Circulations et infrastructures maritimes mondiales
10 KartenAnalyse des flux, infrastructures et tourisme maritimes mondiaux
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Les circulations au sein des espaces maritimes
Les circulations maritimes et sous-marines sont aujourd'hui capitales, massives et multiples, jouant un rôle central dans la mondialisation.
1) La mondialisation maritime
La mondialisation est essentiellement maritime. Les espaces maritimes sont les vecteurs fondamentaux de ce phénomène. Deux chiffres clés l'illustrent :
80 % du commerce mondial en volume transite par voie maritime.
99 % des télécommunications intercontinentales passent par les câbles sous-marins.
La mondialisation maritime est le processus de multiplication des échanges maritimes à l'échelle planétaire.
2) La maritimisation
La mondialisation maritime est un aspect de la maritimisation, définie comme le processus de dépendance croissante envers les espaces maritimes.
La maritimisation se manifeste par :
L'intensification des flux maritimes.
L'exploitation des ressources maritimes (pêche, hydrocarbures, sable, etc.).
La concentration des populations et des activités sur les littoraux (littoralisation).
Elle est principalement d'ordre économique, incluant la massification des échanges de marchandises, l'exploitation des ressources offshore et la croissance du tourisme de croisière.
3) L'augmentation des flux maritimes de marchandises
a) Les faits
Entre 1950 et 2020, les échanges maritimes de marchandises ont été multipliés par quatre.
En 2017, près de onze milliards de tonnes de marchandises ont été échangées par mer, soit 80 % des échanges mondiaux.
Le transport d'hydrocarbures et de matières premières représente 83 % du trafic de la marine marchande.
Les produits manufacturés, transportés par conteneurs, représentent 17 % du trafic.
Marine marchande : Ensemble des moyens maritimes de transport de marchandises (hydrocarbures, matières premières, produits manufacturés), excluant la pêche, le transport de personnes et la flotte militaire.
b) Les causes
L'accroissement des flux maritimes depuis les années 1950 s'explique par des mutations économiques et des progrès techniques.
Mutations économiques :
La fin de la Guerre Froide (1991) et l'extension du capitalisme libéral ont favorisé le libre-échange et l'augmentation des flux.
L'intégration de la Chine à l'OMC en 2001 a considérablement stimulé les échanges mondiaux.
Progrès techniques :
Apparition des porte-conteneurs modernes et automatisation des moyens de levage dans les ports dans les années 1970.
Développement des supertankers durant la même décennie.
Ces innovations ont permis une diminution significative des coûts de transport grâce à la capacité accrue des navires.
4) Les navires de la marine marchande
Principaux types de navires de commerce :
Méthanier : Navire transportant du gaz naturel liquéfié (GNL) dans des citernes (aussi appelés LNG tankers).
Pétrolier : Navire-citerne transportant du pétrole (tankers ou supertankers pour les plus grands).
Les supertankers ont une capacité de 200 000 à 400 000 tonnes de pétrole brut.
Les plus grands pétroliers du monde (Afrique, Asie, Europe, Océanie) ont une capacité de 500 000 tonnes.
Porte-conteneur : Navire destiné au transport de conteneurs.
La capacité est mesurée en EVP (Équivalent Vingt Pieds ou TEU - Twenty-foot Equivalent Unit), basé sur le volume d'un conteneur de 20 pieds.
La majorité des porte-conteneurs actuels transportent entre 500 et 3 000 EVP.
Les navires de 10 000 EVP sont apparus dans les années 2000, et ceux de 20 000 EVP à la fin des années 2010.
Le MSC Loreto (2023) est le plus grand porte-conteneur en service, avec 24 346 EVP, 400 m de long et 240 755 tonnes.
Vraquier : Navire transportant des marchandises solides en vrac (sable, céréales, minéraux).
5) Les acteurs du commerce maritime
Les acteurs sont multiples :
Les constructeurs : Bâtissent les navires dans les chantiers navals.
Le Japon, la Chine et la Corée du Sud construisent 90 % des nouveaux navires mondiaux.
Les armateurs : Exploitants des navires, propriétaires ou affréteurs.
On distingue les Operating Owners (exploitent commercialement) des Non Operating Owners (louent leurs navires).
Le classement des armateurs se fait généralement en termes d'EVP.
Les sociétés de gérance d'armement (ship managers) :
Armement (d'un navire) : Action de fournir à un navire les moyens humains et matériels pour sa mission.
Ces sociétés spécialisées sous-traitent l'armement, y compris le recrutement et la gestion des marins.
Les pays fournissant des pavillons de complaisance :
Pavillon de complaisance : Immatriculation d'un navire dans un pays offrant des avantages fiscaux, de sécurité et de droit du travail. Souvent des paradis fiscaux.
Cet usage influence la composition des plus grandes flottes marchandes mondiales.
6) La route maritime mondiale
La route maritime mondiale relie les principaux pôles économiques (États-Unis, Europe du Nord, Asie de l'Est) et concentre l'essentiel du trafic de marchandises.
Elle passe par des endroits stratégiques :
Canaux : Suez et Panama.
Détroits : Malacca, Ormuz, Bab-el-Mandeb, Gibraltar, Pas de Calais.
Il est essentiel de connaître le tracé de cette route et le nom de ces points stratégiques.
7) Les quatre grandes façades maritimes
Quatre zones concentrent 75 % des échanges maritimes mondiaux.
Façade maritime : Espace littoral regroupant plusieurs ports, connectant l'arrière-pays au reste du monde.
Les quatre principales façades maritimes sont :
La Northen Range (Rangée nord-européenne) : Du Havre à Hambourg (Dunkerque, Anvers, Rotterdam, Amsterdam).
La façade atlantique des États-Unis : De Boston à Corpus Christi (New York, Baltimore, Miami, La Nouvelle Orléans, Houston).
La façade pacifique des États-Unis et du Canada : De Vancouver à San Diego (Seattle, Portland, San Francisco, Los Angeles).
La façade asiatique : Littoral de l'Asie de l'Est (ports de Corée du Sud, Japon, Chine, Malaisie, Singapour).
8) Les infrastructures sous-marines
Depuis la fin du XIXe siècle, les mers et océans sont parcourus par des réseaux physiques essentiels à la mondialisation.
a) Les pipelines sous-marins
Le premier pipeline sous-marin (PLUTO) a été construit en 1944 par les Alliés pour relier la France à l'Angleterre.
En 1947, la première plateforme pétrolière offshore (Kerr-McGee Oil Industries) est construite dans le golfe du Mexique, avec un réseau de tubes pour transporter le pétrole.
Aujourd'hui, il existe 2 millions de km de pipelines sous-marins (deux tiers de gazoducs, un tiers d'oléoducs).
Ils relient majoritairement les plateformes offshore à la côte, mais aussi des pays entre eux.
Exemple : Les gazoducs Nordstream 1 et 2 (Russie-Allemagne), sabotés en 2022, illustrent les tensions géopolitiques liées à l'approvisionnement énergétique.
b) Les câbles sous-marins
Selon Camille Morel, les câbles sous-marins sont, avec le conteneur, des éléments fondamentaux de la globalisation.
Le premier câble télégraphique sous-marin a été construit en 1838 (Cap Gris-Nez - Southampton).
Le premier câble transatlantique date de 1858, le transpacifique de 1902.
Progrès techniques majeurs : premier câble téléphonique sous-marin en 1956, premier câble à fibres optiques en 1988.
Actuellement, environ 500 câbles sous-marins à fibre optique (1,2 million de km) assurent 99 % des télécommunications intercontinentales et plus de 10 000 milliards d'opérations financières par jour.
La carte de ces réseaux révèle les espaces majeurs de la mondialisation.
9) Le tourisme en mer
a) Les premières formes de tourisme maritime
« Longtemps perçue comme dangereuse et réservée aux navigateurs audacieux, la mer devient au XIXe siècle un lieu de loisir et d'évasion. Des activités comme la croisière et la navigation de plaisance émergent. »
Sylvain Domergue, Géopolitique des espaces maritimes, Paris, Armand Colin, 2025, p. 62.
L'éradication de la piraterie barbaresque et la domination britannique des mers ont favorisé l'essor des croisières touristiques en Méditerranée.
La première croisière organisée date de 1844 (Peninsular and Oriental Steam Navigation Company, Londres-Le Caire, 53 passagers).
Jusqu'au début du XXe siècle, les croisières étaient réservées à une élite fortunée.
Des œuvres littéraires comme Le Tour du monde en quatre-vingt jours (Jules Verne, 1872) ou Au cœur des ténèbres (Joseph Conrad, 1899) ont popularisé le voyage et l'exotisme.
b) Le tourisme de croisière
Le tourisme de croisière prend son essor durant l'entre-deux-guerres.
Après la Seconde Guerre mondiale, face à la concurrence aérienne, les compagnies maritimes réinventent la croisière en la centrant sur le loisir et le divertissement.
Des compagnies comme Royal Caribbean (1968) et Carnival Cruise Line (1972) émergent avec des navires spécialement conçus pour le divertissement (piscines, casinos, théâtres).
Depuis la fin du XXe siècle, le secteur connaît une croissance exponentielle : de 7 millions de passagers en 2000 à 31,7 millions en 2023.
Le plus grand navire de croisière actuel est l'Icon of the Seas (2024), pouvant embarquer jusqu'à 7 600 passagers, avec 365 mètres de long et de nombreuses installations de loisirs.
Trois compagnies dominent le marché : Carnival Corporation, Royal Caribbean et Norwegian Cruise Line.
Les capitales mondiales du tourisme de croisière sont Miami, Port Canaveral, Port Everglades (Floride), Southampton (Angleterre) et Barcelone (Espagne).
La construction navale de croisière est principalement européenne : Meyer Werft (Allemagne), Chantiers de l'Atlantique (France), Fincantieri (Italie).
Le secteur emploie 300 000 marins et 1,2 million de personnes au total, avec un chiffre d'affaires annuel de 50 milliards.
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