Analyse de 'Roman' de Rimbaud
4 KartenÉtude des procédés littéraires et thèmes dans le poème 'Roman' des Cahiers de Douai.
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Rimbaud, « Roman », Cahiers de Douai : L'ivresse des Sens et le Désir
Cette analyse des vers du poème « Roman » d'Arthur Rimbaud, extrait des *Cahiers de Douai*, explored la montée de l'ivresse et des sensations chez le poète, sa connexion avec la nature et l'éclosion du désir amoureux.
I. L'Émancipation Poétique et la Nature Non Idéalisée
Dès le début de cette section, Rimbaud offre une description de la nature qui rompt avec les conventions.
A. Une Description Non Idéalisée de la Nature (V.9-11)
- Présentatif et verbe de vision (V.9) : « Voilà que » + « aperçoit » introduisent la scène.
- Métaphore et rejet (V.9-10) : L'expression « chiffon d'azur » désigne le ciel.
- Rimbaud rapproche le « chiffon », un objet du quotidien associé à la saleté, à l'« azur », un terme noble des épopées antiques. Cette association de mots de registres différents est une marque de son émancipation poétique, inspirée par Baudelaire.
- Le rejet (le vers déborde sur le suivant) est également un signe d'émancipation poétique, brisant le rythme classique.
- Termes dépréciatifs (V.9, V.11) : L'emploi de « chiffon » et « mauvaise » montre que Rimbaud ne cherche pas à idéaliser la nature. Il en révèle les potentiels défauts, s'éloignant des descriptions romantiques.
B. La Nature comme Tableau et Source d'Émerveillement (V.9-12)
Malgré sa description non idéalisée, la nature se dévoile comme une œuvre d'art et éveille l'émerveillement.
- Champ lexical pictural (V.9-12) : Créant une hypotypose (description vivante).
- Couleurs : « azur », « blanche », avec une nuance « sombre ».
- Verbes associés à la peinture : « encadré », « piqué » (rehausser les parties claires d'un dessin), « se fond ».
- Répétition d'un adjectif hypocoristique (V.9-12) : « petite chiffon », « petite branche », « petite ».
- Souligne l'attachement du poète à la nature.
- Met en évidence sa jeunesse et une description simple, manquant de variation.
- Oxymore (V.12) : « doux frissons » oppose la douceur et la peur, suggérant un émerveillement esthétique où la nature est à la fois exaltante et impressionnante.
II. L'Ivresse du Poète et la Montée des Sensations (V.13-16)
Le poète s'abandonne progressivement à une ivresse sensorielle profonde.
A. L'Exaltation et l'Abandon (V.13-14)
- Exclamatives nominales (V.13) : « Nuit de juin ! Dix-sept ans ! » rappellent le moment et l'âge du poète, soulignant son enthousiasme croissant.
- Tournure passive (V.13) : « On se laisse griser » révèle l'abandon total du poète à l'émerveillement et à l'admiration. Le sujet ne fait pas l'action mais la subit.
- Champ lexical de l'ivresse (V.13-15) : « griser », « monte à la tête », « divague ».
- La métaphore (V.14) « La sève est du champagne » associe la nature à une boisson alcoolisée, montrant l'effet enivrant de la vision naturelle.
- Points de suspension (V.14) : Suggèrent une étendue infinie de l'émerveillement, évitant de borner l'ivresse.
- Pronom personnel (V.14) : Le « vous » (deuxième personne du pluriel) implique le lecteur plus intimement dans le récit.
B. Le Jaillissement du Désir Amoureux (V.15-16)
L'ivresse sensorielle issue de la nature engendre la montée du désir amoureux chez le poète.
- Champ lexical du désir (V.15-16) : « lèvres », « baiser », « bête ».
- Rejet de la proposition relative (V.16) : « Qui palpite là » met en valeur la pulsion associée au désir. Le verbe « palpiter » renvoie aux battements du cœur et à l'urgence du contact amoureux.
- Comparaison (V.16) : « comme une petite bête ».
- Le désir amoureux est associé à la bestialité.
- L'hypocoristique « petite » nuance cette association, montrant un lien émotionnel entre l'adolescent et ce qu'il ressent, loin d'une connotation purement négative.
III. L'Influence Romanesque et la Naïveté Adolescente (V.17-24)
A. Le Fantasme Amoureux et les Illusions (V.17)
- Synecdoque (V.17) : « Le cœur fou » ouvre le troisième mouvement, soulignant un désir amoureux insensé qui se perd dans des illusions romanesques.
B. La Critique Subtile des Idéaux Romanesques (V.17)
- Néologisme et vocabulaire romanesque (V.17) : « Robinsonne » « à travers les romans ».
- Rimbaud associe, avec une distance ironique, l'adolescence aux idéaux et illusions romanesques.
- La référence à Robinson Crusoé (personnage lié au vagabondage, au naufrage) souligne la soif de romanesque de l'adolescent qui veut vivre « comme dans les romans ». Rimbaud s'en moque subtilement, créant un écho au titre du poème.
IV. La Nature Appaisante, Sensuelle et Urbaine (V.4-8)
Le poème s'ouvre sur le passage d'un lieu urbain à un lieu naturel, présentant une nature sensuelle et apaisante.
Remarque : L'émancipation poétique de Rimbaud se manifeste également dans la césure de l'alexandrin (« tilleuls / verts »), rompant le rythme classique en séparant l'adjectif du nom.
A. Un Changement de Lieu et une Description Enthusiastes (V.4-5)
- Champ lexical de la nature (V.4-5) : « Les tilleuls verts », « tilleuls ».
- Polyptote (V.5) : « bon / à bons » insiste sur l'aspect positif et apaisant de la nature.
- Forme exclamative (V.5) : « Les tilleuls... juin ! » met en valeur l'enthousiasme du poète.
B. La Nature en tant que Lieu Sensoriel (V.5-8)
- Champs lexicaux des sens (V.5-8) : Caractérisent un lieu sécurisé et vivant.
- Odorat : « sentent » (V.5), « parfums » (V.8).
- Toucher : « si doux » (V.6).
- Vue : « la paupière » (V.6).
- Ouïe : « chargé de bruits » (V.7).
- Tirets (V.7) : « la ville n'est pas loin, - » Le tiret adopte un rôle de parenthèse, suggérant un élément romanesque souvent présent en prose.
- Répétition (V.8) : « parfums de vigne », « parfums de bière ».
- Crée un rythme binaire et oppose l'élément naturel (« vigne ») à l'élément transformé et artificiel (« bière »).
- Démontre la proximité entre l'environnement naturel et la ville.
Conclusion
Dans « Roman », Rimbaud dépeint une nature non idéalisée mais profondément sensorielle et source d'émerveillement. Cette expérience mène le poète à une ivresse des sens, annonciatrice du désir amoureux, le tout teinté d'une ironie subtile face aux illusions romanesques de l'adolescence. Le poète s'émancipe des conventions, tant par le fond que par la forme, pour offrir une vision unique de son rapport au monde.
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