Influence et colonisation de la Corée
Keine KartenAnalyse des influences chinoises et japonaises sur la Corée, ainsi que des impacts de la colonisation japonaise et de la division de la péninsule coréenne.
La Péninsule Coréenne : Une Histoire d'Influences et de Divisions
La péninsule coréenne, de taille comparable à la Grande-Bretagne et bordée par le fleuve Yalu au nord, la Mer Jaune et la Mer de l'Est, a été constamment influencée par ses puissants voisins : la Chine, le Japon, la Russie et, plus tard, les États-Unis. Les Coréens décrivent souvent leur situation géopolitique comme celle d'une crevette (la péninsule) entre des baleines (les grandes puissances). Malgré ces influences omniprésentes, la Corée a toujours maintenu une identité culturelle forte et un nationalisme prononcé.
I. De l'orbite chinoise à la sphère d'influence japonaise
A. L'ombre du voisin chinois
1. Quatre siècles de domination chinoise (IIe siècle avant J.-C. - IIe siècle après J.-C.)
- Le premier royaume coréen de Choson, établi vers le VIe siècle avant J.-C., est rapidement tombé sous l'influence chinoise.
- La Chine des Hans a envahi et annexé la péninsule au IIe siècle avant J.-C., l'administrant par le biais de commanderies militaires.
- Un processus de sinisation des populations a duré environ quatre siècles.
2. Des trois royaumes à la Corée du Chosŏn
- Après la chute de la dynastie Han (début du IIIe siècle), l'influence chinoise a diminué, permettant l'émergence de trois royaumes en lutte :
- Goguryeo (nord) : puissance militaire.
- Baekje (ouest) : culture raffinée et échanges avec la Chine et le Japon.
- Silla (sud-est) : s'impose grâce à des alliances stratégiques, notamment avec la dynastie Tang.
- VIIe siècle : Silla unifie la majeure partie de la péninsule, marquant un « âge d'or » culturel et économique, et la diffusion du bouddhisme.
- Dynastie Koryŏ (918-1392) :
- Unification de la péninsule depuis le nord.
- Le nom moderne « Corée » dérive de Koryŏ.
- Prospérité économique (orfèvrerie, soie, céramique céladon).
- Invasions mongoles au XIIIe siècle ont transformé la péninsule en base militaire et grenier agricole.
- Dynastie Chosŏn (1392-1910) :
- Fondée par le général Yi Seong-gye, cette dynastie a régné pendant plus de cinq siècles.
- Nouvelle capitale : Hanyang (aujourd'hui Séoul).
- Adoption du confucianisme comme idéologie d'État.
- Règne du roi Sejong le Grand (1418-1450) : avancées culturelles et scientifiques, notamment l'invention du Hangeul (alphabet coréen).
- Face aux invasions japonaises (1592-1598) et mandchoues (XVIIe siècle), la Corée se replie sur elle-même.
3. L'influence chinoise à son apogée sous Chosŏn
- La Corée était un État tributaire de l'Empire chinois, signe de reconnaissance de la supériorité chinoise et garantie de protection.
- Le système tributaire favorisait des échanges économiques réguliers et la coopération.
- La Chine, perçue comme le modèle de civilisation, exercait une influence culturelle prépondérante (mesure du temps, bouddhisme, écriture, philosophie confucéenne, administration).
B. Une influence chinoise essentielle
1. Traductions brutales : vagues d'invasion chinoises (Xe-XVIIe siècles)
- Ces invasions ont eu des incidences profondes sur la population, se déroulant dans un contexte de rivalités dynastiques.
- Interaction avec les dynasties chinoises Song, Yuan (Mongols) et Ming, ainsi qu'avec les Mandchous.
2. Apports culturels omniprésents
- Vie religieuse : introduction du bouddhisme Mahayana au IVe siècle par des moines chinois.
- Sciences : mesure du temps astronomique, calendrier lunisolaire.
- Administration et philosophie : adoption du confucianisme comme système d'administration au XIVe siècle. Le néo-confucianisme a instauré une classification sociale verticale rigoureuse, un fort accent sur l'obéissance et la hiérarchie sociale, et a renforcé le patriarcat.
- Littérature et écriture : utilisation des caractères chinois, puis création du Hangeul par le roi Sejong pour faciliter l'alphabétisation.
C. Le Japon : une présence grandissante
1. Premiers contacts limités au XVIe siècle
- Échanges restreints via trois ports du sud, dont Busan.
- La Corée est alors un « royaume ermite », avec interdiction de quitter le pays ou d'y entrer.
- Expédition française en 1866 suite à l'exécution de missionnaires.
2. Montée en puissance au dernier tiers du XIXe siècle
- Le Japon de l'ère Meiji (1868-1912) s'engage dans une modernisation et une expansion impérialiste rapide.
- La guerre sino-japonaise (1894-1895) met fin à la suzeraineté chinoise sur la Corée (Traité de Shimonoseki).
- La guerre russo-japonaise (1904-1905) élimine l'influence russe en Corée (Traité de Portsmouth).
- Les États-Unis deviennent également un acteur majeur après l'expansion vers l'Ouest et la guerre hispano-américaine de 1898.
- 1876 : Traité de Kanghwa ouvre la Corée au commerce japonais, marquant le début d'une « pré-colonisation ».
- Implantation croissante du Japon et émigration japonaise en Corée.
II. 1905-1945 : Une « colonisation ambiguë »
Le Japon impose un protectorat à la Corée en 1905, puis l'annexe officiellement en 1910, marquant le début d'une domination qui durera jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
A. Les 3 phases de la colonisation japonaise
1. 1905-1919 : la mise au pas de la société coréenne
- L'armée impériale japonaise prend le contrôle total du pays et instaure une répression violente.
- La Corée est dirigée par un gouverneur général militaire doté de tous les pouvoirs.
- Le Mouvement du 1er mars 1919, une contestation massive pour l'indépendance inspirée par Woodrow Wilson et Gandhi, est brutalement réprimé (46 000 arrestations, 7 500 exécutions).
2. La politique de « coopération culturelle » (1919-1931)
- Face à la crise, le Japon adopte une approche plus souple, influencée par des théories coloniales comme l'« indirect rule » (Lugard) et la « politique d'association » (Sarraut).
- Sous le gouverneur général Saitō Makoto (1919-1927, 1929-1931), des mesures "libérales" sont introduites (réouverture d'universités, associations, presse).
- Le suffrage censitaire est limité aux Japonais et à une minorité de Coréens privilégiés pour les postes subalternes.
- Modernisation urbaine au profit de l'élite japonaise et des collaborateurs coréens.
- Acculturation forcée : enseignement en japonais, tentative d'éradication de la langue coréenne et réécriture de l'histoire coréenne pour légitimer la domination japonaise.
- Exemple : construction du sanctuaire shinto de Chosen Jingū et de la Séoul Station comme symboles de puissance japonaise.
3. 1931-1945 : « Impérialisation » et mobilisation de guerre
- L'invasion de la Mandchourie en 1931 et la création du Mandchoukouo marquent un tournant.
- La Corée devient une base arrière pour l'effort de guerre japonais : exploitation intensive des ressources agricoles et humaines.
- Durcissement de la politique coloniale : censure, interdiction des journaux coréens (1940), interdiction de la langue coréenne dans les écoles (1938), changement forcé des noms coréens en japonais (1940).
- Mobilisation forcée : déportation de millions de Coréens au Japon et dans d'autres territoires occupés pour le travail forcé.
- Femmes de réconfort : environ 200 000 femmes (principalement coréennes) sont forcées à l'esclavage sexuel dans des bordels militaires.
- Massacre de Nankin (1937-1938) : atrocités commises par l'armée japonaise en Chine (200 000 à 300 000 morts, viols massifs). Cet événement symbolise la violence coloniale japonaise en Asie.
B. Une « colonisation ambiguë »
La colonisation japonaise en Corée est qualifiée d'ambiguë en raison de ses particularités et de la complexité de ses conséquences.
1. La Corée : un grenier à riz... exploité
- Doublement des rendements agricoles (riz) entre 1926 et 1936.
- Cependant, les bénéfices sont majoritairement accaparés par les Japonais, qui possèdent plus de la moitié des terres.
- Exportation forcée du riz vers le Japon, entraînant la disparition du riz de l'alimentation coréenne et une forte malnutrition (ration alimentaire divisée par trois entre 1910 et 1945).
2. ...et une base arrière industrielle
- Développement industriel en Corée à partir des années 1930 pour servir l'effort de guerre japonais, non pour la modernisation coréenne.
- Cependant, cette industrialisation pose les bases du futur développement économique sud-coréen.
- Émergence de futures grandes entreprises coréennes (Samsung, Hyundai, Lucky/Goldstar) qui profiteront de cette infrastructure industrielle.
3. Collaborateurs et nationalistes
- a. La « Chinilpa » : terme désignant les Coréens qui ont collaboré avec l'occupant japonais. Ce phénomène prend de l'ampleur après 1919 avec la politique de "coopération culturelle", offrant des opportunités de carrière. Exemple : Park Chung-hee, futur président sud-coréen, a servi dans l'armée japonaise.
- b. Opposition légaliste vs opposition armée :
- L'opposition légaliste : résistance non-violente via des moyens légaux, politiques ou culturels.
- L'opposition armée : résistance violente, insurrections, guérillas. Figure emblématique : Kim Il-sung, futur dirigeant de la Corée du Nord et fondateur du Parti communiste coréen (1925).
4. Une place complexe dans la mémoire coréenne
- La mémoire coréenne tend à focaliser sur la période la plus violente (1931-1945), occultant les nuances.
- Difficulté à construire un récit national unifié et à épurer les collaborateurs après la libération.
- Le "régime d'historicité" de François Hartog : évitement de la période sombre de la colonisation, et un récit national en noir et blanc de victimisation.
III. La guerre de Corée : un suicide national (1950-1953)
A. Le Sud de la péninsule sous tutelle américaine
1. De la libération du territoire à la confiscation de l'indépendance
- 15 août 1945 : « jour de la restauration de la lumière » (fin de l'occupation japonaise).
- Division de la Corée en deux zones d'occupation : américaine au sud du 38e parallèle, soviétique au nord.
- Le Comité de préparation pour l'indépendance coréenne, dirigé par Yo Unhyong, proclame la République populaire de Corée (6 septembre 1945).
- Intervention américaine : les forces du général John Hodge débarquent le 8 septembre 1945, empêchant la consolidation du gouvernement provisoire.
2. 1945-1948 : le Sud sous administration militaire américaine (USAMGIK)
- Le général Hodge dissout les comités populaires et refuse d'épurer l'administration coloniale japonaise, s'appuyant sur des élites conservatrices parfois compromises.
- Au nord, l'administration soviétique encourage les comités populaires et procède à une épuration.
- Le plan Marshall (1947) et l'anticommunisme américain accentuent la division.
- Février 1948 : l'ONU organise des élections, mais la division est déjà actée.
- 15 août 1948 : proclamation de la République de Corée (Corée du Sud) avec Yi Sungman comme président.
- 3 septembre 1948 : proclamation de la République populaire de Corée (Corée du Nord) avec Kim Il-sung comme dirigeant.
B. Le pire conflit de guerre froide
1. Les 4 phases du conflit
- 25 juin 1950 : invasion du Sud par les troupes nord-coréennes, soutenues par l'URSS.
- Offensive éclair nord-coréenne jusqu'aux portes de Busan.
- Réaction des États-Unis et de l'ONU : débarquement d'Incheon (15 septembre 1950) sous la direction du général MacArthur, repoussant les Nord-Coréens jusqu'au fleuve Yalu (frontière chinoise).
- Intervention chinoise massive fin octobre 1950, repoussant les forces de l'ONU vers le sud. Séoul tombe une troisième fois (4 janvier 1951).
- Stabilisation du front autour du 38e parallèle dès mai 1951.
- Juillet 1953 : signature de l'armistice de Panmunjom (pas un traité de paix), créant la Zone Démilitarisée (DMZ).
2. Une guerre civile dans un conflit de guerre froide
- La guerre de Corée est la première confrontation directe entre les blocs communiste et capitaliste.
- Conflit d'une extrême violence : un tiers des disparitions civiles et militaires sont inexpliquées.
- Exemples : destruction des ponts sur le fleuve Han par le président sud-coréen Yi Sungman (26 juin 1950), entraînant la noyade de nombreux civils.
- Massacres et représailles des deux camps : exécutions de 500 soldats sud-coréens et 7 000 civils par les forces du Nord ; environ 200 000 morts au Sud avec la complicité tacite des troupes américaines.
C. La Corée du Sud au lendemain de la guerre : un pays exsangue
- La Corée du Sud est coupée du Nord (ses équipements industriels et son énergie).
- Économie dominée par l'agriculture, population dans une extrême pauvreté (l'un des pays les plus pauvres du monde dans les années 1950).
- Reconstruction à partir de zéro : seulement 2 millions d'habitants en 1953, 70% des bâtiments détruits.
- Émergence de chaebols (conglomérats industriels) grâce à l'alliance entre des entrepreneurs et le pouvoir politique :
- Samsung (fondée par Lee Byung-chul).
- Hyundai (fondée par Chung Ju-yung).
- Lucky et Goldstar (futures LG).
- Le président Yi Sungman met en place une dictature militaire (jusqu'en 1960), réprimant l'opposition au nom de l'anticommunisme.
- Sa chute est provoquée par les fraudes électorales de 1960 et le mouvement étudiant du 19 avril. Il est remplacé par Park Chung-hee, qui jouera un rôle majeur dans le développement industriel.
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