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Conflits modernes et résolution de la paix

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Analyse des formes contemporaines de conflits et des défis liés à la construction de la paix dans un contexte géopolitique complexe.

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Qu'est-ce que la guerre selon Clausewitz ?
Antwort
Pour Clausewitz, "la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens", visant à atteindre des objectifs politiques.
Frage
Quel événement est un exemple de l'échec des médiations de Donald Trump ?
Antwort
La tentative de médiation de Donald Trump dans le conflit russo-ukrainien en janvier 2025 s'est soldée par un échec.
Frage
Quelle est la particularité des guerres irrégulières selon Martin Van Creveld ?
Antwort
Selon Martin Van Creveld, les guerres irrégulières sont asymétriques et polymorphes, impliquant principalement des acteurs non étatiques.
Frage
Qu'est-ce que la "révolution des affaires militaires" ?
Antwort
La "révolution des affaires militaires" désigne l'hybridation et la robotisation de la guerre, incluant la guerre à distance.
Frage
Comment le SIPRI évalue-t-il l'intensité d'un conflit ?
Antwort
Le SIPRI classe les conflits par nombre de victimes : majeur (>10 000), forte intensité (1 000-10 000), faible intensité (25-1 000).
Frage
Qu'est-ce que l'Institut international d'Heidelberg prend en compte pour l'intensité des conflits ?
Antwort
L'Institut international de Heidelberg évalue l'intensité d'un conflit en fonction des moyens utilisés et de ses conséquences.
Frage
Quelles sont les causes de l'augmentation des conflits depuis le milieu du 21e siècle ?
Antwort
L'augmentation des conflits est liée à la politique étrangère unilatérale des USA, aux printemps arabes, au terrorisme et au changement climatique.
Frage
Qu'est-ce qu'une guerre intra-étatique ?
Antwort
Une guerre intra-étatique est un conflit interne à un État, souvent complexe avec de multiples acteurs et formes d'affrontement.
Frage
Qu'est-ce que l'arc de crise ?
Antwort
L'arc de crise est une vaste zone de conflits intra-étatiques s'étendant du Moyen-Orient à l'Afrique subsaharienne.
Frage
Qu'est-ce qu'une guerre par procuration ?
Antwort
Une guerre par procuration est un conflit où des États tiers s'affrontent indirectement sur un théâtre d'opérations éloigné.
Frage
Comment la guerre russo-ukrainienne a-t-elle évolué ?
Antwort
Initialement intra-étatique (2014-2022), elle a muté en conflit inter-étatique de haute intensité en février 2022.
Frage
Comment la complexification des conflits affecte-t-elle la diplomatie ?
Antwort
La complexification des conflits rend la construction de la paix plus difficile et bouscule la diplomatie traditionnelle.
Frage
Qu'est-ce que la diplomatie préventive ?
Antwort
La diplomatie préventive vise à prévenir les conflits et à gérer leur résolution, souvent par des médiations et des négociations.
Frage
Quelle est l'approche clé pour comprendre les conflits actuels ?
Antwort
L'approche géopolitique est décisive pour comprendre les conflits actuels, en se penchant sur les acteurs, les enjeux et les échelles géographiques.
Frage
Quand Clausewitz a-t-il élaboré son ouvrage "De la guerre" ?
Antwort
Carl von Clausewitz a élaboré l'ouvrage "De la guerre" entre 1832 et 1835, devenant une référence majeure.
Frage
Comment la guerre de Sept Ans remet-elle en question la guerre classique ?
Antwort
La guerre de Sept Ans visait la destruction des forces ennemies et mobilisait toutes les ressources, remettant en cause la limitation de la guerre classique.
Frage
Quelles sont les caractéristiques de la guerre classique au 18e siècle ?
Antwort
La guerre classique oppose des États avec des armées professionnelles, des règles et une violence limitée par le "droit dans la guerre".
Frage
Quel était un but politique de la France durant les guerres révolutionnaires ?
Antwort
La France visait à répandre les idées de la Révolution et à défendre ses acquis face aux monarchies européennes.
Frage
Quelle conséquence politique a eu la bataille de Valmy en 1792 ?
Antwort
La bataille de Valmy en 1792 a conduit à l'abolition de la monarchie et la proclamation de la Première République française.
Frage
Quel concept Clausewitz associe-t-il à la mobilisation des populations ?
Antwort
Clausewitz associe la mobilisation des populations et le sentiment national aux "passions du peuple", facteur de montée aux extrêmes.
Frage
Quelles sont les similitudes entre Al-Qaïda et Daech ?
Antwort
Al-Qaïda et Daech partagent des similitudes idéologiques et d'objectifs, bien qu'ils soient apparus différemment.
Frage
Quelle est l'origine de la division entre sunnites et chiites ?
Antwort
La division entre sunnites et chiites remonte à la succession du prophète Mahomet, puis aux sources de la foi.
Frage
Quel est le sens du terme "islamisme" ?
Antwort
L'islamisme est une doctrine politico-religieuse prônant un gouvernement et une société basés sur une lecture littérale du Coran.
Frage
Comment Al-Qaïda a-t-elle financé ses activités au début ?
Antwort
Al-Qaïda a bénéficié du soutien matériel et financier de l'Arabie Saoudite, du Pakistan et des USA (via la CIA).
Frage
Quel est l'objectif final d'Al-Qaïda concernant les musulmans ?
Antwort
L'objectif d'Al-Qaïda est de recréer la communauté des croyants dans un califat et de revenir à un islam des origines.
Frage
Comment Al-Qaïda a-t-elle fonctionné transnationalement ?
Antwort
Al-Qaïda opérait comme une FTN, avec un réseau de cellules filiales recevant des ordres depuis l'Afghanistan.
Frage
Comment Daech se distingue-t-il d'Al-Qaïda ?
Antwort
Daech se différencie d'Al-Qaïda par son ancrage territorial, ayant rapidement établi une base en Irak et en Syrie.
Frage
Quel impact le modèle d'affrontement de Daech et Al-Qaïda a-t-il sur la théorie de Clausewitz ?
Antwort
Ces guerres remettent en question la définition classique de la guerre de Clausewitz car elles impliquent de nombreux acteurs non étatiques.
Frage
Qu'est-ce qu'une guerre asymétrique selon le document ?
Antwort
Une guerre asymétrique oppose des forces avec des moyens très inégaux, comme des armées régulières face à des civils armés.
Frage
Comment le cadre des affrontements a-t-il évolué ?
Antwort
Les affrontements actuels se déroulent dans des espaces transnationaux et des "zones grises", effaçant les frontières traditionnelles des conflits.

Ce document explore la nature changeante des conflits et les différentes approches pour établir la paix, en mettant l'accent sur l'évolution de la guerre et les défis contemporains de la diplomatie.

Formes de Conflits et Tentatives de Paix dans le Monde Actuel

Introduction : L'Évolution de la Guerre et la Complexité de la Paix

L'échec des tentatives de médiation dans des conflits comme celui de l'Ukraine ou l'instabilité des cessez-le-feu en Israël-Hamas, malgré l'implication de superpuissances comme les USA, témoigne de la difficulté croissante à résoudre les guerres et à construire une paix durable. Cette complexité est due à des enjeux transnationaux, la détermination des acteurs belligérants et une diversification des phénomènes guerriers. Cette mutation s'intensifie depuis la seconde moitié du XXe siècle, avec la décolonisation et la Guerre Froide, voyant l'émergence de nouvelles formes de conflits, comme la guérilla.

L'historien Martin Van Creveld, dans La Transformation de la Guerre (1991), a prédit le déclin des guerres interétatiques au profit de guerres irrégulières, asymétriques et polymorphes, impliquant majoritairement des acteurs non étatiques. Bien que la guerre russo-ukrainienne puisse sembler contredire cette thèse, la complexification du phénomène guerrier est également observable dans les conflits interétatiques, notamment par l'hybridation des guerres et la révolution des affaires militaires (robotisation, guerre à distance). Ces évolutions posent de nouvelles questions sur la nature de la guerre et de la paix, rendant la construction de cette dernière plus ardue.

Bilan : Définition et Intensité des Conflits

La guerre, traditionnellement définie comme un affrontement entre deux adversaires de taille comparable cherchant à imposer leur volonté, s'applique principalement aux guerres interétatiques. Cependant, la diversification et la complexification des conflits armés rendent cette définition insuffisante. Des instituts de recherche, comme le SIPRI, établissent des définitions quantitatives de la guerre basées sur l'intensité des victimes (plus de 10 000 pour une guerre majeure, 1 000 à 10 000 pour une forte intensité, 25 à 1 000 pour une faible intensité).

L'Institut International des Conflits de Heidelberg, quant à lui, évalue l'intensité en fonction des moyens utilisés et des conséquences, distinguant la guerre, la guerre limitée et la crise violente. Indépendamment des méthodes, on constate depuis la seconde moitié du XXIe siècle une augmentation du nombre de conflits et de victimes, liée à des facteurs tels que la politique étrangère unilatérale de certains États-Unis, les Printemps Arabes, le développement du terrorisme et les changements climatiques.

En 2024, on dénombre plus de 61 conflits armés dans le monde, dont 4 majeurs (Yémen, Birmanie, Israël, Ukraine). Les conflits interétatiques sont minoritaires, généralement frontaliers et de faible intensité, à l'exception du conflit ukrainien. La plupart sont des guerres intra-étatiques complexes, impliquant une multitude d'acteurs conventionnels et illégaux (guérilla). Ces conflits non conventionnels, aussi appelés guerres irrégulières ou asymétriques, opposent un État national à des acteurs non étatiques. Ils se concentrent dans l'«arc de crise», s'étendant du Moyen-Orient à l'Afrique subsaharienne. Ces conflits intra-étatiques impliquent de plus en plus souvent des États tiers, souvent des puissances régionales, qui s'affrontent par procuration ou mènent des guerres d'interventions.

Complexité et Hybridation des Conflits Actuels

La complexité actuelle des conflits est due à leur hybridation croissante, combinant moyens conventionnels et non conventionnels, militaires et non militaires (sabotage, assassinats ciblés). Les conflits peuvent également se transformer dans la durée (ex : Ukraine, d'un conflit intra-étatique à haute intensité). Cette évolution a conduit à revoir la définition classique de la guerre et à développer des définitions plus larges pour prendre en compte la diversité des acteurs et des formes d'affrontement. La définition de Bruno Tertrais, « la guerre est un conflit armé de grande échelle opposant au moins deux groupes humains », met l'accent sur l'ampleur et l'intensité. Ces changements ont rendu la construction de la paix plus difficile et ont bousculé la diplomatie traditionnelle, dont le rôle est de prévenir et de gérer les conflits.

Rôle de la Diplomatie et de la Géopolitique

La diplomatie classique, malgré son importance pour les trêves et les médiations, se heurte à des obstacles : la multiplicité des acteurs, le poids des enjeux transnationaux et la quête de puissance de certains États. D'où l'importance de la diplomatie préventive. L'approche géopolitique, en analysant les acteurs, les enjeux et les échelles géographiques, est cruciale pour comprendre les conflits et faciliter leur résolution.

I/ La Dimension Politique de la Guerre : Des Conflits Interétatiques aux Enjeux Transnationaux

A/ La Guerre, « Continuation de la Politique par d'Autres Moyens »

Entre 1832 et 1835, l'officier prussien Carl von Clausewitz publie «De la guerre», une œuvre qui, au-delà d'un manuel stratégique, analyse le phénomène guerrier, notamment à travers les succès de Napoléon. Sa définition emblématique est :

«la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens.»

. Cela signifie que la guerre est un instrument pour un État d'atteindre des objectifs politiques extérieurs. Cependant, l'évolution des guerres contemporaines questionne la place du politique et le rôle des États, et soulève la question : les États parviennent-ils encore à encadrer les conflits ? La guerre conserve-t-elle son caractère politique malgré les évolutions actuelles ?

1/ La Guerre de Sept Ans et les Guerres de la Révolution et de l'Empire : Bases de la Réflexion de Clausewitz

La Guerre de Sept Ans (1756-1763) fut un conflit majeur impliquant de nombreuses puissances européennes :

  • Un axe franco-autrichien, allié à la Suède, la Russie et l'Espagne.

  • La France et l'Angleterre s'affrontent pour la domination maritime, commerciale et coloniale.

  • L'Autriche cherchait à récupérer la Silésie, conquise par Frédéric II de Prusse en 1740, pour contenir la montée en puissance prussienne et maintenir la domination catholique face à la puissance protestante qu'est la Prusse.

  • Frédéric II, malgré la petite taille et la population limitée de son État (5 millions d'habitants), a démontré des qualités de stratège en remportant plusieurs batailles et en adoptant des stratégies défensives ou offensives selon la situation.

  • La mort de la tsarine et l'arrivée de Pierre III au pouvoir, qui signe la paix avec la Prusse en 1762, ont permis à Frédéric II de se concentrer sur l'Autriche.

  • La France et le Royaume-Uni se sont affrontées aux Antilles et aux Indes. La Grande-Bretagne a mené une guerre à outrance, déportant de force 12 000 colons français.

  • La France a perdu le Canada et une partie de la Louisiane, subissant un important déficit budgétaire. Le Royaume-Uni, malgré des conquêtes qui en ont fait une thalassocratie, a dû augmenter les impôts dans ses colonies américaines.

  • Ce conflit, qui s'est déroulé sur plusieurs continents et a opposé de grandes puissances, a vu pour la première fois une volonté d'anéantissement des forces adverses, entraînant des pertes humaines considérables (800 000 soldats, 600 000 civils).

Bilan de la Guerre de Sept Ans :

Le XVIIIe siècle est l'apogée de la guerre classique ou régulière, opposant des États avec des armées professionnelles, dans des conflits géographiquement et temporellement limités (affrontements sur des champs de bataille, batailles ponctuelles). Les effectifs étaient nombreux, mais la conduite de la guerre obéissait à des règles pour limiter la violence et les pertes, le droit dans la guerre (épargner les blessés et prisonniers, permettre la retraite). Cependant, la Guerre de Sept Ans marque une rupture :

  • Volonté de détruire les forces ennemies pour obtenir la capitulation, et non plus seulement de les affaiblir pour négocier.

  • Mobilisation de toutes les ressources militaires et économiques par les belligérants.

  • Extension géographique inédite du conflit.

Ces évolutions ont été analysées par Clausewitz dans «De la guerre», cherchant à comprendre le phénomène guerrier et à élaborer un modèle.

Les Guerres de la Révolution et de l'Empire :

  1. Les buts de guerre de la France étaient fondamentalement politiques (défense des idées de la Révolution, abolition des privilèges, code civil). Les monarchies européennes voulaient restaurer Louis XVI et empêcher la propagation des idées révolutionnaires. Face à Napoléon, elles cherchaient à restaurer leurs anciens régimes, tandis que le Royaume-Uni voulait empêcher la domination française sur le continent.

  2. Les batailles décisives avaient des conséquences politiques (abolition de la monarchie et proclamation de la Première République après Valmy en 1792 ; fin du Saint Empire après la victoire de Napoléon en 1805). Cela a entraîné la diffusion des idées libérales et des changements territoriaux (France des 130 départements), ainsi qu'un éveil du sentiment national dans les territoires occupés (Espagne).

  3. Ces guerres ont vu l'apparition d'armées de citoyens-soldats, animées par des passions du peuple et un sentiment national. Clausewitz y voit un facteur de montée aux extrêmes.

  4. Les moyens mobilisés furent considérables : 600 000 hommes, et entre 1799 et 1815, 2 200 000 victimes (dont 1 million de tués au combat). Le caractère du général en chef (Napoléon) a contribué à l'escalade des moyens et de la violence, en cherchant la destruction des forces ennemies par l'offensive à outrance, se rapprochant de la guerre absolue (jamais totalement atteinte en raison des frictions et du hasard), mais toujours sous le contrôle du politique.

Bilan :

De 1792 à 1815, la France révolutionnaire fut engagée dans une période de guerres continues avec l'Autriche, la Prusse et le Royaume-Uni. Ces conflits amènent Clausewitz à la conclusion que la guerre est une continuation de la politique, ses buts étant fondamentalement politiques (défense de la Révolution, maintien de l'ordre monarchique). Les batailles décisives avaient des conséquences politiques, et les conquêtes ont diffusé les idées révolutionnaires. L'émergence d'armées de citoyens-soldats, animées par des idéaux et l'opinion publique, a conduit à une montée aux extrêmes, une intensification et un débridement de la violence sous l'effet des « passions du peuple ». Le rôle du général en chef, par sa stratégie et sa volonté, contribue à cette escalade. Le modèle de la guerre absolue, sans être jamais complètement atteint, demeure une tendance vers laquelle la guerre peut tendre.

B/ Le Modèle de Clausewitz à l'Épreuve des Guerres Irrégulières d'Al-Qaïda et Daesh

Comment ces guerres interrogent-elles le modèle de la guerre de Clausewitz ?

1/ Al-Qaïda et Daesh : Genèse, Idéologie et Modes d'Action

Al-Qaïda et Daesh sont deux organisations terroristes sunnites, distinctes par leur origine et leur émergence, mais similaires dans leur idéologie et leurs objectifs.

  • Genèse d'Al-Qaïda : Née pendant la guerre d'Afghanistan (1979-1989), opposant moudjahidines afghans aux forces soviétiques. Certains moudjahidines, soutenus par l'Arabie Saoudite, le Pakistan et les USA (CIA), menaient une guerre sainte contre « les ennemis de l'islam », défendant un projet islamiste (doctrine politico-religieuse visant à l'établissement d'un gouvernement et d'une société selon une lecture littérale du Coran). Oussama Ben Laden, après avoir fondé Al-Qaïda, exploite le retrait soviétique de 1989 pour lancer un djihad mondial contre les pays occidentaux (notamment les USA, dont la présence au Moyen-Orient est considérée comme un sacrilège), Israël, et les régimes arabes « impies », avec pour objectif la restauration du califat et le retour à une pratique religieuse conforme à l'islam des origines (salafisme djihadiste).

  • Fonctionnement d'Al-Qaïda : Dans les années 1990, les talibans en Afghanistan protègent l'organisation, lui permettant de planifier des actions terroristes contre l'« ennemi lointain ». Al-Qaïda opère comme une entreprise transnationale, avec des filiales locales recevant des ordres de la « maison mère ». Le 11 septembre 2001 voit la déclaration de la « guerre mondiale contre la terreur » par G.W. Bush et l'intervention en Afghanistan. Al-Qaïda privilégie ensuite la propagande pour développer des filiales régionales (AQMI, AQPA).

  • Genèse de Daesh (État Islamique) : Née d'une scission avec Al-Qaïda en Irak en 2006, dans le chaos post-invasion américaine de 2003. Son essor est favorisé par le retrait des troupes américaines d'Irak et la guerre civile syrienne. Daesh se distingue d'Al-Qaïda par son ancrage territorial, contrôlant en 2014 un territoire transfrontalier équivalent à la Belgique. Son fondateur, Al-Baghdadi, proclame le califat en 2014. Daesh se caractérise par un anti-chiisme virulent, usant de la terreur contre les minorités chiites et les sunnites modérés, et exploitant le numérique pour sa propagande. Des djihadistes étrangers rejoignent ses rangs, représentant une menace sécuritaire majeure pour les pays occidentaux.

2/ Des Guerres qui Questionnent le Modèle de la Guerre de Clausewitz

  • Question des acteurs : Ces guerres impliquent des acteurs nouveaux et nombreux : étatiques contre non-étatiques, et non-étatiques entre eux. Le conflit syro-irakien (2011-2024) illustre cette complexité avec une multitude d'acteurs aux intérêts divergents (coalition internationale contre Daesh, Russie, Iran, milices kurdes). Cela remet en question la définition clausewitzienne de la guerre comme affrontement entre États, ainsi que sa trinité (passion, action, raison), car dans les groupes terroristes, le combattant est à la fois membre de la communauté, guerrier et décideur.

  • Déséquilibre des forces : Le duel entre adversaires de taille comparable est remplacé par des belligérants aux moyens très inégaux, menant à des guerres asymétriques.

  • Formes d'affrontement hybrides : Mélange de guérilla, terrorisme et moyens conventionnels. Clausewitz écrivait à une époque où la guerre était officielle, menée par des armées régulières, tandis qu'aujourd'hui, la distinction entre militaire et civil est brouillée.

  • Terrorisme : L'ONU l'assimile à des crimes de guerre en temps de paix, le définissant comme un usage calculé de la violence pour créer la peur et contraindre des gouvernements ou sociétés à des fins politiques et idéologiques. L'hybridation des guerres est aussi le fait des États (forces spéciales, sociétés militaires privées, drones, acceptation des dommages collatéraux, recours à des moyens juridiques comme le Patriot Act). Le brouillard de la guerre prend une importance considérable.

  • Théâtres d'affrontement nouveaux : Effacement des frontières, avec des activités terroristes transcendant les limites étatiques, opérant dans des espaces transnationaux ou des zones grises (où l'autorité étatique est faible ou inexistante, les « État faillis »). Le cyberespace est également devenu un théâtre de conflits (cyberattaques, propagande). Les attentats dans des pays étrangers illustrent le dépassement des frontières.

  • Buts de guerre : Ces guerres remettent en question la dimension politique de la guerre. Elles sont souvent non déclarées, permanentes, globales, et poursuivent des objectifs absolus, non négociables, et infinis, caractérisant des guerres sans fin. Elles estompent la distinction entre paix et guerre.

Le Modèle de Clausewitz Reste Pertinent

Malgré ces remises en question, le modèle de Clausewitz demeure pertinent sur divers aspects :

  • Le primat du politique : Les interventions militaires sont toujours décidées par les gouvernements, qui définissent des objectifs politiques (sécurité, intérêts nationaux).

  • La montée aux extrêmes et le concept de guerre absolue : Ces concepts trouvent de nombreuses applications dans les guerres irrégulières, tout comme le brouillard de la guerre. Les guerres menées par Al-Qaïda ou Daesh ne les invalident pas entièrement mais nécessitent une réinterprétation de leur application face aux nouvelles réalités stratégiques. Clausewitz lui-même a dit que la guerre est un caméléon, changeant de forme selon les contextes, une affirmation confirmée par l'évolution actuelle des conflits armés.

II/ Le Défi de la Construction de la Paix

Quelles sont les conditions et les modalités de la construction de la paix dans un monde marqué par des conflits plus complexes ?

A/ Faire la Paix par des Traités : Les Traités de Westphalie (1618-1648)

1/ La Guerre de Trente Ans : Une « Guerre Civile Européenne » Brutale

La Guerre de Trente Ans, longue et meurtrière, fut un conflit dévastateur qui a entraîné la désolation de provinces, la destruction de villages, et dont les causes étaient en partie religieuses.

2/ Le Règlement de la Guerre de Trente Ans et la Naissance du Système International Westphalien

  • Les pays prennent conscience d'intérêts communs, commençant à organiser leurs relations. En interne, de nouvelles relations entre souverains, citoyens et sujets apparaissent.

  • Les traités de Westphalie établissent l'équilibre des puissances, l'inviolabilité de la souveraineté nationale et le principe de non-ingérence. Les États adoptent des règles communes.

  • Ces traités marquent la mise en place d'un traité international et un calme relatif.

Activité : États et Relations Internationales après les Traités de Westphalie

  1. L'État est une autorité souveraine incarnée par un roi, s'exerçant sur un espace délimité par des frontières et sur sa population, reconnue légitime en interne et en externe.

  2. Le rôle de l'État est de garantir la sécurité intérieure (paix civile, sécurité de la population) et extérieure (intégrité territoriale face aux autres États).

  3. Pour sa sécurité intérieure, l'État se dote de fortifications et monopolise la violence physique légitime par les lois (forces publiques). Pour sa sécurité extérieure, il noue des alliances et peut recourir à la guerre s'il se sent menacé.

  4. La guerre est une menace constante. Selon Thomas Hobbes (Léviathan, 1651), c'est une « guerre de tous contre tous ». La recherche d'équilibre des puissances est primordiale. L'anarchie internationale signifie que chaque État doit compter sur ses propres forces, conduisant à une méfiance réciproque et une préparation constante à la guerre. La paix est donc relative, garantie par la menace et l'équilibre des forces.

  5. Pour Clausewitz, la paix reste une paix armée car l'ONU est paralysée par la rivalité entre les puissances.

  6. Les traités ont cessé les violences les plus intenses, mais n'ont pas mis fin aux conflits, comme ceux entre la France et l'Espagne cherchant à établir leur domination en Europe.

Bilan :

Les traités de Westphalie sont une référence historique pour le règlement des conflits. Leur signature, attendue, résulte de longues négociations multilatérales qui marquent un tournant dans la diplomatie moderne, donnant naissance à une conception moderne de la paix basée sur des traités, des congrès multilatéraux et une administration dédiée. Toutefois, ces traités n'ont pas garanti une paix durable ; la succession de traités après 1648 montre la précarité de cette paix, souvent remise en question par la volonté d'équilibre des puissances. Comme le souligne Raymond Aron, de nombreux spécialistes des relations internationales voient dans les traités de Westphalie l'origine d'un nouvel ordre géopolitique et d'un système international où les États souverains, en l'absence d'arbitre suprême, doivent assurer leur propre sécurité. Cela conduit à une paix armée, chaque État se préparant au prochain conflit et cherchant à maintenir l'équilibre des puissances. Cependant, l'avènement des guerres totales et industrielles a contraint à transformer les méthodes de construction de la paix.

B/ Faire la Paix par la Sécurité Collective : L'ONU sous les Mandats de Kofi Annan (1997-2006)

Les récentes tentatives de plan de paix (ex: Ukraine, Gaza), avec leurs difficultés et limites, soulignent les nouvelles modalités de la paix. L'absence de médiation traditionnelle ou l'implication prépondérante d'une superpuissance (USA), laissant d'autres États et l'ONU impuissants, montre la fragilité des cessez-le-feu et accords contemporains. Les deux guerres mondiales ont profondément transformé la construction de la paix, abandonnant la méthode des traités inter-étatiques au profit d'organisations internationales de paix (SDN, puis ONU). Après la Guerre Froide, l'ONU a pu jouer son rôle, mais s'est heurtée aux réalités d'un ordre international encore marqué par les principes westphaliens (souveraineté des États, ambitions de puissance, multiplication des conflits intra-étatiques).

Comment le Système Westphalien est-il Remis en Question durant les Mandats de Kofi Annan ?

1/ L'ONU, un Rôle Renouvelé à Partir des Années 1990

Les désastres de la Première Guerre Mondiale ont mis en lumière les dangers de considérer la guerre comme un moyen légitime de défendre les intérêts étatiques. Ce constat a conduit au concept de sécurité collective : les États doivent répondre collectivement aux menaces contre la paix, par le droit et l'arbitrage, plutôt que par la guerre et les alliances militaires. Cela a mené à la création de la SDN, qui a échoué, puis de l'ONU après la Seconde Guerre Mondiale (Charte de San Francisco, 26 juin 1945). Les fondateurs de l'ONU, tirant les leçons de la SDN, ont doté l'organisation d'une force de maintien de la paix (Casques Bleus) et cherché à inclure toutes les grandes puissances. Les objectifs de l'ONU sont de garantir la paix mondiale, promouvoir les droits de l'homme, favoriser le développement économique et social, en partant du principe que la misère favorise les totalitarismes. Les principes adoptés incluent la sécurité collective et le respect du droit international.

L'ONU vise à restreindre le recours à la guerre aux cas de légitime défense, avec des limitations (nécessaire, proportionné, temporaire) jusqu'à l'intervention du Conseil de Sécurité. Ce dernier est la principale institution permanente, mais sa dépendance à la bonne volonté des puissances et leur droit de veto ont limité l'action de l'ONU pendant la Guerre Froide. Après 1991, l'ONU connaît un regain d'activité, favorisé par la posture multilatérale des USA. Le président George H.W. Bush proclame un nouvel ordre mondial, dans lequel l'hyperpuissance américaine jouerait un rôle de « gendarme du monde », en coopération avec la communauté internationale, menant des opérations de paix favorables à ses intérêts stratégiques (Pax Americana). L'ONU devient alors l'acteur principal des opérations de paix, multipliant les interventions dans les conflits intra-étatiques (Afrique, Moyen-Orient, Europe balkanique : ex. Yougoslavie 1992-1995). Au début des années 2000, l'ONU est le plus grand contributeur au maintien de la paix (20 missions sur 60). Ses missions se diversifient en missions hybrides (en coopération avec d'autres acteurs) et multifonctionnelles (ne se limitant pas au maintien de la paix, mais incluant la reconstruction post-conflit). Cette évolution et extension des missions s'explique par la complexification des guerres et le rôle donné par Kofi Annan (Secrétaire Général de 1997 à 2006).

2/ L'Action de Kofi Annan Secrétaire Général des Nations Unies

  • Réforme et Modernisation : Kofi Annan a cherché à réformer et moderniser l'ONU en élargissant son champ d'intervention, notamment par la diplomatie préventive (en amont des conflits) et les missions de consolidation de la paix (après les conflits). S'inspirant de l'« Agenda pour la Paix » de son prédécesseur Boutros Boutros-Ghali (1992), ses objectifs incluaient la défense des droits de l'homme et le développement économique et social, avec une vision élargie de la sécurité collective.

  • Sécurité Humaine : Pour Annan, la sécurité des populations ne se limite pas aux risques de guerre, mais englobe la sécurité alimentaire, hydrique et sanitaire. Il insistait sur le lien étroit entre le développement et la condition féminine.

  • Droit d'Ingérence Humanitaire et R2P : Kofi Annan soutenait le droit de l'ONU d'intervenir dans un État souverain en cas de violations graves des droits de l'homme, de génocides ou de crimes contre l'humanité, si l'État n'agit pas. C'est le principe de la responsabilité de protéger (R2P).

  • Multilatéralisme : Il souhaitait réformer le fonctionnement de l'ONU pour favoriser le multilatéralisme, c'est-à-dire la résolution collective des problèmes mondiaux en concertation avec les États et d'autres acteurs.

  • Justice Internationale : La création de la Cour Pénale Internationale (CPI) par le Statut de Rome en 1998, dotée d'une juridiction universelle pour juger les crimes de guerre et génocides, remet en cause la souveraineté des États.

  • Diversification des Missions : Sous son mandat, les missions se diversifient : maintien de la paix (peacekeeping), rétablissement de la paix (peace enforcement) (ex: Kosovo 1999), consolidation de la paix (peacebuilding). Elles sont menées à l'échelle intra-étatique et en partenariat avec d'autres acteurs (missions hybrides).

  • Exemples d'Actions : Médiation entre les USA et l'Irak (cas de l'anthrax), actions dans les domaines de l'éducation, de la santé, lutte contre la pauvreté et l'infanticide, création du Conseil des droits de l'homme.

  • Limites et Échecs : Malgré ces avancées, Kofi Annan n'a pu empêcher l'invasion de l'Irak en 2003. Le projet d'élargissement du Conseil de Sécurité a échoué, et le refus des USA de ratifier le traité de la CPI a limité l'efficacité de ces initiatives.

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