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26 KartenDéveloppement de la pensée politique de l'Antiquité à la modernité, incluant Platon, Aristote, Machiavel, Hobbes et Montesquieu, définissant ainsi la science politique et ses outils.
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INTRODUCTION À LA SCIENCE POLITIQUE
Le XIXe siècle marquel'avènement de la science politique en tant que discipline. Son évolution est intrinsèquement liée à des mouvements intellectuels et sociaux profonds.
L'Émergence de l'Humanisme et la Remise en Question Religieuse
Renaissance (fin XVe - début XVIe siècles) : Après une période ultra-christianisée, l'homme est replacé au centre de la réflexion. C'est la redécouverte de la pensée classique et l'étude du corps humain, menant à l'Humanisme.
XVIIe siècle: L'époque de Louis XIV, le Classicisme. La France rayonne avec sa monarchie absolue et des figures comme Molière. François Ier avait déjà codifié la langue française, créant le Collège de France et l'Académie française pour son unification.
XVIIe siècle - Lumières : La Révolution française est précédée par le Siècle des Lumières, qui privilégie la raison face aux "ténèbres de la religion". Des penseurs comme Voltaire dénoncent l'idéalisation religieuse (ex: "Candide" et l'injonction "cultivons notre jardin"=Dans Candide, l’injonction « cultivons notre jardin » signifie que, face aux malheurs du monde et à l’inutilité des spéculations philosophiques, l’homme doit se concentrer sur le travail concret et sur ce qui dépend de lui pour construire son bonheur.).
1905 : La Séparation de l'Église et de l'État en France concrétise l'émancipation face à l'emprise religieuse sur le quotidien des citoyens.
Le Positivisme et ses Conséquences
XIXe siècle : Émancipation face à la religion, qui était parfois un frein (ex: en médecine, comme le montre Claude Bernard).
Apparition du Positivisme(Auguste Comte) : Cette doctrine affirme que la science explique tout, et que le progrès est inévitablement bénéfique pour l'humanité. C'est une période de "folie de la science" et d'affranchissement religieux.
Conséquences: Cela mène à la laïcité, la gestion des affaires publiques sans endoctrinement religieux. La France, civilisation gréco-romaine et judéo-chrétienne, en est un exemple.
Décrédibilisation du Progrès : Après
la Seconde Guerre mondiale, notamment avec Hiroshima et Nagasaki, l'idée d'un progrès toujours positif est remise en question.
La science politique, discipline récente, est traversée par des polémiques méthodologiques et sur ses objectifs. Il est crucial de ne pas la confondre avec l'activité politique elle-même ou le journalisme politique. L'Histoire est fondamentale car elle est "le passé dans le présent" ; la supprimer, c'est couper une nation de ses racines.
CHAPITRE 1 : QU'EST-CE QUE LA SCIENCE POLITIQUE ?
Il ne faut pas confondre la science politique et l'activité politique. La politique, sous sa forme scientifique, a connu une longue émergence conceptuelle au fil des siècles.
De la Philosophie Politique à la Science Politique
Philosophie Politique: À l'origine, seule la philosophie politique existait. La philosophie (Philo + Sophia = quête de sagesse) est née du désir d'atteindre la "sagesse", en s'affranchissant du questionnement permanent des dieux (mythes homériques).
Fonctionde la Philosophie Politique : Chercher le bien, la vertu, et s'interroger sur la nature et le réel. Spécifiquement, elle s'intéresse aux meilleures façons de faire régner l'ordre en société, traitant du gouvernement des hommes, du bien commun, de la loi,de la justice et de la coordination des populations (États, nations).
Distinction clé : Ce qui caractérise la science politique est l'application d'une méthodologie rigoureuse, à l'inverse de la philosophie politique qui est le fruit dela seule réflexion philosophique.
Réflexions Politiques dans l'Antiquité
Occident (IVe-Ve siècles av. J.-C.) : La réflexion politique remonte à Platon et Aristote en Grèce antique, qui théorisent les affaires de la Cité et le sentiment d'appartenance (ex: hénothéisme athénien et l'ostracisme).
Chine : Confucius a conçu un système social et administratif basésur la famille, le respect, la hiérarchie et la vertu, donnant naissance à la caste des mandarins.
Inde : L'Arthashâstra (VIe siècle av. J.-C.), un traité sanskrit, aborde la politique,l'économie et la stratégie militaire, anticipant des thèmes machiavéliens.
Mésopotamie : Le Code d'Hammurabi (vers 1750 av. J.-C.) instaure la loi du talion et la proportionnalité de la peine, régissant la vie dans les premières villes. L'apparition des villes, la complexification sociale (ex: commerce) et l'invention de l'écriture (vers 3000 av. J.-C.) ont stimulé la réflexion sur le politique.
La Pensée Critiques des Grecs
La Grèce Antique fut le berceau de la pensée critique grâce au logos (langage). Les Grecs ont découvert la capacité humaine d'agir par le langage.
Deux écoles :
Les philosophes, cherchant la vérité et le meilleur régime politique.
Les sophistes, utilisant le langage pour convaincre plutôt que pour trouver la vérité, sans souci de la réalité.
Ces débats ontrévolutionné la pensée et la politique.
Platon face à Aristote
Platon (Idéaliste) | Aristote (Réaliste) |
|---|---|
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|
Continuité et Rupture après l'Antiquité
Deux voies pour la science politique : construire un idéal (utopie) ou étudier le réel.
Période Romaine : La réflexion politique continue (Cicéron).
Christianisme : Un coup d'arrêt à la réflexion politique avec l'intégration du christianisme dans la civilisation romaine (Constantin).
VIIe siècle - Âge d'Or de l'Islam : Une civilisation brillante et riche en connaissances, offrant une liberté intellectuelle absente dans le christianisme occidental.
Saint Thomas d'Aquin : Ayant connaissance des textes grecs via le monde arabe, il est un pont.
1453 - Renaissance Italienne : Redécouverte des textes grecs, puis "Renaissance française" sous François Ier, qui mènera aux guerres de religion. C'est l'émergence du mouvement humaniste qui remet l'homme au centre.
Nicolas Machiavel : La Séparation du Politique et du Religieux
Œuvre : "Le Prince" (1513), écrit pour les Médicis.
Révolutionnaire : Il est le premier à séparer le politique du religieux. Lapolitique doit être analysée comme un pouvoir indépendant, ne rendant de comptes ni à la morale ni à la religion (judéo-chrétienne).
Cynisme et Réalisme : Souvent associé à la maxime "la fin justifie les moyens". Sa vision est amorale (dépourvue de morale), tranchant avec ses contemporains.
Principes machiavéliens :
Prudence plutôt qu'obéissance à la morale chrétienne.
La cruauté peut être nécessaire, tout comme le bien.
Nécessité de se faire obéir.
Définition de la politique (pour Machiavel) : La somme des moyens nécessaires pour accéder au pouvoir, s'y maintenir et en user de la manière la plus utile possible.
Citation : "Il y a deux manières de combattre, l'une avec les lois, l'autre avec la force. La première est celle des hommes et la seconde celle des bêtes." Selon Machiavel, les lois sont insuffisantes sans une puissance autoritaire pour les appliquer.
Ladémocratie athénienne avait déjà envisagé le besoin d'un tyran en cas de danger pour la cité.
"Les besoins de son État l'obligent souvent à violer la foi et d'agir contre la charité, l'humanité et la violence."
Thomas Hobbes : L'État protecteur
Œuvre : "Le Léviathan" (1651).
Base : S'appuie sur la nature humaine. L'homme a besoin d'une protection supérieure contre les ennemis extérieurs et contrelui-même. L'État garantit la paix civile, la sécurité, l'épanouissement individuel et le bonheur collectif.
Raison d'être de l'État : "La concorde est sa santé, les troubles civils sa maladie et la guerre civile sa mort."
Félicité : "Une continuelle marche en avant de désir, d'un objet à l'autre, la saisie du premier n'étant encore que la route qui mène au second." (désir mimétique).
Montesquieu : La Séparation des pouvoirs
Œuvre : "De l'Esprit des Lois" (1748).
Influence : Considéré comme le père de la sociologie et de la science politique par son observation et son analyse objective.
Thèse : Les lois sont liées à la nature et à la culture d'un pays. Il refuse un modèle unique d'organisation politique.
Concept fondamental : La séparation des pouvoirs (Exécutif, Législatif, Judiciaire) est labase de toute République.
Actualité : Question du rôle des juges et de l'émergence d'un "quatrième pouvoir" (les médias).
Paradoxe de l'Universalisme : Bien que la DDHC affirme "Les Hommes naissentlibres et égaux en droit", Montesquieu soutient que "Les lois doivent être tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites, que c'est un très grand hasard si celles d'une nation peuvent convenir à une autre." Cela soulève des questions sur l'universalité des droits face aux spécificités culturelles (ex: Chine, distinctions entre France et États-Unis).
CHAPITRE II : QU'EST-CE QUE LA SCIENCE POLITIQUE ?
Le terme "science politique" apparaît au XIXe siècle, marqué par le positivisme, et exprime lavolonté d'appliquer la rigueur scientifique à l'étude du politique, en s'éloignant de la métaphysique.
Les Piliers Fondateurs de la Science Politique
Émile Boutmy : Fonde l'École Libre des Sciences Politiques, avecpour objectif de former les futurs dirigeants, combinant politique intérieure et diplomatie.
Science Expérimentale du Politique : Selon sept piliers historiques :
Histoire sociale
Histoire constitutionnelle
Histoire législative
Histoire administrative
Histoire diplomatique
Histoire économique
Histoire militaire
L'Histoire comme Fondement : L'Histoire est essentielle pour comprendre le présent. L'histoire sociale aide à comprendre le fonctionnement des sociétés, l'histoire législative donne une vision du pouvoir. Gouverner s'inscrit dans le présent, mais ce présent est le "passé vivant".
Nouveaux Courants et Définition de la Science Politique
Distinction avec la Philosophie Politique : Des auteurs comme Vilfredo Pareto("Traité de sociologie générale"), Max Weber ("L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme") et Émile Durkheim ("Les règles de la méthode sociologique") se démarquent de la philosophie politique jugée trop abstraite.
Contexte : Le développement de la démocratie moderne et la croissance de l'État favorisent l'émergence de la science politique.
Définition de Philippe Braud : "La démarche du politicologue se constitue autour de trois repères : séparation aussi rigoureuse que possible du regard clinique et du jugement de valeur moral oupartisan ; utilisation de méthodes et techniques d'investigation, communes d'ailleurs à l'ensemble des sciences sociales (...). Ambition de systématisation, c'est-à-dire proposition de cadres généraux d'analyse, et construction de modèles facilitant la découverte « de lois »."
Importance de l'objectivité clinique (comme Claude Bernard en médecine).
Utilisation de méthodes d'analyse reproductibles, communes aux sciences sociales.
Recherche de systématisation et de "lois" pour comprendre le politique, s'éloignant des spéculations philosophiques.
La Scientificité de la Science Politique
Définition de la Science : "Ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits ou d'objets, obéissant à des lois et/ou vérifiés par des méthodes expérimentales." Elle englobe les branches du savoir, les connaissances approfondies, et l'art de mettre en œuvre le savoir.
Nature de la Science Politique : C'est une science sociale, relativement récente (fin XIXe, réémergence après la Seconde Guerre mondiale).
Distinction : Elle s'oppose aux "sciences dures" (physique, chimie, mathématiques) qui formulent des lois universelles. Les sciences humaines (économie, droit, politique, histoire)aident à la compréhension des phénomènes sans pour autant formuler des lois absolues.
Le Sens du Mot "POLITIQUE"
Du grec "polis" (la cité) : "L'art de gouverner les Hommes". D'où les mots police, mégalopole, métropole, politesse (manières de la ville, civilisé) par opposition au "vilain" (paysan, rustique). La civilisation naît avec la cité en Mésopotamie.
Julien Freund (1921-1993) : Le politique est "l'activité sociale qui se propose d'assurer par la force généralement fondée sur le droit, la sécurité extérieure et la concorde intérieure d'une unité politique particulière en garantissant l'ordre au milieu des luttes qui naissent de la diversité et de la divergence des opinions et des intérêts."
L'État détient le monopole de la force légitime pour préserver la diversité au sein de la nation. Sans cette autorité, la société sombrerait dans l'anarchie où l'opinion la plus forte dominerait.
Poursuit la théorie de Hobbes et du pacte social.
Sens et emplois : Adjectif ("discours politique"), substantif ("la politique culturelle"), avec parfois une connotation péjorative ("c'est de la politique").
Science politique (selon P. Braud) : "L'étude des modes de production des injonctions sociales fondées sur la coercition légitime." Les injonctions (lois, décrets, règlements) sont coercitives et proviennent de la volonté générale du peuple (contrat social).
L'État profond : Une couche invisible (Conseil d'État, Conseil Constitutionnel) qui gouverne en coulisse, parfois en décalage avec les représentants politiques et l'opinion publique.
Interactions et Liens avec d'Autres Sciences
Droit Constitutionnel : La science politique étudie aussi le rapport au droit constitutionnel, qui est le "mode d'emploi" de la politique.
Sociologie : Importante car elle s'intéresse aux "modes de fonctionnement" de la société, àl'inverse du droit constitutionnel (ex: sociologie de l'immigration, mixité sociale, la "France périphérique" de Christophe Guilluy).
Histoire : Un "laboratoire d'observation", essentiel pour comprendre le présent et s'en inspirer. Le manque de connaissance historiquechez certains politiques peut légitimer des erreurs.
Outils de la Science Politique
Statistiques : Développées dès le XVIIIe-XIXe siècles, facilitées par les technologies.
Sondages : Multipliés, mais avec des risques de manipulation et d'effet mimétique sur l'opinion et le vote.
Archives : Publiques et privées, désormais plus accessibles grâce à la numérisation (ex: INA pour les archives audiovisuelles). Permettent de retracer l'évolution d'un parti ou l'angle d'attaque des médias sur un événement.
Médias : Peuvent agir comme un contre-pouvoir. L'étude porte sur la couverture médiatique d'un événement et la manière dont il est traité.
Objectivité du Chercheur : Question fondamentale. Le discours scientifique vise à retranscrire ce qui est observé avec impartialité, grâce à une méthodologie rigoureuse, en contraste avec le discours persuasif.
Contexte historique : La défaite de 1870 face aux Prussiens a renforcé l'idée que la politique est une chose sérieuse, menant à la création de l'Institut Libre des Sciences Politiques par Boutmy.
II- LA POLITIQUE : CADRE ET ACTIONS
A- Qu'est-ce que le pouvoir politique ?
Le politique est défini par des valeurs et un territoire. Les valeurs sont les choix guidant l'individu, transmises par les religions, idéologies, sociétés. Aujourd'hui, on observe un individualisme croissant.
Valeurs sociales (pour la sociologie) : Principes générauxreconnus dans une société, permettant de juger les actes et d'obtenir une reconnaissance sociale. On est passé d'une conscience sociale à une conscience individuelle (le "moi glorieux").
Les valeurs sociales essentielles : politesse, sincérité, écoute, sens des responsabilités, gentillesse.
Forces en présence : Le pouvoir gère les antagonismes.
B- Les différents régimes politiques
La culture d'une nation est le produit de son histoire et apporte le poids du passé dans le présent. Les nations sont les ensembles culturels lesmieux définis, sauf pour les sociétés sous-développées.
Nation : Résultat de la coordination de tribus, malgré leurs différences, partageant un ensemble de valeurs communes. Les nations proches culturellement et géographiquement donnent naissance à des civilisations.
Définitions de la Nation (selon Maurice Duverger) :
Cadre géographique (vision ancienne) : La nature détermine la culture et le caractère du peuple (théorie des frontières naturelles, des climats).
Conception linguistique (communauté de langue) : La langue commune cimente la nation, permettant communication, transmission culturelle et cohésion du groupe (ex: codification de la langue française par François Ier). Elle forge une vision du monde. L'éducation gratuite, laïque et obligatoire (hussards noirs de la République) a uniformisé la langue, interdisant les patois.
Conception raciale (groupe ethnique) : Biologisante, a servi de base à des nationalismes violents et destructeurs.
Conception volontariste (volonté de vivre ensemble) : Selon Renan ("un plébiscite de tous les jours"), la nation est une entité vivante, dynamique, renouvelée par le choix des individus de rester unis. Elle repose sur un projet commun, une communauté de destin, favorisant solidarité et participation citoyenne (élections, parlements) malgré la diversité culturelle.
Les nations sont des constructions historiques, apparues progressivement, issues de dynamiques politiques, sociales et culturelles. Elles ne sont ni éternelles, ni immuables (Braudel). Elles peuventêtre des facteurs d'antagonismes ou d'intégration.
Le Pouvoir
Définition : "Le pouvoir se manifeste dans la dialectique du commandement et de l'obéissance." C'est une interaction où l'opposition peut générer des résultats positifs (dialectique socratique, hégélienne ou marxiste).
Nature du pouvoir :
Polysémique.
Inhérent à toute société, ses formes variant avec l'histoire.
Organisation de la sociétéà différents niveaux (national, local).
Engage la collectivité et influe sur la vie de chacun en dictant des conduites à respecter.
Société : Une organisation où les individus renoncent à une part de leur liberté individuelle au profit du collectif, sous l'autorité d'un pouvoir organisateur (Aristote, Hobbes).
Institutions : Instruments du pouvoir (ministères, police, armée, justice, éducation). Elles sont essentielles au fonctionnement de la société ; une société sans institutions est anarchique.
Totalitarisme : Phénomène où le pouvoir politique contrôle tous les domaines de la vie, souvent par des conflits résultant de forces antagonistes.
Maurice Duverger ("Introduction à la Politique", 1964) : "L'essence même de la politique, sa nature propre,sa véritable signification est qu'elle est toujours ambivalente. L'image de Janus, le dieu à double face est la véritable représentation de l'État : elle exprime la réalité politique la plus profonde. (...) Les rapports entre la lutte et l'intégration sont d'ailleurs complexes (...). Toute lutte porte en elle un rêve d'intégration et constitue un effort pour l'incarner."
Les Forces en Présence : Les Antagonismes
Le premier antagonisme est celui entre gouvernants et gouvernés (dialectique du commandement et de l'obéissance), présent dans toutes les sociétés (Marx et la lutte des classes).
Typologie des antagonismes :
Facteurs biologiques : Théorie du "plus fort" (darwinisme social du XIXe siècle), racisme. Ont causé des dégâts considérables dans l'histoire.
Facteurs psychologiques : Freud (relation d'autorité, principe de plaisir, frustrations), violence liée à un "instinct de mort". Adorno ("La personnalité autoritaire"), Eysenck ("Les tempéraments politiques" : axe "dur/mou" pour classer les idéologies).
Facteurs démographiques : Malthus (XVIIIe siècle) et la notion d'espace vital, pression démographique, tension pour les ressources. Influence de l'âge et du sexe des gouvernants (conservateurs/progressistes).
Facteurs géographiques et climatiques : Montesquieu, Napoléon ("La politique des États est dans leur géographie"), richesse et pénurie. Plus présents dans les sociétés archaïques. Influencent les comportements électoraux (urbanisme/ruralité).
Facteurs techniques : Conflits entre État et société civile liés aux nouvelles technologies (droit à l'image, fraude, désinformation). Opposition entre partisans du progrès et ceux qui veulent le freiner.
Facteurs culturels et idéologiques : Philosophies, religions et idéologies sont vecteurs d'antagonismes (radicalisme vs ouverture en France). La société politique doit s'adapter à ces valeurs.
Paradoxe de la société des individus (Marcel Gauchet ou Philippe Reynaud) : "Le plus grand problème de la société des individus consiste en ceci qu'elle reposesur un principe abstrait établissant comme source de toute légitimité l'existence d'êtres libres et égaux, mais qu'il lui faut d'autre part gérer des individualités concrètes, qui sont elles sexuées, primitivement dépendantes, et accessoirement mortelles. Ce qui n'est pasprévu dans la Déclaration des droits de l'Homme."
Les principes citoyens sont abstraits et humanistes, tandis que le politique doit gérer des réalités concrètes et diverses.
Comment le politique peut-il gérer un pluralisme tout en respectant les lois de la Républiqueet la citoyenneté ? Le politique doit gouverner dans le concret, avec une cité et ses citoyens.
INTRODUCTION À LA SCIENCE POLITIQUE
L'avènement de la science politique au XIXème siècle marque une rupture avec les analyses antérieures, souvent empreintes de considérations théologiques ou philosophiques. Cette discipline relativement récente est toujours l'objet de multiples controverses concernant ses méthodes et ses objectifs.
Émergence de la pensée politique et sécularisation
- Renaissance (XVème-XVIème siècles) : La religion, auparavant centrale, cède progressivement la place à l'humanisme, qui replace l'homme au cœur de la réflexion.
- XVIIème siècle : Période de monarchie absolue en France, sous Louis XIV, avec un rayonnement culturel et l'affirmation de la langue française (Académie française).
- XVIIIème siècle (Lumières) : La Révolution française s'inscrit dans un courant de pensée privilégiant la raison au détriment de l'obscurantisme religieux. Des penseurs comme Voltaire dénoncent l'idéalisation religieuse, prônant une vie ancrée dans le réel.
- XIXème siècle : Poursuite de l'émancipation face à la religion, notamment dans des domaines comme la médecine (Claude Bernard). Apparition du positivisme (Auguste Comte) qui considère la science comme l'explication de toute chose, glorifiant le progrès et s'affranchissant de la religion.
- 1905 : Séparation de l'Église et de l'État en France, marquant une étape cruciale dans la laïcisation de la société.
- Après la Seconde Guerre Mondiale : Le progrès est décrédibilisé suite aux horreurs d'Hiroshima et Nagasaki, remettant en question la "folie de la science" positiviste.
Distinction entre science politique et activité politique
La science politique ne doit pas être confondue avec l'activité politique ou le journalisme politique. Elle implique une approche scientifique et méthodologique pour comprendre le phénomène politique.
CHAPITRE 1 : QU'EST-CE QUE LA SCIENCE POLITIQUE ?
La science politique est le fruit d'une longue évolution des idées. À l'origine, prédominait la philosophie politique.
De la philosophie politique à la science politique
- Philosophie politique : Branche de la philosophie qui s'interroge sur le gouvernement des hommes, le bien commun, la loi, la justice et la coordination des populations au sein d'entités comme l'État. Elle vise à atteindre la sagesse et à établir les meilleures façons d'assurer l'ordre social.
- Grèce Antique (IVème-Vème siècles av. J.-C.) :
- Platon et Aristote théorisent les affaires de la Cité.
- L'hénothéisme (un dieu gouverne la ville, ex: Athéna à Athènes) influence la conception de la citoyenneté et de l'ordre social (ostracisme).
- Invention de la pensée critique grâce au logos (langage), donnant lieu à des débats politiques.
- Chine : Confucius (valeurs classiques : famille, respect, hiérarchie, vertu) a structuré la société et l'administration chinoises (création de la caste des mandarins).
- Inde : L'Arthashâstra (VIème siècle av. J.-C.) est un traité ancien sur la politique, l'économie et la stratégie militaire, anticipant des thèmes machiavéliens.
- Mésopotamie : Le Code d'Hammurabi (vers 1750 av. J.-C.) instaure la loi du talion et codifie des aspects de la vie urbaine (densité de population, commerce), concomitamment à l'invention de l'écriture. L'apparition des villes est un facteur déclencheur de la réflexion politique.
Philosophes majeurs et leurs visions politiques
L'étude de la politique a longtemps été l'apanage de penseurs. La Grèce antique, berceau de la pensée critique, a vu émerger deux écoles :
- Les philosophes : chercheurs de vérité.
- Les sophistes : maîtres de l'art oratoire, visant la persuasion sans nécessairement chercher la vérité.
| Philosophe | Approche | Œuvres clés | Idées principales |
|---|---|---|---|
| Platon (Athènes) | Idéaliste : cherche le système le plus efficace, contraint le réel. | De Respublica (La République) |
|
| Aristote (Athènes) | Réaliste : étudie les régimes existants pour en trouver le meilleur. Justice positive basée sur le réel et la vertu. | Éthique à Nicomaque, La Politique |
|
L'interruption de la pensée politique et la Renaissance
- Après les Romains (Cicéron), le christianisme porte un coup fatal à la réflexion politique en s'immisçant dans la civilisation romaine.
- VIIème siècle : Âge d'or de l'Islam, période de grande érudition et de liberté intellectuelle, contrastant avec le christianisme.
- Saint Thomas d'Aquin, au Moyen Âge, redécouvre la pensée grecque.
- 1453 : La redécouverte des textes grecs en Italie marque le début de la Renaissance italienne, puis française (François Ier), conduisant à l'humanisme et aux guerres de religion.
Machiavel et la rupture avec la morale religieuse
Nicolas Machiavel (XVème-XVIème siècles)
«La première arme de la guerre est la désinformation » - W. Churchill
Machiavel est considéré comme le premier à séparer le politique du religieux et de la morale. Sa vision, souvent perçue comme amorale, tranche avec celle de ses contemporains.
- L'ouvrage Le Prince (1513) : Machiavel, d'un grand réalisme, y dépeint la politique comme la somme des moyens nécessaires pour accéder au pouvoir, s'y maintenir et l'exercer le plus utilement possible.
- Le Prince et le cynisme : Il popularise l'idée que «la fin justifie les moyens», où la cruauté et la ruse peuvent être nécessaires.
- Séparation du politique et du religieux : Pour lui, la politique est un domaine indépendant qui ne rend compte ni à la morale ni à la religion judéo-chrétienne.
- Lois et force : «Il y a deux manières de combattre, l'une avec les lois, l'autre avec la force». Les lois, pour être appliquées, nécessitent une forme d'autorité et, si nécessaire, la force. La démocratie athénienne elle-même prévoyait le recours à un tyran en cas de danger pour la cité.
- Vision pour l'État : «Les besoins de son État l'obligent souvent à violer la foi et d'agir contre la charité, l'humanité et la violence».
Machiavel ouvre la voie à la modernité politique.
Penseurs de l'État moderne
Thomas Hobbes (XVIIème siècle)
Dans Le Léviathan (1651), Hobbes se fonde sur la nature humaine pour théoriser la nécessité d'un pouvoir supérieur pour protéger les individus d'eux-mêmes et des ennemis extérieurs, afin de maintenir la paix civile et permettre l'épanouissement social.
- L'État : Représente l'ensemble des citoyens contribuant à ce corps politique.
- Paix civile : Essentielle à l'épanouissement et au bonheur commun. «La concorde est sa santé, les troubles civils sa maladie et la guerre civile sa mort».
- Félicité : Décrite comme une «continuelle marche en avant de désir, d'un objet à l'autre».
Montesquieu (1689-1755)
Avec L'Esprit des Lois (1748), Montesquieu est considéré comme le père de la sociologie et de la science politique pour sa capacité d'observation et d'analyse objective.
- Lois et culture : Pour lui, les lois sont intrinsèquement liées à la nature et à la culture d'un pays, refusant d'imposer un modèle politique universel. «Les lois doivent être tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites, que c’est un très grand hasard si celles d’une nation peuvent convenir à une autre.»
- Séparation des pouvoirs : Théorise la division des pouvoirs (Exécutif, Législatif, Judiciaire), fondement des républiques modernes.
- Paradoxe de l'universalisme : Bien que la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (1789) proclame l'universalité des droits, Montesquieu souligne la spécificité des lois à chaque culture.
- Un 4ème pouvoir : Les médias peuvent être considérés comme un potentiel contre-pouvoir.
CHAPITRE II : QU'EST-CE QUE LA SCIENCE POLITIQUE ?
Le XIXème siècle positiviste marque la volonté d'appliquer la rigueur scientifique à l'étude des phénomènes politiques, s'éloignant de la réflexion métaphysique.
Fondation de la science politique moderne
- Émile Boutmy : Fonde l'École Libre des Sciences Politiques (Sciences Po Paris) en 1872, dans le but de former les futurs dirigeants. À la fin du XIXème siècle, la politique englobe la politique intérieure et la diplomatie.
- Les 7 piliers de la science expérimentale du politique (selon Boutmy) :
- Histoire sociale
- Histoire constitutionnelle
- Histoire législative
- Histoire administrative
- Histoire diplomatique
- Histoire économique
- Histoire militaire
- Nouveau courant d'auteurs (se démarquant de la philosophie politique) :
- Vilfredo Pareto (Traité de sociologie générale)
- Max Weber (L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme) : met en lumière le lien entre l'éthique protestante et l'émergence du capitalisme.
- Émile Durkheim (Les règles de la méthode sociologique)
Définition et caractère scientifique
Selon Philippe Braud, la démarche du politicologue repose sur trois piliers :
- Objectivité : Séparation rigoureuse entre le regard clinique et le jugement de valeur moral ou partisan.
- Méthodes : Utilisation de méthodes et techniques d'investigation communes aux sciences sociales (reproductibilité des analyses).
- Systématisation : Ambition de proposer des cadres généraux d'analyse et de construire des modèles pour découvrir des "lois".
Ceci marque une distance nette avec la philosophie politique et ses spéculations.
La science politique est-elle véritablement scientifique ?
- Définition de la science : Ensemble cohérent de connaissances sur des faits ou objets, obéissant à des lois et/ou vérifiées par des méthodes expérimentales. Elle englobe également les différentes branches du savoir et l'art de mettre en œuvre la connaissance.
- Spécificité de la science politique : C'est une science sociale. Relativement récente (années 1870, puis après 1950), elle s'oppose aux sciences exactes ("dures") qui, elles, peuvent formuler des lois universelles. Les sciences humaines (économie, droit, histoire, psychologie...) aident à la compréhension des phénomènes mais sans formuler de lois certaines.
Le sens du mot « POLITIQUE »
Du grec polis (cité), le mot «politique» désigne l'art de gouverner les Hommes. Son étymologie se retrouve dans des termes comme "police", "métropole", "politesse" (les manières de la ville, civilisé) par opposition au "vilain" ou "rustique" (paysan, manières de campagne).
Définition de Julien Freund (1921-1993)
«Elle est l'activité sociale qui se propose d'assurer par la force généralement fondée sur le droit, la sécurité ext et la concorde intérieure d'une unité politique particulière en garantissant l'ordre au milieu des luttes qui naissent de la diversité et de la divergence des opinions et des intérêts ».
L'État détient le monopole de la force légitime pour préserver la diversité des opinions dans la nation et éviter l'anarchie, reprenant l'idée du pacte social de Hobbes.
Différents sens et emplois
- Nom féminin (la politique) : Désigne l'action gouvernementale, les choix stratégiques (ex: politique culturelle, politique de la chaise vide).
- Adjectif (politique) : Peut avoir un sens péjoratif ("c'est de la politique") ou désigner un type de discours spécifique.
- Nom masculin (le politique) : Renvoie à la structure générale du pouvoir, aux alliances et stratégies. S'oppose au "naturel".
Objet de la science politique
Selon P. Braud, la science politique étudie les «modes de production des injonctions sociales fondées sur la coercition légitime». Les injonctions (lois, décrets) sont coercitives et proviennent de la volonté générale du peuple (contrat social). L'État profond (Conseil d'État, Conseil constitutionnel) représente une couche invisible qui influence la gouvernance.
Interactions et outils de la science politique
Interactions avec d'autres disciplines
- Droit constitutionnel : La constitution est le mode d'emploi de la politique.
- Sociologie : Étudie les modes de fonctionnement des sociétés (ex: immigration, mixité sociale).
- Histoire : Fournit un laboratoire d'observation pour comprendre le présent et le passé vivant.
Outils d'analyse
- Statistiques : Développées dès le XVIIIème-XIXème siècle, facilitées par les technologies modernes.
- Sondages : Multipliés mais risquent de manipulation ("prédiction" par mimétisme).
- Archives : Publiques et privées, désormais plus accessibles grâce à la numérisation (ex: INA pour l'audiovisuel politique). Permettent d'analyser la couverture médiatique des événements.
Objectivité du chercheur
La question de l'impartialité du chercheur dans l'observation sociale est cruciale, nécessitant une méthodologie scientifique rigoureuse pour distinguer le discours scientifique du discours persuasif.
II- La politique : cadre et actions
A- Qu'est-ce que le pouvoir politique ?
Le politique est un ensemble de valeurs et un territoire. Les valeurs, principes généraux reconnus dans une société, guident les comportements. On observe un passage d'une conscience sociale à une conscience individuelle ("moi glorieux").
| Valeurs sociales prioritaires | % |
|---|---|
| Politesse | 62% |
| Sincérité | 50% |
| Écoute | 48% |
| Sens des responsabilités | 44% |
| Gentillesse | 41% |
Le pouvoir se manifeste dans la «dialectique du commandement et de l'obéissance». C'est une interaction où la société se dote d'un pouvoir organisateur pour fonctionner. Une société sans institutions (ex: police, armée, justice) est anarchique. Le pouvoir doit gérer les antagonismes pour l'intérêt général.
«En définitive l'essence même de la politique, sa nature propre, sa véritable signification est qu'elle est toujours ambivalente. L'image de Janus, le dieu à double face est la véritable représentation de l'Etat : elle exprime la réalité politique la plus profonde. (...) Les rapports entre la lutte et l'intégration sont d'ailleurs complexes (...). Toute lutte porte en elle un rêve d'intégration et constitue un effort pour l'incarner. » - Maurice Duverger, Introduction à la Politique (1964)
B- Les différents régimes politiques
La notion de nation est essentielle pour définir les régimes. Une nation agrège des diversités grâce à une histoire et une culture communes. Les civilisations naissent de la convergence de nations proches.
Définitions de la Nation selon Maurice Duverger
«Certains définissent la Nation par le sol, le cadre géographique et son influence sur les hommes. La théorie des frontières naturelles et celle des climats dérivent de cette optique. D'autres (...) définissent la Nation par la langue, instrument de communication fondamental, qui donne à un groupe humain sa cohésion et profondeur, d'autres encore définissent la Nation par la race (...) ou comme une volonté de vouloir vivre ensemble comme une communauté de destin »
- Conception géographique : La nature détermine la culture (théorie des frontières naturelles et des climats).
- Conception linguistique : La langue commune cimente la Nation par la communication, la transmission culturelle et la cohésion (ex: uniformisation de l'éducation en France).
- Conception raciale : Biologisante, a servi de base à des nationalismes violents.
- Conception volontariste : La Nation comme une «volonté de vivre ensemble», un «plébiscite de tous les jours» (Renan). Elle repose sur un choix et un projet commun, une communauté de destin. Elle est une entité vivante et dynamique.
Les Nations sont des constructions historiques, non éternelles, issues de dynamiques politiques, sociales et culturelles. Elles peuvent être facteurs d'antagonismes ou d'intégration.
Les forces en présence : les antagonismes
Le premier antagonisme est celui entre les gouvernants et les gouvernés (dialectique commandement/obéissance).
Typologie des antagonismes
- Facteurs biologiques : Darwinisme social, "lutte pour la survie" et la supériorité de la race. Le racisme en est une dérive.
- Facteurs psychologiques : Freud (relation d'autorité, principe de plaisir/frustration), instinct de mort. Les personnalités autoritaires (Adorno), les "tempéraments politiques" (Eysenck : axe "Dur/Mou") sont des exemples.
- Facteurs démographiques : Malthus (XVIIIème siècle) et la notion d'espace vital, pression démographique, tensions pour les ressources. La composition de la population (âge, sexe) peut aussi influencer le pouvoir.
- Facteurs géographiques et climatiques : Montesquieu, Napoléon ("La politique des États est dans leur géographie"). Richesse ou pénurie des ressources, influence sur les comportements électoraux (urbanisme/ruralité).
- Facteurs techniques : Conflits entre l'État et la société civile liés aux nouvelles technologies (droit à l'image, fraude, désinformation).
- Facteurs culturels et idéologiques : Philosophie, religions, idéologies sont des vecteurs d'antagonismes, notamment en France (radicalisme vs ouverture).
Le défi du politique
«Le plus grand problème de la société des individus consiste en ceci qu'elle repose sur un principe abstrait établissant comme source de toute légitimité l'existence d'êtres libres et égaux, mais qu'il lui faut d'autre part gérer des individualités concrète, qui sont elles sexuées, primitivement dépendantes, et accessoirement mortelles. Ce qui n'est pas prévu dans la Déclaration des droits de l'Homme. » (Marcel Gauchet ou Philippe Reynaud)
La politique doit gérer la contradiction entre les principes abstraits et universalistes de la citoyenneté et les réalités concrètes et variées des individus (sexe, dépendance, mortalité), tout en respectant les lois et la coexistence des diverses opinions.
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