesses de 1945 ont été tenues ? Le leitmotiv est la liberté.
1. La transition de la dictature communiste au capitalisme libéral
La décennie 1990 débute dans l'euphorie, un élan d'optimisme. C'est le troisième élan de liberté et de démocratie en Europe, après l'instauration de la démocratie et la période 1945-1948. Celui de 1989-1990 est le troisième, obtenu sans violence, de manière pacifique. Ce succès, fruit du courage des citoyens d'Europe centrale, doit être mis en forme. Il faut rompre avec le passé, comme en Roumanie où Ceaușescu est exécuté en 1989. La lustration (écarter les personnes compromises) est pratiquée, mais l'essentiel du personnel administratif est maintenu pour assurer le fonctionnement des pays. En RDA,la plupart des cadres sont remplacés par des Allemands de l'Ouest, qui saisissent les archives de la police secrète (Trésor d'État), révélant l'omniprésence de la police et des informateurs (2 millions d'Allemands de l'Est auraientcollaboré). La chute du mur est imprévue. Il faut changer les sociétés, rompre avec l'espionnage, réformer les élites, changer les manuels scolaires et la manière d'enseigner sur de nouvelles valeurs. Il faut créer de nouvelles structures politiques. La plupart des pays votentune Constitution, se mobilisant pour élire une assemblée. Le seuil des 5% est instauré pour les partis. Dans la sphère économique, les risques sont évalués pour sortir du communisme et trouver la meilleure voie.
Nationet démocratie après le communisme
Le premier défi est de réconcilier la nation et la démocratie dans une nouvelle constitution. Le modèle de l'État est l'État national, mais quelle nation ? Les États d'Europe centrale réfléchissent à la nation depuis le siècle. En 1989-1990, la plupart des idées nationales sont ethnonationales, renforcées après 1945 par les mouvements de population laissant des minorités socioculturelles, religieuses et sociales (Roms/Tsiganes). La question est donc de refaire une nation après 1989, toujours définie comme ethnoculturelle. Des droits sont accordés aux minorités, mais les nouvelles démocraties ont du mal à se considérer comme plurielles. La difficulté est de bâtir une unité plurielle. Desrevendications régionales éclatent (le pire en Yougoslavie). Des solutions heureuses surviennent, comme en 1998, la Tchécoslovaquie disparaît pour laisser place à la République Tchèque et à la Slovaquie. Les années 1990 sont portées par l'espoir du progrès politique et culturel. Contrairement à l'entre-deux-guerres, le contexte est plus favorable, aucune puissance étrangère ne cherchant à instrumentaliser les minorités. Les pays d'Europe centrale réussissent à satisfaire aux critères de Copenhague (respect des minorités, condition d'entrée dans la Communauté Européenne). Un groupe de défense des droits de l'homme milite pour les droits de l'homme.
Divergences Est-Ouest et réunification allemande
Il existe des groupes différentsen Europe du Sud-Est (Yougoslavie) et dans les États indépendants (Russie, Ukraine). La dictature a duré longtemps, et ces pays manquent d'expérience démocratique. Cette différence se traduit par l'adoption d'institutions différentes (systèmes présidentiel ou semi-présidentiel).La pluralité est rejetée au nom d'une affirmation prédémocratique : la peur de cette pluralité, seule l'unité nationale garantissant la force. La pluralité des partis est vite perçue comme un affaiblissement (notamment en Russie). Ces pays, sans expérience démocratique, possèdentun appareil bureaucratique et militaire très développé. Les partis, organisations intermédiaires et médias sont faibles, favorisant une tendance autoritaire. L'Allemagne est perçue par ses voisins comme une puissance majeure. La réunification est souhaitée depuis le début du projet. Jusqu'en 1994, aucuntraité ne met fin définitivement à la guerre entre les deux Allemagne. La fin de la Guerre Froide doit entraîner la réunification allemande. Les habitants de la RDA la réclament. Les slogans évoluent de "Nous sommes le peuple" à "Nous sommes un seul peuple". Les premières élections libres en mars 1990 voient le parti chrétien-démocrate remporter 48% des voix. La RFA assure la parité du Marc de l'Est et de l'Ouest. Le 3 octobre 1990, la réunification allemande a lieu selon l'article 23 de la loi fondamentale ouest-allemande. Il n'y a pas eu de débat constituant en Allemagne. L'Est est absorbé par la constitution de l'Ouest. D'une certaine manière, les Allemands de l'Est gagnent à cette réunification.Les 40 ans de communisme sont perçus comme un repoussoir, mais des éléments compatibles existent. L'absorption est critiquée. La réunification allemande sert de test, pour l'Europe, pour faire face aux changements à l'Est. La peur de la guerre et de la submersion migratoire (afflux d'Européens de l'Est vers l'Ouest) domine. L'unification allemande rassure, montrant la capacité de l'Europe de l'Ouest à prendre en charge ces changements. La Communauté Européenne met en place un programme de récupération pour les pays de l'Est, avec la démilitarisation. Les pays ouest-européens comprennent que la paix est possible, mais nécessite une transformation de la Communauté européenne.
Modèles économiques et défis de la transition
Les régimes communistes laissent les pays au bord de la faillite. L'objectif est d'améliorer la qualité de la production et d'augmenter la productivité, alors que l'Europe de l'Est était moins développée que l'Ouest. Il s'agit de rattraper le niveau de l'Entre-deux-guerres,d'égaliser la productivité pour que la proximité devienne une chance plutôt qu'une menace. Le premier modèle est le scandinave (État-social, société égalitaire, forte productivité dans un cadre social et interventionniste). Le modèle rhénan estune économie libérale dans un cadre social, assuré par des lois sociales et une législation organisant les conflits du travail. Ce cadre social est le fruit du partenariat des acteurs économiques et sociaux, représentant leurs intérêts. Le modèle anglo-saxon, triomphant dans les années 1980 (zénith du néolibéralisme), semble le plus adapté à la mondialisation et au progrès de l'électronique. Les Américains, à la tête de la Banque Mondiale, imposent ce modèle. Le néolibéralisme diffère des valeurs fondatrices de lareconstruction européenne après 1945 (prise en compte des plus faibles). Ses aspects négatifs sont l'enrichissement à tout prix, l'individualisme (manque de respect), le culte des célébrités, la perte du sens du passé. Le retour de la religion accompagne l'augmentation du populisme.Une division sociale, un gouffre entre riches et pauvres, la pauvreté, la criminalité, la violence. De 1990 à 1992, les années d'expérimentation économique libérale augmentent la perte de droits sociaux. Le PIB recule de 11 à16%, les salaires réels jusqu'à 25%, l'agriculture est touchée. Le bilan des années 1990 est mitigé, la stabilité est incertaine. L'objectif est l'entrée dans l'UE.
2. L'Europe unie commeprojet politique
L'évolution de l'Europe vers plus d'intégration, pour affronter les changements mondiaux, est liée aux années 1980. En 1986, l'Acte Unique Européen fait de la CEE unespace de libre circulation complète. Cela fait progresser la supranationalité, les États abandonnant une partie de leur souveraineté pour un travail en commun. En 1992, les Accords de Maastricht donnent naissance à la citoyenneté européenne. L'UE, née avec Maastricht, continue d'utiliser la coopération intergouvernementale, mais les instances supranationales gagnent du pouvoir. C'est une union plus politique et sociale. Cette ambition politique et sociale est l'ambition initiale. La construction européenne repose sur trois piliers : laCEE, la CECA et Euratom. Le second pilier est la coopération intergouvernementale sur les questions intérieures (contrôle des frontières). Les États acceptent la majorité des décisions après 1992. Le Droit Communautaire s'élargit, primant sur le Droit National. Maastricht pose les bases d'une Europe sociale. Le Parlement européen, élu depuis 1979, obtient des droits supplémentaires (droit de vote pour les parlementaires européens, blocage de la nomination de la Commission, réception de pétitions, rejet des textes du Conseil européen). La monnaie unique et la Banque Centrale Européenne, indépendante des gouvernements, sont créées pour lutter contre l'inflation. La crise du néolibéralisme en 2008 (qui aurait pu avoir l'ampleur de celle de 1929) et la crise de l'euro grec (comptes truqués, retrait des investissements) mènent au renflouement du pays.
3. La démocratie européenne - bilan et nouveaux horizons
Développée en 1992, réfléchie avant, la démocratie européenne s'insère dans un contexte économique nouveau, celui de la mondialisation. La réflexion européenne se poursuit. Les années 1940 ont failli voir la fin de l'Europe. Un projet est nécessaire pour tenir les promesses de 1945dans un nouveau contexte : une vie décente, le respect de l'être humain. Il s'agit, à partir des années 1980, de fonder un foyer de démocratie à l'ère de la mondialisation. À l'extérieur, la Communauté doit renforcer l'Europe économiquement pour maintenir son rôle d'acteur mondial. Les crises étant à l'origine de la pauvreté et des guerres, il faut renforcer la flexibilité de la Communauté européenne. L'Europe est administrée par des experts pour accomplir un programme d'organisation. L'espace inégal européen est un atout, créant un cercle vertueux de la production. Ce travail permet d'acheter des produits sophistiqués de l'Europe de l'Ouest. Les Européens de l'Ouest investissent massivement. Il faut un programme pertinent de modernisation. Sur le plan politique, il s'agit de rapprocher les participants au projet européen pour coopérer malgré des intérêts et des cultures politiques différents. Entre 2004 et 2007, la plupart des pays de l'Est sont entrés. La dynamique des années 1980 atteint son terme. L'union économique et monétaire s'élargit à l'Est. Il convientde regarder vers le passé pour consolider les acquis. En Pologne, le parti "Droit et Justice" est anti-européen alors que la Pologne vient de rejoindre l'UE. Un million de Polonais travaillent au Royaume-Uni. En Pologne, une partie de l'électorat souhaiterevenir aux anciennes valeurs et ne supporte pas l'homogénéité culturelle, tandis qu'une partie moderne revient après avoir réfléchi. L'euroscepticisme porte sur l'économie, la souveraineté nationale et certains aspects politiques. Les espoirs économiques nesont pas suffisamment remplis. La Commission européenne a des pouvoirs de régulation mais n'est pas légitimée démocratiquement. Enfin, la peur de perdre son identité nationale est présente.
Promesses et réalisations
La promesse de progrès matériel et de sécurité politique est reprise.La promesse de garantir les droits fondamentaux, la dignité humaine, l'État de droit, la propriété privée et la pluralité de la démocratie. Cette promesse est accomplie en Europe de l'Ouest sous forme d'économie libérale et sociale. La réalisation de ces 70 dernières annéesa abouti à une identité démocratique pour l'ensemble de l'Europe. Les conflits liés aux frontières et aux minorités sont résolus. L'européanisation des idées collectives se manifeste : la communication entre sociétés permet de poser les problèmes et de les résoudre dansun contexte apaisé. L'idée est de transformer les conflits en problèmes solubles. Le rapprochement des sociétés rapproche les manières de communiquer et de résoudre les problèmes.
APPROFONDISSEMENT
Mondialisation :
La mondialisation est un concept récent (années 2000), diffusé par internet, lié à la dérégulation financière et au capitalisme triomphant. La question est de savoir si elle constitue une rupture historique. C'est la mise en relation de différentes parties du monde, bien antérieure au siècle (échanges mondiaux, marchés globaux). La mondialisation actuelle se caractérise par son ampleur et son intensité, dimensions économiques et anthropologiques. Les êtres humains agissent différemment. Ce qui nous distingue des générations passées est la perception de l'espace et du temps,qui a diminué. Le temps de mise en relation de différentes parties du monde s'est accéléré. Cette rapidité, autrefois réservée aux marchands et aventuriers, est devenue une expérience commune. Les flux touristiques internationaux en témoignent (phénomène nouveau, rendu facile par les technologies). Cela reconfigure notre relation à l'espace, aux sociétés étrangères et à la planète. Le terme de mondialisation s'est implanté, même si les rapports de domination et d'exploitation persistent, et que les spécificités culturelles se multiplient. Une explication est que la mondialisation fait prendre conscience de nosspécificités, les promouvant. D'autres mots existent : système-monde (Emmanuel Wallerstein, Fernand Braudel) : la planète est divisée par une division inégale du travail (centre, périphérie, semi-périphérie). Pour comprendre comment la mondialisation a changé l'histoire et les sociétés humaines, il faut se demander pourquoi les choses se sont produites ainsi. Il est plus facile de dire comment on en est arrivé là. À l'époque contemporaine, considérée comme l'âge d'or du nationalisme.
Mondialisation et histoire croisée
La mondialisation entraine que les histoires sont de plus en plus croisées, convergentes entre les pays. Plus on se rapproche, plus on cultive sa différence, en circulant dans les autres pays. Les références transnationales augmentent. Le protectionnisme s'est théorisé, poussant au protectionnisme des années 1920. Le parti communiste est supranational, internationaliste. Les expériences mondiales, notamment européennes, convergent, donnant naissance à une sphère de communication transnationale. Un SDF pouvait jadis aller aux Amériques et revenir à sa guise. C'est la racine du débat sur le clos et l'ouvert. La fin du siècle est un monde ouvert pour les Européens, période de démocratisation et de rationalisation (logique par les mathématiques). Enpériode de démocratisation, les sociétés de la mondialisation sont ouvertes à la discussion (presse, mobilité sociale). Ce cadre mondial est essentiel pour la réflexion. Il pose des questions d'histoire politique. Tout cela a suscité des interrogations sur l'ouverture et la fermeture des sociétés européennes. Les empires ont dû changerleur fonctionnement. L'État-nation, en revanche, a été promu comme le meilleur modèle d'organisation, s'appuyant sur les organisations internationales antérieures. La Pologne a dû se constituer à partir de 1818. Les sociétés européennes ont dû se décoloniser après 1945. L'imbrication des échelles (régionale, locale, nationale, impériale, internationale) permet une nouvelle articulation des intérêts (ex: maire d'une grande ville). Cette articulation est nouvelle, car les pays européens délèguent leurs pouvoirs. Ils s'affirment dans un cadre mondial tout en consolidant la nation.
Citoyenneté et démocratisation en France
Des travaux importants ont été menés sur la citoyenneté. Les débats du centenaire et du bicentenaire ont questionné le modèle de transition français, d'une société d'Ancien Régime à une démocratie. S'agit-il d'une voie française de démocratisation plus brutale qu'ailleurs ? Il faut développer des exemples français. L'entrée de la France en Démocratie s'estfaite par une révolution pendant une révolution. Dix ans d'expérimentations de régimes différents. La République a apporté beaucoup de positif, mais a été associée à la violence et au désordre, l'idée étant que le changement ne peut se faire que par la violence. Les perdants ont été réduits au silence. L'opinion française a longtemps été divisée. La Révolution a posé le problème de la vacance du pouvoir : comment assurer un gouvernement efficace et rapide ? Il faut transformer fondamentalement l'administration. La France a expérimenté le consensus : les réformes administratives de 1790 furent fondamentales. Les administrateurs, issus de l'Ancien Régime, adhèrent aux réformes et soutiennent le nouveau régime (ex: postes des préfets). Sous la Restauration, les transformations continuent, les Français se familiarisent avec les élections locales avant 1848. En1848, l'idée nationale s'affirme sur un plan transnational, s'imposant comme modèle d'organisation. La question est : quel contenu donner à la nation ? Ce contenu est semblable dans tous les pays, se manifestant dans la gastronomie nationale. La spécificité française est la centralisation. Pays centralisé avec une vieille administration. En 1848, le suffrage universel masculin est instauré. Les Français sont citoyens s'ils sont de sexe masculin. En 1848, c'est la deuxième révolution en 18 ans. La décennie 1840 (mauvaises récoltes) inquiète l'opinion, avec le spectre de la guerre civile depuis 1792. Spécificité française : se rallier à une figure incarnant le changement et l'ordre, garantde la sécurité personnelle et de la compétition politique (alternance). En juin 1848, l'inquiétude l'emporte, les ouvriers sont réprimés, et un pouvoir fort est choisi. La répression touche des citoyens. Une remise en ordre autoritaire s'opère. Une périodede libéralisation est mise à profit par les républicains pour reconstituer un parti. La relation entre citoyenneté et démocratie, interrogée durant les deux premières Républiques, est résolue par la Troisième République. La Commune propose un programme novateur de transformation du pouvoir, repris par des mouvements comme celui de 1968. La Commune est un grand moment de réflexion de la gauche. La première solution est la citoyenneté combattante. Le modèle allemand d'écoles efficaces (Prusse) est étudié. Fustel de Coulanges contribue à la formation du citoyen français. L'une des grandes crises du régime est l'Affaire Dreyfus. La France réussit à la surmonter. Victor Hugo promeut une République réconciliée pour éviter la guerre civile. Cela dure jusqu'à nos jours. Les femmes et les colonisés sont exclus. La République se fonde sur l'assimilation : le droit de vote vise à rapprocher les citoyens. Une uniformisation se produit (habillement). L'exceptionest celle des colonies. Les républicains justifient les colonies par une mission civilisatrice : assimiler les colonisés aux citoyens français. Les sociétés extra-européennes sont jugées non développées. Les colons ont pour mission de les développer pour qu'ils deviennent, à terme, citoyens français. Desattributions globales de citoyenneté sont accordées (juifs d'Algérie par décret Crémieux, Tahitiennes fin siècle). Certaines assemblées sont accessibles à tous les hommes (élections des conseillers régionaux). Des émeutes éclatent, et les droits des Algériens musulmans sont réduits. La grande difficulté des républicains est que la citoyenneté républicaine se forme alors que la citoyenneté française ouvre les droits à certains métiers. Cela explique l'hésitation à ouvrir ces droits aux colonisés. Jules Ferry justifie la colonisation et la République au nom de la mission civilisatrice : la France a le droit de coloniser des territoires et de maintenir les habitants dans l'infériorité juridique tant qu'ils ne sont pas assimilés. Les autochtones sont privés du droit du travail. Le statut de l'indigénat garantit aux Algériens la nationalité française sans droits politiques, mais permet les arrestations arbitraires et le travail forcé. En 1887, ce statut s'étend à toutes les colonies françaises. La crainte des colonisés (jusqu'en 1946) vise à maintenir les autochtones dans une absence de concurrence et à maintenir l'ordre, comme pour les ouvriers. Les indésirables sont envoyés dans l'empire colonial. Les institutrices de la fin de la IIIe République sontégalement importantes à étudier.
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