Deuxième République et Second Empire
10 KartenAnalyse des mutations politiques, économiques et sociales en France entre 1848 et 1870, incluant la Deuxième République et le Second Empire.
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CHAPITRE 3 : LA DEUXIÈME RÉPUBLIQUE ET LE SECOND EMPIRE (1848-1870)
Ce chapitre explore une période charnière de l'histoire de France, marquée par des bouleversements politiques majeurs, oscillant entre tentatives démocratiques et régimes autoritaires, le tout accompagné de transformations économiques et sociales profondes.
Problématique
Malgré des difficultés à instaurer des principes démocratiques, quelles mutations profondes la France connaît-elle entre 1848 et 1870 ?
Plan du Chapitre
LA DEUXIÈME RÉPUBLIQUE (1848-1852) : UNE EXPÉRIENCE DÉMOCRATIQUE INACHEVÉE
LE SECOND EMPIRE (1852-1870) : UNE DÉMOCRATIE ILLIBÉRALE
DES TRANSFORMATIONS ÉCONOMIQUES ET SOCIALES MAJEURES (1848-1870)
LA DEUXIÈME RÉPUBLIQUE (1848-1852) : UNE EXPÉRIENCE DÉMOCRATIQUE INACHEVÉE
La Deuxième République est proclamée en 1848 suite à la Révolution de Février, une période d'effervescence démocratique qui va rapidement se heurter à des divisions et des répressions, menant à son échec.
A. La difficile mise en place des principes démocratiques (février-novembre 1848)
La proclamation de la Deuxième République (24 février 1848)
Suite à la révolution de février 1848 à Paris, la monarchie de Juillet est renversée. Un gouvernement provisoire est mis en place.
Cet événement marque la proclamation de la Deuxième République.
Le gouvernement provisoire, sous l'impulsion de personnalités comme Lamartine, prend des mesures démocratiques importantes et symboliques.
Les réalisations démocratiques initiales (février-mai 1848)
Le gouvernement provisoire met en œuvre des réformes concrètes mais fragiles.
Le suffrage universel masculin est rétabli et élargi à tous les hommes de plus de 21 ans (le 2 mars 1848), faisant passer le corps électoral de 250 000 à 9 millions de votants. Cette réforme est l'une des plus emblématiques.
La liberté de la presse et de réunion est garantie, encourageant l'expression politique.
L'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises est décrétée par Victor Schoelcher le 27 avril 1848. En 1842, 250 000 esclaves étaient recensés dans les colonies, notamment en Guadeloupe (93 000), Martinique (76 000), Réunion (66 000) et Guyane (15 000).
Le droit au travail est proclamé et des Ateliers Nationaux sont créés pour offrir du travail aux chômeurs parisiens.
La peine de mort pour des raisons politiques est abolie.
Des figures comme George Sand (Aurore Dupin), écrivaine et proche des membres du gouvernement provisoire (notamment Ledru-Rollin), militent pour une république socialiste et la cause des femmes, bien que le droit de vote des femmes ne soit pas inscrit. George Sand fonde des journaux comme "La Voix des Femmes".
Fragilité et divisions (printemps-été 1848)
Les premières élections législatives au suffrage universel (23 avril 1848) voient une victoire des républicains modérés et des conservateurs, et une défaite des socialistes.
Les Ateliers Nationaux, jugés coûteux et peu utiles par les modérés, sont fermés le 21 juin 1848.
Cette décision provoque la révolte ouvrière de juin 1848 (23-26 juin), connue sous le nom de "Journées de Juin", due à l'échec de la démocratie sociale et la fin du droit au travail garanti.
Ces insurrections sont violemment réprimées par le général Eugène Cavaignac, faisant environ 4 000 morts. Cette répression marque une rupture profonde entre le monde ouvrier (socialiste) et le monde rural (modéré/conservateur).
La Constitution de novembre 1848 consacre la souveraineté populaire, mais sans inclure le droit au travail.
B. L'échec de la Deuxième République
Les institutions de la Deuxième République
La Constitution du 4 novembre 1848 est inspirée du modèle américain et établit un régime républicain avec une séparation des pouvoirs :
Un Président de la République, élu au suffrage universel direct pour 4 ans, non rééligible immédiatement. Il possède le pouvoir exécutif.
Une Assemblée Nationale législative, élue au suffrage universel direct pour 3 ans, détenant le pouvoir législatif.
Absence de mécanisme pour résoudre les conflits entre l'exécutif et le législatif, source d'instabilité.
L'élection présidentielle de 1848 et l'ascension de Louis-Napoléon Bonaparte
Le 10 décembre 1848, se tient la première élection présidentielle au suffrage universel masculin.
Les principaux candidats sont :
Louis-Napoléon Bonaparte : neveu de Napoléon Ier, représentant l'ordre et la stabilité pour beaucoup.
Eugène Cavaignac : républicain modéré, figure de la répression des journées de juin.
Alexandre Ledru-Rollin : socialiste.
Alphonse de Lamartine : sans étiquette, figure de la proclamation de la République.
François-Vincent Raspail : socialiste.
Nicolas Changarnier : monarchiste.
Louis-Napoléon Bonaparte est élu avec une large majorité de 74,20% des voix (près de 6 millions de suffrages). Ses concurrents obtiennent des scores bien moindres : Cavaignac (19,50%), Ledru-Rollin (5%), Lamartine (0,40%), Raspail (0,40%), Changarnier (0,06%).
Son programme ("Manifeste du prince Louis-Napoléon Bonaparte", 27 novembre 1848) promet l'ordre, la sécurité, la protection de la religion, de la famille, de la propriété, et des réformes sociales pour les travailleurs (ex : encouragement des entreprises agricoles, prévoyance pour la vieillesse).
Son élection marque une victoire du parti de l'Ordre et est interprétée par Karl Marx comme "l'insurrection des paysans" contre la république des riches.
Louis-Napoléon Bonaparte s'appuie sur son nom (gloire nationale, principe d'autorité) et sur les idées sociales qu'il développe dans "L'extinction du paupérisme" (1844).
La montée des tensions et le coup d'État du 2 décembre 1851
Les élections législatives de 1849 donnent une majorité au Parti de l'Ordre (droite : 50,20%), suivi de la Montagne (gauche : 29,65%).
Conflit entre le Président et l'Assemblée, notamment sur la question de la révision constitutionnelle pour permettre à Louis-Napoléon Bonaparte de se représenter.
Le 31 mai 1850, la loi électorale est modifiée, réduisant le corps électoral d'environ un tiers (de 9,6 millions à 6,8 millions d'électeurs). Cette loi exige 3 ans de domicile fixe et un casier judiciaire vierge, excluant une grande partie des ouvriers et militants d'extrême gauche.
Le coup d'État du 2 décembre 1851 est perpétré par Louis-Napoléon Bonaparte. Il dissout l'Assemblée Nationale, rétablit le suffrage universel (abrogeant la loi du 31 mai 1850) et proclame l'état de siège.
Il justifie son acte par la nécessité de maintenir l'ordre et de sauver la République face aux complots de l'Assemblée et à l'instabilité (Proclamation du président de la République au peuple, 2 décembre 1851). Il propose une nouvelle Constitution avec un chef responsable pour dix ans, des ministres dépendants de l'exécutif, un Conseil d'État et un Corps législatif élu au suffrage universel.
Le coup d'État rencontre des résistances, notamment à Paris (gravure du cimetière de Montmartre le 4 décembre 1851) et dans certaines régions de France républicaines ("vote rouge" de mai 1849, résistance républicaine en décembre 1851).
Un plébiscite du 20-21 décembre 1851 approuve le coup d'État avec 92% des voix.
LE SECOND EMPIRE (1852-1870) : UNE DÉMOCRATIE ILLIBÉRALE
Institué directement après le coup d'État, le Second Empire, dirigé par Louis-Napoléon Bonaparte devenu Napoléon III, est un régime qui combine des éléments démocratiques (suffrage universel, plébiscite) avec un fort contrôle du pouvoir et une restriction des libertés.
Définition : Démocratie illibérale
Régime politique qui associe le principe d'élections libres (suffrage universel, plébiscite) et une restriction des libertés (presse, réunion...).
A. Le fonctionnement du régime impérial
Un pouvoir personnel fort et concentré
Le 2 décembre 1852, Napoléon III est proclamé Empereur après un nouveau plébiscite approuvé à 96%. Le Second Empire est officiellement instauré.
L'Empereur (Napoléon III) détient la quasi-totalité des pouvoirs :
Il est le seul à avoir l'initiative des lois.
Les ministres dépendent exclusivement de lui.
Le Conseil d'État prépare les lois et les présente devant le Corps législatif.
Le Corps législatif discute et vote les lois et le budget, mais sans réelle autonomie.
Le Sénat est le gardien de la Constitution et peut la compléter par des sénatus-consultes. Ses membres sont nommés par l'Empereur.
Le peuple souverain (hommes de plus de 21 ans, environ 9 millions d'électeurs) nomme et élit les représentants locaux, et est consulté par plébiscite, mais ses choix sont fortement encadrés.
Le contrôle des élections
Napoléon III manipule les élections pour s'assurer une majorité favorable :
Le système de la candidature officielle : le gouvernement désigne et soutient financièrement des candidats "officiels" lors des élections législatives. Ces candidats bénéficient de l'appui de l'administration et des ressources de l'État.
La découpage électoral : les circonscriptions sont souvent redessinées pour favoriser les candidats du régime.
La pression administrative et préfectorale : les préfets exercent des pressions sur les électeurs et les communes pour orienter les votes.
Un régime autoritaire (jusqu'au début des années 1860)
Napoléon III ne tolère aucune opposition et met en place un régime répressif.
La presse est censurée, les réunions publiques sont strictement encadrées ou interdites.
Les opposants politiques sont emprisonnés, exilés ou contraints au silence. Des figures comme Victor Hugo sont contraintes à l'exil.
Ce régime autoritaire est fondé sur le populisme et des plébiscites massifs qui visent à légitimer le pouvoir impérial.
B. La libéralisation progressive du régime
À partir des années 1860, face aux critiques et à une opposition grandissante, le Second Empire entame une phase de libéralisation pour tenter de se consolider.
Idée générale | Arguments | Exemples |
À partir des années 1860, les idées libérales reviennent sur la scène politique : l’Empire se libéralise et fait un pas vers la démocratie mais ne renonce pas à le contrôler malgré la montée des oppositions. |
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III. DES TRANSFORMATIONS ÉCONOMIQUES ET SOCIALES MAJEURES (1848-1870)
La période du Second Empire est marquée par une industrialisation rapide et profonde, transformant la société française d'une économie agraire en une société plus urbaine et industrielle.
Définition : Industrialisation
Passage d'une société à dominante agricole à une société de plus en plus urbaine et industrielle, où la production se caractérise par l'emploi de machines (mécanisation) et regroupe des ouvriers dans des usines.
Caractéristiques de l'industrialisation sous le Second Empire
Développement des transports : construction massive de voies ferrées, développement des canaux et des ports.
Croissance des industries lourdes : sidérurgie, mines de houille (comme les mines de Blanzy, François-Ignace Bonhommé, 1857).
Innovation technologique : utilisation croissante de machines, mécanisation des processus de production.
Concentration industrielle : apparition de grandes entreprises et d'usines regroupant de nombreux ouvriers.
Développement des banques et de la finance : accompagnement du financement des grandes entreprises et des infrastructures.
Transformations sociales
Urbanisation : exode rural et croissance des villes, notamment Paris avec les travaux d'Haussmann.
Apparition d'une nouvelle classe ouvrière : vie souvent difficile, conditions de travail rudes, concentration dans les faubourgs industriels.
Montée de la bourgeoisie industrielle et financière : enrichissement et influence croissante.
Développement des services et des commerces en lien avec l'urbanisation et la consommation.
Impact politique
L'industrialisation crée de nouvelles tensions sociales mais aussi de nouvelles opportunités.
Elle contribue au rayonnement économique et financier de la France.
Certaines réformes sociales (comme la loi sur les coalitions en 1864, autorisant la grève) sont menées pour tenter d'apaiser les tensions ouvrières.
Points Clés et Réflexions
La Deuxième République, malgré ses aspirations démocratiques initiales (suffrage universel, abolition de l'esclavage), a échoué en raison de ses divisions internes et de la répression des mouvements sociaux.
L'élection de Louis-Napoléon Bonaparte et son coup d'État ont mis fin à cette expérience, inaugurant un nouveau régime.
Le Second Empire, bien que se revendiquant du suffrage universel, était une démocratie illibérale caractérisée par un pouvoir personnel fort et un contrôle étroit des libertés.
Malgré son caractère autoritaire, l'Empire a connu une période de libéralisation progressive.
Cette période est indissociable d'une transformation économique et sociale profonde, l'industrialisation, qui a jeté les bases de la société moderne française.
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